ASTIER
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Rapport du bureau central du 25 pluviôse.
Esprit public. — Le calme se soutient.
Subsistances. — D'après les rapports de la surveillance de ce jour, si nous avons à ajouter aux observations contenues dans nos feuilles précédentes sur la partie des subsistances, c*est uniquement pour faire connaître le renchérissement de toutes choses, qui va toujours croissant, pour ainsi dire^ d'heure en heure, excite sans relâche les murmures les plus forts. Néanmoins la nouvelle vraie ou fausse qui se répand^ que les distributions journalières de pain et de viande dans les sections vont continuer, ou tout au moins qu'elles seront prolongées, tranquillise un peu le public.
Agiotage. — On commence à s'apercevoir que ces hommes connus pour faire le trafic honteux de toutes choses nécessaires à la vie ne se rassemblent plus comme ci-devant, mais on pense qu'ils ne sont que dispersés et que leurs brigandages, pour en être plus cachés, n'en sont pas moins dangereux à la société.
Ordre public. — Ce que nous disions hier des émissaires que les royalistes sèment de toutes parts pour corrompre l'opinion publique fe trouve appuyé aujourd'hui par plusieurs observateurs, qui rapportent formellement que ces hommes perfides disent des horreurs du gouvernement; les uns répandent le bruit que le gouvernement ne retirera pas les cartes de pain aux citoyens, parce qu'il redoute cette
mesure ; d'autres, que sî le public n'obtient pas une composition honnête sur le prix des aliments de première nécessité, les suites pourront en être fâcheuses, parce que le besoin ne connaît pas de mentor. Beaucoup d'autres propos semblables ne font que trop connaître à quel point les ennemis du bien public travaillent les esprits. En opposition aux suggestions des royalistes, il se trouve néanmoins, comme le disent plusieurs observateurs, de bons et francs patriotes qui pensent que le gouvernement agira avec sagesse et qu'il ne laissera pas les habitants de Paris dans l'impuissance de se procurer k un prix raisonnable les choses nécessaires à la vie. •— Hier, au café de Conti, les habitués débitaient des mensonges et des calomnies contre les intentions du gouvernement; le rapport présente à cet égard une telle incohérence , qu'il ne nous est pas possible d'en faire une analyse méthodique.
Polilique. — Les discours qui vont être rapportés semblent appartenir aux mal intentionnés, ou tout au moins à des gens dont l'opimon peut paraître suspecte. Un observateur déclare que les habitués des cafés du pont Saint-Michel, de Chartres, de l'Opéra-Comique, et autres qu'il a surveillés, disaient entre autres choses que les Chouans sont maîtres de presque toute la Normandie, qu*ils ont à leur tète des émigrés, ci-devant propriétaires, qui assassinent les patriotes et les fonctionnaires publics, s'emparent du numéraire et brûlent les assignats. On ajoutait qu*à Dreux cinq cents Chouans ont forcé la municipalité à couper elle-même l'arbre de la Liberté. — Les malveillants, ajoute l'observateur qui cite les faits ci-dessus, se flattent que la République ne pourra pas encore tenir longtemps, d*autant, disent* ils, que Condé est à la tète de trois cent mille hommes, et qu'il n'attend que le moment favorable pour se montrer. Les royalistes euxmêmes ne croient pas, sans doute, à ces nouvelles absurdes qu'ils se plaisent à répandre, et que les bons esprits et les vrais républicains croient encore moins.
Finances. — Le recouvrement de l'emprunt forcé fait toujours la base des conversations ; dans les cafés, les citoyens, suivant les rapports que nous avons sous les yeux, se livrent à cet égard à de pénibles conjectures. Plusieurs estiment que la force armée est nécessaire pour contraindre les refusants ; d'autres redoutent les suites terribles de cette mesure violente et citent les dévastations occasionnées par rarinée révolutionnaire.
Spectacles. — Au théâtre de la Cité, Thymne des Marseillais a été chanté entre les deux pièces ; on a substitué au quatrième couplet le mot Chouans à celui de tyrans, auquel on a fortement applaudi ; mais,
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soit oubli, soit distraction, la strophe : Français, guerriers magna" nimes^ n'a pas été chantée. ^ A celui de la République, pareille substitution du mot Chouans^ également applaudi et redemandé ; un seul citoyen, placé au parterre, a crié non, ce qui excita Thumeur d'un militaire qui, par son patriotisme, en imposa; le peu de bruit qui se fit cessa sur-le-champ, et le bis a eu lieu. — Au théâtre de la rue Mjartin, les airs patriotiques et Thymne : Veillons au salut de VEmpire, n*ont reçu que de faibles applaudissements. L'observateur rapporte que ce spectacle n'est guère fréquenté que par des personnes indifférentes, qui affectent de garder leur chapeau sur la tète, lorsqu*on chante les airs civiques. — A Feydeau, on a chanté, entre les deux pièces, les couplets envoyés par le ministre ; les huées, les sifflets, mêlés aux bravos et claquements de mains de la cabale, ont tellement couvert la voix de l'artiste, qu'il n'y a eu que les trois derniers qui aient été entendus. Au théâtre de la rue Favart, tout s'y est passé tranquillement jusqu'à l'entracte, où l'hymne : Veillons au salut de V Empire^ a été chanté ; le mot tyrannie a été fort applaudi ; alors, un militaire qui a voulu parler n'a pas été écouté, et comme il continuait toujours, on a crié « A bas la chanson de Carrier! » Tels sont les faits matériellement rapportés par l'observateur, qui ajoute que deux militaires, placés aux secondes loges, qui applaudissaient avec des gants aux mains, ont été remarqués et hués ; il ajoute qu'ils ont quitté leurs places. Au théâtre des Arts, la Marseillaise a été beaucoup applaudie ; on a cependant remarqué que le public des loges n'accorde des applaudissements qu'aux mots Tremblez^ tyrans.
Surveillance. — Cent quarante agioteurs ont été arrêtés hier au Palais-Égalité et sévèrement examinés. Cette opération n'a été terminée qu'à minuit
Viande. — Le déficit est général chez les bouchers
Marchés. — Les approvisionnements des différents carreaux étaient
très peu considérables
Maisoncelle.
(Arch. nat., AFiv, 1472, et F » <= III, Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions. — On assure que beaucoup de boulangers emmagasinent une partie des farines qu'on leur donne, et qu'au moment de la suppression des cartes, il leur en restera suffisamment pour commencer leur commerce ; on demande une visite chez chacun d'eux, la veille de la cessation On disait au café de la Régence que