L. MiLLY, Cousin
(Arch. nat., BB » 89, et F' 3842.)
149 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [V6 octobre 1798]
Journaux.
Correspondance des représentants du peuple du 23 vendémiaire :
«^ Paris, le 2i vendémiaire Un frénétique vient d'insérer dans sa
feuille [l'Écho) à titre de Variétés, une déclamation sanglante, dont chaque phrase offre une absurdité, ou une imposture noire, ou une calomnie atroce, ou une provocation de cannibale. Ce long cri de rage et de mort est la plu^ abominable méchanceté qu'on ait encore imprimée. La feuille est de Bailleul. Un autre homme, non moins fameux, fait le même usage de VAmi des Lois, qu'il dirige et alimente de ses poisons. Le Rédacteur lui-même avait commencé l'attaque, ouvert la carrière et tracé la marche, en signalant, soit en masse, soit même nominativement, tout représentant du peuple qui ne pactisait point avec ses devoirs et les principes, délibérait au lieu de ])lier. Trois autres feuilles à gages fixes suivent le même plan. Déjà nos murs se recouvrent de ces affreux placards, indicateurs évidents et moyens auxiliaires des plus horribles bouleversements. Ces placards l'emportent de beaucoup en audace, en scélératesse, en diffamations outrageantes et calomnieuses, sur ceux par qui Capet voulut avilir les députés patriotes et préparer un 10 août contre l'Assemblée législative. C'est par ce nouveau crime qu'une faction dévoilée, mais opiniâtre et superbe, prélude ouvertement au plus grand des crimes, consommation et véritable but de tous ses forfaits. Tant d'insolence au sein de tant de turpitudes décèle d'épouvantables espérances; et l'excès même de ses fureurs trahit ses dernières pensées. Chaque jour la montre à tous les yeux plus ignominieuse, plus exécrable, plus irrévocablement déterminée à tout entreprendre. Les républicains, qui continueront à s'honorer de sa haine et de ses insultes, redoubleront de surveillance et d'activité pour déjouer ses complots. Ils périront tous, s'il le faut, ou plutôt, ils ne périront jamais tous, et la Constitution de l'an III sera maintenue. » — Publiciste du
3 brumaire : Paris, le 2 brumaire Le Bureau central de Paris a pris, le
24 vendémiaire, un arrêté relatif aux cabriolets qui circulent dans Paris. A compter du 1" frimaire nul cabriolet ou vvisky ne pourra circuler dans Paris, si le cheval ne porte au col un grelot de 6 centimètres de diamètre (2 pouces environ), dont le bruit puisse avertir le public. Les propriétaires de cabriolets, domiciliés hors de Paris, seront tenus, dans l'intérieur de cette commune, de conduire ou faire conduire leurs cabriolets ou wiskis, s'ils n'aiment mieux se conformer aux dispositionsprecedentes.il est expressément défendu aux femmes et aux jeunes gens âgés de moins de vingt et un ans de
conduire des cabriolets » — Journal des Débats du 2 brumaire:
« Département de la Seine. L'administration centrale du département de la Seine, considérant que le respect pour les grands hommes est une des vertus d'un peuple libre et éclairé, et que les honneurs qu'on leur rend après leur mort sont le plus siir moyen d'exciter et d'entretenir une noble émulation ;
ouï le commissaire du Directoire exécutif, a arrêté, le 24 vendémiaire : Article I<=^ Les cendres de Molière seront transférées à l'École centrale du Panthéon; celles de La Fontaine, à l'École centrale des Quatre-Nations; et celles de Santeuil, à l'École centrale de la rue Antoine. — Art. II. Les hommes célèbi'es dans les sciences, lettres et arts, qui ont été inhumés dans les édifices nationaux ou champs des sépultures actuellement aliénés ou loués pour des usages particuliers, seront exhumés, s'il est possible, et transportés dans lesdites écoles. — Art. III. Ceux qui sont inhumés dans les édifices remis à l'usage des citoyens par la loi du 11 prairial an III y resteront déposés, et des inscriptions seront placées dans ces édifices pour en rappeler la mémoire aux citoyens. — Art. IV. En conséquence de l'article précédent, il sera d'abord placé dans le temple de la Reconnaissance ' une inscription pour Malherbe, et dans celui du Génie*, une inscription pour Corneille et une pour Deshoulières. — Art. V. L'architecte du département prendra sur-le-champ des mesures pour effectuer le transport des hommes célèbres dont il s'agit dans l'article I°'" du présent arrêté, et il proposera ses vues à l'administration sur le genre de tombeau qu'il convient de leur ériger. » — L'administration centrale de la Seine a arrêté le tableau suivant des édifices remis à l'usage des citoyens du canton de Paris, par la loi du 11 prairial an III. — 1er arrondissement. L'église de Saint-Philippe du Roule est consacrée à la Concorde. (Ce I""" arrondissement renferme les promenades des Tuileries et les Champs-Elysées, et tous les jardins oij, depuis deux ans, les citoyens se réunissent pour y jouir des fêtes qu'on y donne. Ces réunions supposent nécessairement la concorde.) — II« arrondissement. L'église Saint-Roch, au Génie. (Dans ce temple reposent le grand Corneille, le créateur du théâtre français; Deshoulières, la plus célèbre des femmes qui aient cultivé la poésie française.) — 111° arrondissement. L'église Saint-Eustache, à l'Agriculture. (Cet édifice est situé près la Halle-aux-Grains, et de toutes les autres où l'on vend des subsistances.) — IV^ arrondissement. L'église Saint-Germain-l'Auxerrois, à la Reconnaissance. (On doit la plus vive reconnaissance aux sciences et aux arts qui ont retiré le peuple de barbarie. Les poètes et les anciens historiens ne cessent de louer tous ceux qui, comme Orphée, ont adouci les mœurs des hommes et leur ont appris à vivre en société. Si un édifice doit être dédié à la Reconnaissance, c'est sans doute celui qui se trouve place devant le Palais-National des sciences et des arts, celui où repose Malherbe, auquel nous devons la pureté de notre langue.) — V° arrondissement. L'église Saint-Laurent, à la Vieillesse. (En face de cet édifice est l'hospice des vieillards.) — VI» arrondissement. L'église Saint-Nicolas-des- Champs, à l'Hymen. (Le VI« arrondissement est l'un des plus peuplés ; il renferme la division des Gravilliers,qui est une de celles qui ont le plus fourni de défenseurs de la patrie.) — Vile arrondissement. L'église Saint-Merri, au Commerce. (On sait que le commerce est le bien des nations et la source de leurs richesses. Si on honore l'agriculture, on doit également honorer le commerce. L'édifice Saint-Merri est placé devant le tribunal de commerce, et dans un des quartiers les plus marchands de Paris), — VIII® arrondissement. L'église Sainte-Marguerite, à la Liberté et à l'Égalité. (Ce nom doit particulièrement
i. Saint-Gcrniain-l'Auxerrois.