‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 200 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

fonder beaucoup d'espoir sur une division parmi les républicains, et n'épargnent dans leurs propos rien de ce qui peut nourrir le découragement dans le cœur de ces derniers; ils sont aussi mécontents de la nomination du citoyen Dubois-Crancé au ministère de la guerre', qu'ils étaient satisfaits de la démission du citoyen Bernadotte. — Le mauvais temps fait refluer assez de monde dans les cafés, qui sont généralement très calmes, mais où il s'émet peu d'opinions républicaines ; la majorité de ces différents lieux de réunion et particulièrement plusieurs, notés par leur mauvais esprit, contiennent des habitués qui se plaisent à entretenir des craintes pour le retour d'un régime de terreur. On y voit aussi beaucoup de gens qui s'appliquent à exagérer les avantages des Anglais sur les côtes bataves ; on doit dire aussi que, parmi les patriotes môme, il y a un grand nombre de personnes qui désespèrent de la conservation de celte république. — On rencontre des gens qui se prétendent initiés dans le mystère des affaires publiques et qui insinuent que le Directoire travaille avec les puissajices pour établir la paix aux conditions que la République, renonçant à ses conquêtes, serait rendue à son ancienne dépendance [sic). Les royalistes des cafés du Jardin-Ëgalité font des efforts pour persuader que le salut de la France dépend du rétablissement de la Constitution de 1791. La disparition des ressources, l'épuisement des caisses, l'effet nul de l'emprunt forcé, l'obligation oîi l'on sera de vendre les biens de ceux qui ne peuvent payer, sans cependant qu'il se présente d'acheteurs ou d'acquéreurs, sont les raisons dont ils étayent leur opinion. Sous des vœux pour la monarchie constitutionnelle, on cache des vœux pour une monarchie absolue. Le sentiment des hommes de cet esprit est que le gouvernement actuel ne pouvait être de longue durée. — On fait courir le bruit de la prise d'Amsterdam ; il circule de vives inquiétudes sur la situation et l'état d'approvisonnement des places fortes de la République batave et de nos places frontières de ce côté ; on dit que des bataillons hollandais ont déserté à l'ennemi; on ne croit pas le général Brune en force de résister ; ce militaire jouit d'une véritable estime dans l'opinion. — Dans les groupes qui, par intervalle, se sont formés aux Tuileries, on a presque toujours improuvé le rejet de la proposition faite de déclarer la patrie en danger - ; on regardait les dernières destitutions comme liées à un projet de faire une paix infâme, dont les républicains seraient les victimes. — On a désigné aussi l'établissement de la manufacture d'armes de Versailles comme l'asile de quantité de

i. Cette noniinalion avait eu lieu le 28 fructidor an VII. 2. Voir plus haut, p. 72'J.

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jeunes gens qui y trouvent le moyen de s'exempter du service militaire, quoiqu'ils n'aient jamais exercé le métier des armes. — Dans ces groupes, un particulier, qui peut-être a des imitateurs, se lamentait hautement sur l'état des finances, sur l'établissement de l'emprunt, sur la force des contributions; il déplorait sa propre misère, se donnant pour ruiné par la Révolution. Il se récriait sur les dépenses de nos ambassadeurs, disant que nous n'en avions pas en Angleterre, non plus qu'en Russie, que cependant le gouvernement demandait de l'argent pour eux, que celui du roi de Prusse dépensait 24 millions, celui de l'intérieur [sic], 44, et ainsi des autres. On notera cependant que ce discours avait le blâme général. — Les faubourgs Marceau et Antoine n'ont cessé de jouir de la plus grande tranquillité.

Spectacles. — La saine morale et le goût paraissent vouloir reprendre leur ascendant sur nos théâtres. Presque toutes les nouvelles productions présentent ce double mérite : Les Précepteurs, au théâtre de la République * ; Clémentine ou la Belle-Mère, au théâtre Feydeau^, et Clémentine ou les Portraits, au théâtre des Troubadours 3, sont des ouvrages dont le faux esprit est banni et qui se composent de tableaux de mœurs douces ou de préceptes de vertus sociales. — C'est en Prusse qu'est placé le lieu de la scène dans une pièce qui se donne au théâtre Monlansier, sous le titre de La Prisonnière^ ; on voit, en conséquence, un uniforme prussien écarlale, couleur commune aux uniformes anglais. Il n'y a nulle explication politique dans ces difîérents ouvrages. — Au théâtre des Victoires-Nationales se donne une pièce qui, si elle ne contient rien d'ouvertement nuisible à l'esprit public, ne peut du moins en seconder l'essor ; elle a pour litre Les Femmes politiques ^. L'administration, sur les premiers rapports, jugea nécessaire de prescrire des changements dans cet ouvrage ; ils ont été suivis. On étudie leurs effets, pour rendre compte postérieurement de celui que produit la pièce telle qu'elle est maintenant. Au surplus, l'accueil assez vif qu'elle a reçu du public était dû principalement à une critique des femmes s'occupant de po-

1. Comédie posthume de Fabre d'Églantine, représentée pour la première fois le 1" jour complémentaire an VII.

2. Comédie en prose, mêlée d'ariettes, par Vial et Fay, représentée pour la première fois le 2» jour complémentaire an VII. (Tourneux, n" 18732.)

3. Vaudeville, représenté pour la première fois le 2" jour complémentaire an VII. Le Courrier des Spectacles ne donne pas le nom de fauteur.

4. Comédie en prose mêlée d'ariettes, paroles de Jouy, Longchamp et Saint- Just, musique de Boïeldieu et Cherubini. (Tourneux, n" 19190.)

'6. Comédie en vers, par Gosse, représentée pour la première fois le 30 fructidor au vu. (Tourneux, n<» 19735.)

Jilique et à la défaveur jetée sur un personnage de tricoteuse ou d'habituée de tribunes. L. Milly, Le Tellier.

(Arch. nat., BB ^ 90.)

Autre rapport du même jour.

Rapport analytique des jownaux. — VAmi des Lois, à un tableau que le citoyen Moreau (de l'Yonne) a fait à la tribune de la situation critique du crédit public, objecte que ces changements désavantageux avaient été déclarés inévitables par le représentant Le Brug ', si l'on adoptait la loi de l'emprunt que lui, Moreau, a défendue avec tant de bouillance {sic). Le même dit au représentant Jourdan (de la Haute-Vienne), et chins les termes les moins ménagés, qu'ayant été battu deux fois, il ne lui appartient pas d'accuser l'ancien Directoire de crimes et de trahison, que de deux choses l'une : ou l'on peut éprouver des revers, sans être criminel ni traître, ou Jourdan, qui a éprouvé des revers, est criminel et traître. — Le Voyagem- intitule le journal le Jiédacfeur le journa] des hommes puissants. — L'Atni de la Paix ne veut pas que le gouvernement admette aux places à sa nomination ceux qui ont pté amnistiés par la loi du 4 brumaire. Les considérations sous lesquelles il demande la nullité des Jacobins sont que l'opinion les repousse et que le gouvernement a été à portée d'apprécier leur dévouement et leur reconnaissance. — On lit dans VEnnemi des tyrans un article ayant pour titre : Aux membres fidèles des deux Conseils et du Directoire. L'auteur dit aux Français que le temps approche d'accomplir le serment de la Liberté ou la Mort, les oppresseurs ayant levé le masque, et ayant résolu, après avoir livré des armées à la destruction, de les noyer dans les flots de leur propre sang; que Bernadotte et Lefebvre ont reculé d'horreur à la seule idée de flétrir leurs lauriers par un lâche assassinat; que ce sont les soldats de la patrie qui doivent (instruments servîtes d'une puissance oppressive) leur plonger dans le sein le fer dont ils n'ont été armés que contre la tyrannie. S'adressant aux guerriers, il leur dit qu'ils ne peuvent méconnaître les traîtres, les voleurs et les assassins du peuple sous le costume qui les couvre et qu'ils déshonorent. Il invite les membres vertueux des Conseils, les Directeurs fidèles, la masse du peuple français et les soldats, las d'une constante oppression, à se réunir, à se lever à la fois, pour rendre la patrie à son indépendance. L. Milly.

(Arch. nat., BB » 90.) 1. Ce nuiu propre est sans doute défiguré.

''t\ DIRECTOIRE EXÉCCTIF [23 septemure 1799]

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