‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 173 sur 254 · Ce curnpte est daté du j fructidor an VII · texte numérisé non relu

Ce curnpte est daté du j fructidor an VII

leurs émigrés, conscrits et autres, pour se dérober aux recherches de la police, l'interprétation forcée donnée à l'art. 359 de la Constitution en appliquant aux auberges et maisons garnies la défense de faire des visites de nuit, le Bureau central a invité le ministre à s'assurer auprès du Corps législatif si cet article s'appliquait ou non aux aubergistes et maisons garnies. Copie de cette lettre a été envoyée au ministre de la justice. Le ministre de la police a répondu que l'article 359 de la Constitution ne pouvait s'appliquer à des maisons publiques, ni à des citoyens qui sortaient à la pointe du jour et n'habitaient deux fois de suite la même auberge, que la loi qui permettait à un officier de police d'entrer en tout temps dans les endroits où tout le monde était admis n'avait pas été rapportée, qu'une maison garnie où l'on couciiait une ou plusieurs nuits n'était pas un domicile ; qu'en conséquence il engageait le Bureau central à user de la faculté exprimée par celte loi. Celui de la justice a répondu qu'il était d'avis que tout lieu public, notoirement consacré à recevoir des étrangers, ne pouvait être considéré comme l'asile et le domicile d'un citoyen, et que la police pouvait dans tous les temps s'assurer si les règlements de police y étaient exécutés. . . .

Jeux sur la voie publique. — Le Bureau central s'est déterminé à ne point accorder de permission pour aucune espèce de jeux sur la voie publique, attendu les rassemblements auxquels ils donnaient lieu, les occasions qu'ils fournissent aux filous d'exercer leur malveillante industrie, et les espèces d'escroqueries qui se commettaient entre ceux qui tenaient ces jeux et ceux qui faisaient des paris. En conséquence, il a chargé les quarante-huit commissaires de police de retirer les permissions dont se trouvaient porteurs les citoyens tenant des jeux de trou-madame, de bombe et de chasse sur la voie publique....

Travaux publics. Conflit d^ attribution. — L'administration centrale du Département ayant arrêté, le 22 brumaire dernier, qu'elle procéderait elle-même aux adjudications qui pourraient avoir lieu pour l'entretien des localités confiées au Bureau central, cette disposition a excité des réclamations de la part du Bureau central, fondées sur ce que l'adjudication d'une entreprise ou de travaux quelconques, à la charge de la commune de Paris, est un acte administratif qui est de sa compétence, et sur ce que l'administration centrale ne peut agir, lorsqu'elle ne doit que surveiller. Le Bureau central a adressé, sur cet objet, aux administrateurs nouveaux du Déparlement, des observations tendantes à les convaincre de l'erreur dans laquelle étaient tombés les administrateurs sortants, et les a invités à rapporter l'arrêté précité

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Mœurs et opinion publique. Esprit public. — . ..Des gens que rien ne rassure ont paru s'effranger du nombre de réunions politiques que l'on a dit ouvertes dans la République. — On blâmait beaucoup dans les groupes formés le 19, près le palais des Cinq-Cents, la clialeur que plusieurs orateurs avaient mise dans la discussion ouverte sur le message du Directoire relatif à ces sociétés; on craignait surtout que les royalistes n'en conçussent un plus grand acharnement encore contre les réunions ; d'autres voyaient dans ce message et dans le rapport qui y était joint les traces d'un ancien système de bascule politique. On a, au surplus, témoigné généralement le désir de voir les réunions régularisées ou restreintes à des limites légales et sages. . . Une circonstance, dont on a rendu compte et que l'on va rappeler, a prouvé aussi que l'esprit du peuple triomphait toujours des menées du royalisme. Les deux voleurs que l'on conduisait au supplice le 16 thermidor dirent, dans leur trajet à la place de Grève, que, si c'était leur tour aujourd'hui, ce serait bientôt celui des républicains, que les conscrits n'iraient pas aux armées, parce qu'ils y seraient assassinés; ils crièrent ensuite: Vive le Roi! mais leur voix fut étouffée par des cris de : Vive la République ! qui se répétèrent à chaque fois que le glaive de la loi frappait un coupable. Chacun, dans la foule, augura bien de cette disposition du peuple; on disait que la République, malgré ses ennemis, serait encore une fois et toujours triomphante, et que, si les ressources pour la campagne étaient assurées, on trouverait des hommes prêts à verser leur sang pour le salut de la patrie. — L'aspect des garnisons de Corfou et de Milan a fait une impression profonde sur ceux qui, en foule, se portaient sur le passage de ces troupes ; le dénuement extrême dans lequel étaient ces défenseurs de la République faisait naître mille imprécations contre les dilapidateurs qui, à la suite des armées, se sont enrichis aux dépens du soldat

Correspondance relative aux mœurs et opinions publiques. Cultes. — Informé que le fanatisme sacerdotal reprenait de nouvelles forces, et sentant la nécessité de faire surveiller avec la plus grande attention les temples et oratoires pour assurer l'exécution des lois relatives à l'exercice des cultes, le Bureau central a invité les douze municipalités de cette commune à lui faire connaître ceux des commissaires de police qui négligeraient la surveillance des établissements religieux et à lui faire connaître aussi, par un tableau, les temples et oratoires de chaque arrondissement, les différents cultes qui s'y exercent et les noms et demeures des ministres qui les dirigent, suivant les déclarations qu'ils ont dû faire. Prévenu aussi qu'au

mépris de l'article 13 de la loi du 7 vendémiaire an IV, plusieurs citoyens offraient aux regards du public des signes particuliers à un culte en environnant de croix, bénitiers et autres objets relatifs au culte, les corps morts exposés dans les allées ou sous les portes cocbères de leurs maisons, le Bureau central a recommandé aux quarante-huit commissaires de police de veiller au maintien de l'exécution de cette loi.

Enlèvement du tableau des Droits de l'Homme. — Le tableau des Droits de PHomme placé dans le temple de l'Hymen en a été enlevé le 21 thermidor. L'administration municipale du Vl« arrondissement a dénoncé ce fait tant au ministre de la police et au Département qu'au Bureau central qui a donné des ordres pour la recherche des auteurs de ce délit.

Instruction publique. — Le Bureau central a renvoyé au Département un réquisitoire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du P"" arrondissement et communiqué par elle, à l'effet d'écarter des mains de lu jeunesse un livre élémentaire sous le titre : Vie des plus illustres modernes. — Le commissaire de police de la division de l'Ouest a constaté par un procès-verbal, dont il a remis expédition à la municipalité du X« arrondissement, que la citoyenne Boisgency, institutrice, rue Dominique, n° 1026, avait tenu école le 23, jour de fête nationale, et n'avait point prêté serment.

Fêtes nationales. — Une circulaire fut adressée aux entrepreneurs de théâtres, pour leur recommander de concourir à la célébration de la fête du 10 août, en donnant, le 23 thermidor, les ouvrages dramatiques les plus propres à inspirer la haine des rois et l'attachement à la République.

Sociétés politiques. — L'administration municipale du YIII« arrondissement, accédant à la demande, signée par dix citoyens, de se réunir en Société politique, a autorisé le concierge du temple décadaire à les faire jouir de ce local. Huit citoyens s'assemblèrent le 23 dans l'église Marguerite, faubourg Antoine, mais il n'y eut ni discours, ni discussion ; le 25, ils s'y réunirent en Société politique, au nombre de vingt, nommèrent un régulateur, et, peu après, se séparèrent faute d'occupation. Suivant un rapport du commissaire de police dre la division des Quinze-Vingts, ces citoyens paraissaient être ouvriers et ne tenir leur existence que d'un travail assidu, existence qui leur manquerait, a-t-il ajouté, s'ils passaient leur temps à la réunion.

Colporteurs. — Il a été adressé aux quarante-huit commissaires de police une nouvelle circulaire, par laquelle le Bureau central a près-

689 bilŒCïOllŒ EXÉCUTIF [18 août 1799]

crit de prendre les mesures étant en leur pouvoir pour arrêter les contrevenants à la loi du 5 nivùsc an V, portant défense d'annoncer publiquement les journaux autrement que par leur titre. — Des ordres ont été donnés à l'eflet :

1" De rechercher avec la plus grande activité les imprimeurs et distributeurs de divers écrits contre-révolutionnaires, afin de les livrer aux tribunaux ;

2» De surveiller plusieurs cafés et autres lieux publics désignés comme étant des points de réunion de contre-révolutionnaires royalistes les plus déhontés

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