L. MiLLY, Le Tellier
(Arch. nat., BBMO.)
Arrêté du Directoire du 20 fructidor an VIL
Le Directoire exécutif, après avoir entendu -le ministre de l'intérieur sur la situation actuelle du théâtre de la République et des Arts, arrête ce qui suit : Art. l^''. L'administration actuelle du théâtre de la République et des Arts cessera ses fonctions; elle rendra ses comptes d'ici au l^r vendémiaire an YIIL — Art. 2. Elle sera remplacée par les citoyens Devismes et Bonet, ex- conventionnel, qui entreront sur-le-champ en exercice. — Art. 3. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.
P. Barras, Roger Ducos, Cohier.
(Arch. nat., AF m, 626.)
MDCCCXXIII
Journaux.
Messager du 29 fructidor : « Paris, 28 fructidor. . . .La réunion de Salm a tenu séance cette nuit. Deux cents députés des Cinq-Cents y sont restés 'usqu'à quatre heures du matin. . . »
MDCCCXXIV
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 3° jour complémentaire : « Le 28 fructidor, l'administration centrale de la Seine a pris l'arrêté suivant : 1° Le Bureau central est chargé de faire disparaître, dans le canton de Paris, des enseignes, tableaux et écriteaux, exposés aux yeux du public, les expressions barbares, grossières ou ridicules qui peuvent s'y rencontrer. 2° A l'avenir, nul ne pourra faire placer d'inscriptions, adresses, écriteaux ou enseignes publics, sans en avoir l'approbation spéciale du Bureau central, qui est chargé de veiller à ce que les mœurs, les lois ot la langue n'y soient plus violées. » — Moniteur du 30 fructidor : « La citoyenne Clolidc, une dos premières danseuses de l'Opéra, qui avait été arrêtée dans le département de la
729 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [14 septembre 1799]
Haute-Garonne, comme prévenue d'avoir présenté aux rebelles un drapeau tleurdelysé, puis remise ensuite en liberté, vient d'être arrêtée de nouveau à Bordeaux. » — Puhlicisie du 30 fructidor : k Paris, le 29 fructidor. Nous avons annoncé hier que des groupes entouraient dans la journée le Conseil des Cinq- Cents; mais nous ignorions que ces groupes s'étaient prodigieusement épaissis et échauffés vers le soir, qu'ils avaient témoigné le plus vil" mécontentement, lorsqu'ils ont appris que le Conseil, à une très grande majorité, avait refusé de proclamer la patrie en danger, et que plusieurs députés avaient été insultés et menacés à leur sortie de la salle. Pendant quelque temps même les portes ont été obstruées par la foule et il a fallu faire avancer la troupe pour les débarrasser. Un certain nombre de ces hommes et de ces femmes rappelaient et redemandaient d'autres temjis, provoquaient aussi par leurs cris le renversement de Siéyès et de Barras, et n'avaient besoin, disaient-ils, que de piques ou de fourches pour sauver la patrie, aussi efficacement qu'ils l'ont fait à tant de fameuses époques. Cependant tout s'est borné de leur part à des clameurs et à des menaces. D'autres groupes avaient été préparés et s'étaient formés dans d'autres quartiers de Paris. Les orateurs qui les parcouraient et les haranguaient paraissaient fort animés; mais ils ne sont ])oint parvenus à communiquer ce mouvement électrique qui produit les insurrections... » — Clef du Cabinet du 29 fructidor : » Paris, le 28 fructidor. ...D'après la séance orageuse d'hier ' et les sentiments divers qu'excite celle annoncée pour aujourd'hui, la foule s'est présentée dès le matin aux portes du Conseil des Cinq-Cents, et nous venons d'y voir des figures qu'on n'y rencontre guère que dans les journées d'orage. Puisse le génie de la liberté, qui, malgré les insultes qu'il a reçues parmi nous, n'a point encore abandonné la France, dicter à ses législateurs des mesures propres à la sauver et éteindre dans les cœurs ces passions haineuses, ambitions turbulentes, qui comptent pour tout leur satisfaction et pour rien la vie des hommes* !. . . »
1. Dans la séance des Cinq-Cents du 27 fructidor an VII, Jourdan (de la Haute- Vienne) proposa de déclarer la patrie en danger et de nommer une commission chargée de présenter des mesures de salut public. Après un vif débat, les Cinq- Cents repoussèrent cette motion (28 fructidor) par 245 voix contre 171. — Voirie Moniteur des 29 et 30 fructidor, 1", 2« et S» jours complémentaires an VII.
2. Ces incidents provoquèrent l'arrêté suivant du Directoire, du 1" jour complémentaire an VII : « Le Directoire exécutif, étant informé que, le 27 fructidor dernier et jours suivants, il y a eu autour du palais du Conseil des Cinq-Cents et lieux environnants, avant, pendant la tenue et à la sortie de la séance, des rassemblements nombreux, dans lesquels, par des discours séditieux, Ion a cherché à provoquer l'avilissement de la représentation nationale, et que quelques individus cpii faisaient partie de ces rassemblements se sont permis de menacer la sûreté de plusieurs représentants du peuple, tandis qu'ils allaient à leur poste ou qu'ils en revenaient; considérant qu'il importe au salut public de conduire promptement la vengeance des lois jusqu'à ceux qui ont osé méconnaître le caractère de la représentation nationale et porter atteinte à son indépendance, vu l'art, lei'de la loi du 1" germinal an III et les articles 4 et 5 de la loi du 12 floréal suivant; arrête : Le commissaire du Directoire exécutif près les tribunaux civil et c -iminel du département de la Seine est chargé de dénoncer dans le jour à l'accusateur public du même département les attentats commis contre la représentation nationale et contre quel(iues-uns de ses membres allant à leur poste ou en revenant le 27 fructidor et jours suivants, soit autour du
Arrêté du Directoire exécutif du 28 fructidor an VII.
Le Directoire exécutif, considérant que les citoyens La Ciievardière, Lefebvre et Fournier, membres actuels de Tadministration centrale de la Seine, n'offrent point une garantie suffisante de l'exécution des lois et du maintien de la Constitution de l'an III; vu l'article 196 de la Constitution; arrête ce qui suit: 1° Les citoyens La Chevardière, Lefebvre et Fournier, membres actuels de l'administration centrale de la Seine, sont destitués. — 2° Ils seront remplacés par les citoyens Lecouteulx-Canteleu, Jean-Joseph Sabatier et Sauzay, ex-administrateur. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté.
P. Barras, Siéyès, Roger Ducos.
(Arch. nat., A Fin, 627.)
MDCCCXXV 30 FRUCTIDOR AN YII (16 SEPTEMBRE 1799).
Rapport du bureau central du l''"' jour complémentaire.
. . . Rapport analytique des journaux. — Il est dans l'habitude des écrivains de la réaction de s'emparer des actes de l'autorité ; par le rejet de la question relative à la déclaration de la patrie en danger', VAmi de ta Paix voit la France soustraite aux sauveurs marseillais, au maximum, à la loi des suspects et à tous les projets des chefs du bonheur commun. — Tous les journaux du 30 fructidor ou d'aujourd hui parlent d'un rassemblement qui s'est formé aux issues de la salle des séances du Conseil des Cinq-Cents, et des cris proférés, parmi lesquels on a entendu ceux-ci : « A bas les voleurs , les Chouans, les traîtres! à bas Sié3^ès et Barras ! nous n'avons que 171 bons représentants 2 ! qu'on nous donne des fourches et des bâtons
palais rlu Conseil des Cinq-Cents, soit dans les lieux environnants, soit dans le jardin du palais national du Conseil des Anciens, par des individus séparés ou faisant partie des rassemblements qui ont eu lieu les susdits jours. Le ministre de la justice est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera point imprimé. — Roger Ducos, Moulin, P. Barras, Gohier. (Arch. nat., AFin, 628.)
i. Voir plus haut, p. 729.
2. Allusions aux 171 députés qui avaient voté pour la motion de déclarer la patrie en danger.
731 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 septembre 1799]
pour sauver la patrie. » Ces détails se trouvent principalement dans le Surveillant et le PuOliciste. — Le Courrier de l'Europe est fidèle à donner toutes les pièces officielles de Vienne. A l'article Londres, il parle d'un embarquement de trente mille fusils et de sept cents paquets de cartouches pour la Bretagne. — Dans toutes ces nouvelles, le ci-devant comte d'Artois est nommé Monsieur, ce qui est tout naturel, le Monsieur d'autrefois étant déjà, au sentiment des journalistes de la coalition, roi de France. Qu'un journaliste français porte le scrupule jusqu'à maintenir cette dénomination dans la copie qu'il donne des nouvelles étrangères, c'est ce que l'on a peine à concevoir. — Les proclamations solennelles de prix remportés dans les sciences et les Arts et les nominations à l'Institut ne sont considérées par le Courrier de CEurope que comme des certificats de civisme. — Si l'on en croit le Propagateur, l'escadre espagnole, au moment où elle allait entrer dans le port de Brest, a été poursuivie par l'escadre anglaise ; les vaisseaux, partis de Brest pour protéger les Espagnols, sont rentrés. — Suivant le Messager des relations extérieures, il a péri six cents grenadiers français dans la dernière attaque contre les Anglais en Hollande, e! les hôpitaux d'Harlem et d'Amsterdam regorgeaient de blessés. — Une idée de VAmi de la Paix sur l'opinion mérite attention. U dit que l'opinion ne peut toujours se prononcer, qu'elle n'aurait pu le faire par exemple sans témérité en 1792, qu'on pouvait alors se demander, que veut-elle? est-ce la formation d'une république ? est-ce le bouleversement du trône de l'un des plus puissants, des plus anciens empires de la terre ? — La Chronique de Paris, calculant la nombreuse population de Saint-Domingue, en vient à penser qu'elle tend nécessairement vers l'indépendance et qu'on ne peut croire qu'elle se laisse jamais gouverner par une métropole à 2,000 lieues de distance. — Le Voyageur établit plusieurs questions qui frappent directement sur l'autorité législative. Il demande combien il y avait de Lycurgues à Laccdémone et de Solons à Athènes ? Combien de milliers d'adjudants se donnèrent ces deux législateurs dans les divers cantons de la mère patrie ' ? Combien ils avaient de myriagrammes et s'ils les touchaient exactement en temps de guerre? Si les magistrats du peuple à Athènes ou à Lacédémone disaient, lorsque le public était à sec : Que m'importe! Il faut qu'on trouve mes myriagrammes? — U Ennemi des tyrans, s'adressant directement aux citoyens Siéyès et Barras, qu'il appelle les dignes collègues de Merlin, leur dit que, comme il les sait occupés en ce mo-
1. Voirie Voyageur du !«' jour complémentaire, p. 4. (Bibl. nat.. Le 2/100o, in-4''.)
ment d'établir une conspiration anarchico-royaliste, et qu'il se pourrait que, malgré leurs connaissances profondes en cette partie, ils n'atteignissent pas la perfection convenable, un plan tracé de la main de Merlin, et qu'il a fait copier par vingt employés, pourrait leur servir. Il leur dit en outre que leur message est un coup de maître • ; il n'attribue pas à Louis XVIII, mais bien à certaits constituants, la phrase de la proclamation dénoncée par le Directoire, oîi le prétendant semble déclarer qu'il ne veut régner qu'avec le concours et le consentement de la nation ou de ses députés. En dernière analyse, Y Ennemi des tyrans croit que le Directoire n'a d'autre but que d'établir une nouvelle Commission de Grenelle, qui l'aura bientôt débarrassé de tous les clairvoyants.