‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 129 sur 141 · DLII · texte numérisé non relu

DLII

Rapport du bureau central du 10 pluviôse.

Esprit public. — Le calme se soutient.

Subsistances. — Tous les agents de police s'accordent à dire que Taugmentation progressive du prix de toutes choses donne chaque jour lieu à des plaintes et des murmures dont les suites pourraient devenir dangereuses.

Agiotage. — A voir tous les jours le concours innombrable de citoyens de toutes les classes qui se réunissent à la Bourse, sous les galeries du Palais-Egalité, pour se livrer à ce commerce illicite; on

croirait que ce genre de spéculation est devenu universel, et que tous les autres états sont absolument négligés. Dans le fait, nous pouvons le dire avec vérité, il est devenu la base de toutes les relations commerciales.

Ordi*e public, — Par suite de ce que nous venons d'indiquer à l'article ci-dessus, les agents nous observent que le grand nombre des ouvriers inoccupés se plaignent très amèrement et manifestent des inquiétudes pour l'avenir. Il en est de même des malheureux rentiers; ils s'expliquent hautement et ne cessent de dire : « Que veut-on faire de nous ? N*obliendrons-nous jamais quelques améliorations ? Il y a déjà longtemps que nous sommes réduits à Fétat le plus misérable. » Tels sont les propos qu'ils tiennent dans les cafés et autour des lieux publics où ils se rassemblent.

Politique, — Les observateurs rapportent que Ton s'entretient fort peu des nouvelles politiques, et que les citoyens ont un air très réservé.

Finances, — On parait assez satisfait de ce que la planche aux assignats va enfin être brisée ; on espère que cette mesure ramènera la confiance, donnera plus de crédit aux papiers qui resteront dans la circulation, et qu'il résultera une baisse sensible dans le prix des marchandises. Quelques malveillants cherchent à faire prendre le change et à inspirer des inquiétudes au peuple. — Les citoyens sujets à la taxe de l'emprunt forcé ne cessent de se répandre en injures contre le gouvernement; suivant eux, toutes les opérations ne présentent rien qui ne soit tyrannique ou vexatoire.

Spectacles, — Au théâtre de Louvois on a applaudi avec transport au passage suivant de la pièce d'Eponine et Saùinus : « La liberté ne règne que par la justice et l'humanité ; ceux qui s'abreuvent de sang sont des monstres. La nature nous a donné le courage de repousser l'oppression et de braver la tyrannie. » L'observateur qui fait ce rapport dit que ces applaudissements ne doivent être attribués qu'aux détracteurs' du gouvernement actuel, qui sont très nombreux. Au théâtre de la rue Favart, le couplet de la Marseillaise^ commençant par ces mots : Tremblez^ tyrans^ et vous^ perfides^ a été très applaudi par les loges, qui ont demandé bis; mais, le parterre s'y étanl opposé, l'artiste a continué. Au IhéAtre de la République, la Mar^ seillaise a été chantée entre les deux pièces ; elle a, dit l'observateur, été applaudie par les mécontents à leur manière. Ensuite on a joué la pièce du Somnanbule^ où il est question d'un jardin anglais, dans le plan duquel il se trouve une montagne; comme cette montagne cache une belle vue, l'acteur dit que cette montagne sautera. A ces

"^19 DIRECTOIRE EXECUTIF [30 janvier 17961

paroles, des applaudissements nombreux se sont fait entendre. — Dans le reste des spectacles, le bon ordre et la tranquillité ont régné ; les airs et chants patriotiques ont été applaudis faiblement dans les

uns et avec satisfaction dans les autres

Surveillance. — Saisie de cannes à dard et plombées dans les boutiques du Palais-Égalité

HOUDEYER*.

(Arch. nat., AFiv, 1472, et F » « III, Seine, 18.)

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