Voir plus haut, p
MDXXVIII
Rapport du bureau central du 23 brumaire.
,. .Journaux. — Les feuilles périodiques sont aujourd'hui plus sobres que jamais de réflexions politiques ; elles laissent voir aussi ou plus de discernement ou plus de circonspection dans le choix qu'elles font de nouvelles prises sur les gazettes étrangères. Cependant quelques journaux, sur l'esprit desquels il a toujours existé des doutes, se sont plu à répandre le bruit de dépêches saisies en mer par un vaisseau anglais, et ils n'ont pas manqué d'observer qu'elles contenaient des renseignements les plus importants sur l'expédition de Buonaparte. Ce bruit est accrédité par le Bulletin de V Europe. — Le Fanal seul aujourd'hui produit, sur l'incendie arrivé au temple des Victoires, des conjectures qu'il est essentiel de faire connaître. Elles sont renfermées dans une lettre signée Barthe, d'après laquelle le public pourrait prendre pour constant que l'incendie n'a été causé que par des malveillants qui voulaient, comme il est dit, éclairer les avenues du Luxembourg. L'auteur de la lettre ajoute, pour justifier ce soupçon, qu'au moment où le feu a paru, le Palais directorial s'est vu cerné par cinq ou six mille individus. — Le Fanal donne beaucoup de poids à l'opinion consacrée dans la lettre signée Barthe, observant que les auteurs de l'incendie ont dû croire que la garde du Directoire accourrait pour l'éteindre, et rapprochent de celte circonstance l'arrestation du citoyen Julien (de Toulouse), le silence de ce qu'il appelle « certains orateurs », de plus fréquents conciliabules secrets et des inquiétudes semées avec adresse sur le roj^alisme. — Les autres journaux ne donnent aucune matière à rapport.
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)
Journaux.
PublicAste du 23 brumaire : « Paris, lo, 22 brumaire. ...Les murs de Paris sont couverts de la cent cinquième partie de la liste des émigrés du département de la Seine. On a inscrit dans ce supplément le nom de ceux des déportés qui se sont échappés de la Guyane »
207 DIRECTOIRE EXÉCUTIF ' [IS novembre 1798]
MDXXIX
Journaux.
Moniteur du 24 brumaire : « Paris, le 23 brumaire. ...Le ci-devant château de Gaillon, département de l'Eure, bâti avec magnificence par le cardinal d'Amboise, et où, de toutes parts, le ciseau du sculpteur avait fait éclore des bas-reliefs magnifiques, a été vendu à vil prix, et ses nouveaux acquéreurs viennent de le démolir. Combien les amis des arts n'ont-ils pas à reijretter ce monument ! On a vu l'instant où le ci-devant château d'Écouen allait être vendu à d'aussi peu avantageuses conditions ; un ministre, averti à temps, a heureusement prévenu cette aliénation »
MDXXX
Rapport du bureau central du 25 brumaire.
.. .Journaux. — Il n'est, dans les feuilles périodiques de ce jour, aucune opinion, aucun abus de rédaction, qui nécessite aucune remarque particulière. Seulement on notera un reproche que les rédacteurs du journal la Correspondance des représentants du peuple font peser sur le ministre des relations extérieures. Après avoir fait observer les liaisons de famille du prince Georges, que l'on attend à Londres, et son affinité avec des princes étrangers, ils ajoutent : « Directoire exécutif, prenez garde aux voisins de la Hollande, et demandez à Périgord-Talleyrand qu'il vous réponde corps pour corps ■de sa révolution de prairial batave »
Sallior, Lessore.
Arch. nat., BB » 89, et F " 3842.)
MDXXXI
Rapport du bureau central du 26 brumaire.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — On ne peut dissimuler qu'un esprit de malveillance cherche peu à peu à s'emparer de l'opi-
nion et même à la tuer. Rien de ce qui peut inquiéter et surtout attiédir les amis de la République n'est omis par le royaliste, qui revient avec une plus grande assiduité que de coutume dans les endroits où il s'est acquis une sorte de considération parmi les habitués. L'impression qu'ont faite sur ces individus les discours tenus par le représentant Ronchon * subsiste encore dans toute sa force. On continue à raisonner principes dans la plupart des cafés du Palais-Égalité; toute la prudence consiste à ne point nommer la journée du 18 fructidor, contre laquelle néanmoins on dirige avec perfidie les plus étranges raisonnements. On rencontre des gens assez imprudents pour se prétendre ou assez indiscrets pour se dire l'écho de certains cercles, desquels, à la vérité, il transpire quelquefois des opinions semblables, — Il règne une extrême circonspection parmi les irréconciliables partisans de l'anarchie, qui jouissent en silence de l'affaiblissement de l'esprit public. Ils ne sont point du tout fâchés des atteintes sourdes que le royalisme dans ses propos porte à la journée du 18 fructidor et aux lois qui en ont été la conséquence, parce que celte manœuvre semble justifier celle qu'ils entretiennent contre la loi du 22 floréal. C'est du milieu des individus si opposés d'opinions qui produisent le même effet, que sortent ces bruits, partout répandus aujourd'hui, d'arrestations faites de membres de la représentation nationale. C'est de ces mêmes hommes que proviennent toutes les conjectures qui peuvent animer les esprits contre le Directoire, avilir le gouvernement, soulever enfin l'un contre l'autre les pouvoirs dont il se compose. Si l'on rapproche de ces discours perfides ceux non moins perfides sans doute que l'on commence à tenir sur le général Buonaparte, que l'on présente toujours comme luttant avec peine contre des forces incroyables et comme prêt à succomber; enfin, si l'on réfléchit à tout ce qui, dans les repaires du royalisme, se débitait d'alarmant sur la révolte de quelques parties de la Belgique, on aura peut-être le secret de la tactique des malveillants et de leur nouvelle audace, dont le but est de rehausser les espérances des États coalisés et d'amener la dissolution des négociations. Tel est le brouillard que les ennemis de l'ordre et les ambitieux éliminés des premiers emplois répandent et épaississent sur la surface de celte commune ; mais, on le répèle, l'objet principal de leurs discours est de jeter une pomme de discorde entre les pouvoirs législatif et exécutif, en peignant ce dernier comme l'envahisseur de l'autre et en provoquant la sollicitude d'un public abusé sur le sort d'une partie de la représentation nationale.
1, Voir plus haut, p. 199,
209 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 .novembre 1798]
Culte. — Un instant on a craint de voir le calme disparaître des exercices du culte théopiiilanthropique au temple Gervais (de la Jeunesse) ; mais les renseignements les plus récents ont à cet égard dissipé toute inquiétude. — Parmi les habitués du culte catholique au temple Laurent (de la Vieillesse), il règne toujours un dissentiment et même une sorte de fermentation dont on a informé les autorités supérieures.
Théâtres. — Le calme est continuel dans les différents théâtres ; mais on observe à regret qu'il y ressort très peu d'enthousiasme pour la chose publique. L'opinion s'y fait à peine sentir, et les airs civiques y reçoivent toujours un accueil d'indifférence.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB » 89, et F '' 3842.)
Journaux.
Correspondance des représentants du peuple du 26 brumaire : « Pans, 25 brumaire... On publie aujourd'hui que l'ordre de cerner le Jardin-Égalité par un très grand nombre de troupes, comme il l'a été dernièrement, n'a été donné, à proprement parler, par aucune autorité supérieure. C'est un simple officier qui, par excès de zèle, n'a pas craint d'alarmer vingt mille citoyens pour saisir deux ou trois mauvais sujets. C'est bien dommage qu'à la puissance de faire parler ne soit pas jointe la puissance de faire croire! Paris serait ])ien instruit »
MDXXXII
26 BRUMAIRE AN VII (16 NOVEMBRE 1798). Rapport du bureau central du 27 brumaire.
. . . Jowmaux du 26 brumaire, — Les dispositions faites par le général Dallemagne pour serrer de plus près le blocus d'Ehrenbreitstein sont blâmées par le journal la Correspondance. Il désapprouve : 1° que la navigation au-dessus et au-dessous de Thaï soit interrompue par les troupes françaises, parce qu'il se pourrait que cela mécontentât des puissances alliées ou neutres ; 2° qu'un nouveau corps de troupe stationne à Coblentz, parce que c'est une surcharge pour les habitants ; 3" qu'on ait coupé un aqueduc communiquant à la place, parce que c'est changer la nature du blocus. On laisse à l'autorité le soin d'entrevoir le but et de pressentir l'effet de ces nou-