L. MiLLY, Le Tellier
[Arch. nat., BB ^ 90.)
JOUHNAUX'.
Joiirual (la Soir des frères Chaignieau : « Paris, le 27 thermidor. . . .Le mot d'ordre donné aux troupes a été changé tout à coup, le 24, à huit heures du soir, dans tous les postes j)lacés dans l'intérieur de Paris. On avait, dit un journal, des renseignements qui prouvaient (|u'un coup était monté par les .Jacoliins (pii, depuis (|ucl(|ues jours, s'étaient vanté que le 20 thermidor le
677 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [12 août 1799]
Directoire n'existerait plus. On assure, dit le môme [journal], que la balle qui atteignit, au Champ-de-Mars, un officier de la garde directoriale* ne fut pas la seule qui fut dirigée vers l'estrade où siégeait le Directoire ; Barras et Siéyès en entendirent plusieurs siftler à leurs oreilles. D'après le programme de la fête, des groupes de citoyens devaient se mêler parmi les troupes. Sous les auspices même du gouvernement, une nouvelle affaire de Grenelle allait s'exécuter. Heureusement que le matin, d'après quelques indiscrétions des factieux qui comptaient déjà s'emparer des canons et des munitions en fraternisant avec les troupes, le programme fut changé. » — Journal des Hommes libres du 26 thermidor: « Paris, 25 thermidor. ...Nous remarquons que, depuis environ un mois, les journaux de la réaction indiquent au Directoire tous les changements que, selon eux, il faut qu'il opère pour se tirer de la tutelle des Jacobins; et nous voyons qu'en eirol le Directoire suit très fidèlement ces étranges indications. Est-ce le Directoire qui dépose ainsi sa pensée dans des feuilles de son choix? ou sont-ce les royalistes qui parviennent à faire adopter la leur au Directoire? Dans ces deux versions, quelle que soit la véritable, le fait est certain. En voici encore un exemple : il y a peu de jours que les journaux dont nous parlons insinuaient que le Directoire ferait sagement d'ôter à Marbot le commandement de la 17'^; d'autres annonçaient même son renvoi comme fait positif: aujourd'hui, Marbot est en elTet renvoyé; le général Lefebvre le remplace. »
Journaux.
Ami des Lois du 28 thermidor : « Le 2li thermidor, le calme fut troublé aux Jacobins; les membres se levèrent en masse pour une grande expédition contre un jeune homme qui écoutait sans mot dire les grands principes de salut public et de bonheur commun; on l'accusa, avec des cris, d'avoir dit autrefois que la Société des Jacobins de 93 n'était composée que de coquins ou d'imbéciles... Grand tumulte... A bas! à la porte! qu'on le chasse! qu'on l'assomme! c'est un Chouan, un mouchard de Fouché.. . Les honorables membres quittent leur place et se portent en foule à l'endroit du tapage... Jusque-là calme et froid, le jeune homme n'avait répondu que quel(|ucs paroles très courtes; mais les voies de fait qu'on commençait à se permettre sur sa personne le forcèrent à se mettre sur la défensive; il re-
1. On lit à ce sujet dans le Messager des relations extérieures, du 23 thermidor : « Paris, "i thermidor. Il y avait hier un grand concours au Champ-de-Mars, où la prise figurée d'un château royal avait attiré beaucoup de curieux. La petite guerre sy est faite avec beaucoup de précision. Le plus grand ordre a régné. Un seul accident, arrivé par l'imprévoyance d'un soldat, a troublé pour un moment le spectacle de cette fête: une balle laissée dans un fusil est venue casser la jambe à ua officier, qu'on a aussitôt transporté du champ de bataille chez lui...»
pousse l'un, menace Taulre; il est saisi, il se débat ; on exige ses papiers; il refuse de les montrer ailleurs qu'au corps de garde ; on le presse, il résiste, le bruit augmente, on l'entend s'écrier : « Quoi! c'est en m'assassinant que (' vous prétendez prouver que vous n'étos ])as des coquins, . . » A ces mots, il est traîné jusqu'à la porte et cède aux instances des habitants de la rue Dominique, qui l'invitent à fuir ce repaire infernal. Le lendemain de cette aventure, les Jacobins furent définitivement fermés; quelques-uns voulurent forcer la consigne et entrer malgré les chasseurs qui gardaient les portes; ils furent arrêtés. Il y a parmi eux un général de l'armée d'Italie qui était à Paris sans congé. — En voilà assez sur les Jacobins; c'est la dernière fois que nous en parlons »
Rapport du bureau central du 27 thermidor.
,. .Rapport analytique sur l'esprit public. — Le public s'occupe beaucoup des troubles qui se sont manifestés sur différents points de la République. On est généralement effrayé de ces insurrections, que tout le monde sent être provoquées et conduites par le royalisme. Ce que l'on apprend des brigandages et des assassinats qui se commettent dans la Vendée afflige et indigne tout à la fois, et, dans les groupes comme dans les conversations, l'opinion se prononce pour des lois énergiques et propres à rompre le cours de tous ces malheurs. Les royalistes ont deux manières de s'en féliciter : les uns ne dissimulent pas leurs vœux que ces ravages augmentent, parce qu'ils espèrent que les ennemis en auront d'autant plus de facilité d'entrer en France et d'y établir la monarchie; les autres gardent un silence remarquable par leur air de contentement et d'espoir dont il est accompagné. A les entendre, tous les troubles sont causés par la réouverture des Sociétés politiques. Ces ennemis implacables de tout système de gouvernement représentatif, de toute Constitution à la tête de laquelle ne serait pas un roi, crient continuellement à la terreur et appliquent la qualification de Jacobin à quiconque ne pense pas comme eux. — Le discours du président du Directoire à l'anniversaire du 10 août est goûté différemment, suivant les opinions ; un grand nombre de personnes paraît en être satisfait; d'autres, dans des groupes, témoignent des craintes que les réacteurs ne l'interprétassent à leur avantage ; ils craignent aussi un effet semJjlable de la fermeture de la réunion de la rue du Bac. — On a dit quelquefois qu'il allait se
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faire quelques changements dans le ministère ; on regardait même déjà le ministre de la guerre actuel comme remplacé, et on ne parlait de lui qu'avec éloge. — Le bruit s'est répandu aussi, assez généralement, que le Conseil des Cinq-Cents était disposé à prononcer négativement sur la question d'examen de la conduite des ex-Directeurs. Les amis de la République n'approuvent pas tous également cette disposition. — La reddition de Mantoue répand une alarme assez vive et des inquiétudes réelles pour le succès de nos armées en Italie. Bien des personnes croient que cette place ne s'est rendue que par l'eflet de la trahison.
Spectacles. — H y a peu d'intérêt depuis quelque temps dans les spectacles et encore moins de bon esprit; les airs civiques n'attirent en général l'attention et les applaudissements que d'un très petit nombre de citoyens. Cependant, au théâtre de la République et des Arts, on continue à faire quelques applications dans un sens réellement patriotique ; lors de la représentation de Tarare, l'attention de l'acteur à faire ressortir les passages favorables à l'opinion publique est très sensible. — On attribue à un sens bien différent les battements de mains affectés sur ce passage du Montcnero * au théâtre Favart : « Pour qui se font-ils la guerre? — Je n'en sais rien. — Quand feront-ils la paix? — Je n'en sais rien. » — Les nouveautés qui ont paru depuis plusieurs jours n'ont aucun trait aux opinions politiques et au surplus ne blessent en rien ni le gouvernement, ni les mœurs.