L. MiLLY, Lessore
(Arch. nat., BB » 89, et F^ 3842.)
Journaux.
Patriote français du 16 vendémiaire: « Paris, le 15 vendémiaire .. • L'administration centrale de la Seine a pris, le second jour complémentaire, un arrêté qui porte que la célébration des décades se fera dans les ci-devant églises remises à l'usage des citoyens par les lois des 11 et 30 prairial an III. Tout exercice de culte devra cesser dans ces édifices le décadi à huit heures et demie du matin, et ne pourra se reprendre qu'après la fin des fêtes décadaires, pourvu qu'il ne soit pas plus de six heures en hiver, et huit heures en été. Les signes de tous les cultes devront, pendant la présence de l'administration municipale, être enlevés ou voilés, et on ne pourra, durant la célébration du décadi, paraître dans les édifices avec aucun habit affecté à des cérémonies religieuses. Cette sage mesure en a provoqué une autre d'un genre tout à fait burlesque. Les christivores ont à leur tour voilé les statues de Jean-Jacques et de Voltaire, placées sur un autel sur lequel ils semblaient sourire malignement, en tenant, pour ainsi dire, la place des deux ci-devant saints. Un railleur dévot, voyant ainsi les effigies de ces deux grands hommes, l'une à la gauche et l'autre à la droite d'un crucifix, les comparait aux deux larrons; Jean-Jacques était le bon. Sans s'en douter, il disait une assez grande vérité, car ces deux illustres personnages, ainsi travestis par un marguillier de paroisse, ont terriblement contribué à la spoliation légitime et nécessaire de tous les voleurs en étole qui s'étaient si prodigieusement enrichis aux dépens de la sottise. Ils sont passés, ces jours de fêle. »
MCDLXXXIV
Séance du Directoire exécutif du 16 vendémiaire.
Le Directoire prohibe le journal intitulé Nouvelles de Paris, comme étant rédigé dans des principes aussi dangereux que ceux qui ont
donné lieu à la prohibition des feuilles périodiques la Quotidienne et autres dont ce journal est la continuation.
[Registre du Directoire exécutif, Arch. nat., AF * m, 13.)
Journaux.
Journal du soir des frères Chaignieau du 18 vendémiaire : « Parjs, le 18 vendémiaire... La police a fait cerner, le 16, le théâtre du Vaudeville; plus de trois cents personnes y ont été arrêtées. La force armée qui les conduisait au Bureau central étant insuffisante pour les surveiller, une centaine environ d'entre elles ont rompu le cordon au détour des rues et se sont échappées... «
Rapport du bureau central du 18 vendémiaire.
. . .Journaux. — Le journal Correspondance du 17, qui ne nous est parvenu qu'aujourd'hui, cite la réclamation des républicains de Sainl-Pol auprès de la députation du Pas-de-Calais, contre l'injustice de la destitution des citoyens Goulliart et Debret, membres de l'administration centrale. Dans cette réclamation, adressant la parole aux destitués, il est dit : « Ah ! sans doute, vos nominations furent aussi l'effet de l'intrigue aux yeux du royalisme désespéré de sa défaite. Voilà donc sur quel fondement le Directoire a prononcé la destitution des deux administrateurs que la loi du 22 floréal avait épargnés! » — Le Messager des relations extérieures ainsi que le Publiciste annoncent la déclaration de guerre de la Porte à la République française et la quadruple alliance de cette puissance avec la Russie, l'Angleterre et l'Autriche; le Publiciste, seul, ajoute que Ton ne doit accueillir ces nouvelles qu'avec défiance.
(Arch. nat., BB », 89, et F^ 3842.)
Journaux.
Rédacteur du 18 vendémiaire : « Arrêté du 17 vendémiaire an VII. Le Directoire exécutif, vu le n» 289 du journal intitulé le Propagateur en date de ce jour, considérant que les journaux qui, ainsi que vient de le faire le Propagateur, annonçant, d'une manière vraie ou fausse, les mouvements des
139 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [9 octobre 1798]
bâtiments de guerre, des convois de la République et des troupes de terre et de mer, ou rendant compte, soit des préparatifs militaires qui se font dans les ports, sur les côtes ou partout ailleurs, soit des difTérentes opérations militaires ou maritimes, non encore consommées, éveillent l'attention de l'ennemi, appellent ses forces, et trahissent des intérêts que la prudence et l'amour de la patrie devraient faire soigneusement respecter par tous les sincères amis de la République; en vertu de l'article 35 de la loi du 19 fructidor an V et de la loi du 9 fructidor an VI, arrête ce qui suit : Art. I'>^ Le journal intitulé le Propagateur est prohibé. — Art. 2. Les scellés seront apposés sur les presses servant à l'imprimer. — Art. 3. Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution du présent arrêté. Treilhard, président; Lagarde, secrétaire général. »
Rapport du bureau central du 19 vendémiaire.
, . .Journaux. — Mêmes opinions sur la situation actuelle de la République batave dans la Correspondance des représentants du peuple. En annonçant le départ de la garnison de Rotterdam, les rédacteurs demandent si c'est pour repousser l'ennemi ou pour faciliter ses opérations. Les derniers changements opérés dans la République cisalpine sont toujours désapprouvés sous la qualification de bouleversements politiques. — Nulle autre observation n'a paru nécessaire d'après l'examen des feuilles de ce jour.
Cousin.
Journal du Soir des frères Chaîgnieau du 18 vendémiaire : « Paris, le 48 vendémiaire. On exécute depuis trois jours dans Paris, avec activité, le recensement des conscrits de la première classe. Des commissaires ont été nommés à cet effet dans chaque arrondissement, et des bureaux sont établis pour que les jeunes gens aillent s'y faire inscrire. Les municipalités ont fait précéder cette annonce de la proclamation suivante : « Il est sans doute encore présent à votre esprit l'arrêté foudroyant lancé du haut de la tribune de nos législateurs, contre l'aveugle et féroce despotisme ; sans doute il a retenti dans tous les cœurs; c'est un sentiment électrique que rien ne doit plus arrêter, et dont la commotion doit s'étendre à tous indistinctement. Depuis longtemps les peuples soupirent après l'heureux instant du repos et de la paix. Déjà nous commençons à en sentir les douces influences. Des rois
sanguinaires, vaincus par l'intrépidité de nos soldats, et poussés jusque dans leurs derniers retranchements, avaient adhéré à des propositions de paix et accepté l'olivier que nous leur avions présenté; mais des despotes ont-ils de la bonne foi ? Les perfides ! Ils n'ont posé les armes que pour les reprendre avec plus de fureur. Aux armes! brillante jeunesse, espoir de la patrie. Déjà vos aînés vous ont montré l'exemple : marchez sur leurs traces ; surpassez-le», s'il est possible. La génération présente vous regarde : l'avenir vous couronnera. Vos magistrats ne vous feront pas l'injure de soupçonner votre patriotisme : la loi n'atteint que les mauvais citoyens. La patrie vous appelle : volez à son secours. Et vous, pères et mères, tuteurs ou curateurs, si vos cœurs saignent, si la nature vous arrache des larmes amères en ce moment, elles deviendront par la suite des larmes douces et touchantes, lorsque, serrés dans vos bras, vos enfants vous offriront les lauriers qu'ils auront cueillis pour la paix de leur pays et le bonheur du genre humain. » — • Feuille du bon citoyen du 18 vendémiaire. Aux rédacteurs de la Feuille du bon citoyen. « Tous les sages de l'antiquité, tous les philosophes modernes ont aimé à rêver. Pythagore, en faisant ses vers dorés, Platon, en écrivant sa République, Descartes, en créant ses tourbillons, Leibnitz, en calculant ses monades, rêvaient; et depuis le rêveur par excellence, Épiménide, jusqu'à l'auteur dont la plume libérale enrichit la France d'un bonnet de nuit', je ne sais pas quel est l'écrivain qui n'ait pas rêvé ! Pour moi, qui ne puis me comparer à ces illustres personnages que par mon penchant à rêver, je me donne ce plaisir quelquefois, et je rêve comme un philosophe. L'un de ces jours, vers le temps de la deuxième heure, suivant le cadran républicain, je m'endormis malgré moi à la lecture amusante d'un de nos épouvantables romans, et tout à coup je me vis transporté dans une vaste salle de jeu, où les États personnifiés de l'Europe, rangés autour d'un tapis vert, avaient tous des cartes à la main et semblaient jouer avec affectation. Ils jouaient à différents jeux, suivant ce qu'il me parut par quelques mots que je recueillis de leur entretien, et il était facile de voir, par l'expression de leur visage, qu'ils n'étaient pas tous également contents. L'Angleterre. Je mêle; je joue, et je fais vatout. — L'empereur d' Allemagne : J'ai bien peur de ne pas faire une seule levée. — La Russie : Je couvre mon jeu et j'attends la retourne. — La Turquie : De quel côté que je regarde, il me semble que je suis capot. — La France : Je coupe : j'ai les piques; voici les cœurs qui me rentrent; je gagne la partie. — La Prusse : Si vous vouliez m'en croire, vous ne vous caveriez pas. — VEspagne : J'ai un roi de carreau, une dame de pique et quatorze de valets. — Le Portugal : Je suis à la bête. — Naples : Tout mon jeu est dans le talon. — L'Italie : Toutes mes figures sont renversées ; je ne connais plus rien à mon jeu. — Le Piémont : Je ne sais pas ce que je dois faire. — L'Helvétie : Attendez ; je demande des cartes. — La Hollande : Je passe. — Le Pape : El moi, j'ai passé. — La Suède et le Danemark : Jouez, jouez; nous sommes la galerie. »
1. C'est peut-être une allusion à l'ouvrage de Mercier, Mo7i bonnet de nuit^ publié en 1784.
Ul DIRECTOIRE EXÉCUTIF [du 2 au H oct. 1798]
MCDLXXXVII
Séance du Directoire exécutif du 19 vendémiaire.
Le Directoire ordonne que la prohibition prononcée contre le journal le Propagateur, par arrêté du 17 de ce mois', cessera d'avoir son effet ; en conséquence, que les scellés apposés sur les presses servant à l'imprimer seront levés.
{Registre du Directoire exécutif, Arch. nat., AF* m, 13.
Journaux.
Publiciste du 23 vendémiaire: Paris, 22 vendémiaire On devait
donner avant-hier la première représentation d'une nouvelle tragédie du citoyen Arnault, intitulée Les Vénitiens ; cette pièce a été différée, parce que le ministre de la police y a exigé quelques suppressions »
MCDLXXXIX
Compte rendu des opérations du bureau central du canton de paris pour la deuxième décade de vendémiaire an vii.
...Signes extérieurs du culte. — Le commissaire de police de la division de la Cité, voyant beaucoup de monde assemblé près l'hospice d'humanité, s'en rapprocha pour savoir ce qui donnait lieu à ce rassemblement, il apprit que c'était un fort de la Halle qui venait de mourir, et que l'on portait au cimetière ; mais, ayant remarqué que plusieurs personnes du convoi avaient des cordes allumées, il se transporta au poste du Petit-Paul pour avoir de la force armée, et, décoré de son cordon, ayant invité ces citoyens à éteindre leurs