‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 50 sur 254 · L. MiLLY, Lessore · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Lessore

(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)

Journaux.

Rédacteur du 7 vendémiaire : « Les administrateurs du Bureau central au commissaire du Directoire exécutif près le môme bureau. Citoyen commissaire, nous avons lu le réquisitoire que vous avez adressé sur la mendicité, et que vous avez fait insérer dans le Rédacteur du 2 de ce mois '. Tous les amis de l'humanité partagent vos vœux et gémissent avec vous sur ce fléau de l'ordre social. On s'étonne que les lois rendues jusqu'à ce jour pour l'éteindre soient restées sans effet, et que les cités populeuses de la France soient surchargées de mendiants. Mais ce que vraisemblablement on ne sait point, c'est que, depuis plus de deux ans, le Bureau central a tenté par tous les moyens possibles de faire disparaître la mendicité du sein de cette commune, qu'il a • fait enlever et conduire dans des hospices une foule de mendiants estropiés ou prétendus tels, (jui exposaient leurs plaies réelles ou factices aux regards des passants pour exciter la commisération des âmes sensibles et bienfaisantes. Ce qu'on ne sait pas, c'est que nous avons sollicité encore tout récemment, auprès du ministre de l'intérieur et du Départemcul, l'établissement d'un hospice destiné à recevoir ces malheureux, et à leur procurer tous les secours dont ils peuvent avoir besoin. Cet hospice vient d'être établi à Franciade; il

1. Nous en avons donné plus haut, p. 87, une analyse daprès un autre journal.

123 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [25 SEriKMiiRE 1798]

est drjà pourvu d'une grande partie des choses nécessaires à son service; le Dé|)artemcnt vient de Taire alTicher l'adjudication au rabais des fournitures qui restent à faire; et nous espérons que sous i)eu on jiourra y réunir un assez grand nombre de mendiants invalides. Ces faits, citoyen commissaire, sont à votre connaissance, et vous vous rappelez que nous nous sommes concertés à cet égard avec l'administration du département. Les mendiants valides attachés au sol de la commune attendent, pour être occupés, l'ouverture des ateliers publics ({uc la loi leur promet, mais que les circonstances n'ont point encore permis d'établir. Quant aux mendiants étrangers qui abondent ici de tous les points de la République, et que l'on peut considérer comme vagabonds, ils en sont repoussés sans ménagements; mais le secours que la loi leur accorde pour retourner dans leur commune ne leur est pas payé assez exactement, attendu la pénurie des fonds; en sorte qu'abandonnés de nouveau à eux-mêmes, et livrés aux conseils de la paresse et du besoin, ils refluent perpéluellemcnt dans Paris pour dévorer la subsistance du véritable pauvre ou commettre des forfaits. La police a toujours l'œil ouvert sur ces hommes dangereux, et, toutes les fois qu'elle peut en saisir quelques-uns, ils sont dénoncés aux tribunaux, et punis d'une détention plus ou moins prolongée, mais toujours insuffisante pour les rappeler au bien. Voilà l'état de la commune de Paris sous le rapport de la mendicité. Vous voyez, citoyen commissaire, que le Bureau central a fait tout ce qui était en lui pour réprimer ce désordre, et que, si ses soins n'ont pas été jusqu'à présent couronnés d'un succès complet, c'est parce que les obstacles qu'il a éprouvés sont dans la nature de la chose même et dans la force des circonstances. La mendicité s'est propagée en France avec la superstition et le despotisme. C'est dans les pays superstitieux et livrés à la servitude qu'elle exerce le plus de ravages, parce que l'ignorance, les richesses et la pauvreté y sont excessives. Sous la douce influence du climat de la liberté, la mendicité i)erd insensiblement de son crédit; les lumières et la saine raison élèvent tous les hommes jusqu'au sentiment de leur propre dignité et les appellent à des occupations utiles. Les richesses sont moins inégales, l'abondance est mieux distribuée, le travail active tous les bras; l'agriculture honorée attire autour d'elle tous ses enfants; l'industrie et les arts fixent les autres dans les chantiers, dans les manufactures, dans les ateliers; tout est plein de vie, tout est occupé, personne n'éprouve de besoins réels, et les grandes cités ne recèlent plus d'hommes oisifs et malheureux. Cette riante perspective se réalisera un jour, citoyen commissaire ; le bonheur s'établira parmi nous. Alors les Français trouveront en eux-mêmes des ressources contre le besoin; la mendicité ne sera plus le résultat d'un vice dans l'organisation sociale, et si elle se fait encore remarquer sur quelques points de la France, il n'en coûtera plus aucun effort pour la faire disparaître. En attendant cette heureuse époque, nous continuerons à prendre des mesures pour remplir le vœu des lois, dont au surplus vous ne provoquez l'exécution que d'une manière incomplète, puisque vous ne demandez la répression des mendiants qu'avant le lever et après le coucher du soleil, quoique la mendicité soit défendue à toute heure du jour. Salut et fraternité. Les administrateurs du Bureau central : Lessore, 1^. Milly. Cousin. » — Rédacteur du 18 vendémiaire : « Le Bureau central du canton de Paris aux quarante-huit commissaires de police, 4 vendémiaire an VII. En parcourant, citoyens, les rues de vos divisions respectives, vous avez dû vous apercevoir que, depuis

quelque temps, les images obscènes se multiplient sur les grandes portes et les murs des maisons. Ces tableaux crayonnés ))ar'la débauche et le libertinage donnent occasion aux ennemis de la Képubli(iuc de caloinnier la Révolution et la liberté, en attribuant aux républicains les délits de quelques hommes sans moralité et sans mœurs. Lorsque, dans vos rondes journalières, vos regards seront frapi)és de ces obscénités révoltantes, vous inviterez les propriétaires ou principaux locataires des maisons à les faire disparaître. 11 ne faut pas ({uc, dans une République dont la base doit être la vertu, les yeux do la jeunesse rencontrent des objets capables d'altérer son heureuse innocence. C'est surtout sur les murs des corps de garde, et dans l'intérieur même, que des êtres corrompus se plaisent à esquisser des figures obscènes ; il est de votre devoir de les faire eflacer. L'ami des mœurs, qui est aussi l'ami de la République, voit encore avec peine des inscriptions royalistes que l'audace contre-révolutionnaire crayonne ou placarde en différents endroits de cette commune; surveillez les coupables auteurs et mettez-les sous la main de la justice; vous justifierez par là notre confiance, et vous obtiendrez, dans cette partie de l'exercice de vos fonctions, le succès que nous avons droit d'en attendre. Les administrateurs du Bureau central, sic/né : Lessore, L. Milly, Cousin. »

MCDLXXVI

Rapport du iîUi^eau genihal du 8 vendémiaire.

.. .Journaux du 7 vcndémiihe. — ■ Il est peu de numéros du journal les Nouvelles de Paris qai ne décMent l'intention de flatter, d'une manière plus ou moins directe, les partisans du royalisme; robscurilé de la rédaction, les opinions isolées, la manière dont les nouvelles sont présentées, le. choix toujours très mauvais de ces dernières, tout concourt au même but. Dans le n° du 6 de ce mois, on trouve de l'animosité contre les rédacteurs du journal la Correspondance, parce qu'il y est présumé que le roi de Sardaigne n'était pas étranger à un projet formé à Turin d'égorger tous les Français. On note cependant moins les Nouvelles de Paris pour l'idée contraire qu'elles peuvent avoir, que pour la chaleur extraordinaire avec laquelle elles défendent un roi dans cette circonstance, car c'est évidemment la monarchie qu'elles protègent dans leur assertion. Il y a ensuite, dans la même feuille, un rapprochement mauvais, et on peut dire même évidemment coupable, entre une proclamation du roi de Naples pour une levée d'hommes et nos circonstances actuelles, et pourquoi les rédacteurs mettent-ils en italiques ces mots de la proclamation napolitaine ?

l'ili DIRECTOIUE EXÉCUTIF [29 septembre 1798]

« Tous les mâles depuis l'âge de dix-sept ans jusqu'à celui de quarante-cinq, sont regardés comme soldats effectifs et doivent au premier signal, se trouver à leur corps... Ils doivent se considérer comme soldats nés. . . Celte déclaration doit être regardée comme loi fondamentale de l'État. » — Dans la phrase suivante, que présente la feuille du même journal, aujourd'hui 7, on ne peut s'empêcher de voir l'empreinte d'un royalisme pur : « Tandis que des journaux dont le patriotisme n'est point suspect assurent qu'il n'est pas douteux (mots en italiques) que les mille cinq cents Français lancés en Irlande sont pris et n'ont pu faire autrement que de se laisser prendre, d'autres, plus équivoques, ne parlent que de victoires, de prises et de conquêtes; ils ajoutent que notre artillerie est épouvantablement destructive (mots encore en italiques), et, si je ne me trompe, les Français n'y ont point encore transporté d'artillerie. » — Répréhensible qualification de Théâtre Richelieu donnée dans le Phénix au théâtre de la République. — Dans la Quotidienne, \q citoyen Willaume, chirurgien, est qualifié de ci-devant chirurgien de la cour' ; il vient d'être écrit à cet effet au rédacteur. On observe qu'en contravention à ce qui est prescrit par la loi du 28 germinal an IV, cette feuille n'est point signée par le rédacteur. — Le rédacteur du Point du Jour est également dans ce dernier cas.

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