‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 135 sur 141 · DLX · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 18 pluviôse.

Esprit public. — Paris continue de présenter le tableau du calme et de la tranquillité.

Subsistances. — Les rapports de la surveillance de ce jour n'offrent

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toujours que les mêmes résultats Rur la partie des Eubsistauces. Nous ajouterons A ce que nous avons déji^ dit sur cet objet que le bruit, qui se répand de plus en plus, de ta pmchaine suppression de pain et de vianrie porte la désolation dans tous les cœurs et donne lieu aux clameurs les plus violentes; tous les observateurs s'accordent à nous dire que les murmures, & cet égar>l, sont très prononcés. Un d'eux rapporte avoir entendu dire à plusieurs femmes ces propos : « Nous irons aux rinq Sires, comme nous avons été au Vélo; cela ne durent pas longtemps. >

Agiotage. — On a remarqué qu'hier il y avait peu de marchands d'argent et de marchands brocanteurs au Palais-Egalité; on pense que la chasse qui leur a été faite un des jours précédents les a sans doute épouvantés.

, 0/-dn puiiic. — Il résulte de iiuelques renscignemeaU particulien> qui nous ont été transmiB : 1* que les séances de la Société du Panthétm sont toujours fort orageuses; S* que -les membres de celte société s'y sont plaints de l'acharnement que mettent certain* jonmalistes à les ridiculiser et à avilir leurs opérations ; 3* qu'il y a été lu des lettres venant des environs de Lyon, qui annoncent que la présence de Reverchon en cette ville a produit un bon effet, tant pour la diminution du prix des denrées que pour opérer le recouvrement de l'emprunt forcé. — Depuis quelque temps, vers minuit, il passe i l'hàtel de Soissons un groupe de citoyens qui crient : A bat Ut Chouans! Ces cria nocturnes, quoique patriotiques, pouvant être de nature & troubler le repos public et h exciter des mouvements, le Bureau central établirai cet égard une surveillance particulière et très active. Les vols qui se commettent chaque jour sont, dit-on, incalculables ; on se plaint de la négligence du service et surtout de ce que les rondes de patrouilles ne se font pas plus exactement.

Politique. — On dit que l'armistice va cesser au 15 février, vieux style, que la République est dans un dénuement total de chevaux, et que la marine n'offre pas beaucoup de ressources pour lutter contre une puissance maritime aussi formidable que celle de notre ennemi invétéré.

Finances. — L'augmentation du prix des valeurs métalliques donne les plus vives inquiétudes aux bons citoyens; chacun se demande quand finira donc ce désordre dans les fînances, qui met une inliDÎté de particuliers hors d'état de vivre. On prétend que les agioteurs s'emparent des inscriptions comme de tout le reste, moyennant une perte assez considérable.

Spectacles. — Au théâtre de la République, on a chanté entre les

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deux pièces Thymne des Marseillais. L'acteur a substitué aux mots : Tremblez, tyrans, ceux-ci : Tremblez, Chouans. Il a été applaudi de toutes parts; le couplet a été répété. L'observateur rapporte que le parti de l'opposition a manifesté sa joie, et que, de différents points de la salle, on a crié : A bas les Chouans! ce qui a causé un peu de rumeur, apaisée par la levée de la toile. Au théâtre de la rue Martin, la Marseillaise a été chantée entre les deux pièces. Le public a vivement applaudi au dernier couplet : Amour sacré de la patrie, que Ton a répété, à la demande des spectateurs. Au spectacle de la rue Favart, l'hymne Veillons au salut de l'Empire a été chanté entre les deux pièces. Le refrain : Tremblez^ tyrans^ a été, comme de coutume, couvert d'applaudissements. Au théâtre de l'Émulation, la Marseillaise n'y a été chantée qu'en partie, l'acteur ayant omis quelques couplets, notamment ceux-ci : Tremblez, tyrans^ et : Français, guerriers magnanimes. Les applaudissements ont été très faibles à la fin du dernier couplet de l'hymne. Le Bureau central a engagé tous les directeurs des théâtres à la plus grande surveillance pour que ces omissions n'arrivent plus. Au Vaudeville, le couplet : Français^ gueiTiers magnanimeSy n'a pas été chanté, celui : Tremblez^ tyrans, a été, comme de coutume, couverts d'applaudissements. L'hymne à la Liberté a été écoulé, de tous les points de la salle, avec les marques de l'ironie la moins équivoque. Nous n'avons pas de rapport sur le spectacle de la rue Feydeau. Malgré la diversité d'opinions et les luttes auxquelles elle donne lieu, le bon ordre et la tranquillité publique n'ont que légèrement souffert. On remarque que les femmes publiques se permettent toujours des propos et autres actes très contraires aux bonnes mœurs

HOUDEYER.

(Arch. nat., AFiv, 1472, et F»* III, Seine, 18.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions. — Les citoyens de la section des Arcis assurent que le nommé Fauquet, qui vient d'être nommé membre de la municipalité du VII® arrondissement, était président du Comité civil au 13 vendémiaire, que c'était lui qui avait livré les fusils pour se battre contre la Convention. — Des citoyens de service militaire dans un corps de garde disaient : « Il est impolitique de ne point nous donner notre livre de pain ; nos estomacs sont le mètre sur lequel nous mesurons nos opinions; nous étions plus heureux sous l'ancien régime qu'aujourd'hui. » — Les malveillants répandent le bruit que, sous

peu de jours, nous aurons un chocy que les vivres allaient manquer et deviendraient alors très chers ; chacun tremble et croit voir la vérité dans la hausse journalière

HOODEYER.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

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