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Rapport du bureau central du 9 pluviôse. Esprit public. — Paris est toujours calme. Les rapports de la sur-
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veiiiance de ce jour ne nous offrent rien de plus consolant qu'à l'ordinaire.
Subsistances. — De tous côtés, disent les agents de la police, les plaintes et les murmures se font entendre ; chacun dit : « Si cela dure, il sera impossible d'exister. » La taxe des trois objets de première nécessité, savoir : le pain, la viande et le bois, parait assez généralement désirée, surtout d'après les inquiétudes que conçoit le public, auquel on cherche à faire entendre qu'aul®' ventôse prochain, les cartes de pain et de viande seront supprimées.
Agiotage. — Ce trafic désastreux ne cesse pas. On a remarqué qu'hier, sous les galeries du Palais-Égalité, le nombre des brocanteurs était si considérable, qu'ils obstruaient absolument tous les passages ; ils sont voués de plus en plus à l'exécration des gens honnêtes et du public, qui les regardent comme complices des gens de campagne, principaux auteurs de la misère générale.
Ordre public. — Le bruit se répand que le gouvernement doit prendre incessamment des mesures très efficaces pour remédier aux calamités dont nous venons de parler, et qu'elles auront spécialement pour objet de s'opposer k toute espèce d'accaparement et de faire une guerre sérieuse à tous les gens connus sous le nom d'agioteurs. On entend, dit un observateur, des murmures violents parmi la classe des citoyens propriétaires de chevaux; ils regardent la mesure de la réquisition comme tyrannique et attentatoire au droit de propriété ; ils disent qu'elle est émanée des Jacobins. Un autre observateur rapporte, sur le même objet, que les gens qui raisonnent sont très contents du rapport du représentant Dubois-Crancé, relatif à cette réquisition des chevaux ^, mais que des malveillants répandent que tous nos moyens ne sont pas aussi sûrs que le rapport l'annonce. Un troisième agent expose, d'après les conversations qu il a entendues, que l'opinion publique lui a paru très balancée sur ce que nous devons craindre ou espérer des succès et affermissements de la République, attendu, ajoute-t-il, que les fournisseurs, ainsi qu'on l'assurait, refusent de faire le service et de fournir, n'étant pas exactement payés des sommes qui leur sont dues.
Politique. — Plusieurs habitués des cafés témoignaient hier de l'inquiétude sur le sort de la Belgique. Un d*eux, suivant le rapport d'un observateur, assurait que les assignats n'avaient plus cours dans ce pays-là, dont il venait, ajouta-t-il, de recevoir une lettre par laquelle un de ses parents lui marquait de ne pas y retourner, parce
1. Voir le Moniteur, réimpression, t. XXVII, p. 327, 328, 374.
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que Ton eraiçiuût que les ennemis n'en prissent possession au commeDeemenl de la campagne prochaine. Depuis deux jours, ainsi que Tannonce un de nos rapports, on fait courir le bruit que la perception de Tempront forcé est suspendue, mais on disait hier, continue ToIh senratenr, que cette noorelle était fausse et dictée par la malveillance. Un antre aiçent rapporte qu'il a entendu des personnes se répandre hier en injures riolentes contre le gouvernement, à Foccasion de l'emprunt forcé, et que, dans leur colère» ils disaient : « 11 n*est pas possible de laisser subsister plus longtemps un gouvernement aussi tjrrannique. » Ils ajoutaient : « Il faut espérer que le peuple ouvrira enfin les yeux. » — En d*autres lieux, on se plaignait très amèrement que ceux qui sont appelés en campagne pour des affaires essentielles dussent retourner chez eux, faute de numéraire, paree que dans les départements on refuse absolument les assignats au cours.
Speeiaeles. — Au théâtre Feydeau, le couplet : Tremblez^ tyrans^ a été applaudi avec transport par une partie du public, qui a demandé hi$. A son tour le parterre a crié : A bas les Chouans / et a accueilli avec la plus grande faveur llnvocation : Amour sacré 'de la patrie. Cette lutte n*a causé aucun désordre marqué et n'a pas eu de suite. — A celui de la Cité, au passage du Barbier de Séville, où Figaro dit & la pupille : « Ah ! comme les malheureux jeunes gens sont tourmentés i p plusieurs voix se sont écriées : c Cela est vrai !» et ou y a beaucoup applaudi. ^ A celui du Vaudeville, la voix faible d'un chanteur enrhumé, qui a entonné Thymne des Marseillais, a failli occasionner une rixe par Timprudence d'un militaire placé aux premières loges, qui, croyant que c'était fait exprès, a demandé un autre chanteur, ce qui a eu lieu, malgré la lutte qui se manifesta entre les deux partis. Alors, dit l'observateur qui rapporte le fait, les jeunes gens, qui jusqu'alors étaient restés tranquilles, ont applaudi avec une affectation marquée le couplet : De la tyrannie Cétendard sanglant est levéy que l'on a fait recommencer nonobstant l'opposition du parquet. Le bruit a cessé à la fin de l'hymne. — Au théâtre de la rue Favart et à celui de la rue Martin, les airs et chants patriotiques n'ont reçu d'applaudissements qu'au couplet de la Marseillaise : TrcmbteZy tyrans. Il en a été de même à celui de Louvois. Aux autres théAtrcs nous n'avons d'autres rapports contre la tranquiUité et le l)(in ordre, si ce n'est que la presse y était si grande qu'on y étouffait; que plusieurs citoyens ont eu des altercations pour les places ; que, tant au dehors qu au dedans, il s'est commis beaucoup de vols de porlofeuiiles et autres effets
(Arch. mit., AFiv, 1472, et F » ^ III, Seine, 18.) HOUDEYER,
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Rapport du bqreau de surveillance.
Mœurs et opinions. — On a remarqué que la plupart des mouvements insurrectionnels et révolutionnaires ont été précédés, en quelque sorte annoncés, par les enfants, qui semblent en donner le signal en tirant dans les rues des fusées, pétards et feux d'artifices. Depuis plusieurs jours, ces sortes de signaux commencent; il en a été observé hier, notamment dans la section du Luxembourg; à rapproche d'un inspecteur qui voulait se saisir d'un de ces petits polissons, ils ont pris la fuite en le narguant ; il a ramassé une de leurs fusées.
Commerce. — La Halle a été très peu approvisionnée en légumes, beaucoup en fruits. Il y est arrivé quatre voitures de pommes de terre ; elles se sont vendues Ho livres le boisseau. Il y est arrivé aussi beaucoup de beurre et d'œufs ; mais, malgré cette abondance, ces comestibles ont éprouvé un renchérissement assez considérable : le beurre fin s'est vendu 155 livres, et les œufs 300 livres le quarteron
Voie publique. — La voie publique s'approprie ; les boueurs travaillent ; on commence à sentir les heureux effets des soins actifs du ministère.
Surveillance. — ... Une grande partie des ateliers et manufactures des sections du Finistère et du Jardin-des-Plantes sont fermés ; les ouvriers qui y étaient employés se trouvent sans ouvrage. On n'a pas remarqué néanmoins qu'il ait été formé par eux aucune réuTiion ou rassemblement considérable
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Rapport sur les journaux.
Sentinelle. — Ce journal renferme une lettre justificative du citoyen
Siméon, membre du Conseil des Cinq-Cents, au citoyen Louvet. Ce
premier député réclame contre Taccusation d'émigration qui a été
portée contre lui. Il se plaint surtout de ce qu'on lui dispute le titre
« honorable » de victime du 31 mai.
Véridique. — Il parle avec l'ironie la plus atroce de l'ex-général Santerre, qui vient de reparaître sur l'horizon avec une dénonciation contre Rovère, Bourdon (de l'Oise) et un certain Yillambre. Il appelle le Journal des Patriotes de 89 un cloaque, parce qu'il a reçu cette dénonciation.
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Journal des Lois. — Une lettre adressée aux auteurs de ce journal propose de déclarer incapables d'occuper une place salariée par La République tous les jeunes gens de la première réquisition qui n*auraient pas fait les deux dernières campagnes.
Journal de Perlet. — Il crie contre les mesures prétendues arbitraires qu*on a prises dans la Belgique au sujet de quelques feuilles publiques. Il accuse les départements de Jemmapes et de la Dyle d*imiter le proconsul Reverchon en ordonnant l'arrestation des journaux qui leur déplaisent. — En rapportant le message du Directoire exécutif relatif aux chevaux à requérir, il dit : c Les espérances de paix, qu'on avait conçues depuis quelque temps, ne sont pas fondées. »
Gazette nationale de France, — On y remarque une longue critiqu du projet de loi présenté par le citoyen Baudin au sujet des jeune gens déserteurs. Il regarde ce projet comme odieux, en ce qu'il pun^^ un père, parce qu'il n'a pas livré son fils.
Gazette française. — « Dans la nuit du 4 au 5 de ce mois, des v ^^^ leurs ont tenté de s'introduire chez un marchand orfèvre près ^^ l'Oratoire, rue Honoré. Déjà ils avaient fait à l'un des volets une 0(/. verture assez grande pour passer la main afin de démonter les c/j. veltes et de s'ouvrir un passage commode ; deux jeunes gens, qui coq. cliaient dans la boutique, réveillés par le bruit, s'approchent de U porte et aperçoivent une main avancée jusqu'au poignet. Aussitôt Tun d'eux la saisit fortement et il ne la quitte que lorsque son compagnon l'eut séparée du bras aprf*s plusieurs coups de sabre. Le voleur, qui jutait des cris affreux, s'est retiré tout sanglant avec sa bande. Sa main a été portée hier matin et déposée, comme témoin muet, chez rofficier public de la section. »
Censeur des Journaux. — Bien qui ait un rapport direct à l'esprit public.
Courrier de VhJgalité, — Il se récrie contre les dénominations vagues et pourtant dangereuses qui ont été employées d'une manière si abusive de|)uis le commencement de la Révolution, et, à ce sujet, il rapporte le trait suivant : « Un citoyen de la section de l'Arsenal, étant dans ce cas (de solliciter un certificat de civisme), fut interpellé par un secrétaire s'il était aristocrate, royaliste, modéré, fédéraliste, etc. Non, monsieur, répondit-il, je suis rémouleur. »
Journal de Paris, — Cette feuille contient une lettre de Tex-général Mirancla, à l'occasion de l'emprunt forcé, auquel il parait fâché de se voir sujet. Cependant il finit par consentir.
Journal des Patriotes. — Un employé au greffe de police correc-
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lionnelle de Paris, que la République nourrit, à qui elle a donné un superbe habit de drap bleu, a refusé de signer le serment de haine à la royauté; le Patriote de 89 demande si ce commis doit garder sa place.
HOUDEYER.
{Arch. nat., F^ 3840.)
Journaux.
Ami des Lois du 9 pluviôse : « Le ministre a jeté un regard sur les théâtres, et déjà ils s'améliorent ; nous assistâmes hier au spectacle du Vaudeville, et des couplets pleins de finesse et de morale nous donnèrent le prospectus le plus intéressant ; on y trouvera toujours la saillie unie à l'honnêteté, le patriotisme et la gaieté. Ces couplets furent suivis d'une pièce nouvelle, dans laquelle les ridicules et les dangers de l'agiotage sont peints d'une manière agréable ; elle a été applaudie par tous les bons citoyens, et nous exhortons le jeune auteur qui a débuté sur la scène à continuer de consacrer ses talents à l'instruction publique, dans ce genre qui fait le plus d'impression. La morale est mieux goûtée dans un couplet que dans une maxime; on retient mieux une chanson qu'un apophtegme. Ce théâtre, l'un des plus suivis de Paris, a l'avantage de réunir des auteurs pleins d'esprit et des artistes qui ont beaucoup de goût et d'ensemble. Avec ces moyens, il peut remonter l'esprit public, ramener le Français à sa gaieté, sa bienfaisance, sa générosité naturelles, et s'il parvient à détruire cette avarice factice que l'agiotage a entreposée sur nos âmes, s'il nous rend l'égoïsme en horreur, s'il couvre de ridicule celui qui est insensible aux besoins de ses frères et aux dangers de la patrie, il aura fait de ses auditeurs des hommes dignes de la Révolution, des vrais républicains. Ce résultat, qui mène à la gloire, est bien digne d'enflammer Tàme des directeurs, auteurs et acteurs. »