‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 19 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

que prêche l'écrivain en palliant les griefs que l'on peut concevoir contre différents souverains; il prétend appuyer cette opinion sur les deux maximes suivantes : « Tout provocateur à la guerre est un monstre exécrable, que les nations doivent se hâter d'étouffer. w « Une défensive respectable est aujourd'hui la plus belle et la seule position qui convienne à la France. » — Il ne veut pas ensuite que les journalistes prennent l'initiative de la guerre, et il ajoute que, s'ils pensaient, comme l'abbé Desfontaines, qu'Alger mourrait de faim en vivant en paix avec tout le momie, il est très disposé à leur répondre, avec un lieutenant de police, « qu'il n'est pas nécessaire qu'Alger vive ». Que prétend le journaliste par ce dernier mot? A-t-il entendu l'appliquer à la République française? C'est ce qu'il convient à l'autorité d'examiner. Cet article, au surplus, que l'on tiendrait écrit par une main étrangère, ne peut que porter coup à l'esprit public.

Lessore.

(Arch. nat., BB » 88, et F ' 3841.1

Séance du Directoire exécutif

du o fructidor an Vf.

Dans un rapport, le ministre de l'intérieur observe au Directoire que les entrepreneurs de l'enlèvement des boues de Paris vont être forcés à cesser leur service, si on ne leur paie un acompte sur les sommes qui leur sont dues. Il demande d'être compris pour cet objet dans la distribution de cette décade pour une somme de 300,000 francs. Le Directoire renvoie ce rapport au ministre des finances.

(Arch. nat., Registre des délibérations du Directoire, AF * m, 12.)

Rapport du bureau central du 3 fructihor.

. . . Journaux. — Les feuilles périodiques de ce Jour ne motivent aucune remarque importante. On observe que le numéro du Journal des Francs qui devait paraître hier n'est pas encore parvenu. — Le Bureau central a fait réimprimer et afficher, avec et en conséquence de son arrêté du 26 thermidor, les articles 1«'', 2 et 3 de la loi du

5 nivôse an V, portant défense d'annoncer publiquement les journaux et les actes des autorités constituées autrement que par leur

litre '.

Cousin.

(Arch. nat., BB ' 88, et V 3841.)

JoL'liNAUX.

Indépendant du 4 fructidor : « Les joujoux de nos grand'mères. En laissant à chaque individu la liberté de conscience, la loi a expressément défendu tout signe extérieur d'un culte quelconque. Pourciuoi donc de belles dames atfectent-elles de porter des croix pectorales? Nous en avons vu qui ressemblaient parfaitement, j)Our la grosseur, la longueur, à nos croix d'évêques, particulièrement dans la classe ouvrière. Ce sont des joujoux, soit : mais on y entend linesse ; car les dames crucifères ne s'accordent point avec les citoyennes décorées de la cocarde nationale. Rien de moins étonnant. L'emblème du supplice ignoble des esclaves ne peut guère s'allier avec le signe révéré des hommes libres.

Sur ce beau sein un juif l'eût adorée !

a dit ingénieusement Pope. Mais aujourd'hui nous doutons fort que les républicains prennent pour objet de leurs hommages ni la croix pectorale ni la Itorteuse. C'est une espèce de signe de ralliement adopté par ton, par humeur, par esprit de contradiction. C'est une espièglerie d'enfant; mais nous la regardons comme une infraction à la loi sur la police des cultes, et, sous ce rapport, nous invitons les femmes qui ne rougissent point du nom de citoyennes (et il en existe) à choisir des ornements dont elles n'aient point à rougir. »

MCUXLYI

Rapport du bureau central du 6 fructidor.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Le profit qu'a tiré l'opinion de la résolution du Conseil des Cinq-Cents sur la conscription militaire est encore sensible^ ; le mot seul, au premier moment, a jeté quelque alarme dans plusieurs familles, mais elle s'est assez

1. On remarquera que cette phrase se trouvait déjà, à peu près textuellement, dans le précédent rapport décadaire. Voir plus haut, p. 46.

2. 11 s'agit de la résolution du 4 fructidor, relative au mode de formation de l'armée de terre, qui fut approuvée par le Conseil des Anciens le 19 fructidor an VI.

promptement dissipée, lorsque les véritables dispositions du projet de loi ont été mieux connues ; elles ne sont considérées aujourd'hui que comme un développement des premiers principes de liberté nationale qui garantissent le maintien de la République. Cependant l'article de l'exhérédation ', qui efîraie quelques personnes, semble devenir pour les royalistes un levier au muyen duquel ils essayent sourdement de soulever l'opinion. 11 n'en est pas de même de l'impression que paraît avoir laissée dans les esprits la loi qui alloue aux représentants du peuple une somme de 330 francs pour frais de logement et de secrétaires^; cette mesure, dit-on, a été adoptée avec trop de facilité et ne devait l'être qu'autant que l'issue plus ou moins heureuse des négociations de Rasladt aurait déterminé d'une manière positive les besoins de l'Etat. Les murmures de ceux que la situation actuelle des finances ne permet pas de satisfaire en sont d'autant plus vifs, et il en résulte encore une joie et un ton d'ironie remarquables dans une classe d'individus qui ne laissent passer aucune occasion d'appeler sur les autorités républicaines la censure. Enfin il paraît que cette loi a indisposé quelques esprits dans chaque classe de la société. — L'opinion ne s'est pas encore prononcée assez évidemment sur la motion faite au Conseil des Cinq-Cents par le citoyen Lucien Bonaparte^ pour qu'on puisse donner un résultat positif des entreliens que cette circonstance a fait naître ; il paraît seulement que l'on a beaucoup de peine à soupçonner la fidélité, la prudence et la droiture de la conduite des ministres français en Italie, mais on élève des doutes au contraire sur la loyauté de plusieurs puissances envers la République, et toutes les conjectures de ce genre se dirigent plus ouvertement contre FÉtat de Naples, dont on considère le gouvernement comme tout à fait dévoué à la cour de Londres. — Il est encore facile de s'apercevoir que des esprits turbulents cherchent à répandre dans le public des idées qu'ils appellent principes^ et qui n'ont d'autre hut que de machiavéliser les pouvoirs constitutionnels et de ranimer des partis prêts à paraître en opposition avec l'ordre

1. C'est l'article 35, qui portait que nul Français ne serait admis à recueillir une succession en tout ou en partie, soit en ligne directe, soit en ligne collatérale, ni à recevoir aucuns legs, pensions, donations ou autres avantages quelconques, s'il ne prouvait qu'il avait satisfait à la conscription.

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