Snr iM't iip(^ra de Gr<''lry. voii' Tourncux, n" ISiOG
783 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [5 novembre 1799]
qu'il ravaiL quilléo ; elle est aiijourcriuii très rassuréo par la liaïUc idée ([u'elle a des lalenls de Kléber el de Desai.v; elle esl dans une position qui ne lui laisse à craindre aucune tentative de la part de l'ennemi, et nos compatriotes commencent à s'accoutumer à un climat si différent du leur. « J'ai vu « Bonaparte ce matin, ajouta-t-il, je lui ai l'ait des reproches de nous avoir « abandonnés; je lui ai raconté comment nous fûmes tous stu|)éraits de ne <( plus le voir; comment chacun disait : IL csl aile Ici, il est allé là. Il riait « quand je lui contais toutes ces afl'aires »
MDGCGLXIV
13 BRUiMAlRE AN VIII (4 NOVEMBRE 1799),
Arrêté du Directoire exécutif du 13 brumaire.
Le Directoire exécutif arrête ce qui suit : la nomination du citoyen Lemaire à la place de commissaire du Directoire exécutif près le Bureau central du canton de Paris, département de la Seine, est révoquée. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.
Roger Ducos, Moulin, P. Barras.
(Arch. nat., AF ni, C37.)
MDCCGLXV
Rapport du bureau central du 15 brumaire.
. . .Salubrité et voie publique. . . Clôture de la salle du Lycée dramatique, foire Germain. — Informé que les directeurs et entrepreneurs du théâtre du Lycée dramatique, foire Germain, ont ouvert ce théâtre sans avoir rempli les précautions sous lesquelles il leur avait été permis de l'ouvrir, et que le hon ordre, la décence et les mœurs publiques ne sont pas respectés sur la scène par les artistes, le Bureau central en a ordonné la fermeture et a chargé le commissaire de police de la division du Luxembourg de l'exécution de cette disposition.
Mœurs et opinion publique. Théâtres. — Les entrepreneurs des théâtres de Favart, Feydeau, Troubadours, Jeunes-Artistes, Ambigu,
[îî NOVEMBRE 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 784
de la Gaîlé, Marais, Odéon, la Cilé et Molière viennent d'être prévenus que, s'ils continuent à prolonger leurs représentations au delà de l'heure fixée par la circulaire qui leur a été adressée le 8 vendémiaire dernier, il sera donné ordre aux commissaires de police de leurs divisions de faire fermer leurs théâtres.
Instituteurs. — L'administration municipale du XII^ arrondissement est invitée à surveiller deux instituteurs de son arrondissement qui lui sont désignés, et qui, suivant les rapports parvenus au Bureau central, professent des principes royalistes et élèvent la jeunesse dans la superstition et le fanatisme religieux, et à prendre contre eux les mesures auxquelles elle est autorisée, s'il est vrai que l'éducation qu'ils donnent ne soit pas conforme aux principes républicains.
Surveillances diverses. — Les officiers de paix sont chargés : 1" de surveiller plusieurs cafés et la boutique d'un libraire désignés comme le rendez-vous de plusieurs ennemis de la République; de rendre compte des propos qui s'y tiennent contre elle, d'en signaler les auteurs et de faire connaître les étrangers qui s'y réunissent; 2" de prendre des renseignements sur une réunion de prêtres catholiques qui exercent leur culte dans le Xi^ arrondissement et de s'assurer s'ils ont fait le serment exigé par la loi; 3° de s'assurer s'il se tient chez un médecin, dans le même arrondissement, des réunions politiques auxquelles des leçons de chimie serviraient de prétexte; 4" de s'assurer aussi si le concierge d'un hospice qui leur est désigné ne recèle pas des réquisitionnaires et des conscrits, et de prendre des renseignements sur les opinions politiques qu'ils professent.
Filles publiques. — Informé que des filles prostituées se rassemblent tous les soirs dans la rue Pinon, où elles tiennent les propos les plus scandaleux et troublent la tranquillité publique parles querelles qu'elles suscitent, ce qui a excité les plaintes des citoyens Lerouge et Mennessier, représentants du peuple, domiciliés dans cette rue, le Bureau central a chargé le commissaire de police de la division du Mont-Blanc de se transporter dans cette rue, avec une force armée suffisante pour arrêter ces prostituées, et de continuer sa surveillance dans cette rue jusqu'à ce qu'elle en soit entièrement purgée.
Le Tellier, L. Milly.
(Arch. nat., AF iv, 132'J.)
Journaux.
Bien-Informé du \Ct lirumaii-c : ^( Paris, 13 hrinnnire. ...On a piildié des adresses qui sont, lorl bellos; leur molli" et les circonstances les rendent
78o DIIŒGTOIKE EXÉCUTIF [6 novkmure 1799]
encore plus belles ; elles ont évidemment pour but de sauver la patrie, ce dont il serait douloureux de les blâmer; mais vouloir le bien et savoir comment opérer le bien, quelle dilTérence ! Ces adresses éloquentes sont un fatal exemple |»our l'avenir ! l-a force armée qui délibère met la patrie eu danger ! » — Clef du Cabinet du 16 brumaire : « Paris, le 1o brumaire. Un homme recommandable par ses talents et sa conduite nous écrit : « On rcn- (( contre journellement dans Paris des hommes forts, bien portants, vêtus de '( bon di'ap, (pii ne lougissent pas de mendier dans les rues et les [)laces « publiques. Il y a quelques jours que je vis entrer, chez un petit traiteur oi^i « je dinais, une manière de dame vêtue d'une robe de mousseline suisse, « avec un voile noir qui lui couvrait gracieusement l'œil gauche; elle fit une « grande et humble révérence en tendant la main. .Je ne désespère pas, si cette
« manie continue, de voir bientôt demander l'aumône en carrosse » —
Moniteur du 16 brumaire : « Paris, le 13 brumaire. ...Le citoyen Périer propose la construction d'une gare, qu'il pratiquerait dans les fossés de la liastille : le bassin, jdus élevé que le niveau de la rivière, serait rempli d'eau par une pomi)e à feu. Les bateaux y arriveraient par deux écluses. L'eau s'en écoulerait par une bande. La dépense serait d'environ 600,000 francs. Le citoyen Péi'ier oOVe d'en faire les avances, moyennant un droit de gare pendant un certain nombre d'années. Le projet a été bien accueilli, et l'on espère qu'il sera adopté »
MDCCCLXVI
15 BKL'MAIRK AN VIII (0 NOVEMBRE 1799).
JOURNAU.K.
Rédacleur du 16 brumaire: ^i Paris, le l.'i brumaire. Conformément à l'article 9 de la loi du 2."; vendémiaire an VI, le conservatoire de la Biblioilièque nationale a nommé à la place vacante \mv la mort du citoyen Harlhélemy, le citoyen (lossellin, savant distingué, membre de l'Institut, auteur de plusieurs ouvrages qui ont été proclamés l'année dernière à la fête de la fondation de la République. Ce nouveau conservateur possède la science numismatique, et s'occupe depuis trente ans, avec autant de goût que d'érudition, de la formation d'un cabinet très intéressant.» — «L'Ecole centrale du Panthéon fait aujourd'hui, à onze heures du matin, l'inauguration du buste de feu Deparcieux, dans la salle du cours de physiciue où professait naguère ce célèbre physicien. » — Rédacleur du 17 biumaire : « Paris, le 16 brumaire. La fête donnée hier par les représentants du peuple à Bonaparte et à Moreau a été très bi'illaiiLe. Le temple de la Victoire (ci-devant église Saint-Sulpicej, où elle a eu lieu, était décoré avec magnificence, orné de belles tapisseries, et d'une multitude de drapeaux enlevés aux différents ennemis de la République. H n'y avait ni femmes ni spectateurs. Le nombre des couverts était d'environ sc|)t cent cinquante. Le président des Anciens était en haut de la table; au milieu, à droite, le président du Directoire; à gauche, le général Moreau; To.ME V. "30
[6 NnvEMuuK 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 786
ensuite le président des Cinq-Cents, puis le générai BonaimrLc. Voici les toasts qui ont été portés. Le président des Anciens : «.t la RépubUqm; française; celui des Cincf-Cents : Aux armées de Icrre el de mer; celui du Directoire : A lapai./-; Honaparte : .1 l'union dr tons les Français; Moreau : A tous les allies fidèles de la Ri'publùjue ; l'amiral espagnol Massaredo : A la. liberté des mers. Kosciuszko assistait aussi au banquet, qui a commencé vers six heures. Il y a régné beaucoup d'ordre. Dans le fond du temple, au-dessus du ci-devant grand autel, on lisait au milieu des trophées : Soyez unis, vous serez rainqueurs. On a joué d'une excellente musique : les orgues qui sont restées dans ce tenq)le ont été touchées par Couperin. » — Bien-Inforiiu^ du 16 : « ...On a observé que le général Kosciuszko était à ce dîner; mais sou vœu, qui, sans doute, est de rendre à sa patrie la liberté, n'y a pas été entendu. Il n"a pas eu la parole à ce diner. L'on a encore observé que le général Jourdan et le général Augereau et plusieurs membres du Corps législatif n'étaient pas à ce rendez-vous. Nous observerons, nous, qu'il nous a paru étrange, au temple de la Victoire, d'employer encore, au lieu des i^ceu./' républicains, les toasts ^littéralement yrillades] des Anglais. Ce mot-là pouvait circuler naguère sans inq)ortauce, dans les coteries où l'on voulait se donner un petit air de la liberté des festins ou grillades à l'anglaise ; mais aujourd'hui loin de nos fêtes civiques ces toasts, ces grillades et toutes ces ridicules imitations! Dans les sociétés des Francs, des Templiers et D."., on porte encore des santés : ce ne sont que des fêtes fraternelles ; mais dans les fêtes civiques d'une grande nation, on n'y peut porter des grillades (toasts) anglaises, mais des vœux républicains ; car c'est réellement pour un peuple libre qu'il faut vouloir et que vouloir est tout. Donner la partie extérieure ou historique de ce diner, n'est pas tout dire : cela est vrai, mais il faut souvent savoir se taire ! » — Gazette de France du 10 brumaire :><... Il a été célébré, hier 15, dans le tenq^le de la Reconnaissance, ci-devant Saint-lîermainl'Auxerrois, une fête religieuse et sentimentale consacrée à la mémoire de nos a'ieux. j) — «Il y a, dans chacun des douze arrondissements de Paris, quatre citoyens chargés de porter les morts au lieu de leur sépulture, auxquels on donne 000 francs par an, et un inspecteur chargé de suivre le. convoi, à qui on donne 1,200 francs, ce qui fait une dépense annuelle d'environ 40,000 francs. Le département de la Seine vient d'arrêter un autre mode plus économique et plus décent peut-être. Désormais on emploiera un corbillard attelé de deux chevaux. » — Gazelle de France du 17 brumaire : '« Briot et Destrem se sont trouvés au repas ; mais on n'a vu ni Jourdan ni Augereau. Le diner a été court, silencieux et peu gai. Buonaparte s'est échappé comme un éclair après les toasts. Les instruments de musique ont fait tous les frais de la conversation. Au reste, la plupart des convives avaient diné, dit-on. On s'est mis à table par bienséance; et, en général, il y avait dans ce repas une tenue diplomati([ue, un air de contrainte qui prouve qu'on |)eut se réunir volontairement au même banciuet, rompre le même pain et n'avoir pas la même opinion politique, être convives sans être intimes, j» — 4\fessa(jer des relations extérieures du 10 i)rumaire : k Paris, /o brumaire. L'enthousiasme de la fête du tera4)lc de la Victoire passe même à ceux qui n'auront que la fumée. Ce matin plusieurs femmes criaient à tue-tête dans la ru(; de Verneuil el du Bac : Grande fêle à Bonaparte!... Vive Bonaparte ! » — Moniteur du 18 brumaire : a Paris, le 17 brumaire. ...Le commissaire
787 DIMECTumF EXECLTU" [7 novemurk 1799]
du Directoire exécutil' près le Tliéàtre-Français de la République se tlatle de retrouver la pièce du malheureux Faltre d'Eglanline, intitulée L'Orange da Malle, et qu'on dit supérieure à tout ce que nous connaissons de cet excellent auteur. On esjjère aussi retrouver Le Sot onjuei lieux, et quelques autres ouvrages qui portent l'empreinte de son rare talent »
Rapport du bureau central du 17 brumaire.
.. .Rapport anal/clique des journaux. — On remarque dan;^ le Messager des relations extérieures une ironie marquée au coin du plus mauvais esprit. Le rédacteur de celte feuille, voulant tourner en ridicule une adresse que le Journal des Hommes a publiée comme ayant été envoyée au Corps législatif par l'aile gauche de l'armée d'Italie, suppose avoir reçu une autre adresse de l'aile droite. Dans cette pièce, on dit aux législateurs que depuis trop longtemps l'ignorance et le brigandage se disputent « les lambeaux de la République », « Quand nous avons pris les armes nous comptions sans les Jacobins, qui depuis vous enlèvent l'autorité, enlèvent au trésor public ses ressources, à nos parents leurs biens. Vous devez au peuple le bonheur, qui ne marche pas à la suite d'un système consistant à tout prendre d'un cùté, à tout dévorer de l'autre. Si nous n'avons besoin ni d'argent, ni de fournisseurs, ni de généraux, si nous pouvons prendre à nos alliés, à nos camarades, à nos concitoyens, cédez votre place aux Jacobins : ils auront toute la science de cette législation, etc. » On voit qu'en ne paraissant que critiquer les adresses insérées au Journal des Hommes, le Messager saisit adroitement l'occasion de dire contre la Révolution et contre les autorités constituées tout ce que les royalistes purs pourraient se permettre d'en dire, — Un journal assure, dit le Journal par Poultier, qu'on va cisalpiner le Directoire helvétique. «Pourquoi pas? Nous savons bien que, depuis la funeste journée du 30 prairial, les hommes ne valent pas mieux, » — On lit dans la Clef du Cabinet d'hier des plaintes de ce que le Directoire est payé plus exactement que les autres fonctionnaires publics et les employés. Il trouve dans cette différence quelque cTiose de scandaleux, — Depuis trois jours, les journaux ÏA?ni de la Paix et le Messager des relations extérieures sont remplis de raison-
nements aussi longs que peu susceptibles d'analyse, à l'aide desquels on présente les lois sur l'emprunt, sur les otages et le retard apporté à la clôture définitive de la liste des émigrés comme les causes de la détresse actuelle et comme la source des plus grands malheurs pour l'avenir. — Les Annales politiques se livrent aux mêmes réflexions avec plus de développements encore. — Les autres feuilles ne donnent lieu à aucune analyse.
L, MiLLY, Le Tellier.
(Arch. nat., BB » 91.)
Journaux.
Diplomate du 21 biuiaaire : « Lorsque les grenadiers vinrenl arrêter et mettre au milieu d'eux Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq- Cents, on ne sut d'abord ce qui arrivait. Tous les députés, consternés ou furieux, se regardaient, et, pendant ce temps-là, le frère du héros était mis en sûreté au milieu du quartier général. Lorsque les grenadiers chargés de faire évacuer la salle furent arrivés au milieu, ils s'arrêtèrent un instant, pour donner aux ex-députés le temps de sortir. L'un d'eux, nommé Blin, s'écria tout à coup : « Soldats, qui étes-vous et que venez-vous l'aire ici? Vous n'êtes « que les gardiens de la représentation nationale, et vous osez attenter à sa « sûreté et à son indépendance, sans songer (|ue vous ternissez les lauriers « cueillis par vous au champ de la victoire. . . » L'officier qui commandait les grenadiers a répondu à l'orateur : « Vous ne savez faire ni la ])aix ni la « guerre. . . Vous n'avez plus rien à faire ici. » l^a troupe, écoutant froidement cette harangue, s'avance dans la salle tambour battant ; les membres qui étaient au bureau et à la tribune sont enfin obligés de céder la place aux militaires qui vont s'en emparer. A mesure que ceux-ci avançaient dans la salle, les membres sortaient par l'exlrémilé opposée ; enfin la salle, en cinq minutes, a été totalement évacuée. 11 était cinq heures.
On assure que plusieurs députés ont sauté par les fenêtres.
Nous ne pouvons applaudir aux couplets qui furent chantés hier à plusieurs spectacles et dans lesquels les Cinq-Cents étaient traités de bwuillons qui ont fait la culbute comme les cascades de Sai)U-Cloud. Ces pasquinadcs
1. Xous n'avons pas les rapports de police des 18, 19, 20 et 21 brumaire an VHI. Les journaux sont assez sobres de détails sur les journées des 18 et 19 brumaire. Voir, dans la revue lu Révolution française, t. XXVH, p. 113 à 127, mou article sur Bondjxiric et les poirpiurds des Cinq-Cents, et dans mes Éludes et leçons, seconde série, p. 21.3 et suivantes, l'étude intitulée : l.e Icndeiiuiin du 1S bruninire.
780 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [10 .novembre 1799]
sont indécentes; en les entendant, il nous a semblé voir les fossoyeurs de Shakespeare jouer à la boule avec des tètes de mort.
La plupart des députés sont rentrés hier soir dans Paris avec assez de tranquillité. On examinait soigneusement aux barrières ceux qui entraient.
Il y a beaucoup d'apparence que, rentrés dans la classe des citoyens, ceux d'entre eux qui ne veulent pas fomenter les troubles de leur patrie s'en retourneront dans leurs foyers.
Hier soir, Gohier et Moulin n'avaient pas encore donné leur démission. Ils sont toujours gardés à vue au Petit-Lu.xembourg.
Les grenadiers du Corps législatif sont revenus de Saint-Cloud à Paris, en jouant et chantant sur la route l'air patriotique : Ça ira ! ça ira !