‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 140 sur 141 · K^SO · texte numérisé non relu

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771 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [14 février 1796]

ture de Tafliche du Directoire exécutif, relativement aux distributions de pain ^ Les uns se contentaient de lire sans dire mot; d'autres, moins prudents, témoignaient hautement que cette mesure allait réduire un grand nombre de personnes aux abois, et s'exprimaient en termes peu mesurés contre le gouvernement; leurs propos étaient même accompagnés de menaces de se porter au pillage contre les marchands. — Quelques observateurs nous rapportent que les royalistes et autres ennemis de la chose publique profitent des conjonctures présentes pour soulever les esprits, et que, sous prétexte de popularité, ils ne négligent aucuns moyens de calomnier les intentions du gouvernement pour faire réussir leurs perfides projets; ces êtres sont d'autant plus dangereux qu'ils ne se montrent pas ouvertement. Nous voyons encore, par les rapports de la surveillance, qu'il existe en ce moment de grands débats entre les propriétaires de maisons et les locataires : les premiers exigent une forte augmentation ou donnent congé à leurs locataires. On pense que c'est encore un moyen de plus employé par les malveillants pour provoquer le peuple à quelques mouvements, et, suivant le rapport particulier d'un observateur, on croit aussi que la plupart des propriétaires n^exigent d'augmentation de loyer que de ceux qui n'ont point pris les armes en vendémiaire ou qui ont défendu la Convention à cette époque.

Politique. — Nous n'avons aucun rapport sur cet objet.

Finances, — C'est avec peine que l'on voit s'élever à un prix aussi haut le numéraire, parce que de cette hausse excessive résulte nécessairement le renchérissement de toutes les denrées. — Un observateur nous rapporte que, dans quelques cafés du Palais-Égalité, on y paraissait fort content de la résolution prise par le Conseil des Cinq- Cents sur le sort des rentiers. Deux autres agents nous disent que les avis étaient à cet égard bien différents dans les lieux publics qu'ils ont surveillés. — Entre autres choses, les rentiers se plaignent de ne recevoir au plus que dix fois la valeur de leur rente et disaient que, privés de pain, il leur sera aussi difllcile de vivre qu'auparavant. On ajoutait encore, après d'autres propos dérisoires sur cette résolution, qu'un secours aussi mesquin ne sera pas accueilli par le Conseil des Anciens, dont on espérait plus de justice envers les créanciers de l'État.

Spectacles. — Au théâtre de Louvois, entre les deux pièces, on a chanté le Chant du Départ avec la substitution du mot Chouans à

1. C^est une proclamation, en date du 24 pluviôse, où le Directoire commentait 8on arrùté du 12, que nous avons donné plus haut. On trouvera cette proclamation dans le Rédacteur du 26.

[14 FévRiER 1706] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 772

celui de tyrans, qui a été fort applaudi. Au théâtre des Arts, le Chant du Départ a reçu aussi beaucoup d'applaudissements. A celui de la rue Martin, le refrain de Thymne Veillons au salut de V Empire a été applaudi comme de coutume. Au théâtre de la République, un seul particulier s'étant permis de manifester son opinion et de contrarier tout le public en sifflant Facteur qui, dans la Marseillaise^ a substitué le mot Chouans à celui de tyrans^ comme cela se pratique depuis quelques jours à ce spectacle, a été conduit au corps de garde, d*où il s*est évadé sans avoir été interrogé, à la grande surprise des officiers de paix qui l'avaient consigné et l'avaient recommandé en attendant leur sortie du spectacle. A Feydeau, la statue de la Liberté, sortie de terre à deux reprises différentes, a prêté à des éclats de rire très ironiques de la part de ceux dont les principes sont opposés au gouvernement. L'observateur présent qui donne ce détail ajoute que le chant d'une nouvelle hymne, dont le titre est : Chant de victoire, a excité un coup de sifflet avec des applaudissements et des cris : A bas les Chouans! On a chanté aussi la Marseillaise. Des jeunes gens placés à la galerie des secondes loges faisaient beaucoup de mauvaises plaisanteries ; elles ont excité l'humeur des bons patriotes, qui ont levé la canne sur eux et en ont conduit un chez le commissaire de police; deux autres ont été aussi arrêtés. Ce bruit a causé un peu de frayeur à plusieurs personnes, et surtout à quelques femmes, qui sont sorties du spectacle, et qui en s'en allant disaient : « Il est aff'reux qu*on veuille ainsi contredire l'opinion publique. » Au Vaudeville, il y a eu hier un grand tumulte, qui a fait craindre un instant que l'on ne vînt aux mains; cependant il n'y a eu aucune voie de fait, mais la crainte a fait sortir beaucoup de monde du spectacle; voici le fait tel qu'il nous a été présenté : « A ces mots : Contre nous de ta tyrannie Vétendard sanglant est levé, des claquements de mains, des trépignements de pieds et de cannes sur les planches, des rires immodérés, quelques mouchoirs blancs élevés sur des cannes, des légers coups de sifflet ont élé remarqués distinctement et ont continué jusqu'à la fin de l'hymne; mais, un instant après, plusieurs citoyens du parterre, indignés de cette conduite, se sont levés, ont apostrophé ceux qui avaient excité le tumulte et ont demandé qu'on chantât l'hymne à la Liberté, ce qui a eu lieu au milieu des applaudissements, auxquels a succédé

la tranquillité * »

Maisoncelle, Guermeur.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

1. Le môme jour, 2o pluviôse an IV, le Directoire prit l'arrêté suivant, que nous reproduisons d'après le Rédacteur : « Le Directoire exécutif, informé que le

773 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [14 février 1796]

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions. — Des lettres de Rennes annoncent que cinq mille Chouans sont aux environs de Laval, pour intercepter un convoi de cent voitures de grains, destiné pour la République, et que les diligences sont restées à Rennes pour ne pas tomber entre leurs mains. — Les plaintes sur la cessation des cartes de pain et de viande étaient générales ce matin, aux portes des bouchers et des boulangers; Ton disait que cette suppression occasionnerait un grand coup; on assurait, dans ces mêmes groupes, que onze cents hommes arriveraient aujourd'hui à Paris pour renforcer les troupes qui y sont. — Dans un petit café, rue des Vieux-Augustins, quatre ouvriers, s'entretenant ensemble, disaient que le gouvernement était dans le plus grand danger, qu'on avait mal choisi le moment pour retirer les cartes, que l'ouvrier qui, en 89, a fait la Révolution, saurait bien encore se lever, si on voulait le faire mourir de faim. — Quelques citoyens assurent que les cartes au pain seront continuées tout le mois de ventôse, et que Ton ne retirera que les cartes à la viande

royalisme et l'aristocratie comprimés de toutes parts, s'agitent encore et semblent chercher un dernier asile dans les spectacles, où ils épient avec soin, et saisissent avec avidité toutes les occasions de troubler Tordre ou de dépraver la morale publique, ce premier et puissant ressort du gouvernement républicain ;

« Considérant que le but essentiel de ces établissements publics, où la curiosité, le goût des arts et d'autres motifs attirent chaque jour un rassemblement considérable de citoyens de tout sexe et de tout âge, étant de concourir, par l'attrait même du plaisir, à l'épuration des mœurs et à la propagation des principes républicains, ces institutions doivent être l'objet d'une sollicitude spéciale de la part du gouvernement ;

« Que l'article 356 de l'acte constitutionnel place sous la surveillance particulière de la loi toutes les professions qui intéressent les mœurs publiques ;

« Qu'à cet égard, la Constitution n'a fait que sanctionner les principes déjà consacrés par la loi du 2 août 1793, qui, en ordonnant la représentation périodique, sur les théâtres de Paris, des pièces républicaines, ordonne aussi que tout théâtre sur lequel seraient représentées des pièces tendant à dépraver l'esprit public, et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, sera fermé et les directeurs arrêtés, pour être punis suivant la rigueur des lois ;

«< Que celle du 14 du même mois charge textuellement les conseils généraux des communes de diriger les spectacles et d'y faire représenter les pièces les plus propres à former l'esprit public et à développer l'énergie républicaine;

a Que, par ces dispositions, la Convention nationale a clairement dérogé à celles de la loi du 19 janvier 1791, rappelée dans les décrets des 13 et 16 janvier 1793, qui interdisait aux municipalités ia faculté d'arrêter ou défendre la représentation des pièces, sauf la responsabilité des acteurs ou comédiens ;

« Que néanmoins quelques auteurs d'ouvrages dramatiques, ainsi que quelques directeurs ou artistes des théâtres, particulièrement dans les grandes communes de la République, cherchent à se soustraire à l'action salutaire de cette direction et de cette surveillance, en affectant, par un dangereux abus des principes, de

Événements. — Hier, dans la rue Croix-de-la-Brelonnerie, deux femmes sont tombées de besoin; elles ont été conduites à la section des Arcis. — ^Une autre a pareillement tombé de faiblesse rue Antoine; on Ta fait entrer au corps de garde de l'Arsenal.

Maisoncelle.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Journaux.

Courrier républicain du 28 pluviôse : « Les panthéonistes font toujours parler d'eux. S'il faut en croire les bruits qui circulent, des propos que laissent échapper quelques-uns d'entre eux, ils essayeront encore de profiler des mécontentements, de la gène que peuvent faire naître les circonstances, pour se ressaisir de Tautorité, qu'ils ne veulent partager avec personne, pas mémo avec Fréron, qui ne redeviendra pas leur ami, malgré tout ce qu'il a fait pour se réconcilier avec eux. Un de leurs journaux l'a déjà qualifié du titre dégénérai des hécatomhisles, par allusion à ces vers du Réveil du peuple :

Et ne faisons qu'une hécatombe De ces cannibales affreux.

Censeur du 25 pluviôse : « On voit, depuis quelques jours, à tous les coins

confondre la liberté de la presse, si religieusement et si justement consacrée par la Constitution, avec le droit essentiellement subordonné à Tautorité civile, de disposer d*un établissement public pour y influencer, par le prestige de la déclamation des arts, une grande masse de citoyens et y répandre, avec sécurité, le poison des maximes les plus anti-républicaines ; et qull est essentiel de rappeler aux citoyens les lois qui placent tous les établissements de ce genre sous la surveillance expresse et directe des pouvoirs publics ;

« Arrête ce qui suit :

« Akt. 1«'. — En exécution des lois qui attribuent aux officiers municipaux des communes la police et la direction des spectacles, le Bureau central de police, dans les cantons où il eu est établi, et les administrations municipales, deins les autres cantons de la République, tiendront sévèrement la main À l'exécution des lois et règlements de police sur le fait des spectacles, notamment des lois rendues les iG et 24 août 1790, 2 et 14 août 1793 (vieux style); en conséquence, ils veilleront à ce qu'il ne soit représenté, sur les théâtres établis dans les communes de leur arrondissement, aucune pièce dont le contenu puisse servir de prétexte à la malveillance et occasionner du désordre, et ils arrêteront la représentation de toutes celles par lesquelles l'ordre public aurait été troublé d'une manière quelconque.

« Aht. 2. — Conformément à l'article 2 de la loi du 2 août précitée, le Bureau central de police et les administrations municipales feront fermer les théâtres sur lesquels seraient représentées des pièces tendant à dépraver l'esprit public et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, et ils feront arrêter et traduire devant les officiers de police judiciaire compétents les directeurs desdits théâtres, pour être punis suivant la rigueur des lois.

• Aht. 3. — i.e présent arrêté sera inséré dans le Bulletin des Lois. Le ministre de la police générale de la République est spécialement chargé d'en surveiller l'exécution. »

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [io février 1796]

de rues, des monceaux de chapeaux à poil, soi-disant de Lyon, et, à côte, des hommes qui crient : « Chapeaux de Lyon à 1500 livres I » D'où vient cette inondation de chapeaux? Quelque mauvais plaisant répondra: « C'est faute de tôtes. » Nous croyons, nous, que ce sont des rebuts de magasins. — On voit avec douleur, en se promenant aux Tuileries, que la plupart des arbres de ce beau jardin sont écorcés par le pied. Qu'on ne dise pas que c'est l'ouvrage du temps, car les traces des coupures, trop visiblement laissées, apprennent à tout le monde que c'est celui de la cupidité ou de la méchanceté. — On voit avec surprise que, malgré la proclamation du ministre de la police générale, les mes de Paris ne sont ni plus propres, ni mieux éclairées, que les vols ne sont ni moins fréquents ni moins hardis, que les Chouans font des applications perfîdes des chansons chantées aux spectacles, que, etc Mais la

surprise cesserait, si Ton voulait se rappeler cette vérité, que le mal se fait très rapidement, et le bien très lentement. »

Rapport du bureau central du 27 pluviôse.

Esprit public. — Nous croirions manquer à un devoir aussi sacré qu'indispensable, si nous déguisions au gouvernement la vérité, et si, dans la carrière souvent pénible que nous remplissons, en mettant fious ses yeux le tableau de ce qui se passe chaque jour dans cette immense cité, nous affaiblissions les couleurs, souvent peu agréables, de ce tableau. Nous le présenterons donc tel qu'il est, et nous ne nous permettrons d'autre changement que dans le style employé par nos observateurs. — Le calme se soutient, nonobstant la fermentation des esprits.

Subsistances. — Les rapports de la surveillance du jour nous affirment que cet objet important fixe en ce moment, non seulement Tattention, mais encore les inquiétudes du public. Il en sera parlé plus en détail à Tarticle de Tordre public.

Agiotage. — Comme nous le disions hier, ces êtres immoraux se tiennent à l'écart, mais ils n'en font pas moins leur infâme commerce, au détriment de la société. On se plaint beaucoup de la hausse rapide du numéraire ; on la regarde comme un véritable fléau qui, en réduisant rassignat à la plus modique valeur, augmente d'autant le prix de toutes choses d'une manière effrayante.

Ordî'e public. — Un premier observateur rapporte que, témoin des conversations que tiennent entre eux les ouvriers dans les lieux

publics où ils se rassemblent pour manger, ils y témoignent le plus grand mécontentement relativement à la suppression des cartes de pain et de viande, et menacent hautement de se porter à une insurrection prochaine. Cet observateur ajoute que les prêtres profitent de ce prétexte pour aigrir les esprits. — Un second dit que Ton craint que les commissaires des sections ne comprennent pas dans leurs listes les véritables indigents, auxquels ils enlèveraient le pain pour le donner à ceux qui n'en auront pas besoin. Il ajoute que Ton dit que, dans un mois au plus, tous les ouvriers manqueront absolument d*ouvrage, et que de là les malveillants se flattent d'un soulèvement. — Un troisième annonce que Taigreur générale lui a paru un peu adoucie; et il en assigne la cause à la proclamation du Directoire exécutif; mais il fait observer en même temps que les habitués du café de Foy, qu'il a surveillés hier, ne partagent pas à beaucoup près cette opinion; que, dans toutes leurs conversations, ils ne cessent sur tous les points de calomnier les intentions tlu gouvernement, et qu'enfîn ils ajoutent les satires les plus mordantes contre le Directoire, auquel ils reprochent de trancher de la royauté ; ils n'épargnent pas davantage les agents du gouvernement. Un quatrième déclare qu'il lui parait qu'il n'y a véritablement que la classe très opulente qui soit sans inquiétude sur les besoins de la vie ; il ajoute qu'il ne peut pas trop le répéter, que les ouvriers et les gens des faubourgs s'échauffent et s'animent, et que Ton dit, au sujet des quarante mille hommes qui sont arrivés le 24 autour de Paris, que, si le gouvernement voulait faire le bien du peuple, il n'aurait pas besoin de baïonnettes. — Un cinquième, enfin, rapporte que de toutes parts on dit que la distribution journalière ne peut pas cesser tout à coup, sans qu'au préalable les denrées de première nécessité ne soient taxées à un prix raisonnable.

Politique, — Par suite des entreliens qu'ont entre eux, dans quelques lieux publics et surtout au café de Fov, les frondeurs déclarés du gouvernement républicain, tout va au plus mal, disent-ils. Les victoires remportées sur Charette et Stoffiet ne sont, suivant eux, que des mensonges ; les jeunes gens de la première réquisition ne veulent pas marcher ou vont grossir le nombre des ennemis de la République.

Finances, — On a remarqué encore que ces malveillants semblent approuver la Banque nationale, et qu'au contraire les vrais patriotes la craignent, en la regardant comme le tombeau des assignats, dont l'usage modéré leur paraît nécessaire pour donner de l'action au gouvernement et empêcher les effets d'une banqueroute subite. —

777 DIRECTOIRE EXECUTIF [15 février 1796|

A l'égard de la loi concernant les rentiers de TËtat, les opinions sont très partagées. Les uns disent que c'est un moyen de plus pour discréditer totalement le papier. D'autres prétendent que le sort fait aux malheureux rentiers n'est absolument qu'une véritable chimère, dont ils ne retireront aucune utilité, étant obligés de payer les choses nécessaires à la vie sur le pied de 200 pour 1, tandis qu'il ne leur sera alloué que 10.

Conclusion. — Tous les agents s'accordent à nous dire que les discours semblent annoncer des dispositions fâcheuses ; ils nous ajoutent que les ennemis du gouvernement en tirent les conjectures les plus favorables ; mais, au moment où le peuple éprouvera quelque soulagement, nous ne craignons pas de le dire, toutes leurs espérances seront vaines et leurs complots déjoués.

Spectacles. — Au théâtre Feydeau, on y a joué Mahomet ; les deux vers suivants :

Exterminez, grands dieux, de la terre où nous sommes. Quiconque avec plaisir verse le sang des hommes,

[ont] été répétés à la demande réitérée du public, qui a manifesté son opinion par des élans d'enthousiasme qui ont éclaté de toutes parts. La substitution du mot CAotians â celui de tyrans, ôanslB. Marseillaise^ a reçu les plus vifs applaudissements ; on a crié : A bas les Chouans! Deux voix seulement se sont fait entendre et ont dit : A bas les JacO" binsl Le bon ordre n'a pas été troublé par cette petite lutte. — Au Vaudeville, on y a représenté la Femme difficile à vivre. Les passages suivants y ont été particulièrement applaudis : 1^ « La rigueur et le ton ferme en gouvernement ne réussissent guère. » 2® « Je ne veux pas être opprimé. » L'hymne des Marseillais y a été chanté et écouté avec calme ; il n'y a eu d'applaudissements qu'à la substitution du mot Chouans à celui tyrans. Les choses se sont passées de même au théâtre de la République. Le patriotisme se fait remarquer dans ce spectacle d'une manière particulière. A la rue Favart, les airs patriotiques n'ont reçu que de légers applaudissements. Dans l'entr'acte on a chanté Phymne Veillons au salut de V Empire ; la strophe : Tremblez^ tyrans, a été généralement applaudie. L'observateur présent dit qu'il est facile de s'apercevoir que chacun est déterminé par l'impression qui lui est propre, ayant remarqué que beaucoup de militaires, qui applaudissaient, ce couplet témoignaient la même approbation à celui commençant par ces mots : Plutôt la mort que l'esclavage. Le théâtre de la Cité a offert absolument un résultat tout à fait semblable aux observations que nous venons de faire sur le théâtre de la rue Favart.

(IH cÉVBiEh l-flill DmECTOmE EXECUTIF 778

Au Ihéàlre des Arts, une légère rixe entre quelques citoyens pour diversité d'opinions politiques a été apaisée aussitôt qu'élevée.

Surveillance, — Pr^s de cent brocanteurs ont été arrêtés

hier sur la place du Marché des Innocent?; les uns, comme n'ayant point de livres ; les autres, comme ne les ayant pas en règle, ont été conduits devant !e commissaire de police de la section, qui les a relaxés après un examen sévi^rc

Commerce. Pain. — Tandis que le plus grand nombre de citoyennes rassemblées aux portes des boulangers se désolent et paraissent foH inquit^Iee de savoir comment et à quel prix elles pourront se procurer les objets de première nécessité le mois prochain, d'autres s'efTorccnl de ranimer leur espoir, leur disant que, le pain devant être fixé, le?autres denrées diminueront nécessairement. Il en est encore qui répondent que la suppression des caries ne sera pas si prochaine qu'on l'avait annoncé

Viande. — Il régne au contraire beaucoup de tumulte à la [distribution] de la viande, sans parler des propos séditieux qui se tiennent aux portes des bouchers. L'arriéré est si considérable que beaucoup de citoyens craignent de perdre leur dernier jour : Ils s'empressenl confusément d'entrer, et les plus forts sont ser\is les premiers

"" OlERMeUH.

(Arch. nat., AFiv, Hli, et f " III, Seine, 18.)

lUlTORT DU BUREAU DE SUBVEILLANCE.

Mieurset opinions. — L'on a arraché, hier soir et cette nuit, pendant la pluie, dans le faubourg Marceau et liifférents quartiers do Paris, les

arrêtés du Directoire qui avaient été aOichés hier malin On fait

courir le bruit que Barras, membre du Directoire, a reçu hier un coup d"épée. — Faubourg Antoine, les citoyens qui lisaient rarrélé du Directoire murmuraient en disant qu'il était insignifiant et qu'il n'indiquait pas ceux qui auraient du pain.

(Incident do Vaudeville, comme ci-dessua, nvee ce doLail en plus que c'esl le uiloyeo tiuuvioii, capilaine-uJJoint uns adjudanls généraux qui lit arrf'ier quatre perturbateurs, dont deux ont été relâchés, comme domiciliés, et deux consignés.]

Commerce. — Ce matin, au marché de la Vallée, la garde a été forcée el les revendeurs se sont jetés sur les marchandises avant la cloche sonnée. Les prix ont tellement augmenté que le dinde, qui se

779 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 février 1796]

vendait 1,600 livres au marché précédent, s'est vendu ce matin 1,800 livres; les poulets s'y sont vendus depuis 400 jusqu'à 480 livres.

Surveillance. — Le bal de la porte Martin était encore rempli

de jeunes gens de la première réquisition, qui se demandaient réciproquement : « Va-t-on nous cerner ?» Il va en être écrit au chargé de la police militaire.

Maisoncelle, Guermeur.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Journaux.

Gardien de la Constitution du 28 pluviôse : « Ysabeau était hier [26 pluviôse) au théâtre de la rue Feydeau, cUins une petite loge, à Texemple des privilégiés de Tancicn régime ; tout à coup une rixe s'éleva entre un homme déguisé en soldat et un citoyen qui applaudissait à quelques couplets. Ysabeau avance et crie : « Qu'on arrête le Chouan! » Deux députés, modestement placés au parterre, ont levé les épaules de pitié. Pour nous, qui étions près d'eux, nous avouons que Tinsolence de M. Ysabeau ne nous a pas surpris. Nous nous rappelons que ce prêtre adressait au ci-devant cardinal de Rohan, qui depuis a émigré, des couplets bien plats, à l'effet de l'engager à le mettre du voyage. La commune de Tours connaît les espiègleries de M. Ysabeau, et pourrait assurer que son patriotisme ne date que de l'instant où la porte du voluptueux Rohan lui a été interdite. Dans tous les cas, nous invitons M. Ysabeau à être plus circonspect au spectacle. — L'Observateur. »

Rapport du bureau central du 28 pluviôse.

Esprit public. — Paris parait calme, mais les esprits sont vivement agités.

Subsistances et agiotage. — La cherté extrême de toutes choses est constamment regardée comme la suite nécessaire du commerce illicite de ces êtres méprisables connus sous le nom d'agioteurs. Cette cruelle calamité, qui depuis longtemps ruine les fortunes publiques et privées, pèse essentiellement sur la classe indigente, dont les plaintes, les murmures et les discours immodérés se font entendre de toutes parts. C'est ce que nous allons démontrer par lanalyse des rapports de la surveillance de ce jour.

Ordre public. — Des rapports dont il s'agit résultent les observa-

[16 FÂVRiSH 1796] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 760

tions suivantes. Un premier observatenr s'exprime ainsi qu'U soit : « Le brait se répand que les Jacobins veulent mettre le feu dans Paris, et que, dans la crainte de cet absurde événement^ on invite les propriétaires de maisons à visiter les cordes de leurs puits. D'une autre part, ajoute-t-il, tout le monde s'accorde à dire que, sous peu, il y aura un soulèvement dans Paris, qu'il est inévitable. Déjà plusieurs riches citoyens se disposent à partir pour la campagne. » — Un second agent, après avoir fait connaître que le public est vivement agité* rapporte que les uns prétendent que l'arrêté du Directoire» concernant la cessation des distributions, n'aura pas lieu, parce que l'événement serait funeste aux gouvernants, que d'autres [prétendent] qa'il sera maintenu, et que le gouvernement veillera k ce qu'il n'y ait aucune fraude. 11 ajoute que les malveillants profitent de ces conjectures pour corrompre l'esprit public. En e&ét, continue-t-il, de tous côtés on n*entend que sottises et horreurs contre le Directoire, auquel les épithètes les plus sanglantes sont prodiguées, ce qu'il a particulièrement remarqué dans un groupe qui s'est formé hier à la porte Martin, sur les cinq heures du soir. — Un troisième rapporte avoir entendu dire que, si le pain et la viande n'étaient pas taxés, il y aurait une insurrection terrible avant huit jours. Il ajoute que, dans les halles, on disait hier que les ouvriers du faubourg Antoine étaient sur le point de se porter au Directoire pour demander le rapp(»rt de rarrété sur la suppression des cartes, maïs que, vérification faite par lui, sur-le-champ, dans ledit faubourg, où il s'est transporté, il a trouvé que tout y était fort tranquille. — Un quatrième dit que, quoique les esprits paraissent très agités, il n*y a rien d*inquiétant à craindre, mais que la malveillance se fait remarquer dans les rassemblements, et que Ton y parle mal du gouvernement, dont on critique les opérations avec amertume. — Ce que nous venons de dire de la malveillance se justifie assez par les observations d'un cinquième agent, qui rapporte avoir entendu dire dans quelques groupes, et notamment à un particulier, que tout ce que nous avions enduré jusqu'à présent n'était que des roses, et que, quand il n y avait pas de maître dans une maison, les choses n'allaient jamais bien. Le même agent, témoin d'une conversation au café de la République, dit qu'il fut répondu à un individu, qui tâchait de calmer les esprits, en leur faisant connaître tous les avantages de la liberté, que, si elle nous empêchait de subsister, il fallait la reléguer en Turquie. — Un sixième agent déclare que les esprits lui ont paru plus calmes, malgré les efforts des malveillants, qui faisaient courir hier le bruit que les indigents ne recevraient du pain que pendant le cours du mois prochain,

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passé lequel temps il n'y aurait plus de distribution d'aucune espèce. — Un septième dit aussi que les esprits paraissent se tranquilliser depuis que le public a connaissance de la manière dont la distribulion doit se faire. — Un huitième, après avoir fait Ténumération des plaintes et murmures du public sur la suppression des cartes, dit et rapporte formellement que le peuple est irrité, au point qu on ne se fait pas de difficulté de tenir les propos suivants : « On nous a dté nos armes, mais il nous reste un briquet et de Famadou ; il faut les rôtir ou les miner; il est facile de le faire, car le terrain du Luxembourg est tout en carrières. » — Enfîn un neuvième agent transmet les observations suivantes : « Le bruit se répand sourdement que sous un mois Paris sera déclaré en état de siège, à cause de rapproche des Chouans. L'on fait un tableau effrayant du malheur dont on prétend que cette grande cité est menacée. Les enragés, dit-on, persuadés qu'ils périront, si l'ennemi a le dessus, feront périr avant eux tous leurs concitoyens. Chacun frissonne; la terreur et la consternation s'emparent des esprits. Quelques personnes, ajoute l'observateur, disent : « Pourquoi est-on assez béte pour attendre ce moment? Que le peuple ne se lève-t-il? 11 doit voir que le gouvernement n*a pas de bonnes intentions, puisqu'il fait venir à Paris des troupes qui devraient être employées contre les Chouans et les Vendéens. »

Finances. — La plupart des citoyens, dit un observateur, continuent à se plaindre de leur taxe à l'emprunt forcé. H ajoute que le bruit se répand que plus de dix mille fripiers sont d'intelligence pour ne pas acheter les meubles des citoyens imposés. Un autre observateur rapporte que les rentiers sont très mécontents de la faible indemnité qui leur est accordée par la résolution du Conseil des Cinq-Cents.

Spectacles. — Au théâtre de la rue Louvois, on a chanté l'hymne Veillons au salut de l^ Empire. La strophe : Tyrans, tremblez, a été beaucoup applaudie. «— Au théâtre Dramatique, on n'y a chanté que les deux premiers et le dernier couplets de l'hymne à la Liberté, qui n'ont reçu aucuns applaudissements. — Le rapport sur le théâtre du Vaudeville ne dit autre chose, si ce n'est quMl y avait beaucoup de monde, et que le calme y a régné pendant toute la durée du spectacle, qui a fini à neuf heures et demie. Aux Jeunes-Artistes, trois couplets républicains y ont été chantés; l'auteur y a été demandé, et, sur la réponse faite qu'ils sont parvenus sous enveloppe, on a applaudi; quelques voix ont crié bravo d'une manière ironique et se sont permis d'ajouter qu'ils venaient du Grand Magasin. Au théâtre de la rue Martin, l'hymne Veillons au salut de VEmpire a été chanté et couvert d'applaudissements. L'observateur présent rapporte que le refrain :

[17 FKvniER 1796] DIRECTOIRE EXECUTIF 782

TyranSy tremblez, a été applaudi à outrance par quelques individus. — A Fcydeau, on y a chanté la Marseillaise, dans laquelle la substitution du mol Chouans à celui de tyrans a été fort applaudie

Commerce. Pain. — On parait attendre avec une sorte d'impatience le mois prochain, pour savoir comment le pain sera taxé, et quels seront ceux qui, regardés comme indigents, pourront en obtenir du gouvernement

Viande. — Plus on approche de la fin du mois, plus la foule est considérable aux portes des bouchers. Sur la section de TArsenal, les commissaires n'ont fait distribuer qu'un quarteron par chaque bouche, et beaucoup de personnes sont restées encore à servir. Sur les autres sections, on sert à peine les cartes du 23, et le désordre est à son comble. Ecrit au commissaire de police de surveiller particulièrement les agioteurs, qui profilent de TafOuence du public aux distributions de viande pour inspirer des inquiétudes et troubler la tranquillité par des discours et par des voies de fait

Maisoncelle.

(Arch. nat., AFiv. 1472, et F » « III, Seine, 18 ».')

DLXXI

Rapport du bureau central du 29 pluviôse.

Esprit public, — Les détails afiligeaats que nous avons sans cesse à remettre sous les yeux du gouvernement rendraient notre tache de pluï! en plus pénible, si notre zèle pour le bien public ne soutenait notre couraire, et ne nous prêtait chaque jour de nouvelles forces. — Paris reste toujours calme, mais les esprits éprouvent loujoiu^s une vivo airilalion.

Subsistances et agiotage. — Ne pouvant répéter sur ces deux objets que ce que nous disons depuis longtemps, nous nous réfén^ns aux observations contenues dans nos fouilles précédentes, pour passer de suilo aux dovoloppemonls ol à l'analyse dos observations que présontont Ks rapports do la surveillance du jour.

Ort^rc puàlic. — Doux observateurs rapportent que les visites faites

l \\ u"v a pan ^io rapport du buroiu de survciLlAnco p-?ur Ia journée iu

783 DIRECTOIRE EXÉCLTIF [17 février 1796}

dans les maisons, pour s'assurer si les cordes k puits sont en bon état, donnent de vives inquiétudes aux citoyens, qui croient que cette mesure n'est commandée que pour se mettre en garde contre Tincendie dont on est menacé. Plusieurs agents déclarent que l'espoir où Ton est, dans ce moment, d'une prolongation de distribution journalière de pain et de viande tranquillise un peu les esprits. Voici d'ailleurs d'autres renseignements particuliers, dont Fintérét a flxé spécialement notre attention. Un observateur rapporte que, malgré les efforts dessous citoyens, dont le but est de calmer les frayeurs du public, il se glisse dans les groupes, et même dans les maisons, une quantité de royalistes, qui découragent les esprits crédules et surtout les femmes,— Un second déclare que, dans la tabagie du spectacle de Nicolet, il a entendu dire hier à plusieurs particuliers qu'ils avaient déjà une partie des ouvriers pour eux, et que bientôt ils espéraient réunir la totalité. Rajoute qu'il n'a pu connaître positivement leurs intentions, et quel était le véritable objet de cette réunion. — Un troisième dit que les royalistes comptent beaucoup sur une insurrection prochaine, et il cite à cet égard une conversation dont il a été témoin hier, au foyer du théâtre des Arts. On disait, entre autres choses, qu'il était certain que les habitants des faubourgs Marceau et Antoine devaient se soulever le lendemain de la décade, s'ils n'avaient pas de pain; qu'il était impossible au gouvernement de l'éviter, vu la cherté excessive de toutes choses, et qu'enfin le Directoire et les deux Conseils n'avaient aucuns moyens de parer la banqueroute, dont nos ennemis extérieurs attendaient les plus heureux effets. L'agent observe que ces discours trouvaient beaucoup de partisans, malgré qu'on ne puisse pas en inférer que la masse générale des citoyens partage cette opinion. — Le rapport, suivant nous, a paru trop intéressant pour nous permettre d'y rien changer, même quant au style. Le voici mot à mot. « Grand mécontentement du peuple contre le gouvernement sur la suppression des cartes du pain et de la viande, et bruit général d'une insurrection prochaine ; plaintes de beaucoup d'ouvriers, qui se trouvent taxés à l'emprunt forcé au delà de leurs facultés ; ils disent, pour leurs raisons, que c'est l'effet des royalistes qui occupent les premières places dans le département, qui trompent les intentions du Directoire, en imposant ceux qui se trouvent dans l'impossibilité de payer, pour opérer un soulèvement ; et de là, continuent-ils, l'inexécution de cette loi bienfaisante. » Nous croyons devoir faire observer que l'inspecteur qui fait ce rapport est un patriote éprouvé. — Du rapport d'un cinquième observateur résultent les faits suivants. On dit qu'effectivement il est encore arrivé, dans la nuit du 27 au 28, au moins quarante

[17 FÉVRIER i:9C; DIKECTOIUE EXÉCITIF >

mille homme^^: que beaucoup de peiis sont fàciié? cii nuoc c Fréron et de Heverclion. Ils vont, dil-on encore, urpanise* un- suer civile à Paris, comme il« ont fait à Lyon et dant le Mi.i ■ ntn. enfin que tous le-^ parlii;; sont mécontents.

Politique et finances. — Les rapfiorls ne nou* ofir-^n nu- c^ob^rvations vaffues et insiçnifianteb sur cet deux parue- a- îiiin.niçlration.

Spectacles. — Le bon ordre el la tranquillité (mt réini* a?--:: 2^^ ralement dans tous les spectacles dç Pari«. Le^ appia.iûi-^-n'Ciii* qui se font entendre, lorsqu'on chante les? hymnei^ j»alrioiinu-: -'is toujours les raêmeç. Un observateur a remarqu^^ qu-t il. c-:niTii*iffl dnnt JN sont accompairné^ e^l telle, qu'il est souvent ditii ••!!* a- i— tincuer l'objet sur lequel frappent les opinion^.

f'ommerce. Pain, — Si le \yju ordre continue aux dis iriiiii ■.»::- u*pain, le calme, qui devrait en être iu^^éparable, u y r^-^mt na- . «?•*-- CMup pr^s «r^alement. L on entend encore aux po^lt^^ âr-- j"iu;iii-'?** ]f< murmure* les plus violents et les j.iainte*^ les piu-' aiii**r-^ -Trr 1rs nouvelles me-urer rel&livfî: ri ces distribution-. Cha?Lîi «i* .<v " un droit bien acquis à celle- r«^^rvées pi.iur l**s iDd:!:':'!»!-. 1 :ir--.it^'US les travaux se trouvent arré'.é-, el. le- a^siprialf }K*'.ian li.» ^ j..»ur de leur valeur, il ne leur re-tera plus Jijenî.i: nu- ri:- — soun/r-

^ i.:nde — Lrs j!-tr!;.'„:i:o- d-r v ariJe ne ^-on: intf tt« ■.!"

*■' ^ âVrï:''^

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785 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [18 février 1796]

mille hommes à Paris pour être répartis dans les différentes seclions; que, lorsqu'ils seront tous arrivés, la générale battra, et le feu sera mis à quelques maisons pour exciter au pillage Tindigent ; que les Chouans et les Vendéens réunis se porteront sur Rouen et autres communes circonvoisines, et qu'ensuite ils tomberont sur Paris. — 11 circulait hier, sur le boulevard et dans les lieux publics, beaucoup d'individus portant des chapeaux de toile cirée et des ganses blanches ; ces particuliers sont presque tous de la première réquisition. — Un rassemblement assez nombreux existait, hier soir, rue Denis, au coin de celle Guérin-Boisseau ; on s*y entretenait de la cherté actuelle ; quelques-uns semblaient regretter le régime ancien, disant qu'à cette époque on vivait heureux, qu'il fallait décidément finir par un coup d'éclat; les femmes paraissaient plus acharnées que les hommes à tenir ces propos.

Maisongelle.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

RaPPOHT du bureau central du 30 PLUVIOSE.

Esprit public, — Paris a été calme hier.

Subsistances, — On se plaint toujours de Textréme cherté de toutes choses et du discrédit des assignats. 11 parait que la nouvelle de la prolongation des distributions journalières du pain , en ranimant Fespoir des malheureux, les rattachera de plus en plus au gouvernement républicain, et contribuera à déjouer les projets de la malveillance.

Agiotage, — On a remarqué que les marchands d*argent et autres brocanteurs commençaient à reparaître sous les galeries du Palais- Egalité. On voit toujours avec peine l'élévation du prix du numéraire.

Ordre public, — L'on répand des bruits tellement exagérés, qu'il nous paraît hors de toute vraisemblance dy ajouter foi. Nous croyons qu'ils ne peuvent être semés que par la folie et l'ineptie des ennemis du bien public ; ils impliquent d'ailleurs une telle contra-* diction qu'il nous semble qu'on ne doit les regarder que comme l'ouvrage de l'artifice le plus çidicule; nous les rapporterons néanmoins Tome II. 50

\t ir: i:£t r.>, lilHECTMiRE EXÉOlTlf Tî*

|>our satisfaire a^i -kv-ôr qui r«ou- ofl impit*^ -^t Z'.-:i:^'z 'Cj^iirie àt io'iU:* !•;• oJ/'rir vallon* qui nou* *->nl Irar^saii^c-*. Li c:.iiT-rL..j.aii«. <Jil un pp::nier observai»-' ur, ^'açile ^n lojs s-e::? j-:ur i-^-errr r^n ^-'al*^ vemenl : le bruil courl, ajoule-l-il, qu* le C-rj^ iéit^li^lf a f èît pnHer sermenl â tou« le* aJminislraleur? def ri>uTc-iies ni^isiripàlitii-s du canton de Far;-; de 1er défendre en caf d'in^urTrCÛ.-a. farce qie, dilon.Ie Direcloire veul élen Ire la Ivrannie s-r îes deax C>a*'f ^U. — Un second obs-;rvaleur expose que Ton déitite dans ie publl-j q-ie le Directoire, dans la crainte de n'être pas a^sez en ^û^e^ê au LajLeEnL4>urg, esl dan^^ l'intention de se joinJre avec le^ }égi?iat:^urs ai Palaiâ national. — Un troisième rapporte que le peuple est satisfait de la conlinuation des distributions, mais que les gens des faufc-jjrgs avaient déclaré que l'on avait bien fait à cet égard p'»ur les empè:herde s'ass<;mbier et de se porter sur le< deux Conseils et surtout au Directoire, ainsi qu'ils y étaient déterminés. Le même obrervateur ajoute qu'il doit se porter un grand coup, mais qu'il n'est que retardé. — Un quatrjém<: agent rapporte les faits suivants, qui nous paraissent mériter une attention particulière : il dit, d'après les différents propos qu'il a entendus tenir à plusieurs soldats de la Légion de police, qu'il est entré dans ce corps beaucoup de jeunes gens de la première réquisition, qui cherchent à égarer les anciens et à corrompre leurs bons principes. Cet observateur s'appuie sur la conversation. qu'il a eue avec plusieurs, qu'il avait ci-devant connus à l'armée, dont les senliinents lui ont paru totalement changés et les dispositions peu favorables, en ce que leurs services soient .jugés nécessaires, pour s'opposer a une insurrcrtion. — l)*aulrcs aïeuls nous disent encore que hi cupidité des marchands est toujours vue de très mauvais œil par la class»î indigente, et (ju'un est en général très mécontent des propriélaires et principaux locataires des maisons. — Les rajiporls du jour ne nous apprennent rien de bien neuf sur la politique et les iinances; nous les passerons sous silence.

Spectacles. — Le public y a joui de la plus grande tranquillité, à (juehjues nuances près, cjui n'ont produit que de très légers incidenls sans suite; mais il faut excepter le théâtre de la rue Favart, où l'on a remaniué un grand tumulte occasionne par le chant V Hymne du Sermenl^ (pii a èlé couvert de sifïlels, de huées et de hurlements affreux. Alors (ni a baissé la UnU) ; le calme s'y est rétabli. L'instant d'après, un arlisl»' s\^sl présenté et a deniandé la permission de chanter une chanson palrioliiiue, par ordre du Directoire. Le public ayant accédé à cri le deinand(?, on a recommencé C Hymne du Serment, qui a été entendu avec moins d»' défaveur (jue la première fois. L'observateur

'SI DIRECTOIRE EXÉCrTlF [i9 février 1796]

présent rapporte que les uns ont applaudi, et les autres ri malicieusement

Maisoncelle.

■ Arch. nat., AF iv, liT2, et F « ^ m^ Seine, 18.)

Rapport du bureau de surveillance.

Surveillance. — . . , Six crieurs ont élé arrêtés hier sous les galeries du Palais-Égalité, pour avoir crié : « Voilà la lettre du ministre de la police pour le départ des jeunes gens de la première réquisition. » Sur les questions qui leur ont été faites par le commissaire de police de cet arrondissement, ils ont été relaxés, ayant répondu qu'à Timprimerie on leur avait dit de crier ainsi, sans faire attention à Tintitulc du journal. Il leur a été enjoint de ne plus recommencer

Maisoncelle.

(Arch. nat., AFiv, ii72.)

-.» JOURNAU.X.

Courrkr républirnin du 30 pluviôso : <» La suppression dos cartes do pain n'a pas cessô encore dNMro le protexte dos plaintes et des mumures et quelquefois dos plus sérieuses discussions. Los femmes des lialles disent hautemont : « 11 faul qu'ils nous f t du pain ; il faut qu'ils nous le fassent assurer

à un prix auquel le peuple puisse approciier. Nous ne voulons pas qu'ils nous fassent raumôn<î ; jious voulons travailler, mais que notre travail puisse nous nourrir. » Voilà à peu près lo langage du peuple ouvrier. •> — Xouvelles polififfites du 3 ventôse : « l^arisy 29 pltiviihc. On no saurait trop revenir sur la frôcpionco dos attaques nocturnes; il importo plus (pie jamais que la police prenne les plus sôvôres précautions pour y mettre ordre ; rien n'égale l'impudonoe des voleurs ; c'est dans les rues los plus fréquentées, dans lo voisinage dos corps de garde, aux heures les moins avancées, .qu'ils arrélonl les passants. Il y a liou d'espérer que le ministre de la police employora les grands moyens qu'il a entre les mains pour arrêter do pareils excès. »

DLXXIII

Rapport du bureau central du 1°'" ventôse.

Esprit public, — Aucun événement n'a troublé l'ordre public. Subsistances, — Elles forment la matière de tous les entretiens

p.:bJ^'> *rl porti';uii.:f-. '.oiuri-'': *:l;*r- rOLî Ït-j.-.: > t jiiîes Jf- crainks. L*;*" r.jj/p'>f"t>? d':':'r j'^uf -Vxor jfrnt a j-rri^rrrjtrr J-: rijëi'.'nîr'nleineTît île Ïj»-:iU*:oH\^ 'i': <:ito}';n^, fï.'air lafficfi': arinvii an: qur- la di-tril«Lilî.in du paifi MriTiJt 'rfi'';f «M:oriliijii';<j «i «alrfj'r b-:ciu;oiiiJ irr-- e?priL5. et a fait «îbl/^T'rr <ju'; l-'i li\r-MJ<; pain ai) ail '"-tr'.* •ii>'.rii.iU-!'.- n ciiaquv citoyen. l,at/ixi; il«î la vi.jfid'; à 1 io francs ftl la Crrs^llon de la distribution onlinaii^' «*xïril«rnl h«;aij<:oup de murmur»?^ et surtout de craintes sur l'/iij{içni«;ntation d(;K auln;K denréeis.

Afj'uttafjtt. — Il fait toujours de*progn'-s rapides et leshaliiU, même i\v. Iiaffiid, !-<' vf.'ndenl au taux dt; Tardent. L'* café de Charlre? a été ciWiU*. Iii*;r.

Ordrti puhiic, — Diiïén'nts rapports .sembleraient annoncer qu'il l'ht pr^ft à ^ttre Iroubliî par rexplosion d'un mécontentement que Ummiiimi les conibinuisoiiis et les di^^cours de la malveillance. Ces rniinti'H ne Hont cependant basées sur aucun fait. Un seul rapport mérite d'élre cilé. J*ai remarqué, dit Vannier, que chez beaucoup d'arniurierK, notamment ceux du l^alais-Ëgalité, ces messieur> aclielaii'ul louH les pislt^rls qui se trouvaient dans leurs boutique> à tel prix que ce niit et sans marchander.

Fintuiri\s. — L(! bristunent de la planche aux assignats a naturellt>nnMit amené la conversation sur les assignats ciix-mémes ; chacun s'neenrdait à désirer ipi'ils reprennent leur crédit. L'établissement d'une nouvelle ban(pie(*st ilisrulé dans les cafés ; elle trouve desanla- ^oni^les el de-^ partisans. Ses délraeleurs prétendent tpie le^ avantages tourneront au profit seulement des administrateurs.

Sfu'c(ticlt*s, — A l'eM-eption île quelijues allusions malignes de la part d'une pMilie des spci'taleurs, les s[)eeta«*les n'ont rien mIT.tI «jui menlàt l'allention de l'observateur. Ces passages de l'hyinno df* Mai^edlaiN : i.'r:i'tuf.irJ s.ni'flant est Icrc : IW-uOlcz, ti/riti>, il.nn:.:il he\i à d»'> apphmdissenienls alVeetes. — l'ne eoinlure *A des r..ia;i"= \erls. pxMles par une avtrii'e ^lu théâtre ^le Molière, .•ni r X'.tr hivr di\er>jle d'o|>ini.»n< p.uaii les s|i.'. îalours. l.-.- c'.\"\'j:\ -i .'. .-wrii. -> i\uin.ie la d.^p.îri'.ion lîv' ei *» v\'.:l'. urs a t.-. en*..:".:.: : -.r '.- .. ;:.::■.>-

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789 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [19 Fi^.VRiER 1796]

de police de ces deux arrondissements de surveiller les auteurs de pareils propos, qui, semés sans doute parla malveillance, n'ont pour but que d*exciter le désordre.

Viande, — Tous les bouchers restent en arrière au moins de quatre jours

Maisoncelle, Guermeur, (Arch. nat., BB », 84, et F * « III, Seine, 18 >.)

Rapport du bureau de surveillance.

Surveillance, — • . . . La visite des brocanteurs de la Halle a été faite hier ; trois cents, qui n étaient point en règle, ont été conduits devant le commissaire de police de la section des Marchés, qui a pris leurs noms et demeures ; plusieurs effets et hardes militaires ont été saisis, pour être renvoyés dans les magasins de la République ; deux jeunes gens de la première réquisition ont été conduits devant le général Turreau. — Trois agioteurs et un perturbateur ont été arrêtés hier au Palais-Ëgalité et conduits devant le juge de paix de la section de la Dutte-des-Moulins. .... Le café de Chartres a été cerné et les papiers des citoyens qui s'y sont trouvés ont été scrupuleusement examinés ; un seul s'est trouvé n'être point en règle et a été envoyé au bureau de police de la Butte-des-Moulins

MaISOxNCELLE.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

1. Le texte des rapports est identique dans ces deux sources. Mais il y a moins de lapsus dans ceux de la série BB', 84, que nous suivrons de préférence.

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