‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 26 sur 141 · Of. Mvfi.'feh-, niinprcssi.ni. t. XXV. p. ;î*S · texte numérisé non relu

Of. Mvfi.'feh-, niinprcssi.ni. t. XXV. p. ;î*S

*25 REACTION THERMIDORIENNE (30 juillet 17951

nous ont été remis, nous n'avons remarqué aucun trait digne d'être remis sous les yeux des Comités de gouvernement.

[Commerce. Pain, viande, marchés. — Rien de notable.]

Bois. — Partout, il est au prix de 350 livres le flotté, et 500 livres le neuf; les charretiers et garçons de chantier, à leur tour, crient beaucoup contre cette cherté qui éloigne tous les acheteurs. Aux distributions de charbon, les charbonniers, dont Tinsolence est à son comble, ont barbouillé le visage à des citoyens des deux sexes, qui se disposaient à porter eux-mêmes leur charbon ; la vente s'est montée à 720 voies, et, malgré le prix de 80 livres, beaucoup de personnes s*empressent d'acheter.

Bourse. -^ Les inscriptions se sont faites à 26, 24, 23, 26, 28 et 29 0/0 de bénéflce.

Change. — Hambourg : 5,800 ; Livoume : 3,450 ; Gènes : 3,000 ; Bâle : 3 3/8 ; Amsterdam : 1 7/8 ; or fin : 2,900 ; argent lingot : 1,430.

Observations. — Les officiers de paix, dans leur rapport de ce jour, annoncent qu'hier et ces jours derniers ii y a eu des moments où les gros agioteurs ont disparu du Palais-Egalité pour se rendre dans différentes maisons de jeux et cafés, où les uns disent hautement qu'ils feront monter le louis d'or à 1,200 et 1,500 livres ; d*autres se permettaient de dire que les souliers coûteraient 300 livres, et ainsi de suite des autres marchandises. La Commission fait surveiller les individus et les lieux.

Léger, Bois de Loury.

l^Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Sentinelle du 43 thermidor : « Ces beautés qui dansaient doivent avoir reçu maintenant la grande nouvelle*, et n'avoir pas plus envie de danser que n'avaient envie de rire, le soir du 9 thermidor, quelques détachements de Royal-Cravale qui, tristement groupés dans les foyers des différents spectacles, disaient entre eux : « Impossible, la nouvelle! impossible, inventée! » les thé-mido-iens ! pour leu-fête! Inc-oyable, ce petit M. Tallien! inc-oyable! >» Un homme de -ien! té-o-iste aussi! de la faction! Faut pou-tant a-étcr ça! » Faud-abcn! la jeunesse! aux a-mes! sans quoi la lé-euri pa-ole panachée; » la té-eurî Ces b-avcs déba-qués se seraient jamais rendus sans la té-eur. » C*est la lé-eur que ça! la té-eur! » Aujourd'hui ils disent : « TEspagne! la » paix! enco- une fable! Un Bou-bon! la paix, un Bou-bon! impossible... » ou ben ce serait donc enco- la té-eur! faut pou-tant voir! la jeunesse! Faut » a-ôter ça. Car enfin nous ne voulons pas de la té-eur. *

i . Celle de raCTaire de Quiberon.

Rapport du 14 tuerhidor.

Esprit public. — Les rapports du jour nous instruisent qu'hier la plus parfaite tranquillité a régné dans Tenceinte de cette commune. L'esprit public est toujours le même; il parait se propager autant par TefTet des heureuses nouvelles du dehors, que Ton reçoit journellement, que par les dispositions que la Convention semble manifester pour le bonheur du peuple. Si des murmures se font entendre, si des plaintes échappent^ on ne peut vraisemblablement en attribuer [la cause] qu'à la crainte qu'inspire la vue de gens dangereux rendus à la liberté, ainsi qu'aux circonstances difficiles; elles sont à la vérité très pénibles jusqu a présent; nous n'avons cessé de le dire, nous ne nous lasserons jamais d'en présenter le tableau ; il est de nature à exciter la pitié des âmes sensibles. En effet, il n'est presque pas d'individu qui ne souffre aujourd'hui cruellement de la position terrible où il se trouve. Des mesures sages ne sont pas à négliger sans doute, mais le retour de la paix et de la confiance avec l'union, voilà les grands moyens curatifs qui font l'objet des vœux de tous les bons citoyens.

Groupes. — Bouillon rapporte que le public s'étonne et s'indigne de ce que nos victoires ne produisent aucun changement dans le prix de toutes choses, et qu'il se livre à des réflexions très inquiétantes sur ce qu'à la chute du jour, toutes les boutiques sont fermées, faute de lumière; il ajoute que l'on craint que cette obscurité ne donne lieu à beaucoup de vols et d'assassinats.

Vannier dit avoir entendu beaucoup de citoyens, rassemblés dans la rue des Petits-Champs, hier, à quatre heures après-midi, proférer les injures les plus scandaleuses contre la Convention nationale de ce qu'elle avait levé la séance et maltraité les pétitionnaires, que le représentant Dubois-Crancé avait menacés d'arrestation *.

Masoyer rapporte qu'il y a toujours des malveillants qui parcourent la campagne et qu'hier matin, il a entendu dans un cabaret, au

1. Dans la séance de la Convention du 13 thermidor an ÏÏI, une députation de laserlion de !'< observatoire était vonuc «Icmandor des mesures de rigueur contre les a terroristes », ol Dubois-Crancé avait apnstrophé les pétitionnaires avec véhémence. Moniteur, réimpression, t. XXV, p. 38i)i.

-127 RÉACTION THERMIDORIENNE [31 juillet 1795]

TTiarché des Innocents, quatre paysans se dire entre eux qu'ils ne vendaient pas assez cher leurs denrées^ attendu qu'on leur avait assuré que, sous trois mois, les assignats serviraient de mouchoirs, parce que Tarmée de la Vendée, qui venait sur Paris, apporterait de ] argent.

Cafés. — Desiérois déclare avoir entendu se plaindre, dans les cafés qu'il a parcourus, de l'affreux agiotage, qui bientôt ôtera tous les moyens d'exister ; il ajoute que les citoyens remarquaient tous les jours une classe de gens de mauvaise mine sortir de chez les restaurateurs et entrer dans les cafés, pour y prendre non seulement le café, mais encore le petit verre de liqueur et les glaces, et que l'on disait, à ce sujet, que ces mêmes gens-là ignoraient avant la Révolution qu'il existât même des glaces.

Legrand dit avoir vu, dans ceux qu'il a surveillés, que plusieurs sections marquaient un grand mécontentement de ce que Ion faisait sortir des maisons d'arrêt une foule d'intrigants, de terroristes des Comités révolutionnaires et des buveurs de sang, tandis que de bons patriotes, victimes des vengeances particulières, y étaient détenus.

Chatou rapporte que le public parait très fatigué de la guerre et des suites qu'elle a produites, et qu'on disait que Ton ne pouvait plus espérer le bonheur sans la paix et un gouvernement stable avec de bonnes lois.

Compère dit que, dans sept ou huit cafés qu'il a visités, les citoyens y improuvaient hautement la réponse sèche faite par le président de la Convention aux pétitionnaires des sections, et qu'on ajoutait qu'une corporation quelconque et une section entière avaient bien le droit de demander le rapport d'un décret dont les suites paraissaient funestes et celui de répondre au président : « Oui, nous voulons un gouvernement; il y a longtemps que nous le désirons »; et encore de lui dire : « Laissez aux tribunaux le soin d'exercer le pouvoir judiciaire, car nous redoutons l'amnistie des terroristes et scélérats, que l*on n'amène que par degrés, parce que plusieurs membres ont sans cloute intérêt à le désirer. »

Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité publique. Tout ce qui peut avoir trait à la haine jurée contre l.es terroristes est toujours applaudi avec transport.

Journaux, — Le n** 1306 de la Gazelle française^ à la date du 43 thermidor, contient jusqu'à l'article Cotivenlion , des nouvelles <Iésastreuses, jointes à des réflexions critiques peu conformes aux jnncipes républicains : Tavilissement des assignats, la désertion de

[;U JiJiLLKT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 128

nos troupes et Taugmentation des forces ennemies ne sont pas oubliées.

Le n® 63i du Compter républicain, même date, mérite attention, surtout à partir du sixième alinéa, article Nouvelles de Paris, commençant par ces mots : « C'est donc une si belle chose qu'un pouvoir sans bornes », jusqu*à la fm dudit article'. f\''oir] aussi le journal (lit le Courrier universel, 42 thermidor, article : Belgique, Bruxelles^ 8 thermidor, aux rédacteurs; le dernier alinéa de cet article, qui commence par ces mots : « Le dépouillement des superbes forêts de ce pays », nous a paru une diatribe sanglante* »

DUCHAUFFOUR, AlXKTZ.

(Arvh. nat., F>«1II, Seine, 16.)

Journaux.

Couri'ier françaix du 14 tliomiidor : « Les marchaDdiscs ne se sont pas beaucoup ressenties de la paix avec TEspagnc; leur prix a d'abord éprouvé une luiisse momentanée : mais, hier matin, il a repris son cours ordinaire, et aujourd'hui il a augmenté assez considérablement. Le seul moyen qu'on puisse employer est un bon plan dv fînances ; et malheureusement il parait qu'on n'ose aborder cette im|K)rtante matière. » — « Ce n'est pas sans raison que toutes les sections de Paris dt^mandent à la Convention le jugement des ter- Hiristcs. La facilité avec laquelle on leur ouvre les portes des prisons doit fain^ craindre aux bons citoyens que ces buveurs de sang n'occasionnent enctmMmrmi nous quelque commotion. On assure qu'il se passe peu de jours qu'il n'en sorte une vingtaine de la maison de la Bourln^, où ils ont été princi|ialement n*nfemiés. à l'instant de la dernière révolution. »> — La Gazette /'i*tiiiçcm*' du :î3 tliermidor reproduit l'arn^té suivant du Comité de sûreté générale, en date du 13 thenniilor : «• Ia* Comité de sûreté générale, instruit que des malveillants, dont l'unique iH*ou|»ation est d'égarer le peuple, répandent que les citoyens mis eu liberté en vertu de ses arrêtés ne peuvent plus être |H>ursuivis ni devant les tribunaux civils ni devant les tribunaux criminels ; que jur conséquent h^ onln*'* du Comité deviennent. |K)ur ceux qui en <ont l'objet, un brevet d'impunité : déclare qu'institué par la Convention nationale (H>ur maintenir la tranquillité publique, comprimer les ennemis de rortlr\* et déjouer les pn>jets des factieux de toute es|»èce, il est de son devoir et de sa justice de n*ndre à la 'MX*iêlé les citoyens qui ne lui i^araissent pas daniTereiix jH>ur la litH*rtè publique. Mais les arrêtés du Comité n'Otent ni aux jmrticuliers ni aux magistrats le droit de traduire devant les tribunaux ceux

l. r.>5l utio «Uvî^iuAti^m iVutrv k* rrvo'.utionnvtires, •ïui nV*ffre aucun intérêt.

i. Il nv A rioa de sembUibîo il.in* le •'•><» -^ie"* uiu-^^rfe' du citoven ilussitn

Bibi. iviS., L*: 1 ": i. îo-i . Cet Aftioie :^e trvuive 5jiii> doute din* l'autre Courrier

tf*..-»r-*!'»\ ce".;: «îm oitoyoïi BeyerU. Mu5 \jl B*b!. nat. nen pK.>s^ëde que quelques

uu'i-.rv^5 rv>:s iv->; le jouruil de ll«*.*^^îi. et pvinui cts numerc^< nous d avons

Ivi^tr-.HiNtf c-:'.u: iu l± thertuuK*r >in Ht.

i29 RÉACTION THERMIDORIENNE [!•' août n95l

qui se seraient rendus coupables de quelques délits. Signé : Roviiuc, président; Bailleul, Bergoeing, Lomont, PéMARTiN, Delaunay, Perrin, Pierre GuYOMAR, Bailly, GaiIs, G.-Al£x. Ysabeau. »

44 THERMIDOR AN III (!•' AOUT iT95).

Rapport du 15 thermidor.

Esprit public. — Nous n'avons rien à ajouter aux observations

générales contenues dans notre rapport précédent. Continuité de

<^me, même esprit sur les objets politiques, renchérissement tou-

jours progressif dans le prix de toutes choses; indignation, plaintes

6t murmures habituels à ce sujet; vœux très prononcés pour la paix

AU dedans et au dehors et pour rétablissement d'un gouvernement

'^d'Sé sur les principes de la plus exacte justice, désir ardent de voir

''^naître Tabondance, Tunion, la confiance et la bonne foi ; haine

^^ujours subsistante contre les agioteurs, malveillants et terroristes :

^1 est Tesprit, telle est la situation des habitants de cette grande

^^rnmune, d*après les rapports du jour, dont nous allons par extrait

^^nsmettre la connaissance de quelques faits particuliers.

Crrolipes. — Didier rapporte que Ton dit dans le public que les ^Kents du gouvernement, en achetant tous les suifs, huiles, cuirs, ^^ ouvre et autres choses aussi essentielles au peuple, sont cause du ^tichérissement excessif de toutes les marchandises.

Souillon [rapporte] que les agioteurs, marchands de pain sur les places, ainsi que la cherté de toutes les denrées de première néces- ^^t.^, excitent toujours Tindignation et le mécontentement général, ^e^ucoup d'inspecteurs déclarent que ces objets faisaient, hier et tous les jours précédents, la matière de toutes les conversations tant publiques que privées.

Duval particulièrement annonce avoir entendu dans les rassemble-

i^ents considérables, tant dans les cours du Palais-Égalité qu'à divers

^*^«irchés, tenir, au sujet de la cherté, les propos les plus indécents,

^ïitre autres celui-ci : « La Convention est aveugle et sourde; les

^^^ithands en font leur profit; eh! bien, au moment où ils s'y atten-

^■"ont le moins, nous tomberons sur ces derniers à bras rac-

^^urcis. » Néanmoins, si on ajoute foi au rapport qui suit, on peut

^^ induire que la classe indigente parait concevoir dans ce moment-

^i quelque espérance d'un avenir moins pénible.

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