Y^ir mon Histoire politique de la Révolution, p
725 DIHECTOIHE EXÉCUTIF [11 septembre 1799]
et l'on en paraît d'autant plus porté à croire que ces malheurs sont l'effet d.e quelque trahison. — Quelques individus, au théâtre Feydeau, le 23, désapprouvaient hautement, devant ceux qui les entouraient, l'application que le Directoire avait faite de l'article 145 de la Constitution à différents journalistes ' ; ils se plaisaient à considérer celte mesure comme le prélude d'une tyrannie qui pourrait s'étendre jusque sur les Conseils. — Les groupes qui se sont formés au Jardin national, généralement paisibles et bien disposés, étaient dans la consternation, à cause de la prise de la flotte hollandaise; ils accusent de cette nouvelle perte la mauvaise politique et l'insouciance de l'ancien gouvernement, et l'on présumait que l'armée de terre hollandaise en ferait autant, — Ce qui prouve les progrès du plus mauvais esprit c'est la multiplicité de lettres anonymes ou d'écritures contrefaites que reçoivent depuis quelque temps tous les officiers municipaux; lettres dans lesquelles, en vers ou en prose, on prêche effrontément la haine des lois et le retour de la royauté. On a lieu de croire que ces sécrétions de la contre-révolution, avant de parvenir aux autorités, sont lues et colportées dans des Sociétés particulières où l'on fausse et pervertit le jugement du peuple. — Un fait public prouve également la dépravation de l'opinion : le 23, vers les deux heures, par un temps serein, plusieurs personnes formées en petits groupes au Jardin-Égalité portent leurs regards sur le haut d'une cheminée, dont l'ombre sur un autre point représentait une image où l'on crut reconnaître la ressemblance de Louis Capet. Les royalistes seuls voyaient cette ressemblance; tout ce qui ne voyait pas là, comme eux, l'image « de ce bon roi qu'on avait assassiné » était traité d'aveugle. — Le lendemain, le commissaire de police de la division de la Buttedes-Moulins fit abattre cette tête de cheminée qui servait de prétexte aux illusions des amis des rois et appelait leurs regards.
Spectacles. — Le théâtre de la République est toujours animé d'un très bon esprit. On applaudit très unanimement à la dernière représentation de Fénelon les vers qui pouvaient inspirer la haine des rois, ou respirer l'amour de l'humanité. — A Molière et à la Cité, au contraire, on s'est plu à faire une application incivique de ces passages : « Les coquins ont pris mon bien ; ils m'ont laissé l'honneur, dont ils n'avaient que faire. » « Les honnêtes gens sont aujourd'hui aux galères, et ceux qui n'y sont pas. . .: mais n'est-ce pas la force qui gouverne les trois quarts du monde? » — Au théâtre Feydeau on a également applaudi dans un sens de véritable réaction ce passage