Tome II
[2 AOUT 1795] HÉACTION THERMIDOBIENNE \
Michault annonce que le bruit se répand que le gpuvememenl pris des mesures pour que ceux qui n'onl pas eu la faculté de s'i provisionner de bois et charbon en aient à un prix proportionna leurs moyens, et que Ton n'en manquerait pas cet hiver; cette n( velle apparente, ajoute Tinspecteur, paraît tranquilliser les esprits la classe indigente.
Cafés. — La conversation générale, dans un assez grand noml de cafés, a eu pour objet la réponse faite par le représentant Dubo Crancé aux pétitionnaires de la section de TObservatoire ■ ; tous citoyens improuvaient hautement sa conduite; on lui prodiguait reproches les plus violents; les uns disaient que toutes les secti( étaient très mécontentes, que ce représentant a toujours été un fa patriote, un enragé Jacobin; d*autres, qu*ii n'avait jamais ce: d'être royaliste; plusieurs propos de cette espèce, dont nous supp mons la moitié, ont été tenus, sans aucun ménagement, sur la publique et privée et sur les opinions de ce représentant, tant avj que depuis la Révolution.
Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité publique n'ont po été troublés au théâtre de la rue Feydcau ; le parterre, avant la le^ de la toile, a chanté les couplets du Réveil du peuple; malgré applaudissements, il n'en est résulté ni désordre ni agitation.
Journaux. — La feuille de la Correspondance politique^ n® 4> du 14 thermidor, présente aux articles Francfort et Variétés c objets, nouvelles, réflexions et opinions que nous avons jugés ê de la plus grande force; lecture doit en être faite dans la pièce orij
nale avec attention
Le Roy, Beurlier.
^Arch. nal., F««^in, Seine, 10.^
CCCLXXII
15 THERMIDOR AN III i2 AOUT 1795^
Rapport du Iti tuersudor.
Esprit public. — Si nous voyons, par les rapports du jour, que tranquillité continue de régner dans cette commune, nous y reme quons également que les vrais amis de Tordre et de la patrie,
i. Voir plus haut. p.1ât>.
13 i RÉACTlOiN THERMIDORIENNE [2 voit 1795]
applaudissant sincèrement aux victoires remportées par les troupes de la République, aux nouvelles heureuses des traités de paix, ainsi qu'aux dispositions bienfaisantes du gouvernement, sont toujours vivement affligés de la mauvaise foi insigne des agioteurs et des brigandages des spéculateurs. C'est de cette source impure^ dit-on de toutes parts^ que découlent depuis si longtemps les malheurs dont toutes les classes de la société sont dévorées, et qui, en prolongeant la misère, réduisent au désespoir quantité de citoyens. Voici ce que nous disent à cet égard plusieurs inspecteurs.
Groupes. — Ghailly rapporte que, de tous côtés, on entend toujours des plaintes sur la cherté des denrées, que le peuple parait se lasser de sa misère, et que l'espérance seule de la voir finir bientôt le retient dans le devoir.
Bouillon, qui parle dans le même sens, dit que partout on entend faire le rapprochement des prix actuels avec ceux du passé, d*où il résulte des réflexions très affligeantes pour l'humanité.
Legrand et Loignîer nous remettent le même tableau sous les yeux, de même que Dufresnoy, Leroy jeune et Tétel ; les deux premiers de ceux-ci observent que Ton se plaint dans le public de la nouvelle émission des assignats de 2000 livres «, dont Fobjet est «i'échanger ceux de 10,000 livres, et qu'à cet égard on dit qu'il vaudrait beaucoup mieux les échanger contre des anciens; on va nnème jusqu'à dire, ajoutent-ils, que l'on sait bien la quantité d'assignats que l'on brûle, mais jamais celle de ceux que Ton remet dans ^^ circulation, dont le nombre est si considérable qu'il s'ensuit un discrédit bien marqué et la perte de toute confiance au papiermonnaie. Tétel, particulièrement, expose que plusieurs personnes, îopcées dans les circonstances malheureuses de vendre une partie ^e leurs efifets pour se substanter, se plaignaient très amèrement Savoir reçu sur une somme de 4100 livres celle de 425 livres en assignats faux, et qu'elles disaient que cette friponnerie était assez fréquente.
'^nbunaux. — Alamiou, en rendant compte de sa surveillance dans i^s tribunaux, rapporte qu'à celui du tribunal criminel du départcffienl, où l'on instruit le procès des membres du Comité révolutionnaire du Contrat-Social, leurs défenses ont été très mal ^cueillies du public, qui les a traités de coquins et de scélérats.
^^teurs et Restaurateurs, — Mailly rapporte qu'hier il a entendu, chez un traiteur, plusieurs citoyens, qui ont paru être des fournis-
^- Il y a dans Toriginal : 200 livres. Mais c*e8t une erreur évidente. Voir la loi du 14 thermidor an lU.
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seurs de la République, dire qu*on ne les payait quen assignats de dix mille livres et que cela était d'autant plus fâcheux pour eux, qu*ils étaient presque sûrs qu'il y avait de la mauvaise foi de la part des agents de la Trésorerie, et qu*au premier moment ils les dénonceraient.
Cafés. — Chaton déclare que, dans les cafés de Foy et de Virginie, les citoyens s'y entretenaient de la perte énorme qu'éprouvaient les assignats de dix mille livres par l'escompte, ce qui donnait beaucoup de lenteur au commerce ; on y parlait aussi de la nouvelle émission de ceux de deux mille livres pour les échanger contre les premiers ; les propos tenus à ce sujet sont absolument les mêmes que ceux des groupes rapportés par Dufresnoy et Leroy jeune.
Compère annonce avoir entendu, dans deux cafés de la section des Graviliiers, des citoyens raconter que deux des plus fameux terroristes, remis en liberté depuis quinze jours, s'étaient trouvés aux prises chez un marchand de vin, rue du Temple, avec d'autres ci* toyens, et que ceux-ci auraient été vivement menacés par les premiers, qui disaient : « Le temps n'est pas éloigné où les soi-disant honnêtes gens se mordront les pouces et viendront fléchir le genou devant ceux qu'ils ont méprisés et voulu perdre. »
Spectacles. — Le bon ordre y a régné ; néanmoins Michaull rapporte avoir fait arrêter et conduire chez le commissaire de police ? deux particuliers qui, au théâtre de la Cité, se sont permis d'abord^ de souffleter le receveur de billets, d*insulter trois ouvreuses de logeas et aussi de se porter vis-à-vis d*autres femmes à des actions trè^tcontraires aux bonnes mœurs. Le même inspecteur ajoute que, dan..^ le cours de cette rixe, il y a eu deux portefeuilles volés ; le commis saire de police, après avoir entendu les dépositions, a dressé procès verbal et fait conduire les deux prévenus à la maison d'arrêt dF; Plessis.
Jownaux. — Le journal dit le Courrier universelj à la date du dimanche 3 août 1795 (v. s.), ou 15 thermidor, article « Variétés », rapporte une nouvelle accompagnée de réflexions très malignieuses; elles ont paru d'une fort dangereuse conséquence dans les circonstances présentes.
Commerce. Pain. — Aux portes des boulangers, on ne s'entretient que de la livre de pain qu'on attend avec la taxe sur les choses de nécessité, qui en flxe déflnitivement le prix à un taux modéré
Marchés. — Le jour du dimanche a ralenti les approvisionnements ; les pommes de terre se sont vendues 22 livres les blanches ; 24, 26 et 36 livres les rouges; il n*ést arrivé que deux paniers de
133 REACTION THERMIDORIENNE [3 août 1795]
fromages de Brie» qui ont été achetés de 16 à 24 livres la pièce, suivant le moule. On a vu aussi une voiture de marée, composée de raies au prix de 60 à 80 livres ; la viande, 7 à 8 livres ; le porc frais, de 11 à 12 livres la livre.
Charbon. — Il en a été distribué 540 voies, dont la distribution s*est faite tranquillement.
Bourse, — Les inscriptions se sont faites à 27 1/2, 28 et 28 1/2 pour cent de bénéfice.
Change. — Hambourg : 6400 à 6500 ; Li vourne : 3300 ; Gènes : 3150 ; Bâle : 3; Amsterdam : 1 3/4; or fin : 3000; lingot d'argent : 1425.
Le Roux, Bots de Lourt.
(Arch. nat., F > • III, Seine, 16.)
Journaux.
Courrier français da 16 thermidor : « La noavelie de la paix avec i*Espagne avait fait baisser subitement le prix des matières d'or et d'argent. Les agiotears, un moment déconcertés, ont repris courage, et, dès le lendemain, le prix de Tor était remonté. II n'a pas baissé depuis ce moment, et les marchandises n*en vont pas moins en augmentant. » — Journal de Periet du 16 thermidor : (c La Marseillaise et le Réveil du peuple se sont entièrement réconciliés depuis que Tun et l'autre de ces airs a été chanté dans la Convention le 9 thermidor. Ils ont été joués l'un et l'autre aujourd'hui et également applaudis à la garde montante. »
CCCLXXIII
Rapport du 17 thermidor.
esprit public. — Le calme apparent^ dont les habitants de Paris jouissent constamment, ne laisserait rien à désirer, si Ton pouvait CDlrevoir le terme des souffrances qui depuis trop longtemps agitent '^ esprits et fatiguent tous les citoyens à un point excessif; loin de ^^' les plaintes continuent^ les murmures se font entendre, les inquiétudes se propagent ; ces assertions sont consignées dans plusieurs "apports dont suit l'analyse.
Groupes. — Alamiou rapporte avoir entendu plusieurs personnes "^^l'murer et se plaindre de ce qu'on voyait toujours des citoyens "^ deux sexes et des enfants manger des drogues, comme boudin, ^de et mauvaise bouillie sans graisse.
Chailly, Didier, Mailly, Bouillon et Saint-Rémy [disent] que les murmures du publie, sur le discrédit des assignats et la cherté des denrées, s*aggravent tous les jours ; que Ton se plaint beaucoup de ce que les boutiques, surtout celles des marchands de vins» sont fermées de très bonne heure, et encore du nombre des agioteurs, qui a été plus considérable hier que de coutume au Jardin-Égalité. Masoyer dit à cet égard que le public paraît très étonné de la sécurité du gouvernement.
Fargues, Michault, Mercier et Dufresnoy annoncent que la Convention est peu respectée par quantité d'individus qui, las de souffrir, s'indignent de voir que Ton souffre si longtemps le brigandage du commerce, regardé comme la cause de la misère publique.
Ancelle expose qu'une partie du peuple soupire après une paix générale, qu^elle ferait le sacrifice des deux tiers des assignats, dont elle est propriétaire, pour voir renaître les choses à Tavantage de tout le monde.
Marceau dit que la loi sur le divorce a été accueillie favorablement*.
Duval, après avoir exposé d'une manière très véhémente les plaintes, menaces et clameurs d'un grand nombre de citoyens, et surtout de femmes rassemblées en groupes dans différents quartiers, sur la difficulté de vivre et sur la cherté, déclare avoir entendu dire, après la proclamation des journaux concernant les marchands de pain, que la Convention ferait beaucoup mieux de défendre cette vente tout à fait et d'en faire donner davantage dans les sections; il ajoute que J*on disait hautement que c'était la Convention ellemême qui le faisait vendre à son compte, et que par là elle affamait le peuple.
Vannier [déclare] que Tarrété du Comité de sûreté générale, qui désigne les places pour la vente du pain, avait satisfait une partie du public ; mais d'autres, qui en paraissaient fort mécontents, disaient ; « Peu nous importe qu'il y ait des places indiquées, si nous ne pouvons y atteindre à cause de la cherté. » Compère dit que cet arrêté, mal interprété par certaines gens, a donné lieu à une rixe qui s*e8t élevée hier, rue Neuve-des-Pelils-Champs, entre un marchand et plusieurs femmes, qui ont renversé la table en prétendant qu'il était défendu de vendre du pain dans aucune rue ; il ajoute que quelques coups ont été donnés, mais que la garde, qui est survenue, a rétabU le calme.
1. U s'agit de la loi du 15 thermidor an III, qui suspendait 1 exécution des lois des 8 nivôse et 4 floréal an II, relatives au divorce.
135 RÉACTION THERMIDORIENNE [3 août 1795]
Desiérois annonce avoir entendu dire à un particulier, venant de Troyes, que la récolte était bien belle, mais que, si Ton ne prenait pas de mesures, tout serait promptement levé, attendu qu'il circule dans ce département des particuliers qui, se disant commissaires envoyés par le gouvernement, parcourent le pays, accaparent tout et ont déjà porté le prix du seigle à 150 livres le boisseau.
Cafés. — Aucuns faits intéressants ne sont consignés dans les rap* ports sur les entretiens dans les cafés.
Spectacles. — La tranquillité y a régné, excepté au théâtre des
Variétés, Palais-Égalité, où un officier de paix, voulant apaiser une
dispute élevée entre deux individus au sujet d*une fille publique, n*a
guère été respecté comme il aurait dû Tétre par quelques jeunes
élourdis, qui se sont permis des propos indécents ; les officiers de
paix, dans leurs rapports particuliers, ajoutent qu'au moment où le
citoyen Pâté, Tun d'eux, se disposait à conduire au Comité de sûreté
générale celui des deux jeunes gens reconnu être en tort, il a été
soustrait et enlevé par d'autres jeunes gens.
Commerce. Pain. — Leroy observe que, chez tous les boulangers <^6 la section des Arcis, le recensement est très mal fait. Il en est qui ont jusqu'à 1,100 et 1,500 bouches ; d'autres, 600, 300, et un dernier ïï'en a que 190. Chez le citoyen Nicolle, vingt personnes à peu près ont manqué de pain. Ce boulanger s'est plaint de ce qu'un sac de farine, qui lui a été délivré à la section imprégné de pâte qui en augmentait le poids, lui avait occasionné ce déficit. La Commission a écrit au Comité civil pour lui demander compte des motifs de cette inégalité de répartition dont les boulangers se plaignent, et lui a observé que réduire des boulangers à si peu de bouches^ c'était en quelque sorte une distribution qui les mettait dans l'impossibilité de
vivre en faisant loyalement leur commerce
Surveillance. — Caron dit que le citoyen Beaulieu, rédacteur
de la gazette intitulée Jowmal universel, a été arrêté hier et conduit
aux Quatre-Nations
Petit rapporte que le nommé Jean-Baptiste Blandin, ouvrier sur les ports, septembriseur fameux, a été arrêté hier sur la section du Jardin-des-Plantes et conduit devant le commissaire de police de la section, qui l'a fait mener au Plessis.
Leroy, Rouchas jeune.
(Arch. nat., F* « m, Seine, 16.)
[3 AOUT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE t3^
Journaux.
Gazette française du 17 thermidor : « On colporte ici, sous le manteau, une gravure très spirituellement exécutée. Elle représente au premier coup d'œil une urne funéraire qu*un cyprès couvre de ses branches pendantes. Quelque attention que vous mettiez à examiner cette petite caricature, vous n'y voyez pas autre chose ; mais, lorsqu'on vous a instruit du mystère, vous y apercevez très distinctement quatre personnages qu'on dit parfaitement ressemblants, l/un est Louis XVI, l'autre Marie-Antoinette, et les deux autres leurs enfants. Ce sont les sinuosités de l'urne qui forment ces quatre figures exécutées à la silhouette. On assure qu'il a été débité ici plus de cinquante mille de cette babiole, qui console les pauvres rêveurs de l'ancien système des lauriers qu'ils ont cueillis à Quibcron. Gomme cela est idiot! — l4i physionomie de Paris est toujours la môme. Indifférent pour toutes les questions politiques, pour tous les bruits de paix et de guerre, de victoires ou de défaites, le peuple de cette vaste cité, si longtemps l'instrument et la victime des charlatans révolutionnaires, parait être dans cette espèce de léthargie que laisse après elle une fièvre violente. Les besoins de la vie, tous les jours plus difficiles à satisfaire, peuvent seuls réveiller son attention. Elle est tellement fixée sur cet objet unique, que la nouvelle de la paix si heureusement conclue avec l'Espagne ne l'intéresse qu'à proportion du soulagement qu'il s*en promet. Les premières questions à cet égard sont celles-ci : « Les denrées en diminueront-elles? Le pain en sera-t-il plus abondant? » Le pain! Voilà le grand ordre du jour de toutes les conversations. La conquête de l'Univers le flatterait moins qu'une once ou deux de plus ajoutées à sa distribution journalière. » — Courrier français du 17 thermidor : « Il s'est formé, au milieu de cette grande ville, une petite république d'agioteurs, qui s'est accrue insensiblement, et qui marche aujourd'hui de conquête en conquête. En ce moment la République française est aux prises avec la république agiotante, sa mortelle ennemie, et le conflit est assez acharné pour [qu'on] doive [penser] qu'il s'en suivra une catastrophe. C'est ce que chacun craint, et c'est à quoi chacun travaille. Le nombre est incalculable de ceux qui se sont mis au semce de la république ennemie, parce qu'en effet elle paie amplement. Tel perruquier s'est fait marchand de sucre et de café : tel cordonnier en chambre vend de la farine ; telle portière, de l'huile, et tel tailleur a un magasin de chandelles. Les denrées et les étoffes sont en partie montées du rez-de-chaussée au quatrième. Voilà une des nombreuses raisons du discrédit des assignats, de la. cherté excessive de tout ce qui se consomme, et de la misère publique. L*abondance actuelle de pain d'ancienne farine sur les places publiques est vraiment scandaleuse, et honore bien peu l'humanité de nos frères des campa^ gnes. » — <» Le liquidateur de la liste civile, Hocquet, s'est poignardé. Comm^ il avait été mandé à l'un des Comités de la Convention, on attribue ce suicide à une mauvaise gestion de la place qu'il exerçait. Voilà comme bien des gens « souvent honnêtes d'ailleurs, deviennent criminels par la faute des circoni tances. Sans sa place de liquidateur, M. Hocquet vivrait encore. >«
137 RÉACTION THERMIDORIENNE [4 août i795]