L. MiLLY
(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 3841.)
Autre rapport du même jour.
Journaux. — Si l'esprit dans lequel le journal les Nouvelles de Pans a parlé de la fête du 18 fructidor, le lendemain de la solennité, laissait quelques doutes, il suffirait de lire l'article suivant que le même journal donne sur le même sujet, à la date du 20, et de peser quelques expressions, ou d'apprécier certaines réticences que le rédacteur marque par des points pour les rendre plus sensibles : « Nous nous sommes contentés hier, dit-il, d'annoncer que les présidents des deux Conseils avaient prononcé chacun un discours commémoratif de la fête du 18 fructidor. Nous ajouterons aujourd'hui, à cette annonce trop succincte, que celui du citoyen Daunou était très éloquent, et celui du citoyen Laloy très long. Le prennier s'est plus attaché à développer les effets du 18 fructidor, le second à en rechercher les causes. Les orateurs trouveront un modèle dans l'un, et les historiens chercheront des matériaux dans l'autre. Tous les deux ont attribué à cette journée la résurrection de la République, mais Laloy l'a dit comme tout le momie et Daunou l'a prouvé comme personne » Ces points sont dans le texte, et y semblent placés
comme pour ne laisser aucun louche sur les deux derniers mots. « Celui-ci a dit : le 18 fructidor a recommencé la République (ces mots soulignés sont en italiques dans le texte), il lui a rendu son génie et ses destinées, il a retrouvé tous les biens opérés et perdus avant lui,
il a préparé tous ceux qui l'ont suivi et qui le suivent encore »
(Il est à observer que ces points sont encore dans le journal). « Celuilà s'est écrié : les conspirateurs sont arrêtés, les fondements de la République sont affermis, une nouvelle gloire l'environne, le Corps législatif reprend sa dignité, le gouvernement sa force, les armées
1. Comédie en un acte et en prose, paroles de Dejaure, musique de Boieldieu. Paris, an VI, in-8. (Bibl. de l'Opéra).
leur invincibilité. Il est aisé de voir au reste que, si les deux orateurs ont différé dans leurs moyens, il se sont rencontrés dans leur but, et tous les deux ont également obtenu l'impression à douze exemplaires par chaque membre du Corps législatif, ce qui fait dix-huit mille en tout. » L'œil le moins sévère ne saurait s'empêcher de découvrir dans chaque liaison des idées qui composent cet article, et dans les mots eux-mêmes, une ironie outrageante et pour l'époque même dont il est question et pour les premières autorités constituées. — Le Journal des Francs, sur ce que la seconde Chambre de la République batave a rejeté la résolution par laquelle la première avait écarté la continuation demandée du supplice de la torture, dit qu'on avoue ainsi que la liberté du 24 prairial ne pouvait se maintenir sans torture ; puis il ajoute : « Enfin le Directoire français tarderait-il plus longtemps à reconnaître que le parti des tortures n'est point le parti de la liberté? » — Les autres feuilles, tant celles du 20 que celles du 21, ne nécessitent aucune observation.