‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 214 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

ordre de la police, sur les presses qui sov\'d\(^nl k \m\)i'imcv l'Indispensable et le Journal de VEurope... » — Clef du Cabinel du 3 brumaire : « Paris, le 2 brumaire. .. .Certains hommes font un grand éloge de Bonaparte au ])réjudic(' de Morcau. Ce n'est j)as certes qu'ils aiment mieux Bonaparte, car c'est peut-être le républicain qu'ils haïssent le plus; mais, tout audacieux qu'ils sont, ils n'osent pas encore attaquer le pacifique conquérant de l'Egypte; et le conservateur de nos armées suffit, pour le moment, à leur dépit... » — Clef du Cabinel du 10 brumaire : « Paris, le 9 brumaire. ...Le l^"" brumaire, l'ouverture des écoles centrales du déjtartement de la Seine a eu lieu dans le temple de l'Oratoire. La séance a été occupée par un discours du Itrésident de l'administration centrale, par nn autre discours et deux notices sur la vie et les travaux des citoyens De|)arcieux et Leblanc, que la mort a enlevés, l'un au professorat de la physique et chimie, et l'autre à celui des langues anciennes. Il fallait aux orateurs beaucoup de talent sans doute pour dissiper dans l'auditoire deux impressions assez défavorables. L'une se rap- ])ortait au local qui, ouvert de tous côtés à l'humidité et au froid, n'en était pas garanti par l'étalage de quelques tapisseries brillantes; l'autre se rapportait à trois mortelles heures d'attente ou d'ennui qu'il avait fallu essuyer. Le rendez-vous était fixé à onze heures précises, il en était près de deux (jue nos magistrats n'avaient ])as encore jugé à jjropos de paraître. On a souvent invoqué le respect dû avec juste raison aux fonctionnaires publics ; peut-être n'a-t-on pas encore assez réclamé celui que le public est en droit d'attendre de ses fonctionnaires; et dans une occasion où ce public est généralement composé de personnes qui cultivent ou aiment les lettres, il semble qu'une pareille réclamation n'aurait pas dû être rappelée. Néanmoins on a écouté avec un intérêt soutenu le citoyen Lecouteulx se laissant entraîner, au milieu d'utiles avis, aux éloges dus à nos guerriers et aux espérances d'une paix prochaine portée sur les ailes de la victoire; le citoyen Dumas présentant ])lusieurs observations philosophiques sur l'éducation et l'instruction des premiers âges; et le citoyen Maherault offrant, souvent avec éloquence, toujours avec une sage réserve ou une touchante sensibilité, à la mémoire de deux professeurs bien recommandables, le juste tribut d'éloges et de regrets que leur doivent h tous égards leurs concitoyens. . . » — Moniteur du 3 brumaire : « Paris, le 2 brumaire. Bonaparte et Moreau ont fait hier connaissance ensemble chez le Directeur Gohier ; ils ne s'étaient jamais rencontrés. . . »

Rapport du bureau central du 3 hrumaire.

» . .ïiapporl sur le journal « le Courrier Français ». — Depuis l'apposition des scellés sur les presses du Courrier de l'Europe, qui faisait suite au Courrier de Pains, il paraît, les 2 et 3 brumaire pré-

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sent mois, un Courrier français, faisant évidemment suite aux journaux ci-dessus désignés. La preuve en est acquise par le numéro qui se continue; le dernier numéro du journal le Courrier est 31, et les deux numéros du Courrier français sont les 32 et 33. — Le Courrier finançais s'imprime également, ou du moins porte pour adresse typographique, rue des Prélres-Saint-Germain-l'Auxerrois, n° 42 ; il est signé M.-M. Vézard. — Le choix de nouvelles étrangères dans ces deux numéros prouve un esprit de préférence pour les puissances coalisées, car les plus légers avantages de l'Autriche y sont particulièrement et ponctuellement détaillés. — Des dispositions de résistance des Autrichiens sur la Lauter, l'annonce de la prise de quelques bâtiments hollandais jusque dans les rades bataves, des conjectures sur un nombreux convoi anglais, vu du port d'Ostende, l'annonce d'un transport considérable de blessés venant de Hollande à Bruxelles, constituent le n° 32 du 2 brumaire. — L'annonce de la reprise d'Aoste par les Autrichiens, des dispositions de Monsieur le général de Mêlas pour marcher surConi; l'annonce qu'un corps français a été repoussé près de Gavi, avec beaucoup de pertes, le texte d'une lettre écrite du camp autrichien, près Constance, portant que les Français ont été vigoureusement repoussés dans une attaque du 14, et contenant des traits de bravoure et des éloges de plusieurs officiers du corps de Bourbon, caractérisent le n» 33 du 3 brumaire. — Ce choix donne une idée suffisante du mauvais esprit de cette feuille, faisant évidemment suite au Courrier de VEurope, qui s'imprimait précédemment aux mêmes presses, rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois.

Jiapporl sur Vesprit public. — Il y avait longtemps que les observations sur l'opinion publique n'avaient donné des résultats aussi satisfaisants. Le fanatisme royal de certains cercles n'a plus d'aliment dans les revers. On rappelle aux plus acharnés partisans de la monarchie les prédictions qu'ils donnaient naguère avec tant d'assurance sur le retour, suivant eux si prochain, de l'ancien régime. Les Russes, dans lesquels ils espéraient beaucoup, sont battus sur tous ^ les points; l'Helvétie est purgée des troupes ennemies; les Russes et les Anglais achèvent leur rembarquement en Batavie. Les plus célèbres généraux français sont environnés de considération dans l'intérieur; on n'entrevoit nul symptôme de division entre les autorités constituées; aucun bruit, aucune conjecture ne fait craindre qu'il en survienne. Tous ces sujets d'entretiens politiques ont fait disparaître la jactance et le ton d'assurance des ennemis de la République. Un extrême embarras se fait remarquer sur les physionomies dans les

lieux publics fréquentés criiabitude parles royalistes. La masse des citoyens a quelque chose de plus animé, de plus tranquille; on compte toujours sur la paix; on se réjouit des avantages qui la préparent glorieuse; on fait des vœux très pressés pour que de nouveaux triomphes conduisent de plus en plus à ce terme désiré. Le retour de Buonaparte sur le territoire de la République est regardé comme un pronostic de bonheur pour nos armées, comme un garant de victoires aussi promptes qu'éclatantes, si le sort de la guerre devenait jamais incertain. Dans beaucoup de maisons et dans les divers lieux de réunion on commence à s'entretenir de la lassitude de la coalition ; on prévoit que les puissances qui la composent s'entendront difficilement sur leurs intérêts respectifs, à Fissue d'une guerre qu'elles n'ont entreprise que sous des motifs très distincts. L'esprit public acquiert une grande force des raisonnements formés à ce sujet. — Cet assemblage de conjectures et de sentiments de calme que goûte en ce moment la société allège infiniment le fardeau de la misère publique; car on dissimulerait vainement que la détresse est grande et que toutes les branches d'industrie et de commerce souffrent considérablement. Mais aussi les efforts que les principales autorités font depuis quelque temps pour porter l'économie dans les différentes parties du service public font une sensation remarquable; l'opinion rappelle surtout l'attention du gouvernement sur les abus que l'on dit exister dans la répartition des sommes destinées à la subsistance et à l'entretien de différents corps d'armée. — On a vu moins d'inquiétude dans les esprits sur la situation des départements de l'Ouest; le concours des efforts des autorités départementales et des généraux chargés d'expédition pour ces divers points de la République fait concevoir des espérances pour la prompte et entière destruction de la chouannerie et du brigandage. — Tel est en ce moment le tableau politique de cette grande commune, qui jouit, sous tous les rapports, de la plus grande tranquillité.

Spectacles. — Les spectacles sont constamment les mêmes, c'està-dire que la scène est toujours aussi pauvre de productions aussi propres à donner du ton à l'opinion publique; les sujets que l'on y traite sont insignifiants et même sans mérites marquants, si l'on en excepte la tragédie d'Zj'^e'oc/e et Polynice par le citoyen Legouvé ' . Les crimes auxquels porte la soif de -régner y sont énergiquement tracés, et les amateurs de spectacle du théâtre de la République, qui

\. Etéûcle, tragûilie en cinq actes, lut représentée pour la première fois, au Théiilre Français de la Uépubli([ue, le 27 vendémiaire an VIII. (Cf. Toiirneux, w 18j41.)

773 DIIŒCTOIRE EXÉCUTIF [2b octobre 1799]

sont heureusement les gens les plus instruits, sont en très grande majorité animés d'un excellent esprit. Aussi tous les passages qui peuvent nourrir dans les cœurs l'amour le plus pur de la liberté et riiorreur de l'esclavage y sont-ils accueillis par des applaudissements aussi vifs que multipliés.

Le Tellier, L. Milly.

(Arch. nat., BB ^ 91.)

Rapport du bureau central du 4 brumaire.

...Mœurs et opinion publique. Filles publiques. — Il est recommandé : 1° au commissaire de police de la division de Bonconseil de se concerter avec les officiers de paix ayant l'attribution des mœurs, pour faire cesser très promptement le scandale causé par les filles publiques de la rue de Bonconseil, et dont se plaignent les citoyens domiciliés dans cette rue; 2° à celui de la division de Bonne-Nouvelle de surveiller, dans la rue Foy, une maison où le nommé Montor loge des filles publiques dont il favorise la débauche et qui occasionnent des rixes fréquentes entre les militaires qu'elles reçoivent.

Banque d'union et du commerce. — Les administrateurs de la banque d'union et du commerce, située rue de Gléry, n» 500, et dont l'ouverture a été annoncée par affiches, ont déclaré au Bureau central être dans l'intention de rassembler une fois par décade une vingtaine de négociants; il leur a été donné acte de cette déclaration, à la charge par eux de prévenir le commissaire de police de la division des jours où ces réunions auront lieu, . .

Levée de chevaux. — Il [le Bureau central] a informé le ministre de la guerre qu'en exécution de la loi du 4 vendémiaire dernier, concernant une levée extraordinaire de chevaux pour le service des armées, il a fait procéder au recensement de tous les chevaux, juments, mules et mulets existant dans cette commune; que ce recensement est presque fini; mais que deux difficultés l'arrêteront pour fixer le contingent à fournir par la commune de Paris, et pour désigner ceux qui composeront ce contingent, l'article l^"" de la loi laissant au Directoire la faculté de porter cette levée au vingtième dans les départements où il se fait un plus grand commerce de

chevaux, et l'arlicle '2 portant que le ministre de la guerre fera passer aux administrations centrales et municipales les renseignements relatifs à la taille et autres qualités exigées pour les chevaux de chaque armée; il a invité le ministre à lever ces difficultés, pour qu'il puisse terminer les opérations dont il est chargé.

Le Tellier, L. Milly.

(Arch. nat., AF iv, 1.329.)

Journaux.

Publiciste du 5 brumaire : « Paris, le A brumaire. ...Les repas civiques se multiplient. On y porte des toasts qui semblent annoncci" l'heureuse renaissance de l'esprit public. Dans une de ces réunions on a bu à l'union victorieuse de la force et de la sagesse. . . » — Clef du Cabinet du Ij brumaire : « Paris, le 4 brumaire. ...Nous respectons trop Bonaparte pour en parler souvent dans nos feuilles; et nous n'imiterons certainement pas les écrivains périodiques qui diront bientôt s'il a bien ou mal dormi. Mais nous ne pouvons taire que, hier soir, au théâtre de la République, il fut reconnu, quelque précaution (ju'il eût iirise pour se cacher; qu'il fut applaudi de façon à ne pas lui laisser ignorer l'admiration (ju'il inspire; et que d'abord que Capello, dans les Vénitiens \ eût juré la destruction du gouvernement de Venise, l'orchestre fit entendre le Chant du Départ, au milieu des applaudissements d'un enthousiasme universel... » — Moniteur du 5 brumaire : « Paris, le i brumaire. ...Bonaparte a fait de grands compliments à Volney sur son Voijaye d'Egypte et de Syrie. Il lui a dit qu'il était à peu près le seul des voyageurs (jui n'eût pas menti et qu'il avait su joindre au mérite de la fidélité le plus grand talent d'observation... »

MDCGCLYII

4 BRUMAIRE AN VIlï (26 OCTOBRE 1799).

Rapport du bureau central nu 5 brumaire.

...Mœurs et opinion publique. Culte. — Le Bureau central a informé le ministre de la police que la note qui lui avait été adressée le 28 vendémiaire dernier, sur le sermon prononcé par le citoyen Royer, s'était ensuite trouvée tout entière dans le journal intitulé VAmi de la Paix, et qu'il ignorait comment le rédacteur de cette feuille pouvait avoir communication de la correspondance. Il a prié

1. Blanche et Maucassin ou les Vénitiens, tragédie d'Arnault.

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le ministre d'observer combien il est dangereux que le public soit dans le secret des opérations de la police.

Spectacles. — Les commissaires de police des divisions Le Peletier, Bondy, Temple, Droits-de-l'Homme, la Cité et Lombards sont chargés de déclarer à plusieurs entrepreneurs de théâtres de leurs divisions respectives, qui, pendant la décade dernière, ont plusieurs fois prolongé leurs représentations au delà de l'heure prescrite par la circulaire du Bureau central du 8 vendémiaire dernier, que, si la toile ne baisse pas dans leurs théâtres à l'heure fixée par la dite circulaire, il sera pris à leur égard des mesures de rigueur.

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