L. MlLLY
(Arch. nat., BB » 89, et F» 3842.)
Journaux.
Ami des Lois du H vendémiaire : « Je ne sais si, comme le prétend saint Augustin, tous ceux qui se donnent au diable deviennent sa proie; mais, si le fait existe, il est certain que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population de Paris iront successivement en enfer rien qu'à cause des numéros, qui font pester et jurer tout Parisien non perclus, au moins une fois par décade. Vous croyez que ce sont les numéros de la loterie ; il est vrai qu'ils y contribuent un peu en sortant, la plupart du temps, de travers pour la plupart des pontes; mais ce n'est là qu'un bibus en comparaison du tort que font au salut de l'àme et à la santé du corps les numéros des maisons, disposés tellement à tort et à travers qu'il est plus aisé de deviner un ambe sec à la loterie que d'en trouver deux au hasard dans une rue où l'on rencontre juste; je dis à la santé du corps, parce que mon médecin prétend, avec beaucoup de probabilité, que c'est à ces numéros multipliés et mal disposés qu'on doit en grande partie les maladies bilieuses qui depuis quelques années désolent cette commune. Sérieusement, on ne saurait calculer la perte de temps, les méprises et les embarras sans nombre que cause cette confusion; d'abord, non seulement les numéros n'ont aucune suite, puisque, à côté de 36, on trouve 268, à côté de 3, le n" 1054, etc. ; mais le même numéro se trouve répété deux ou trois fois dans la même rue, et qui pis est du môme côté : dans les rues infinitésimales, (elles que celles du Bac, Saint-Martin, Saint-Denis, etc., on ne s'y connaît plus; c'est un véritable dédale. Un de mes amis, qui a plusieurs bonnes amies dans la rue Montmartre, et à qui ces doubles numéros ont attiré des quiproquos assez fâcheux, n'a trouvé d'autre moyen, pour faire parvenir chaque billet doux à son adresse, que de mettre sur l'adresse le signalement du numéro, en écrivant par exemple, à la citoyenne M.. ., rue Montmartre, n^* ^3 en pierre de taille, n" 58 en bois rouge peint à l'huile, etc. Ce moyen est bon pour la petite poste, parce que le facteur sait oîi attraper les numéros signalés; mais il ne remédie aucunement au désagrément qu'ont les piétons d'être obligés de retourner sur leurs pas chercher le n" 58, en bois rouge, après avoir fait un demi-kilomètre pour trouver le n° 58, en pierre de taille, ({u'ils ne cherchaient pas. On croirait d'abord qu'il faut un grand effort d'esprit, beaucou]) de combinaisons et de calculs, pour remédier à ce désordre; point du tout, ce serait l'affaire d'un petit règlement du Bureau central, composé à i)eu près de ce qui suit: « Le Bureau central, considérant que le temps est une dos propriétés les plus précieuses du citoyen français, dont il n'est pas permis de le dépouiller, sans de pressants motifs; qu'user mal à propos le temps, c'est, selon Franklin, user l'étoffe dont la vie est faite; considérant que la mauvaise disposition et la multiplicité des numéros des maisons de Paris font ))crdre tous les jours une quantité incalculable de temps à beaucoup de citoyens qui en ont besoin, même pour subsister; que, si la promenade est généralement bonne pour la santé, elle produit les cU'ets les plus nuisibles, lors(|u'elle est accompagnée d'un épanchement de bile, suite inévitable d'une course inutile; ronsidrranl enfin que tout est considéré: arrête: An. i^f. Dans le cours des deux décades qui suivront la publication du présent arrêté, tous les anciens numéros affichés aux maisons de Paris seront effacés et remplacés par d'autres, disposés de la manière suivante. —
133 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 octobre 1798]
2. Chaque rue aura ses numéros séparés commençant par n^ 1 d'un coté, et continuant ainsi tout le long de ce côté, puis reprenant du côté opposé, de manière que le dernier numéro de la rue se trouve vis-à-vis du premier. —
3. Le n" 1 sera toujours placé du côté droit de la rue, lequel côté se trouve à droite du passant qui regarde la pente du ruisseau, comme dans les rivières la droite se trouve en regardant l'embouchure. Dans le petit nombre de rues qui n'ont ni ruisseau, ni pente, la droite se prendra en partant du côté de la ville, et regardant le boulevard le plus voisin. — 4. Les commissaires de police sont chargés de l'exécution du présent arrêté, chacun dans son arrondissement. — Et qu'on ne croie pas que le présent arrêté pour les numéros soit une minutie; il n'y en a pas, en fait de règlements de police, qui intéresse plus la commodité de tous les habitants d'une grande commune. Il n'y a pas de fêtes tous les jours de l'année; mais tous les jours on va d'une rue à l'autre, tous les jours on a besoin de trouver le numéro d'une maison, d'être éclairé dans les rues, quand il fait nuit, etc. L'attention avec laquelle la police cherche à pourvoir à ces détails peut être comparée à ce que nous appelons les petits soins dans la société, qui souvent, et à la longue, font plus d'effet que d'importants services. Tel homme qui aurait acquitté avec plaisir sa quote-part de l'impôt paie en murmurant, lorsqu'après avoir voyagé dans une rue sale, mal pavée, etc., il est obligé de revenir sur ses pas chercher le numéro de la maison où demeure le receveur du quartier. Je ne puis terminer cet article sans parler du peu de cas que, dans la plupart des pays policés de l'Europe, on fait généralement du temps et du déplacement des gouvernés. On dit qu'à la Chine les cordonniers, les tailleurs, etc., se promènent dans les rues avec leurs outils et offrent leur travail aux habitants, qui les font entrer chez eux pour se faire chausser et habiller sur-le-champ, car ces ouvriers ne quittent pas la maison que les souliers ou l'habit ne soient faits. Uu restaurateur promène de même des dîners tout apprêtés. Nous rions de cet usage, parce qu'il n'existe pas chez nous; mais dans le fond il est plus simple qu'un homme se déplace pour le public, que de voir le public forcé de se déplacer pour lui. C'est bien pis lorsque des administrations ou établissements publics sont organisés de manière à exiger de la part des administrés le plus de déplacements possibles et à leur faire perdre le plus de temps possible. Combien de petits rentiers et autres créanciers de l'État qui aiment mieux ne pas toucher ce qui leur revient, ou se laisser tomber en déchéance, que de trotter de quartier en quartier ou de bureau en bureau pour se procurer toutes les signatures, tous les témoins et paraphes requis pour un certificat de résidence! Combien de gens qui renoncent à un voyage souvent très nécessaire pour éviter la queue sans fin qu'exigent l'obtention et souvent même le visa d'un passeport! Quoi 1 dans un pays où l'on a inventé les aérostats, les télégraphes et tant d'établissements utiles, où la plupart des sciences ont fait des progrès si marqués, il n'y aurait pas moyen de trouver une manière d'administrer qui coûtât aux administrés le moins de déplacement et de temps possibles ! Certes, avec un peu de petits soins, on y parviendrait en très peu de temps. »
MCDLXXXI
12 VENDÉMIAIRE AN VII (3 OCTOBRE 1798). Séance du Directoire exécutif du 12 vendémiaire.
Le Directoire arrête que la prohibition prononcée contre le journal le Bien informé, par arrêté du 2« jour complémentaire de l'an Vil, cessera d'avoir son effet '.
(Arch. nat., Registre du Directoire exécutif, AF' m, 13.)
MGDLXXXII
Rapport particulier au ministre de l'intérieur, du 14 vendémiaire