DXLVIII
Rapport du bureau central du 6 pluviôse.
Esprit public. — Des rapports de la surveillance de ce jour résultent les renseignements qui suivent: le calme se soutient, malgré l'agitation des esprits.
Subsistances. — Plusieurs observateurs rapportent avoir remarqué, dans les différents lieux publics qu'ils ont surveillés, que l'augmentation du prix de toutes les choses nécessaires à la vie excite de nouveau les plaintes et murmures de la classe indigente. Les conversations du peuple, ajoutent-ils, sur sa misère prouvent à quel point il est fatigué de Tétat de souffrance où il se trouve. Un des agents dit avoir entendu dans les marchés les paroles suivantes: «c Peu importe le gouvernement que Ton veut nous donner, pourvu que nous ayons du pain. »
Agiotage, — Toutes les spéculations, soit à la Bourse, soit au Palais-Égalité, dans les rassemblements de citoyens connus sous le nom d'agioteurs, sont absolument dirigées par la hausse et la baisse; aussi n'est-ce pas sans peine et sans inquiétude que Ton voit la langueur du commerce et la désertion des manufactures. Un observateur expose avoir remarqué que les Jacobins se montrent aujourd'hui ouvertement : il dit avoir vu des gens à figures sinistres porter de gros bàlons, dont ils paraissaient, ajoute-t-il, avoir l'intention de se servir pour exercer leur vengeance et provoquer les mouvements favorables aux desseins qu'ils annoncent de changer le mode de gouvernement.
Finances. — La démission du ministre des finances a sensiblement affecté beaucoup de monde. On se livre à cet égard à des conjectures peu favorables. Ce qui ajoute encore au degré d'inquiétude que l'on conçoit, c'est la proposition qui a été faite d'un nouvel emprunt; on en conclut que le premier ne réussit pas. En conséquence, on se permet de dire que le gouvernement a manqué son but et brusqué une opération, dont les vices sont plus que démontrés, en imposant les uns d'une manière bien supérieure à leurs facultés, tandis que d'autres ne sont atteints que très légèrement. Tous ces entretiens, recueillis au café du Caveau, étaient suivis de raisonnements très critiques contre le gouvernement. Entre autres choses, on disait que, depuis l'ouverture de Temprunt forcé, tout était en stagnation, les familles désolées, les ateliers déserts, et enfin que la République était dans le plus mauvais état. Au café de la République, les opinions y étaient bien différentes. La proposition d'un nouvel emprunt y a trouvé grand nombre d'approbateurs. Ailleurs, on dit que le gouvernement règle la Bourse à son gré, et qu'il est absolument maître de toutes les variations du numéraire ; on pense qu'il fera monter le louis jusqu'à 40,000 livres.
Spectacles. — Au théâtre de la Cité, la Marseillaise a été faiblement applaudie, si ce n'est au couplet : Tremblez, tyrans. Celui des
705 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [25 janvier 1796]
agents qui rapporte le fait observe que les applaudissements partaient des premières loges, mais qu'une partie du publie, qui s'est aperçue* de rironie, a crié bravo à l'invocation : Amour sacré de la patrie. — Au théâtre Feydeau, le couplet : Tremblez^ tyrans, a été acccueillî par les plus nombreux applaudissements. L'observateur ne fait à cet égard aucune remarque ; il se contente de nous dire que la tranquillité et le bon ordre n'ont pas été troublés
Commerce, Pain, — Un inspecteur rapporte que, sur la section du faubourg Montmartre^ la distribution du pain s'est faite à raison d'une livre et demie par bouche. Les citoyens de cet arrondissement, pour la plupart manouvriers, en témoignaient beaucoup de satisfaction, mais ils semblaient craindre, en même temps, que cette distribution n'ait pas lieu par la saite sur le même pied. Elle ne peut être, après tout, que l'efTet d'un malentendu de la part des boulangers de cette section
Marchés. — Les inspecteurs répètent que les carreaux sont toujours très approvisionnés, mais que le prix des denrées se tient à la hausse qu'elles ont éprouvée ces joUrs derniers.
(Arch. nat., AFiv, 1472, et F>MII, Seine, 18.)
Mœurs et opinions, — Les murmures contre le gouvernement recommencent avec le renchérissement des denrées ; on se plaint de ce qu'il ne prend aucune mesure efficace pour adoucir la misère du peuple ; on ne sait à quoi attribuer la bedsse qui a eu lieu pendant quelque temps, ni la hausse qui se fait sentir à présent; on avait espéré que la perception de l'emprunt forcé amènerait le prix de chaque chose à un taux modéré ; on a perdu cette espérance, et on est effrayé de l'avenir. La mauvaise qualité du pain et de la viande que l'on distribue ajoute beaucoup au mécontentement du peuple. — Tous les marchands répètent, comme refrain favori, que l'effet de l'emprunt forcé doit être de faire augmenter toutes espèces de marchandises, et que, plus on exigera d'eux, plus ils feront payer chéries objets qu'ils vendent.
Houdeyer.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Journaux.
Gazette française du 7 pluviôse : « Paris, 6 pluviôse. Le Directoire exécutif, voulant que tous ses membres participent, sans interruption, à ses ToMB IL 45
t j^niu i:M| DIBECrOfRE EXÉCLTIF
dclkb^ ration», a arr^l^ qn'unui «Tcox ne dmiaen d'audiencL- ixrliculii^n.- IKroitjBt Icf it^lilM*Tati(m* Un DirecUtirc, trsqitclles ont lieu cbaqnc jour de^mis aenrbeuro* ds DUlin jniqii'à qnatn bc«rcs aprè»-inidi, sinon dans l'iotcrvalle &i^ pour rawDrare poltUiiiic pu ton arrfté da 16 brumaire. <{uï csl de midi li nnc heure Ions tes }0«n. — Lr Bareaa «ratral de U )K>lic«du canton de Paris ^irni d'ailn^Mf aiu coranÛMaires de poliee d<-s »ectioas les mesures «{u'odI pruo le* ministres do l'inU^rieur et de ta police (jêui-ralc, jiour que le nclloiemenl de Pafii se fsMe a«M la plus grande exaclilnde, que les rues de retle lilk ««u-nt AÉhtmmifi de louiez ',vnn iiumondices, el qu'cnlin les hablUnls j re*)nmit on air par et salnbre. L'o plus grand nombre de lombcreaus ^crunt mis rn aclirilc; de« aidk'rs de bulavenr«, forts et robasles, seront établi» pour le* ponts, «puis, places )iul)lit|U(!S, ports et autres endroits qni ne sont (loini à U eliarcc des habitants de I>aris. Peur que ces mesures ne soient point inrrueluvuscs, les eilovcns sont invités à balayer avee le plus grand soin les devant ol poortonr de leurs maisons el bonlique^. On leur rappelle l'obligation qni leur en c»l imposée el les peines encoumes pa.r les délinquants. Le eoinmÏMaire du pouvoir eséenliT près la deuxième administration municipale el le tribunal de poliee du même arrondissement, quartier de la Butte-de^ Moulins, vient an^i de faire paraître une ofGelic oii il exprime sa dernière réaulntina de tenir riguoreusemeni la main â l'exécution dc« rù^emcnls de^:,^ polin' qui le rone«menl. Pour que l'ignoranee des contrevenants ne puissc;^-^ servir de prétexte, il rapporte la nomenclature des délits et des peines qui oi^^ rapport à ce genre d'administration. « — .< On lit un immense placard, sip^ Duroumy, d^butanlct terminé par ces mois en ^ros caracUVcs :
Enécratiun au Tanalisme :
Vive lÉgaUlc : Vive la llépubli(|ue 1
Gazi-ttn frnnçaisi' du 9 pluviôse : « Ou répand dans les dêparlemoDis, depuis environ un mois, et dans Paris, dit le Journal des Hommes librn, une médaille en argent représentant d'un e6Ié la tête du tyran Capel, avec celti' lé;!eadc : Loui» XVI, roi de France, imjiiolè par les fiittieux.le revers de cette médaille représente ia France sous la figure d'une kmmt ayant une robe parsemée de fleurs de lis; sa tête est appuyée sur sa main, qui reiKiac sur une urne, sur laquelle on lit ces mots : Louis XVI; plus bai: le il janvier 1793, et [lour légende : pleurez et vengez-le '. » — Coarrifr républicain du 7 pluviôse : « Pari», le 6 plueiôse. Les royalistes s'arraclienl ici une brochure qui iiarail depuis quelques jours et qui, dit-on, vient lie Bàle. Elle a pour titre les Adieux de Slarie-ThénUe-CkarloUe de Bombon; elle contient la vie de cette jeune prisonnière, son portrait, le récit de si captivité cl de son départ ; un recueil de romances, de chansons, d'idylles, d'ail éyories des anecdotes sur le Temple, avec la description de cette prison. Ou doit penser combien cet ouvrage doit élru couru par une certaine classe de lecteurs. Les pauvres gens ! déjà mallieurcux de leurs illusions, il faut qu'ils se rendent encore victimes des plus déchirants souvenirs. " — liédacleur du
I. En cITct, c'est un extrait textuel d'un article ilu Journal des Homine»llibre$ ilu K pluviùïc, intitulé : Avis aa lliitcloire, acis ù Merlin, mais surtout oeU aux membres des deux Conseils, i/ui trailcnt de ehiméres tes projets des royalistes.
707 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [26 janvier 1796]
13 pluviôse : « Bruxelles, 6 pluviôse. Tout ce qui, dans ce moment, a rapport à la MarseillaisCy intéresse le public. Il y a de la mauvaise foi à dire qu'on ne chante cet hymne qu'en France ; on le chante partout où se trouvent des amis de la liberté : l'air, les accompagnements se chantent partout où l'on n'est pas insensible aux charmes de la musique. J'ai chanté, j'ai entendu chanter les airs chéris des Français j)ar des Français, par des Italiens à Rome, et cela dans le temps même que les poignards s'aiguisaient pour le massacre de Bassville. La Marseillaise se chantait à Florence, dans le voisinage du ministre anglais Harvey, qui alors y était tout-puissant. J'ai entendu exécuter l'air de la Marseillaise à Mayence, huit mois après la prise de cette ville par les Prussiens, en présence d'une garnison de six mille hommes, rangés en parade, en présence de plus de cent cinquante officiers prussiens de tout grade, parmi lesquels des généraux, qui le firent répéter jusqu'à trois fois, tout en paraissant avoir l'air de ne pas s'apercevoir du dépit et de l'embarras que ça causait aux émigrés présents. J'ai eu le plaisir moi-même, à Lillo-surl'Escaut, plusieurs jours avant l'arrivée des Français, de faire enrager les nobles corps de Choiseul et de Béthisy, en faisant répéter cent fois par jour les airs patriotiques, par la musique attachée à plusieurs bataillons hanovriens campés dans cet endroit. Cela ne me coûtait qu'une canette de bière ou un seau d'eau pure, qui y était rare, et j'avais encore le plaisir de voir mes ducs et mes marquis, comme les chiens anhélants, convoiter quelques gouttes d'eau, le prix de la Marseillaise, Ce n'est sans doute qu'après avoir vu la propension qu'avait tout le monde à chanter la Marseillaise que des méchants y ont adapté des paroles anti-civiques. Mais voici un trait qui honore le Ça ira : le carillon de Louvain sonnait cet air à chaque heure du temps que François II était dans ce pays ; ça voulait dire apparemment que ça irait pour les Autrichiens. Quatre mille Français, faits prisonniers à Landrecies, arrivent à Louvain : l'heure sonne, et voilà que, d'un mouvement spontané, les quatre mille prisonniers entonnent l'air Ça ira; l'escorte n'étant guère que de quatre cents hommes, il fut impossible de les contenir. Toute la ville de Louvain peut attester ce fait : « Cet air est à nous », disaient-ils avec l'accent de l'enthousiasme. Ce trait rappelle celui de cet Otaïtien, qui, dans le Jardin-des- Plantes à Paris, s'empara avec une espèce de fureur d'un arbre indigène à Otaïli, et transclimaté en France, et l'embrassa étroitement. « Cet arbre, diti< il, appartient à ma patrie. » — Signé : Norbert-Cornelissen. »
Rapport du bureau central du 7 pluviôse.
Esprit public. Subsistances, — Suivant les rapports de ce jour, il parait que la disposition des esprits est toujours favorable aux principes du gouvernement; mais, il ne faut pas le dissimuler, la difïi-
culte habituelle de la vie et le prix énorme des subsistances donnent lieu à de fréquents murmures de la part de la classe indigente.
Agiotage. — Les marchands d'argent et autres brocanteurs pullulaient hier sous les galeries du Palais-Égalité. C'est de la source impure de ce trafic scandaleux que découlent les abus sans nombre, disons les fléaux, qui affligent aujourd'hui Thumanilé; ce sont ces êtres vils, connus sous la dénomination d'agioteurs, qui ont détruit la conflance, qui chaque jour avilissent les assignats, élèvent le prix des matières d'or et d'argent et de toutes les marchandises à un taux exorbitant ; c'est enfln par les efl'ets funestes de leur mauvaise foi et de leur révoltante cupidité que le commerce n'est plus à présent qu'un honteux brigandage.
Ordre public, — Un observateur rapporte avoir entendu dire, dans beaucoup de lieux publics, que la Société du Panthéon devient très nombreuse, et que, si elle est composée de quelques gens probes, il s'y trouve aussi des terroristes, connus pour avoir fait guillotiner, et d'autres qui, dans les premiers jours de prairial, ont marché contre la Convention avec les canonniers, au moment où le représentant Féraud a été assassiné. Cet agent ajoute que l'on regarde celte Société comme dangereuse, et que Ton pense que, si l'on voulait bien l'épurer, il y resterait peu de monde. — Un autre agent a recueilli dans le café de la République les observations suivantes : les rentiers jetaient hier les hauts cris contre le Corps législatif sur son insouciance à leur égard ; tous les citoyens présents, continue Tobservateur, partageaient l'opinion que voici : « C'est une tyrannie et une vexation afl*reuse de forcer à se défaire d'un assignat de 100 francs pour 20 sols ou même 10 sols, tandis que le gouvernement ne le fournit aux rentiers que pour sa valeur nominale. » A ce propos on ajoutait celui-ci : « Le gouvernement comble de bienfaits ceux qui lui sont attachés ; les membres des deux Conseils et du Directoire exécutif regorgent de tout, ne manquent de rien. » Enfln Tobsen^ateur qui rend compte de ces discours termine en disant qu'il a remarqué que ces difl*érentes opinions ont de nombreux partisans de toutes parts et qu'il règne dans les égoïstes un grand mécontentement.
Politique. — Un observateur rapporte les propos suivants, qu'il a recueillis dans les cafés du Palais-Égalité. On s'entretenait du corps des Cinq-Cents; l'on disait qu'il ne mettait pas assez de maturité et de réflexion dans ses résolutions. On ajoutait que, dans les départements, la confiance ne reposait que sur les Anciens et sur le Directoire exécutif. En d'autres cafés, les habitués prétendaient que, sous peu de temps, on parlerait de la paix générale.
709 DIUECïOmE EXÉCUTIF [20 janvier 1796]
Finances, — Les rapports que nous avons sur cette branche d'administration n'offrent rien de nouveau.
Spectacles. — Au théâtre Feydeau, la grande afïïuence de monde a causé un peu de tumulte ; on s'étouffait. Pour remédier à ce désordre, le citoyen Basin a fait placer une sentinelle à chaque porte, afin que personne n'entrât plus. Le calme s'est rétabli, mais Touvreuse de l'orchestre du côté droit s'est permis de proférer des injures et a engagé les jeunes gens à forcer le factionnaire. Le Bureau central prendra des informations particulières sur cette femme. — Au Vaudeville, le premier et le dernier couplet du Chant du Départ ont reçu très peu d'applaudissements. Un particulier s'est permis en plaisantant, de dire : « Comme c'est chaud ! » Un autre lui a répondu : « Ça
s'échauffera. » A l'Émulation, la A/ar^etï/aise n'a pas élé chantée.
Au Dramatique, l'orchestre n'a joué aucun air patriotique. — Théâtre de Molière, un jeune homme de la réquisition, ayant applaudi d'une manière affectée au couplet : Tremblez, tyrans, a. été remarqué, arrêté et conduit chez le commissaire de police, qui, après avoir examiné ses papiers, Ta renvoyé comme pensionnaire de la République, à cause de ses blessures
Marchés, — Le prix des denrées augmente encore
- Halle aux farines. — Quoique jour de grand marché, la vente n'a pas été considérable.
HOUDEYER.
(Arch. nat., AFiv, 1472, et F * « III, Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions. — L'on s'entretenait dans ^le public des assignats de toutes valeurs. Les uns disaient qu'une majeure partie des ouvriers qui travaillaient à cette fabrication sont renvoyés ; d'autres disent, au contraire, qu'ils resteront jusqu'au 16 pluviôse. Plusieurs personnes font courir le bruit que les assignats de 10,000 livres n'ont plus aucune valeur, et que le numéraire va être mis en circulation.
— Les murmures se font entendre dans les faubourgs Antoine et Marceau sur l'augmentation des denrées et autres comestibles qui paraissaient d'abord diminuer. — Beaucoup d'ouvriers de ces mêmes faubourgs se plaignent d'être sans ouvrage, notamment ceux occupés au bois flotté, aux ports Bernard et de la Râpée, ainsi que les ébénistes et les gens de bâtiment.
Houdeyer.
(Arch. nat., AF iv, 1472.) ,
IHRECTOIRE EXÉCITIF
Haptort i>u dcbeau central du 8 PH:%10SE.
/esprit public. — SouB remarquons, par les rapporta de la surveillance de ce jour, que le calme s'est soutenu hier b. Paris.
Subsistancet. — Ce qui ajoute au méconlentemenl habituel de la clnsse indigente de ne recevoir chaque jour que la môme quantité àf. pain, c'est l'augmentation progressive de loiites les choses nécessaires à la vie, au prix desquelles un nombre considérable de citoyens son) de pins en plus dans l'impossibilité d'atteindre ; tes esprits sont vivement agités dans ce moment-ci sur le bruit qui se répand que, d'ici à peu de temps, le gouvernement doit faire cesser la fourniture da pain et de la viande.
Agiotage. — Nous n'avons absolument aucun rapport sur ce commerce illicile.
Ordre p>i/ilic. — Les ouvriers se plaignent de la cessation de* Iravaux; beaucoup de pères de famille murmurent hautement de ce qu'on force leurs enfants à rejoindre; ils voient avec amertume les principes du gouvernement actuel, et paraissent s'occuper de tous les moyens de les contrarier. L'observateur rapporte avoir recueilli celle opinion dans tous les entretiens tenus dans les différents lieux qu'il! surveillés. — Un autre agent rapporte que l'on se plaint de la clémence des tribunaux envers les voleurs qui, quoique atteints et convaincus de dilapidations et de vols considérables, se promi^nenl hardiment dans les rues de Paris, surtout les voleurs de portefeuilles, qui en font leur état. — Les contestations qui s'élèvent journellemeiit entre les locataires des maisons et les propriétaires, qui, dit-on, veulent faire payer les premiers en numéraire ou assignats au cours, peuvent, au rapport d'un observateur, avoir des suites funestes et fournir aux ennemis de la Révolution des moyens d'exciter quelques mouvements, — Un quatrième observateur rapporte textuellement l'opiniun suivante : « Le Corps législatif est généralement mal vu ; le Directoire exécutif apour lui tous les patriotes exagérés et modérés. >
Politique. — Les assertions suivantes ressorlent du rapport particulier d'un de nos observateurs. 11 dit avoir entendu dire que nous sommes sur le point d'avoir la guerre avec la Suisse; qu'avant un an
711 DIRECTOIllE EXÉCUTIF [27 janvier 1796]
nous aurons un *, et que beaucoup de murmures se font entendre relativement à l'arrestation des prêtres et à la fermeture des oratoires.
Finances, — La taxe exorbitante à laquelle nombre de particuliers sont soumis pour la contribution nouvelle de l'emprunt forcé donne lieu à des plaintes très amères. D'une part, on prétend qu'il règne une monstruosité de moyens vexatoires, qu'il serait possible de corriger en y mettant plus d'attention. D'un autre côté, on dit, au sujet <le l'instabilité du gouvernement relativement à la perception et imposition sur lesquelles il paraît que. l'on se propose de faire des changements, que tous les malheurs de la France ne proviennent que de l'oscillation du gouvernement, qui, refaisant et défaisant perpétuellement, écarte absolument la confiance.
Spectacles. — Au théâtre Feydeau, les airs patriotiques joués avant la levée delà toile ont été faiblement accueillis; entre les deux pièces, on a chanté Veillons au salut de V Empire; cet hymne a été applaudi avec affectation, et l'on a entendu plusieurs personnes dire au parterre : « Chacun en prend pour son argent. » Au théâtre de la République, on se plaint de ce que beaucoup de personnes, pour n'être pas dans le cas d'applaudir aux chants patriotiques, se mouchent avec affectation, et, par ce moyen, couvrent la voix de l'acteur, qui n'est pas entendue du public. Au théâtre de Louvois, l'observateur rapporte que le couplet : Tremblez, tyrans^ vous allez expier vos forr^ faits, a été applaudi par les spectateurs placés aux loges, avec un transport qui n'a pas d'exemple. A celui de la rue de Favart, mêmes applaudissements à ce couplet de la part des loges, qui ont crié bis ; le parterre a répondu : A bas les Chouans ! suivant le rapport d'un des agents, qui porte que les clameurs ont fini sans aucune autre suite. A celui de la rue de Bondy, on a chanté, après la première pièce, des couplets sur l'emprunt forcé, que le public a trouvés très mauvais; l'auteur a été demandé par dérision, et, sur la réponse faite par un acteur, que la chanson a été envoyée par le Directoire exécutif, les citoyens ont déclaré qu'ils étaient pénétrés d'estime pour lui, mais que des chansons aussi sottement faites leur déplaisaient
Surveillance. — ... On assure que plusieurs jeunes gens de la première réquisition se sont déjà soustraits, par un moyen fort simple, À la recherche des visites domiciliaires; en se couchant, ils s'ha- Lillent en filles, coiffent le bonnet rond, mettent sur leur col un fichu