L. MiLLY, Lessore
(Arch. nat., BB » 8'J, et F' 3842.)
Rapport du bureau central du 9 vendémiaire.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — On aperçoit, dans les nuances actuelles de l'opinion publique, quelques effets de cette malveillance qui saisit avec empressement l'occasion du moindre revers pour présenter la situation politique de la République sous l'aspect le plus défavorable. Parmi les incorrigibles amis de la royauté, les conjectures les moins rassurantes sont continuellement accréditées. On n'y accueille que les bruits qui tendent à faire con-
1. Willaume avait été chirurgien du cornte d'Artois. Voir rAlmanach royal de 1789, p. C2:j.
sidérer la paix comme impossible, la guerre comme inévitable. Les cafés, qui abondaient dans ce sens, mais qui, depuis quelque temps, montraient une assez grande circonspection, rompent aujourd'hui le silence. Le plan de ces obscurs nouvellistes est évidemment de faire perdre à notre diplomatie auprès des puissances alliées du Nord cette attitude imposante et franche qui a, jusqu'à ce moment, rompu les liens de toute coalition nouvelle et garanti l'activité des négociations à Rastadt. En effet, beaucoup de ces bruits perfides ne sont mis en avant que dans l'idée qu'ils seront recueillis par les journalistes anti- républicains, auxquels les gazettes étrangères servent d'écho à leur tour. C'est dans le même esprit et les mêmes intentions que les frondeurs déhontés des institutions républicaines les plus salutaires parlent de la conscription militaire et s'apitoient sur le sort d'une jeunesse au courage de laquelle ils font ainsi la plus grossière injure. Mais sortez de ces repaires du royalisme et de quelques cercles où il ne cesse d'être en honneur: vous avez un tableau bien différent; toutes les mesures prises de concert par les pouvoirs constitutionnels pour assurer la paix, et surtout pour mettre la République à l'abri des événements qui pourraient résulter d'un manque de bonne foi et de reconnaissance de la part de quelques États voisins, sont appréciées, senties et généralement approuvées. Un seul sentiment occupe tous les cœurs : celui du désir de la plus prompte ven^-eance du [sic) gouvernement anglais. Les vœux pour la paix sont subordonnés à l'honneur qui doit en rendre les conditions avantao-euses pour la République. Du reste, on est dans une méfiance universelle de toutes ces opinions qui tendent à faire croire à quelque mésintelligence entre les autorités. Il est une observation faite par un grand nombre de personnes, et qu'on ne peut omettre, c'est que, depuis plusieurs décades, les travaux du Corps législatif et la sollicitude du Directoire sont continuels pour établir un ordre plus grand dans l'administration des finances. L'attention particulière que le gouvernement prête à la splendeur des arts n'a point échappé non plus à la foule des sages observateurs, et le rapport que le représentant Daubermesnil a fait sur cette intéressante partie a fait sensation». — L'activité des travaux reprend dans les ateliers de toute espèce; l'ordre y rè"-ne; les événements malheureusement sont infiniment plus rares, et en dernière analyse, il n'est dans les esprits aucun germe de fermentation.
1. 11 s'af^it du rapport l'ait par Daubermcsnil au Conseil des Cinq-Cents, le 29 fructidor au VI, sur les dépenses du ininislèrc de l'intérieur. Bibl. nat., Le 43/2331, in-/*.
J27 DIRECTOIRE EXECUTIF [29 septembre 1798]
Culte et temples. — L'affluence des catholiques est toujours plus graude au temple Gervais que partout ailleurs. Cette particularité paraît tenir à des efforts plus grands, mais cependant cachés, du fanatisme dans cette division.
Spectacles. — Les allusions civiques à'Epicharis et Néron, au Théâtre-Français de la République, continuent à être marquées par des applaudissements. On regrette que toutes les productions qui se donnent en assez grand nombre sur les autres théâtres soient à peu de choses près nulles pour l'amélioration de l'esprit public.
LeSSORE, L. MlLLY.
(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)
Autre rapport du Bureau central.
Journaux du 8. — Les Nouvelles de Paris ', sous prétexte d'introduire dans un article de Variétés un personnage dont le ridicule est fort équivoque et dont le nom est Politicon, trouvent le moyen d'imprimer ce qui suit, et que l'on peut considérer comme l'opinion pure du royalisme le plus machiavélique : « Si Buonaparte est Soudan, les Anglais feront un traité : partage des Indes, conquête de la Perse. . . La soumission de l'Irlande n'est plus un problème qu'à Paris... Le roi de Sardaigne est bien malheureux. Celui de Naples n'a rien à craindre. L'Empereur est en mesure, et l'Ilalie sera le théâtre de la guerre. Le pauvre roi d'Espagne est ballotté cruellement. Je ne sais si nous aurons toujours à nous louer du roi de Prusse, mais il est un fait certain, c'est que la maison de Brandebourg ne fut jamais l'amie sincère de la France... Aurons-nous la guerre enfin, lui demande-t-on avec impatience? Nous aurons la guerre, répond-on, laconiquement, et tous ses élus s'en vont fidèlement répéter ; Nous aurons la guerre. » On calcule aisément l'effet que peut produire la publicité d'un semblable article parmi les malveillants de l'intérieur et les ennemis de la République au dehors.