‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 31 sur 254 · Nous ne donnons pas ce discours · texte numérisé non relu

Nous ne donnons pas ce discours

De nos aïeux rouvrant la tombe Toujours vaincus, toujours perfides,

Le fanatisme a reparu ; Et dans leur bassesse affermis,

11 demandait, pour hécatombe, Mille complots liberticides

Esprit, raison, talents, vertu ; Ont signalé nos ennemis.

Vous qui sonniez l'heure dernière Eh bien, s'ils appellent la guerre,

Du dernier des républicains. Républicains serrez vos rangs.

Rentrez, rentrez dans la poussière. Et faisons mordre la poussière

Troupeau de prêtres assassins. Aux esclaves comme aux tyrans.

A ces chants civiques succède une cérémonie touchante et auguste. Il se fait un profond silence ; le Directoire, précédé de ses ministres, descend de l'autel de la Patrie ; les États-Majors de la IT""" division militaire et de la place de Paris, et tous les généraux qui l'avaient accompagné pendant sa marche viennent se ranger autour de lui. Il se porte en avant de l'obélisque et aborde la statue représentant l'Hypocrisie. La vue de ce monstre hideux, qui s'applique à anéantir la Conslilulion républicaine, en feignant de la défendre, transporte pour un moment le spectateur à cette époque désastreuse qui précéda le 18 fructidor de l'an V, à cette é])oque où le peuple français, comprimé par une faction perfide et sacrilège, tournait ses regards attendris sur ceux de ses premiers magistrats et de ses représentants restés, fidèles à sa cause, et attendait de leur courage son afl'ranchissement et la conservation de sa Constitution. Le président du Directoire, d'un bras que pousse une religieuse indignation, arrache à l'Hypocrisie le livre de la Constitution, le montre au peuple rassuré, le porte en triomphe à l'autel de la Patrie, et le pose ouvert sur un cippe placé au centre de l'autel. A ce spectacle, les citoyens passent ra])idemcnt à des transports bruyants d'allégresse et se livrent à l'expansion de la joie et de la reconnaissance. Vive la République ! Vivent les Sauveurs de la liberté ! s'écrie-t-on de toutes les parties de l'enceinte ; les chapeaux sont élevés en l'air; les casques sont agités au bout des baïonnettes ; citoyens, magistrats, guerriers, tous n'ont qu'un sentiment, qu'une âme qu'embrase l'amour de la patrie ; toutes les affections se confondent dans ce pieux sentiment. Les acclamations recommencent ; l'artillerie y répond par une décharge de toutes ses pièces, et les difl'érents orchestres élèvent jusqu'aux cieux les chants de la victoire. L'hymne à la liberté, exécuté par le Conservatoire de musique, prolonge l'enthousiasme général et achève d'électriser les âmes. — Les colonnes militaires se déploient alors et exécutent différentes manœuvres et évolutions avec l'ensemble, la précision et la vigueur qui leur assurèrent tant de fois la victoire dans les combats. Pendant ce temps, on distribue sur l'amphithéâtre et les tertres VOdo du 18 fructidor.

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