L. MiLLY, Le Tellier
(Arch. nat., BB ^ 90.)
Arrêté du Directoire exécutif du 1" fructidor.
Le Directoire exécutif, après avoir entendu le ministre de la justice et le ministre de la police générale, tant sur les n°"58 et 59 du journal intitulé des Hommes libres, lesquels ont été transmis le 29 thermidor au Directoire, par un message du Conseil des Anciens, que sur les no' 60 et 61 du même journal ; vu les deux premières dispositions de l'art, ler de la loi du l'"" germinal an III et les lois des 27 et 28 germinal an IV; considérant qu'il est instant de faire poursuivre, en conformité de ces textes, par les voies et suivant les formes établies, les auteurs et l'imprimeur des numéros précités du susdit journal ; arrête ce qui suit : l" Le commissaire du Directoire exécutif près les tribunaux civil et criminel du département de la Seine est chargé de dénoncer à l'accusateur public de ce département les auteurs et l'imprimeur des n"^ 58, 59, 60 et 61 de l'écrit périodique intitulé Journal des Hommes libres. — 2° A cet effet, les susdits numéros seront adressés à ce commissaire pour être par lui transmis dans le jour à l'accusateur public. — 3" Le ministre de la justice est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.
Moulin, Gouier, P. Barras, Siéyès, Roger Ducos *.
(Arch. nat., AF lu, 6^22.)
1. Le 3 fructidor an VII, le ministre de la justice adressa au Directoire exécutif le rapport suivant : « Citoyens Directeurs, votre arrêté du 1" de ce mois, qui charge votre commissaire prés les tribunaux civil et criminel du département de la Seine de dénoncer à l'accusateur public les auteurs et imprimeur des n<" 58, 59, 60 et 61 de la feuille périodique intitulée le Journal des Hommes libres, pour être poursuivis d'après les lois des l" germinal an III, 27 et 28 germinal an IV, a été transmis le môme jour, par moi, à votre commissaire et par lui à l'accusateur public. Hier 2, le citoyen Legras, l'un des directeurs du jury que l'accusateur public a chargé des poursuites, s'est transporté au domicile de l'imprimeur Vatar, où il a fait la plus exacte perquisition : il m'annonce par une lettre d'hier, à deux heures après-midi, qu'il n'a rien trouvé, ni dans les presses, ni dans les manuscrits, ni dans les imprimés de relatif aux numéros dont il s'agit. Vatar
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Journaux.
Rédacteur du 3 fructidor : « En vertu des arrêtés du ministre de l'intérieur, l'exposition des ouvrages des artistes vivants dans le grand salon et la galerie d'Apollon au Muséum a commencé le l*'' fructidor et sera terminée le l"' brumaire. Un jury, dans le mois de fructidor, prononcera sur le mérite des ouvrages exposés; les noms de ceux qui auront été distingués par des travaux d'encouragement seront proclamés au Champ-de-Mars. Le cours des études dans la grande galerie du Muséum ne sera point interrompu. Los sept premiers jours de la décade continueront à y être consacrés, pendant lesquels les porteurs de billets d'entrée seuls y auront accès. Les 8, 9 et 10, cette galerie sera ouverte au public comme de coutume. Le Muséum sera ouvert tous les jours à dix heures du malin et sera fermé à cinq heures j)récises; passé quatre heures et demie, on n'entrera plus. » — Journal du Soir des frères Chaignieau du 2 fructidor : <f Paris, le 2 fructidor ... Des agents de la police ont arraché hier un placard séditieux, où Moreau est traité de tâtonneur, Joubert d'aristocrate à cause de son mariage, Bernadotte d'hypocrite ;
Lefebvre, Championnet, MuUer, Macdonald n'y sont pas épargnés » —
Ami des Lois du 2 fructidor : « Variétés ... Il y a deux ou trois cafés à Paris où l'on peut boire sans payer, pourvu qu'on y applaudisse aux horreurs qui se débitent contre le Corps législatif et le Directoire. On tâche d'y attirer les militaires en leur promettant de l'avancement et une augmentation de paie, s'ils veulent servir d'auxiliaires aux opérations du bonheur commun. Les militaires jusqu'alors n'ont pas été sensibles à ces fallacieuses promesses. Ces braves gens ont exposé leur vie pour le maintien de la République, et ils ne la vendront pas pour une bouteille de bière »
MDCCCI
• Rapport du bureau central du 3 fructidor.
. . .Journaux. — Il n'est aucun article d'un intérêt majeur clans les feuilles périodiques de ce jour. On observe seulement que, suivant VAmi des Lois, on continue à enrichir le commencement des séances du Conseil des Cinq-Cents du récit de quelques révoltes ; il croit que les puissances coalisées peuvent tirer parti de la publicité de ces événe-
était absent : le mandat d'amener est délivré contre lui. Les recherches et l'instruction seront continuées, et votre commissaire m'en fera périodiquement connaître le résultat. Le directeur du jury tient du citoyen Éon, attaché à la police générale et fondé de pouvoirs du citoyen Vatar, que celui-ci s'attendait à la perquisition. Tel est, citoyens Directeurs, le dernier état des recherches et de l'instruction. Gambacérè». >» (Arch. nat., AF m, C22.)
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ments, auxquels il donne pour cause l'apparition de Jacobins et l'âpreté de certains hommes en place. — On lit dans le Journal de Paris un fort bon article tendant à convaincre combien peu on doit se reposer sur les paroles des rois. Les exemples qu'il cite se rapportent au règne de Charles VI, qui, après un pardon le plus solennellement accordé, fît exécuter et supphcier un grand nombre d'habitants de Paris.
Rapport sur l'esprit public. — Les traces du véritable esprit public sont encore bien faibles ; les opinions pohtiques, leurs différences occupent un grand nombre de citoyens ; respectivement on est peu tolérant. — Plus on observe le royalisme, plus on se persuade que jamais il ne se départira de ses anciens préjugés et de ses étranges espérances. Le mot de Jacobin s'applique à une infinité de patriotes sages, et pour le royaliste tout est Jacobin. Une grande quantité de personnes dans la société, sans oser prononcer aucune opinion, se bornent à rappeler quelques circonstances malheureuses de la Révolution, notamment celles qui ont précédé le 9 thermidor. — Ce n'est que par accès que le royaliste, ordinairement fort lâche, se montre pour ce qu'il est ; ce n'est qu'à la suite d'une discussion un peu échauffée que, dans les cercles, il se livre au point d'employer ces mots : Votre République, lorsqu'il répond à quelques objections. — Un fait assez récent vient à l'appui de cette dernière observation. Un chanteur public et son épouse, débitant des chansons patriotiques vis-à-vis le corps de garde du Pont-Neuf, furent assaillis par une vingtaine de personnes qui les huèrent en criant : A bas les Jacobins! il faut exterminer tous ces gueux-là! Des citoyens, parmi lesquels plusieurs attachés à rÉtat-Major, dispersèrent cette troupe de furieux. — Il se forme aujourd'hui moins de groupes que par le passé dans le jardin des Tuileries, et ils ont tous paru très calmes. On réclamait des mesures de rigueur de la part des premières autorités pour la répression des insurrections que le royalisme suscite dans le Midi. On presse également le Corps législatif de rendre la loi annoncée pour l'organisation des réunions politiques. On s'y est aussi occupé du Journal des Hommes libres. Assez souvent, un citoyen en fait la lecture ; ceux qui l'entouraient disaient que ceux qui composaient celte feuille voulaient mettre tout en combustion, et que, tôt ou tard, ils en seraient les victimes. — L'indignation est générale au cri ou à la lecture de plusieurs pamphlets qui provoquent l'avilissement des autorités et des institutions républicaines. — Les opinions sont beaucoup meilleures sur les dispositions des conscrits. On se plaît moins, dans certaines parties du public, à leur croire de
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la répugnance à se rendre sous les drapeaux; on les dit généralement pleins de zèle. On voit un grand nombre d'individus vêtus d'habits ou espèces de redingotes bleues ; on craint que ce ne soit un nouveau signe de ralliement.
Spectacles. — Les spectacles n'ont offert aucune nouveauté, aucune particularité, qui fût de nature à faire ressortir l'opinion, à l'exception du théâtre de la République et des Arts. Ce théâtre compte au nombre des pièces patriotiques portées sur son répertoire un nouvel acte, dont le sujet est Léonidas '. Les Spartiates, choisis au nombre de trois cents, se préparent à marcher, sous ce chef courageux, au-devant d'une armée innombrable de barbares. Le passage important des Thermopyles est le paste qu'ils doivent défendre ; leur mort est certaine, ils le savent, mais ils savent aussi que leur dévouement héroïque sauvera la Grèce, et ils sont tellement déterminés à cette généreuse action, qu'ils célèbrent d'avance leur pompe funèbre. Un jeune Spartiate, qu'à raison de sa grande jeunesse Léonidas veut éloigner de cette expédition, met l'honneur de défendre son pays au-dessus de toutes les considérations, et vole également aux Thermopyles. Cette pièce, dont le plan, comme on le voit, est très resserré, sans avoir excité d'enthousiasme, a cependant été constamment applaudie, et plus encore à la seconde représentation qu'à la première. Des amis de la République faisaient hautement le juste reproche à l'administration de ce théâtre de n'avoir confié de rôles dans cette pièce à aucun des sujets les plus avantageusement connus, et de n'avoir donné absolument aucun appareil à la pompe funèbre. La négligence avec laquelle cette pièce a été montée a frappé tout le monde. On sait toutefois que les administrateurs ont ordonné d'autres accessoires pour la quatrième représentation.