TOME V
veaux ménagements. — Le même journal écrit sur l'expédition de Buonaparte de manière à éveiller l'inquiétude du public ; il observe que des journaux ministériels ont publié que Buonaparte avait provoqué seul cette expédition; il semblait, ajoute-t-il, qu'ils eussent peur qu'on ne fût sur le point d'en demander compte à quelque autre. — Tout ce qu'on sait, dit de son côté le Publiciste, c'est que Buonaparte, dans la position où il se trouve, a besoin de prodiges. — On remarque l'indécence de cette rédaction du Journal des municipalités, à l'article des on-dit : « On dit que le palais des Directeurs de la République ligurienne est dans ce moment [semblable] à une infirmerie ; trois d'entre eux sont malades à la fois », etc. — Les autres journaux nfr renferment rien qui nécessite une remarque particulière.
Journaux du 27 brumaire. — 11 n'est point d'observations importantes à faire sur les feuilles périodiques de ce jour ; elles sont généralement à la paix. Aucune ne produit de nouvelles étrangères qui puissent exiger une attention particulière ; on en excepte cependant le Courrier du Corps législatif, qui dit que la Constitution donnée au peuple cisalpin, et acceptée par lui, n'est encore qu'un code provisoire ; il en donne pour preuve quelques expressions de l'instruction adressée au peuple par le Directoire cisalpin, et, dans le passage cité, il est justement question de la Constitution française en ces termes : « La Constitution française a été annoncée dans plusieurs occasions comme le chef-d'œuvre de la philosophie, et néanmoins le fait a prouvé qu'elle ne répond pas encore à toutes les vues que les politiques les plus éclairés s'étaient prescrites en la rédigeant. » On ne pput croire que ce choix d'expressions, dans l'instruction du Directoire cisalpin, prouve un bon esprit dans le journaliste, qui calcule certainement la portée de ses moindres articles sur l'opinion publique. — On notera que beaucoup de journaux, en insérant la relation du voyage aéronautique des citoyens Fleury et La Brosse, ont conservé l'expression, itinéraire de lieue dont ils se sont servis, et l'on n'hésite point à croire que le journaliste ne soit responsable de cette infraction au vœu de la loi.
Lasalle, Sallior.
(Arch, nat., BB » 89.)
211 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [18 novembre 1798]
MDXXXIII
Rapport du bureau central du 28 brumaire.
. . .Journaux. — Une dénonciation que les rédacteurs du journal la Correspondance insèrent contre les nommés Fatiot et Charron, l'un ex-accusateur public et l'autre ex-président dans le départeinent de la Marne, paraît nécessiter une attention particulière de l'autorité, en ce que la commission qui fut chargée du rapport sur la loi du 22 floréal est nommée commission épuratoire. Ce dernier [mot] est en italiques. On observe encore qu'il est dans cette pièce un souv^enir très marqué de haine pour le procès de Vendôme qui, d'après les expressions, semblerait n'avoir été intenté que par le royalisme. — Une remarque que l'on croit importante frappe ici sur les détails que la Chronique universelle^ à l'article Vienne, donne du combat du Généreux contre le Leander. Suivant le journaliste, le Leander avait beaucoup souffert au combat d'Abouliir et ne portait que deux cent quatre-vingt-deux hommes, y compris les malades; le Généreux, au contraire, n'avait point souffert du combat et portait neuf cents hommes. La résistance du Leander est présentée sous un jour extrêmement avantageux pour l'honneur de nos ennemis. De plus, s'il faut en croire le journaliste, les officiers français auraient donné les plus grands sujets de plaintes aux officiers anglais, que les premiers auraient embarqués sur un bateau découvert pour être transportés ainsi à Triesle, exposés aux injures de l'air, mal pourvus de vivres, et devant essuyer dans cet état une traversée de vingt-sept jours. Il est difficile de produire des faits qui soient plus injurieux au véritable caractère des troupes républicaines, ce qui peut les faire soupçonner absolument faux.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB » 89, et F i 3842.)
MDXXXIV
Rapport du bureau central du 29 brumaire.
., .Journaux. — La manière dont les journaux parleraient de l'événement survenu hier à la Caisse des comptes courants a été le pre-
mier objet d'attention *. On annonce que tous sont à peu près d'accord à calmer les inquiétudes qu'avait inspirées au public l'appareil des mesures prises par le gouvernement pour empêcher les atteintes que la malveillance aurait pu porter crédit dans cette circonstance. Les feuilles qui se distinguent par ce bon esprit sont principalement la Clef du Cabinet, qui publie un avis donné par les citoyens Bossange, Masson et Besson, libraires, portant qu'ils recevront en payement pour argent comptant les billets de la Caisse des comptes courants. Le rédacteur de cette feuille pense que le citoyen Monneron va aux Grandes-Indes, chargé d'une mission par le gouvernement, et que c'est peut-être ce départ qui a donné de vives inquiétudes au public. — La Chronique universelle fait le détail de ce qui s'est passé à la même occasion, et annonce que, suivant qu'il avait été promis au public, la caisse a en effet remboursé dans la matinée pour 300,000 francs de billets. — Ce que dit à ce sujet le Journal du Soir, par Sablier, tend également à rassurer les citoyens. Il ajoute, comme bruit courant, qu'il n'y a que pour 10 millions de billets en circulation et que le déficit causé par le citoyen Monneron n'est que de 2 millions, dont la perte devra être supportée par près de cent actionnaires, banquiers ou capitalistes, qui ont dû avoir hier une assemblée générale. — De plus que les autres journaux, le Bien Informé va au-devant des bruits, qu'il dit répandus, de billets falsifiés; ces falsifications, selon lui, sont peu probables ; il dit cependant avoir de fortes raisons de croire qu'on a essayé de graver des planches dans l'étranger. — Des feuilles suivantes, les unes n'ont que des nuances d'opinion, dont il paraît toujours important d'informer l'autorité, quelque faibles qu'elles soient; les autres paraissent réellement répréhensibles en quelques points. Dans les premières on range la Correspondance des représentants. Les rédacteurs de cette feuille disent que, si deWinter, amiral batave, a été acquitté par le conseil de guerre maritime de cette République, c'est qu'il était l'ami de Daëndels. Ils blâment que de Winter ait été innocenté après s'être rendu aux Anglais, tandis que Van Treslong, qui a perdu un bras et qui a dérobé aux Anglais la moitié de la flotte batave, est noté d'infamie : « Il eût, sans doute, ajoutent-ils, partagé les lauriers de prairial, s'il eût livré sa personne et sa division. » — De ce qu'un nouveau volcan vient de faire ses premières éruptions en Hongrie avec une fureur épouvantable, le
1. Le directeur général de la Caisse des comptes courants Augustin Monneron, s'était enfui, en laissant une déclaration écrite portant qu'il reconnaissait devoir à la (laisse une somme de 2,500,000 francs. Voir les pièces otliciclles sur cette aU'airc, publiées par ordre du Directoire, dans le .l/o«/7e«/', réimpression, t. XXIX, p. 4'JO.
213 DmECTOIRE EXÉCUTIF [18 novembre 1798J
Messager des relations extérieures en conclut que le monde physique est en incandescence comme le monde moral. Le même journal, en rappelant quelques bruits répandus sur Pichegru, a soin d'observer que ces bruits se démentent aujourd'hui, et que cet homme (Pichegru) n'a ni le talent ni l'intrigue d'un chef de parti ; ce peu de mots, surtout dans cette feuille, a paru approcher d'une défense. — La Vigilante est entraînée par l'humeur que lui, cause la réforme de quelques anciens sujets du théâtre des Arts, au point de demander si la cabale ferait l'ouverture des portes de l'Opéra. — A l'égard dts feuilles que l'on croit plus répréhensibles sur quelques articles, elles sont : la Gazette de France^ qui, citant des nouvelles ministérielles de la cour de Piémont sur l'assassinat de plusieurs soldats français, semble faire croire que ces défenseurs se sont attirés ce sort funeste par une conduite blâmable ; cet article est daté Turin, 10 brumaire, et les rédacteurs ajoutent en parenthèse que les faits dont ils parlent ont été présentés sous un jour bien différent dans les gazettes de Milan ; et le Journal des Dames, qui, passant en revue des personnages censés se présenter pour entrer au Temple de Mémoire, voit approcher M™*^ S... ', qui, malgré ses efforts pour n'être pas reconnue, fait lire sur son front Révolution, et est forcée d'attendre que le temps ait effacé ce signe réprobateur pour son sexe.
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB » 89, et F^ 3842.)
Journaux.
Clef du Cabinet du 29 brumaire : « Paris, 28 brumaire. . . Les administrateurs du théâtre de la République et des Arts viennent de publier un nouveau tarif des places de ce théâtre : le voici tel qu'il a été approuvé par le gouvernement : orchestre, rez-de-chaussée et premières loges d'avantscène, 7 fr. 50 c.; — premières loges, secondes en face et d'avant-scène, 6 fr. 50 c. ; — amphithéâtre, troisièmes en face et d'avant-scène, 5 fr. ; — baignoires et secondes de côté, 4 fr. oO c; — quatrièmes et cinquièmes en face, 4 fr. ; — troisièmes de côté, 3 fr. 50 c. ; — parquet et galerie des quatrièmes, 2 fr. 50 c »