‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 179 sur 254 · L. MiLLY, Le Tellier · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Le Tellier

(Arch. nat., BB ' 90.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 6 fructidor : « Paris, le 6 fructidor. . . .Les visites domiciliaires se font partiellement dans cette commune. On assure que les officiers de police y procèdent avec beaucoup de décence et de modération. » — Gazette de France du 6 fructidor : « . . .Le citoyen Garrichon, marchand de vins en gros, île de la Fraternité, s'est brûlé la cervelle dans un accès de désespoir causé par sa cotisation à l'emprunt de 100 millions. Il était acquéreur de beaucoup de biens nationaux et père d'une nombreuse famille... » — Clef du Cabinet du 7 fructidor: « Paris, le 6 fructidor. ...Plusieurs de nos correspondants nous dénoncent un journal intitulé le Nécessaire^, imprimé à Paris et qui prêche la contre-révolution dans le Midi, oîi il est envoyé avec profusion. On nous a cité d'autres journaux rédigés ici dans le même esprit, que très peu de gens y connaissent, et qui en partent pour les départements. Nous invitons le ministre de la police à faire suivre ces prédicateurs zélés à la piste ; le poison qu'ils répandent ne peut qu'être extrêmement contagieux... »

MDCCCIV

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 10 fructidor : « Paris, le iO fructidor. .. .On prétend que trois surveillants de police ont été tués dans Paris, le 6 de ce mois, et qu'un quatrième a été blessé. Nous savons que quelques-uns d'entre eux ont reçu des coups ; mais le reste paraît inventé. » — Publicisle du 9 fructidor: « Paris, le 8 fructidor. ...Les effets qui viennent d'être mis en circulation par le syndicat du commerce (commission chargée par les banquiers de tout ce qui est relatif à l'avance qu'ils ont faite au gouvernement) perdent 5 et 6 pour 100, quoique seulement quinze et trente jours de date. . . » — Messager du 8 fructidor : « Paris, 7 fructidor. . . .Le citoyen Le Carlier, ex-ministre de la police générale, député au Conseil des Anciens, est mort avant-hier d'un mal de gorge gangreneux. La députa-

1. Le Nécessaire ou Courrier du Corps léffislatif et de la r/uerre, fin 12 messidor an VII au 18 fructidor suivant (Bibl. nat.. Le 2/819, in-4), était la suite du Censeur des Journaux, par Gallais, supprimé le 18 fructidor an V. Cf. Tourneux,

nMl,2:i8.

699 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [24 août 1799]

tion de son département et plusieurs représentants du peuple ont assisté à son enterrement, qui s'est fait dans le cimetière des carrières Montmartre, avec l'indécence qu'on apporte aujourd'hui dans les funérailles. Cette irrévérence pour la cendre des morts est un oubli de morale et de religion dont l'histoire d'aucun peuple n'offre le sacrilège exemple. Il n'est personne qui ne détourne les yeux et ne se sente le cœur froissé en voyant les restes chéris d'un père ou d'une épouse abandonnés à l'insensibilité de quatre misérables qui se disputent les dépouilles du mort en le jetant dans les catacombes empoisonnées de la capitale. Mais cette impiété n'est-elle pas une suite nécessaire de la corruption d'un siècle où l'on se joue à son gré de la fortune, de la vie, de l'honneur des hommes? et quand ils s'estiment si peu de leur vivant, peuvent-ils se respecter après leur mort ?. . . »

MDGGGV

Rapport du bureau central du 8 fructidor.

. . .Rapport sur les journaux. — Le rédacteur du journal VAmi des Lois trouve dans les derniers écrits de Mallet du Pan une preuve de connexité entre les Jacobins et le royalisme : « Cependant, ajoute-t-il, c'est à ces mêmes Jacobins que l'on défère, que l'on accorde tous les emprunts progressifs, les provocations hostiles tant au dehors qu'au dedans, les proscriptions arbitraires des otages, etc. » — Le Journal des Hommes libres, dans un article intitulé : Aux républicains, se justifie, mais en s'en glorifiant à bien des égards, du reproche qu'il dit lui être fait de ne pouvoir souffrir aucuns gouvernants, attendu que c'est, en d'autres termes, lui reprocher d'avoir attaqué le gouvernement des réacteurs. Il donne les raisons pour lesquelles il attaque Siéyès; elles sont d'avoir, par les discours prononcés les 14 juillet et 10 août, donné le signal de la réaction; elles sont dans la défiance que le 30 prairial lui a suggérée sur les idées de gouvernement que rapportaient des hommes nouveaux, défiance fortifiée par ce qu'il savait de l'attachement de Siéyès aux principes monarchiques, qu'il n'a jamais désavoués. — Il dit que le citoyen Siéyès a fait une déclaration très claire, extrêmement précise et fortement motivée en faveur de la royauté ', et l'invite à en faire une non moins bien motivée en faveur de la République, attendu qu'il pourrait nous mener à une contre-révolution de sa façon, s'il persistait dans sa théorie royale,

1. En juillet 1791. Voir mon Histoire politique de la Révolution, p. 137.

[2b AOUT 1799] DIRECTOIRE EXECUTIF 700

comme il l'a assuré publiquement et par écrit qu'il y persistait. Il déclare que le citoyen Siéyès est jugé, s'il ne donne pas aux républicains une garantie spéciale, publique et signée de sa main. — Enfin il lui reproche de débuter comme Garnot et Merlin, de ressaisir comme ce dernier, au profit de l'autorité dont il fait partie, le mot de gouvernement; il trouve qu'il a le même système que ces deux ex-Directeurs, ou plutôt qu'il ne fait que continuer le leur. — Si l'on n'y prend garde, dit le Grondeur à l'occasion de la nomination du citoyen Massé aux fonctions de commissaire du Directoire à Saint-Omer, « et, si le ministre de l'intérieur s'obstine à ne mettre en place que des coquins, les scènes de Toulouse se renouvelleront dans toute la France ». — Prudhomme ayant dit que les troupes, arrivant de Mayence à Paris, étaient pour maintenir la tranquillité menacée par le royalisme, le Grondeur répond à Prudhomme que les royalistes n'inspirent aucune inquiétude à Paris, et que tous ces préparatifs se font contre les Jacobins, qui sont en état permanent de conspiration, — S'il fallait en croire le Voyageur (par Prudhomme), avant-hier trois surveillants de la police auraient été tués dans Paris, un quatrième grièvement blessé. — Les autres journaux n'ont donné lieu à aucune analyse.

Le Tellier, L. Milly.

(Arch. nat., BB ^ 90.)

Rapport du bureau central du 9 FRucTmoR.

...Rapport analytique des journaux. — Un petit développement de plus, que le Messager des relations extérieures donne aujourd'hui aux détails précédemment connus sur les événements d'Amiens, en donne tous les torts à la municipalité de cette commune. — On trouve dans le Démocrate un coup d'œil sur la situation du département du Pas-de-Calais, présentée sous des couleurs alarmantes : les marchands et fabricants renvoient leurs ouvriers, attribuant le dépérissement du commerce au 18 fructidor, au 30 prairial, à la République, aux Jacobins. — On répand le manifeste de Condé, des libelles de royalisme ; des. brigands sont saisis criant Vive Louis XVIII î les arbres de la Liberté sont renversés ; il est des communes où l'on embauche des conscrits. — Le Démocrate persiste à regarder le citoyen Siéyès

loi DmECTOmË EXÉCUTIF [2B Aolj'i- 17Ô9]

comme illégalement promu au Directoire, attendu que, par sa lettre d'option, en date du 26 floréal, il ne se démettait des fonctions de législateur que pour celles qui lui étaient conférées par les départements de l'Aube et des Bouches-du-Rhône, qu'il ne devait exercer qu'à partir du l»"" prairial. — Les nouvelles que le Propagateur produit sur Mayence font mention d'un complot tramé dans cette place pour la livrer aux Autrichiens et de la fuite d'un commandant à l'ennemi avec son état-major. — Le Grondeur est satisfait du retard que les membres du Corps législatif éprouvent dans le payement de leur traitement, parce que, dit-il, si le mal arrive jusqu'à eux, ce sera peut-être un motif pour qu'ils en cherchent les véritables causes. Vient immédiatement un tableau peu favorable de l'état actuel du crédit : « Le marchand ne vend rien, ne peut même pas payer sa patente ; on perpétue les craintes en traitant les moyens de rouvrir les Jacobins après les avoir fermés ; l'emprunt réduit à zéro la valeur des biens nationaux ; il anéantit le droit de timbre, d'enregistrement, affaiblit considérablement celui de passe ; il coûte déjà des millions au Trésor public; il fait cesser toutes les transactions, tous les travaux. » — Le Miroir prend peur des signes du retour de la Terreur, des lois qu'il traite de révolutionnaires, celle de l'emprunt et celle sur les otages, « pire, est-il dit, que celle des suspects ». Suivant ce journaliste, si cette mine (le jury créé par la loi de l'emprunt de iOO millions) trouve d'assez courageux exploiteurs, elle ne sera pas d'un moindre rapport que l'admirable institution de la liste indéfinie des émigrés. Nota. Les mots soulignés sont en italiques dans ce journal. — Après avoir mis quelques réflexions sur le besoin que les législateurs ont de s'entourer de considération, le Voyageur leur dit : « Ne faites plus de lois révolutionnaires; le peuple a besoin d'oublier ces époques sanglantes; que les impôts qui nous rappellent l'ancien régime au moins ne soient plus illusoires, tels que celui des octrois de bienfaisance, qui laisse manquer des objets de première nécessité la classe respectable à laquelle il est affecté. Que le droit de passe, qui ne permet pas à chaque voyageur d'être libre, serve à réparer les routes qui sont dans le plus mauvais état »

Le Tellier, L. Milly.

(Arch. nat., BB » 90.)

[â5 AOUT 17991 DIRECTOIRE EXÉCUTIF lOt

Rapport présenté au Directoire exécutif par le ministre

DE l'intérieur.

{8 fructidor mi VII.)

La statue de la Liberté, placée sur la place de la Concorde, est dans le plus triste état de dégradation.

Pour remédier à ce mal, le Directoire, sur le rapport de mon prédécesseur, prit un arrêté qui ordonnait d'élever à la place de la statue un monument de la Liberté ; et ce monument devait être proposé au concours.

On ne peut songer en ce moment à élever un monument qui serait nécessairement très dispendieux ; cependant il serait impolitique de supprimer la seule statue de la Liberté qui existe sur les places publiques de Paris.

Il ne restait donc d'autre parti à prendre que de la restaurçr. C'est ce que je viens d'ordonner. Son auteur s'est engagé à la réparer dans un mois. Elle pose sur l'ancien piédestal qui portait la statue équestre de Louis XV. On avait eu soin seulement de le dégrader, croyant exprimer par là que la Liberté était assise sur les débris de la royauté. C'était une idée belle en apparence, mais qui produisait un effet tout contraire à celui qu'on s'était proposé. La Liberté posait sur des ruines : voilà tout ce qu'offrait le monument.

J'ai donc cru devoir ordonner aussi la réparation du piédestal. On le fera en pierres lisses seulement, et d'une architecture simple ; mais il sera en proportion avec la statue, car il était auparavant trop maigre et presque ridicule sous une figure aussi colossale.

La dépense de la restauration de la statue et du piédestal n'excédera guère, si même elle excède, la somme de 3,000 francs. Cette dépense m'a paru nécessaire, indispensable. Tout le travail sera terminé dans un mois, c'est-à-dire à l'époque de la fête de la République.

J'ai pensé que ce monument prendrait un caractère vraiment national, si sur les quatre faces du piédestal on rappelait les quatre grandes époques de la Révolution, celles qui ont précédé et amené la République. L'inscription ne serait que renonciation du jour consacré par ces événements.

Je soumets en conséquence à l'approbation du Directoire exécutif les quatre inscriptions : 20 juin 1789 — 14 juillet 1789 — 40 août 4792 — Z®'' vendémiaire de l'an I. Quinette *.

(Arch. nat., AF iii, 623.)

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