‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 186 sur 254 · Journal de Bruxelles · texte numérisé non relu

Journal de Bruxelles

2. A cet arrêté est jointe cette lettre du ministre de la police, sans date de jour, au secrétaire général du Directoire exécutif: «Je vous adresse, citoyen, le projet d'arrêté portant application de la loi du 22 fructidor aux individus désignés comme auteurs, propriétaires des journaux frappés par cette loi. Je vous observe que les rédacteurs des journaux le Spectateur du Sorcl, le Tableau de Paris, le Cri public ou Frères et ainis, le Défenseur des vieilles institutions, le Journal des jaurnaux. le Grondeur et l'Abréviateur universel ne s'y trouvent pas compris, parce que les administrations des départements où ils étaient rédigés ont négligé de produire l'état prescrit par l'arrêté du Directoire exécutif du 3 frimaire ou bien n'ont pu acquérir les renseignements nécessaires sur les auteurs de ces journaux. — Salut et fraternité : Folché. »

[n SEPTEMBRE 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 714-

Journaux,

Puhliriste du 18 fructidor: <t Paris, le 17 fructidor, . . .Parmi les tableaux exposés cette année au Muséum, il en est peu, ou plutôt il n'en est point dont la composition porte sur des traits d'histoire d'un grand intérêt. Des paysages, des marines, des portraits, des fleurs, des dessins, des plans d'édifices, quelques objets de mécanique : voilà en général ce qu'on y trouve. Trois grands tableaux seulement s'y font remarquer, entre autres celui qui représente le 10 août ; c'est le peuple foulant aux pieds le despotisme et vainqueur de tous les vices. . . »

MDCCCXIII

Arrêté du Directoire exécutif du 17 fructidor.

Le Directoire exécutif, considérant qu'il existe une conspirationdont le but est de rétablir la royauté par l'influence de l'étranger, par la destruction du gouvernement et de la Constitution de Tan III, que les actes de rébellion qui se sont manifestés dans l'intérieur de la République sont les suites évidentes de cette complicité entre les ennemis du dehors et des Français égarés ou perlîdes ; considérant que les écrits politiques, journaux ou autres productions de la presse qui provoquent, déterminent, secondent ou justifient des mouvements insurrecteurs contre la République et l'exécution des lois sont un des plus puissants moyens de cette conspiration ; considérant que tous les moyens de conspirer contre la Constitution et les autorités qu'elle a établies sont également condamnables, répressibles et punissables ; considérant que l'article 145 de la Constitution investit le Directoire exécutif du droit de décerner des mandats d'amener et d'arrêt contre tous ceux qui sont présumés auteurs ou complices de quelque conspiration attentatoire à la sûreté intérieure ou extérieure de l'État, arrête : 1" Les propriétaires, entrepreneurs, les directeurs, auteurs, rédacteurs des journaux ci-après : le Bulletin officiel des armées coalisées, la Parisienne, le Courrier de Paris, le Démocrate,. le Miroir, la Feuille du Jour, le Nécessaire, les Hommes libres, le Grondeur, le Défenseur de la patrie,- faisant suite à VAmi du peuple, seront mis en état d'arrestation. — 2° Les scellés seront apposés sur leurs effets, papiers et presses. — 3° Le ministre de la police

715 DIRECTOIRE EXECUTIF [4 septembre 1799]

est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

Roger Ducos, P. Barras, Moulin, GoiiiiiiR *.

(Arch. nat., AF m, 625.)

MDCCCXIV

Journaux.

Publiciste du 21 fructidor: a Paris, le 20 fructidor. ...Pour détourner les femmes de la fureur de paraître presque nues dans nos jardins, le médecin Angrand cite la mort d'une jeune personne à la suite d'une maladie de poitrine contractée ces jours derniers à Tivoli. Il annonce qu'il va recueillir un grand nombre d'histoires de maladies graves, souvent mortelles, occasionnées par l'usage des habits à la grecque... » — Clef du Cabinet du 20 fructidor: « Paris, 19 fructidor. La fête au Champ-de-Mars* a eu lieu hier de si bonne heure, et il y faisait une si forte chaleur, que l'afiluence du peuple y a été moins grande qu'à l'ordinaire; mais le même esprit, le même amour pour la République s'y sont fait remarquer ; et chaque Français sent toujours mieux que, hors de la Constitution actuelle, il ne peut y avoir que troubles, dissensions et carnage... » — Journal des Débals du 11 fructidor : w Fête anniversaire du 18 fructidor. Programme. Le malin du 18 fructidor, les magistrats du peuple se rassembleront dans les temples. Ils y rappelleront à leurs concitoyens cette malheureuse époque où des hommes perfides s'appliquaient à corrompre l'oiiinion })ubliquc, s'ellbrçaient de confondre dans leurs outrages les plus purs citoyens, les chargeaient des plus odieuses dénonciations. Ils diront comment une hypocrite passion méprisait le Sénat, entravait toutes les opérations de l'autorité executive, enchaînait la victoire et préparait la guerre civile. Ils voueront à la haine publique les réacteurs royaux, et tous ceux qui, sous le masque hideux d'un faux patriotisme, tenteraient de renverser la Constitution de l'an III. Ce môme jour, à trois heures de l'après-midi, toutes les autorités et administrations se rendront au Champ-de-Mars. Dans la

1. Cet arrêté est accompagné d'un rapport de Fouché dont on trouvera un extrait dans mon Histoire politique de la Révolittion, p. G21. — Le même jour, n fructidor an VII, le Directoire adressa au Conseil des Cinq-Cents un message où il lui expliquait les motifs et la légalité des mesures qu'il prenait contre la presse périodique, et il fit en même temps une proclamation aux Français pour leur demander de se rallier tous autour du gouvernement, et de prévenir ainsi la contre-révolution et les désastres qu'elle amènerait. On trouvera le texte de ce message et de cette proclamation dans la réimpression du Moniteur, t. XXIX, p. TJG et 799.

2. On trouvera un arrêté du Bureau central, relatif aux moyens de circulation, le jour de cette fête, dans le Rédacteur du 18 fructidor an VIT.

marche des autorités vers le lieu oii s'exécuteront les cérémonies, un autel couronné de lauriers, sur lequel sera posé l'acte constitutionnel, sera porté par de jeunes militaires. Ils précéderont le Directoire exécutif. L'autel sera ])lacé au milieu de l'enceinte destinée aux autorités. Des parfums brûleront à l'entour. Le Conservatoire de musique exécutera des hymnes à la patrie. Le président du Directoire prononcera un discours et ensuite descendra vers l'autel. Il y prendra le livre de la Constitution et en lira le dernier article, qui j)orte : « Le peuple français remet le dépôt de la jjréscnte Constitution à la fidélité du Corps législatif, du Directoire exécutif, des administrateurs et des juges, à la vigilance des pères de famille, aux épouses et aux mères, à l'affection des jeunes citoyens, au courage de tous les Français. » Les fonctionnaires publics, levant la main, prendront l'engagement d'observer et de défendre de tous leurs moyens la Constitution de i"an III. Le bruit du canon annoncera cette cérémonie. L'enceinte retentira de nouveaux chants patriotiques. Les troupes exécuteront diverses évolutions. Le Directoire et le cortège retourneront ensuite <à la Maison du Champ-de-Mars, au bruit d'une musique militaire. Le ministre de l'intérieur, signé : Qui.nktte. «

MDCGCXV

, \d FRUCTIDOR AN YII (5 SEPTEMBRE 1799).

JOUHNAUX.

Messager des relations extérieures du 21 fructidor : « Paris, 20 fructidor. La situation de Paris semble être tranquille. Quand on observe, elle est alarmante. Il y a une suspension générale d'all'aires qui intlue sur les grandes fortunes et sur les besoins journaliers du pauvre. Les ateliers des faubourgs ])opulcux de cette cité sont presque sans activité, quelques-uns sont tout à fait fermés. Une foule d'ouvriers sans ouvrage est exposée à la plus alTreuse misère. Cependant les cabarets sont pleins. Ce contraste étonnant de la débauche et de la misère jette de l'inquiétude. C'est à l'activité du gouvernement à surveiller l'une, et à la sagesse du Corps législatif à i)révcnir l'autre en ramenant au sein de la société la confiance qui naît de bonnes lois, et la prospérité générale qui naît de cette confiance... »

MDCCGXVl

RaI'I'ORT du BUHKAU CENTUAL du 21 FItUCÏIDOR.

Itapport analytique des journaux. — Dans l'une des premières feuilles du journal rEnncnd des oppresseurs, on trouve une suite

717 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [6 septembre 1799]

d'idées qui tendent à prouver que la persécution des patriotes avait été prévue et qu'on ne s'était pas trompé en annonçant que les autorités seraient circonvenues et que l'on ne cesserait de leur présenter un fantôme de conspiration républicaine, pour donner le temps à la véritable conspiration de mûrir ses attaques • . . . — Une note de V Ennemi des tyrans porte que les « excluants « du 18 fructidor ont, à ce qu'on prétend, partagé entre eux les appointements des exclus ; l'auteur de cette note dit que cinq ou six ont refusé de participer à cette distribution, et qu'il serait bon qu'ils se fissent connaître, attendu que des méchants assurent que Siéyès, la colonne de la République, n'était pas de ce petit nombre. — Le dernier message du Directoire et sa proclamation du 17 de ce mois sont fortement improuvés dans cette feuille. Sur ce que le Directoire a dit que des écrivains d'un esprit opposé paraissaient se réunir à un point désigné et prendre pour rendez-vous commun le tombeau de la Constitution, le rédacteur du journal observe que le tombeau de la Constitution fut creusé par ceux qui traduisirent les républicains devant la Haute-Cour de Vendôme, par ceux qui, au 22 floréal, créèrent une chimère de conspiration anarchique, et que le tombeau de la Constitution s'achève aujourd'hui par ceux qui invoquent l'un de ses articles pour couvrir un attentat contre la liberté publique. VAmi de la Paix voit deux partis influer sur nos destinées : celui des Jacobins, sur lequel le rédacteur s'étend beaucoup, et celui des honnêtes gens, terme sous lequel VAmi de la Paix veut entendre les amis de la République et dans l'énumération desquels il cite rapidement les royalistes, en paraissant ne les croire d'aucune conséquence ; il en conclut que le gouvernement ne peut craindre absolument que les Jacobins. — Tout un monologue de Figaro, dans la comédie très connue sous ce titre, sert d'application ironique au dernier message du Directoire dans le Courrier de CEurope. — Plusieurs journaux et notamment ce soir l'Ami des Lois parlent de la reddition de la flotte batave aux Anglais. Cette nouvelle est, disent-ils, venue par Amsterdam.

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