‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 59 sur 254 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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cordes goudronnées servant de flambeaux, plusieurs les éteignirent, mais d'autres, qui étaient un peu pris de vin, s'y refusèrent et le commi<?saire ne put faire cesser le convoi à cause de la multitude qui l'accompagnait

Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Ministre du culte catholique. — D'après le procès-verbal du commissaire de police de la division de l'Observatoire, constatant les divers serments prêtés par le citoyen Le Seigneur, ministre du culte catholique, logé rue des Postes, n** 10, le Bureau central a instruit le ministre de la police que ce citoyen avait prêté tous les serments exigés par la loi et lui a demandé s'il ne serait pas convenable de lever les scellés apposés chez lui.

Brochures prohibées. — Le Département de la Seine, en annonçant avoir vu, dans la feuille du rapport de l'État-Major du 8 de ce mois, qu'un particulier, vendant des brochures prohibées, avait été arrêté par un inspecteur de police, ayant recommandé la surveillance la plus exacte pour arrêter et rechercher les auteurs de ces écrits licencieux, le Bureau central lui a répondu que la surveillance en cette partie était très active, et qu'il venait d'être nommé, pour l'exécuter spécialement et exclusivement, un agent secret.

Livres et gravures obscènes. — Perquisition faite en vertu d'un mandat, dans la boutique du citoyen Loiseau libraire, à l'effet d'y découvrir des livres et gravures obscènes; il n'en a été trouvé aucun.

Affi'-hes sur papier blanc. — Il a été saisi deux aiïiches sur papier blanc: l'une du théâtre Sans-Prétention, l'autre de l'Ambigu; procèsverbal a été dressé contre l'imprimeur, et copie en a été envoyée au commissaire du pouvoir exécutif près l'arrondissement.

Bureau général de commission de librairie. — Le ministre de la police, en adressant un exemplaire de prospectus que faisaient circuler dans les départements les citoyens Lottin, Dumas et C", et par lequel ils annonçaient à la fois un bureau général de commission de librairie et des primes dont la distribution devait dépendre de la sortie des numéros de la Loterie nationale, ayant chargé le Bureau central d'exiger de ces citoyens une modification de leur plan de manière à ne plus présenter cette irrégularité, qui est une contravention à la loi du 3 frimaire an VI, le Bureau central a écrit aux citoyens Lotlin et G'" conformément aux intentions du ministre.

Loterie nationale. — Le même ministre, pour prévenir les manœuvres qu'emploient différents banquiers clandestins pour discréditer la Loterie nationale, en faisant répandre de fausses listes, ayant invité le Bureau central à prendre des mesures propres à empêcher

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ces manœuvres, le Bureau central lui a répondu que, les administrateurs de la loterie ayant porté des plaintes à cet égard, il avait rédigé et fait afficher un avis pour prémunir le public contre ces manœuvres.

Salle de vente. — Le citoyen Dubruc, libraire, ayant été dénoncé par un anonyme, comme ayant ouvert une salle de vente où, au mépris des lois qui ordonnent l'usage du calcul décimal, il se servait encore des dénominations de livres et de sols au lieu de francs et centimes, le Bureau central a prévenu le citoyen Sylvestre, qui tient celte salle de vente, qu'il serait responsable des contraventions à la loi qui auraient lieu de la part des libraires priseurs et crieurs qui font ces ventes.

Bals, — Sur l'avis de l'agent comptable des revenus des pauvres» le Bureau central a chargé les com.missaires de police de viser ^tous les mois les permissions de bals, sur lesquelles il devra être fait mention de leur taxe, et de refuser leur visa à tous ceux qui ne justifieraient pas du payement du mois expiré.

Arrêté relatif à la perception des droits des indigents. — Il a fait passer à l'administration du théâtre des Arts son arrêté relatif aux. mesures à prendre pour assurer les droits des indigents, et cette administration, en accusant réception de cet arrêté, a assuré de son zèle à faire percevoir exactement des deniers aussi sacrés.

Théâtre des Victoires-Nationales. — Il a donné acte de sa déclaration au citoyen Galbais Saint-Amant, directeur du théâtre des Victoires Nationales, rue du Bac, qui est dans l'intention d'y donner tous les jours des représentations.

Cousin, L. Milly.

(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)

MCDXC

21 VENDÉMIAIRE AN VII (12 OCTOBRE 1798). Rapport du bureau central du 22 vendémiaire.

Journaux du 21. -~ Les n°» 20 et 21 du journal la Correspondance des représentants du peuple paraissent mériter une attention particulière. La totalité du premier est remplie d'opinions qui tendent à combattre celles que différents journalistes ont produites pour faire ressortir les avantages qui peuvent résulter pour la République cisalpine des derniers changements survenus dans son gouvernement. On

lit d'abord une lettre du citoyen Lucien Buonaparte aux citoyens Stevenotte, Dessaix et Dethier. L'observation sur laquelle il revient presque à chaque article est que le Directoire de la République française ne pouvait rien dans cette circonstance, sans le concours du Corps législatif ; il appelle le jour où ces changements ont été opérés une journée de plus à ajouter aux journées désastreuses qui « de temps en temps » salissent les belles années de la Révolution; mais voici les raisonnements et déclarations qu'il fait à ce sujet : « Le Directoire français a excédé ses pouvoirs en changeant à son gré la Constitution cisalpine ; car, s'il avait eu le droit d'opérer ce changement, il aurait celui de le renouveler demain et de donner un roi ou des triumvirs à cette partie de l'Italie; il a donc excédé ses pouvoirs. » C'est ainsi que le citoyen Lucien Buonaparte recommande Toubli de la Révolution cisalpine. — L'article particulier aux rédacteurs de cette feuille, dans ce numéro, est rédigé dans les mêmes sentiments et offre les mêmes conséquences, quoique sous d'autres formes. Il faut noter qu'on y présente toujours comme fondées les alarmes que sont censés suggérer les changements survenus dans la République cisalpine, que le mot alarmes est répété très souvent à dessein et toujours imprimé en italiques. En rappelant ce que le citoyen Trouvé avait dit sur les atteintes portées à la Constitution antérieurement aux derniers changements : « Certes, disent-ils, la Constitution avait été infiniment plus violée parmi nous que parmi eux, du moins avant le dernier exploit de Trouvé. » Au milieu juste de l'article se trouve cette phrase : « L'attention publique nous paraît suffisamment éveillée, et, toutes fondées qu'aient pu être les alarmes qu'on avait conçues, nous ne voulons pas qu'on puisse nous reprocher de chercher à les accroître. » Comment concilier la bonne foi de cette réflexion avec tout le soin particulier qu'ont pris tous les rédacteurs de poursuivre pendant trois colonnes encore leurs premiers raisonnements et toujours d'indiquer par des italiques une foule de mots qui prennent alors le ton du reproche de plus eu plus ironique, tels que ceux de : atteinte aux droits du peuple; souveraineté méconnue; réforme ou serpe de ta réforme^. C'est au citoyen Trouvé que ces reproches s'adressent, parce que les rédacteurs de la feuille affectent de le croire seul auteur de l'article du Rédacteur auquel ils répliquent. En dernière analyse, on regarde comme essentiel de noter ici la phrase suivante : o Quant à je ne sais quelle

1. Allusion à cette phrase de cet article : << Toutefois, vous ne pensez point que le Directoire veuille aussi porter parmi nous la serpe de la réforme... » Bibl. nat., Le 2/73ÎJ, in-i, p. 84, col. 1,

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anecdote du Pavillon de Flore, dont nous ignorons la nature et ne cherchons point à connaître les instigateurs, s'il est vrai, comme on nous le révèle pour la seconde fois, qu'on y eût formé le projet d'empêcher les élections de l'an VI, il y aurait à observer d'abord qu'on a fait plus encore et peut-être pis, en principe et pour les conséquences, que ce qui avait été proposé; en second lieu, que le pavillon de Flore vient là fort inopinément, attendu qu'il est tout aussi étranger aux épurations dont on aurait bien pu nous parler qu'à l'expédition de Trouvé dont on nous parle et qu'on justifie si pleinement. » — A la page 88 du même journal, avant-dernier alinéa, un choix d'expressions injurieuses tend à faire entendre que les prohibiteurs du Journal des Francs veulent avilir le Corps législatif; la phrase dit bien le contraire, mais les mots prohibiteurs et avilir, soulignés, ne laissent aucun doute sur son véritable jour. — Enfin, dans un avis au ministre de la police, le ministre des relations extérieures, appelé Périgord, est implicitement accusé d'intelligence avec les ennemis de la République; on y dit que le ministre a laissé en Amérique, son ancien séjour, beaucoup d'amis parmi les Anglais, ainsi que parmi les émigrés, des orléanistes et des quatre-vingt-onze. — Ce journal est le seul qui, ces deux jours, ait donné lieu à des remarques importantes.

Lessore, Cousin.

(Arch. nat., BB » 89, et F^ 3842.)

Rapport du bureau central du 23 vendémiaire.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Le coup d'oeil journellement jeté sur l'opinion publique, ou plutôt l'étude suivie et profonde que l'on n'a cessé de faire de la situation des esprits, a donné des résultats qu'il est doux d'annoncer, quoiqu'il soit indispensable d'offrir en rapprochement le tableau des nouveaux efforts de la malveillance pour diviser ou corrompre la société. — A considérer d'abord l'esprit dans lequel on accueille tant de nouvelles différentes sur les dispositions, ou présumées ou véritables, des diverses puissances envers la République française, on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'intérêt de la patrie règne plus que jamais au fond Tome V. 10

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des cœurs. En effet, si quelques royalistes, qui vont assidûment quêter des échos dans certains cafés, grossissent à discrétion les ressources de plusieurs gouvernements du Nord ou de l'Orient, leur supposent l'attitude la plus imposante et font avec complaisance les détails de leurs préparatifs de guerre contre la France, la masse presque entière des citoyens reste constamment dans le doute sur ces bruits, dont souvent les patriotes éclairés voient la source dans les gazettes anglaises. On est généralement en méfiance sur ce qui se débite au sujet de' la Porte-Ottomane, parce qu'on présume que les conjectures alarmantes répandues sur les dispositions de cet État n'ont d'autre but que de contrarier le gouvernement dans les grandes opérations dont il a chargé le général Buonaparte et d'arracher à la République sa plus ancienne alliée. L'influence du cabinet de Londres sur celui de Pétersbourg n'est plus un problème; ce dernier passe évidemment pour avoir levé le masque, et l'on ne paraît pas étonné qu'il tente de réagir à son tour sur celui de Gonstantinople. Telle est en ce moment la chaîne des conjectures que les hommes instruits et sincèrement attachés au gouvernement républicain opposent avec succès à celles de la malveillance. L'État de Naples cependant est réputé un État ennemi ; cette opinion se généralise de plus en plus, et c'est au point qu'il participe déjà beaucoup à la haine profonde que l'on porte au gouvernement britannique. On a entendu des gens à préjugés monarchiques, d'assez bonne foi eux-mêmes pour avouer la France trahie dans sa loyauté, et son honneur intéressé à tirer une vengeance éclatante de tant de perfidie. — La manière dont on envisage l'état actuel des négociations de Rastadt donne de nouvelles espérances pour la paix, et la dernière note de ladéputation française paraît avoir déconcerté la foule des agioteurs, car on a remarqué que cette engeance, qui infecte surtout le 11^ arrondissement, spécule sur les bruits de guerre pour faire hausser l'intérêt de l'argent et par conséquent baisser celui des effets publics. — Les ennemis du gouvernement sont également très embarrassés du silence qu'il garde au sujet des États-Unis d'Amérique; ils essayent tous les bruits imaginables pour parvenir à connaître sa pensée, [ou le forcer à trahir sa modération. Il règne dans cette classe, animée d'un véritable esprit de royalisme, une [extrême abondance de conjectures, toutes plus absurdes les unes que les autres. — Le silence qui règne au contraire parmi d'autres ennemis de la chose publique n'est pas moins remarquable; les [éléments de |,ranarchie sont en grande partie dissipés sans doute, mais l'œil de l'observateur n'a pu s'abuser sur l'espoir plus apparent que l'on conçoit de les rassembler et sur les

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efforts secrets que l'on fait pour y parvenir. C'est dans le sein du Corps législatif que les ambitieux ou .les curieux de toute espèce d'autorité auraient voulu un point d'appui ; c'est là qu'ils eussent semé le germe fatal de la division; c'est contre la loi du 22 floréal, qui les a écartés du temple des lois, que se tournent leurs ressentiments. Ce ne sont pas eux qui se plaignent effectivement jusqu'à présent : ce ne sont encore que des émissaires qui leur sont dévoués. Seulement ils observent l'impression que les écrits de ces derniers ont pu faire sur les esprits, et s'interrogent à cet égard avec une grande circonspection. — On n'omettra pas de parler ici de la sensation produite par la proclamation du Corps législatif sur la loi de la conscription; la nécessité autant que l'intérêt de cette grande mesure l'emporte dans l'opinion publique sur les affections personnelles. Il est dans le caractère national de menacer du mépris tous ceux qui oseraient rester sourds à la voix de la patrie, et l'on a la certitude que le complément rapide des rôles de conscription fera bientôt trembler les ennemis de la République.

Placards. — Plusieurs placards ont paru ; si l'on pénètre bien l'intention des auteurs de celui intitulé : Pétition des rentiers au Corps législatif, ils ont en vue de repousser diverses calomnies dirigées contre le gouvernement à raison des efforts qu'il a faits pour assurer les ressources nécessaires aux dépenses de l'année; aussi la malveillance a-t-elle profité de l'ombre pour marquer cette adresse d'un sceau de réprobation ; en haut de toutes les affiches il a été écrit avec un crayon : Ramel invenit. — On s'est récrié, dans une affiche non signée et portant l'adresse de Vatar, imprimeur, contre Je projet d'impôt sur le sel; le contenu de cet imprimé avait paru textuellement dans le journal de la Correspondance. — Enfin il a paru un instant, et presqu'aussitôl disparu, un placard à la main, dans lequel quelque scélérat, qui n'a eu garde de se nommer, invitait les rentiers à s'armer d'un poignard pour le tourner contre les membres du Directoire; les recherches pour parvenir à la découverte du coupable auteur de celte provocation à l'assassinat se poursuivent en ce moment même, mais on craint qu'elles ne soient infructueuses.

Spectacles. — Ils n'ont donné lieu à aucune observation importante.

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