‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 180 sur 254 · En marge « adopté · texte numérisé non relu

En marge « adopté

703 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [25 août 1799]

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 13 fructidor : « Paris, le 43 fructidor. ... Charles- André Boissel, employé dans Tartillerie, accusé d'avoir, dans un groupe au jardin des Tuileries, qualifié de terroristes les citoyens assemblés au Manège, provoqué leur assassinat et dit qu'il voulait poignarder Antonelle de sa main, a été condamné à deux ans de fers, le 8 fructidor, par le tribunal criminel du département de la Seine. » — Moniteur du 10 fructidor : n Paris, le 10 fructidor. L'administration centrale du département de la Seine et le jury de taxation de l'emprunt de 100 millions publient l'analyse suivante de leurs travaux jusqu'à ce jour. Le nombre des contribuables imposés à l'emprunt jusqu'au 8 fructidor est de deux cent dix. Leurs taxes s'élèvent environ à 7 millions et demi. Les dix-huit plus forts contribuables sont taxés 23 à 50,000 francs ; douze de 50 à 100,000 ; neuf de 100,000 à 200,000; quatre de 200,000 à 400,000. Les cent soixante-deux autres prêtants fournissent depuis 3,000 jusqu'à 40,000. Il est bon d'observer : 1° que la loi accorde neuf mois pour le paiement; 2'» que les citoyens les plus aisés de Paris, c'est-à-dire de la République, sont compris dans ces deux cent dix ; 30 et enfin que le jury et l'administration centrale s'occupent maintenant des propriétaires fonciers, dont les taxes résultent de leur contribution foncière, et ne peuvent jamais être très fortes ; que ces fonctionnaires sont bien résolus de n'assujettir à l'emprunt ni les marchands ni les artistes, ni même les manufacturiers ou chefs d'atelier, à moins qu'une fortune notoire et très considérable ne les mette évidemment dans le cas de faire en ce moment quelques avances à la République. L'administration centrale de la Seine, ayant appris que le citoyen Perregaux, banquier, était le premier qui eût versé dans le délai prescrit le premier sixième de sa taxe à l'emprunt, lui en a témoigné sa satisfaction par une lettre... » — Messager des relations extérieures du 10 fructidor : « Paris, 9 fructidor. . . .Pour compenser un bien par un mal, et maintenir l'équilibre, on a rouvert les tripots de jeu en fermant ceux des Jacobins. Les uns et les autres en veulent à la bourse ; ceux-ci pourtant ont l'avantage d'aller jusqu'à la vie. C'est là sans doute ce qui leur a obtenu la préférence. . . » — Clef du Cabinet du 10 fructidor : « Paris, le 9 fructidor. Les rues de Paris ont été, de tous les temps, si encombrées par la population immense que cette grande commune renferme, qu'il a été toujours difficile aux piétons d'y échapper à tous les dangers. Mais depuis qu'on y rencontre des ordonnances courant à cheval comme des fous, dans tous les quartiers, des cabriolets conduits par des femmes, des braques et des enfants, des charrettes énormément chargées de pierres colossales, des tombereaux attelés à des chiens, des portefaix courbés sous des meubles entassés en travers, des militaires portant en étourdis des sabres effrayants, des jeunes gens qui pour faire piaffer leurs chevaux au coin d'une borne, se laissent quelquefois emporter par eux, il n'est presque plus possible d'éviter les malheurs que doivent entraîner des abus aussi intolérables ; et l'on crierait à l'exagération peutêtre, si nous publiions tous les accidents qui, à notre connaissance, ont porté, depuis deux mois, dans les familles les plus respectables, l'affliction, la mort et le deuil... »

[27 AOUT 1799] blHECtOjUË EXÉCUTIF 7o4

Rapport du bureau central du 11 fructidor.

Rapport analytique des journaux. — Les déclamations contre les lois relatives à la responsabilité des communes et à l'emprunt ont acquis sous la plume d'un assez grand nombre de journalistes un nouveau degré de force. — Le Surveillant est un de ceux que l'on distingue le plus ; il rapporte à la loi sur l'emprunt la disparition du luxe, la cessation des travaux et des manufactures, l'anéantissement du commerce; une classe immense, ajoute-t-il, va mourir de faim. La loi sur les otages, suivant le même, renforce la chouannerie, la crée où elle n'existait pas encore, soulève quelques départements : c'est une mesure de Robespierre. — Quel triomphe pour Merlin, dit le Grondeur, en parlant de la loi sur la responsabilité des communes, de voir ainsi revivre sa fameuse loi des suspects! Tout un article du même journal, dirigé contre le général Dufresse, renferme des idées et des ressouvenirs qui constituent le véritable esprit de réaction. — Il en est de même des réflexions particulières, ayant pour titre. Variétés : l'auteur, d'après le rejet d'un plan de finances de M. de Galonné, a dit que la France aurait des États généraux et des troubles'. Il aurait ainsi parié, dès lors, que le Roi périrait sur l'échafaud. Il a prévu aussi des malheurs inévitables, lorsque, « construits avec des crânes humains, les autels de la Liberté n'ont plus été arrosés que de sang et de boue », — Le Courrier de Paris, par l'esprit qui caractérise ses feuilles des 10 et 11 de ce mois, provoque une attention particulière. Le 10, en blâmant l'affiche dans Paris d'un extrait du Journal de Toulouse, il dit que la Haute-Garonne est le pays des sycophantes et qu'on n'y a pas encore connu le 9 thermidor. Plus bas on lit que, si la guerre civile ne réussit pas aux Jacobins, ils comptent du moins sur l'entrée des Russes en France, pour faire alors un coup de peigne contre les royalistes, les oligarques et les modérés. Viennent ensuite quelques déclamations contre la loi de

1. Voici la phrase textuelle (Grondeur du 11 fructidor an VII, p. 3) : « Lorsque Louis XVI rassembla les notables, jai pensé que, si les plans de M. de Galonné étaient admis, le déficit serait couvert, et l'autorité royale affermie pour longtemps; que, s'ils étaient rejetés ou ne réussissaient pas, la France verrait des États généraux et des troubles. »

705 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 août 1799l]

l'emprunt. Plus loin, la République française depuis Vimmorlelle journée (ce mot en italiques) du 30 prairial est comparé à un char, à une voiture bigarrée, que les chevaux tirent par les angles en quatre sens opposés. « Nous croyons bien, ajoute le journaliste, que ceux qui ont avili le Directoire pour l'abattre ont eu le projet de lui rendre son éclat, quand il serait leur Directoire. Mais il leur manquera peut-être longtemps deux choses essentielles, des préjugés qui n'existent plus et des victoires qui sont devenues douteuses. » — La feuille de ce jour n'est pas moins remarquable ; les nouvelles que l'on y donne d'Asie y sont vraiment alarmantes; on y dit que, de retour à Jafîa, les Français se sont signalés par des actes de la plus grande cruauté; que Buonaparte a perdu la confiance de ses troupes, qui ne voulaient plus le reconnaître, qu'il a même failli être victime d'une émeute; qu'il regagne l'Egypte avec une armée réduite à deux mille trois cents hommes ; que tous les puits des déserts par où il doit passer sont comblés. — Le Courrier de Paris publie de Paris des nouvelles portant que, depuis l'activité du jury de l'emprunt, les ateliers sont déserts; il fait entendre que, si l'on suit les proportions établies, les neuf départements réunis fourniront seuls l'emprunt de 100 millions. Mais ce qu'il y a de plus frappant, et un moyen infaillible de provoquer la guerre civile, c'est de destituer les administrateurs éclairés dans un département tranquille, de leur substituer des membres de comités révolutionnaires ; les citoyens effrayés se réuniront; on les traitera de rebelles; des royalistes se confondront avec eux, et voilà une armée de royalistes. Qu'importe, ajoute-t-il, que de bons citoyens, devenus la proie des Jacobins, expirent sous la baïonnette ou la balle meurtrière? C'est du sang qu'ils répandent, et l'on veut du sang. Le Courrier ne donne point d'autres causes aux troubles du Midi. — Suivant le même, l'emprunt est plus désastreux que tous les impôts connus ensemble. C'est depuis le 30 prairial que la Vendée renaît de sa cendre. Le journaliste finit par désirer que ceux qui font les lois et qui gouvernent n'imitent pas le Satan de Milton, « poursuivant son voyage sur ce qui est marécageux, escarpé, étroit, etc., nageant, plongeant, rampant, volant... » — Le Démocrate observe aux démocrates que, si la faction des voleurs est en possession de les faire assassiner, mitrailler depuis cinq ans, c'est que les représentants de ces voleurs sont plus nombreux que les leurs. — Les autres feuilles n'ont paru nécessiter aucune analyse.

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