‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 29 sur 141 · Il faut ianf doute lire agifateun · texte numérisé non relu

Il faut ianf doute lire agifateun

Bouillon déclare que, si Ton veut observer, comme il Ta fait hier à la Halle et autres endroits où le peuple achète ses subsistances. Ton sera bien convaincu du mécontentement général, et que ce n'est que Tespoir d'un avenir prochain et plus heureux qui fait prendre patience à une foule d'individus qui font le tableau de leur misère d'une manière affligeante.

Saint-Rémy, après avoir énoncé que les plaintes sont toujours les mêmes sur la cherté horrible de toutes choses, rapporte avoir entendu un pauvre malheureux s'exprimer en pleurant ainsi qu'il suit : « Si le ciel nous avait refusé, par quelque événement extraordinaire, les biens de la terre, il faudrait bien s'y soumettre ; mais l'abondance est générale, on est entouré de tout ce qui est nécessaire à la vie, et il faut mourir de faim ; c'est bien cruel. » L'inspecteur ajoute que ce particulier ne demandait pas, et que ses plaintes étaient aussi justes que modérées.

Chailly, Dufresnoy^ Mailly, Fargues et plusieurs autres inspecteurs nous font également le tableau des calamités générales, des plaintes et murmures qui en sont la suite.

Cafés, — Didier rapporte que, dans le café de la rue Ghabannais, plusieurs citoyens disaient que le gouvernement ne prenait que des mesures partielles contre les agioteurs, auxquels lui-môme était forcé de recourir pour se procurer le numéraire dont il avait besoin pour la solde des troupes cantonnées en pays étrangers. Dans les autres cafés, on applaudissait aux bonnes nouvelles annoncées hier à la tribune par un membre du Comité de salut public ^

Spectacles. — Le seul théâtre des Variétés-Amusantes, boulevard du Temple, a été tumultueux à cause de Taffluence des spectateurs; quelques-uns d'eux, non contents de se disputer pour les places et de se menacer, se sont portés à quelques voies de fait. Laine, qui rend compte du fait, ajoute qu'il a rétabli le calme et observe que, dans ce spectacle, on n'est pas secondé par la force armée, qu'on est obligé d'aller chercher à différentes reprises.

Pain. — Les inspecteurs font rapport qu'une grande partie des boulangers exigent toujours quatre sols par ration de pain et de riz donnée à chaque bouche, au lieu de deux sols six deniers, ainsi que le veulent les arrêtés, notamment les boulangers de la section du Finistère, qui ont fait, dit-on, des représentations à leur Comité civil à ce sujet. La Commission a écrit à l'agent national de la section

1. En effet Defermon, dans la séance de la Convention du 17 thermidor, avait donné lecture de dépèches officielles annonçant des avantages remportés siu* les Anglais aux îles du Vent. (Journal de Perlet, n« 1041.)

139 RÉACTION THERMIDORIENNE [5 août 1795]

du Finistère pour lui demander des renseignements positifs sur la conduite que tiennent les boulangeas de sa section et pour lui recom mander de tenir la main à ce que le pain et le riz ne soient pas payés plus haut que le prix fixé par le gouvernement, qui est de trois sols la livre et de deux liards Fonce de riz

Le Roux, GossET.

Rapport du 19 thermidor.

Esprit public. — > La journée d'hier a été aussi calme qu'à Tordinaire ; c^est ce que nous apprennent tous les rapports du jour, desquels il résulte d'ailleurs que la disposition des esprits ne varie pas, et que l'espérance se soutient, malgré les calamités dont la durée aggrave le poids de plus en plus ; nous en avons présenté nombre de fois le tableaux fâcheux ; nous nous contenterons aujourd'hui d'annoncer que, dans ce moment, il existe une diminution assez sensible dans le prix de quelques marchandises et de rendre compte, sans autres observations, des faits particuliers contenus dans quelques rapports que nous avons sous les yeux.

Groupes. — Alamiou rapporte que l'on murmure toujours contre la vente publique du pain, dont le prix excessif ne permet pas aux ouvriers de pouvoir s'en procurer. Il ajoute que le public conçoit les plus vives inquiétudes, surtout aux approches de l'hiver, et que l'on appréhende que cela n'occasionne des massacres et des pillages. Bouillon dit que le peuple regarde avec indignation les marchands qui vendent aujourd'hui 20 et 30 sols les objets qui ne coûtaient qu'un sol, il y a deux ans, d'où il résulte, ajoute-t-il, que partout on entend faire des réflexions très affligeantes à ce sujet, surtout par les rentiers, qui déplorent le sort où les met l'avilissement des assignats.

Compère dit que ce matin, vers sept heures, il y a eu un petit mouvement parmi les femmes de la Halle, au marché aux légumes, relativement au beurre et aux œufs, dont on voulait augmenter le prix; il s'est dit de part et d'autre soit des injures, soit des menaces, après lesquelles se sont donné quelques coups de poing, qui ont fait le dénouement de la scène.

Duval rapporte que, dans un groupe de la classe peu fortunée, au Palais-Ëgalité, il a entendu, après la proclamation des journaux, les propos suivants : « Vous voyez qu'au milieu de ces belles victoires, richesses immenses que Ton vous annonce, la Convention ne prend des mesures avantageuses que pour elle et vous laisse toiyours languir avec votre demi-livre de pain ; il n*y a d*autre profit pour nous, ajoutait-on, que le journal que nous achetons. »

Bailly rapporte que, depuis quelques jours, les passants sont assaillis dans les rues, surtout le soir, par une grande quantité de pauvres honteux et autres, qui augmentent à vue d'œil.

Ancelle déclare que les ouvriers quittent leurs ateliers pour agioter; il rend en môme temps un compte sommaire de Tévénement qui a eu lieu vers dix heures du soir au Palais- Egalité. Nombre déjeunes gens, dit-il, chantaient le Réveil du peuple ; un jeune militaire chanta la Marseillaise ; aussitôt, ajoute-t-il, on est tombé sur lui, on Ta maltraité ; de suite il a été conduit, par le pont ci-devant Royal, au bureau militaire et, vers dix heures, au Comité de sûreté générale.

Cafés. — Les entretiens avaient pour objet principal les victoires et autres heureuseâ nouvelles, dont les citoyens auguraient les plus flatteuses espérances. Leroy jeune et Dufresnoy rapportent qu*au café de Foy et autres, on y disait que la paix est signée avec Tempereur et qu'à cet égard les citoyens paraissaient étonnés du silence des Comités de gouvernement. Compère «dit que, dans les cafés du Palais-Égalité qu'il a surveillés, on s y entretenait encore avec assez de chaleur de la réponse faite par le représentant Dubois-Grancé aux pétitionnaires, et que Ton y assurait que plusieurs sections se proposaient de s'occuper demain de cette affaire et de délibérer sur les moyens d'obtenir une réparation authentique.

Spectacles. — Aucun fait particulier contre la tranquillité et le bon ordre, sinon des vols fréquents de portefeuilles, notamment au théâtre de Louvois, où le voleur, quoique pris la main dans le sac, a eu encore l'impudence de demander réparation, parce qu'il n'a pu être convaincu d'après l'adresse qu*il a mise à glisser le portefeuille dans d'autres mains . . .

DuRET, Fauconnier.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 18 Ihermidor : u De nouvelles arrestations viennent d'avoir lieu ici ; Tau leur de la Gazette universelle^ celai de la Correspon-

[6 AOUT i795]

dance politique, celai de la Quotidienne el quelques autres, dit-on, viennent d'être arrêtés. On a apposé les scellés sur leurs papiers... » — Courrier français du 20 thermidor : « Le prix de Tor et de Targent éprouve des variations si rapides qu*il est diffîcile de les suivre et d'en rendre exactement compte. Il a un peu baissé ces jours-ci, à cause des offres de très grosses portées qui se sont faites à la Bourse et de la nouvelle, donnée comme certaine, d'une pacification pen éloignée entre les puissances belligérantes. Les marchandises comestibles sont encore loin de diminuer ; mais quelques-unes de celles qui ne sont que d*ulilité ont éprouvé une légère baisse. Au reste, il ne faut pas croire que le prix des matières d'or et d'argent soit encore le régulateur des autres prix. Il en a été ainsi longtemps, mais aujourd'hui le prix de chaque partie est livré au caprice du vendeur, qui calcule sur le plus ou moins de besoin, sur le plus ou moins d'abondance. Voici quel était ces jours derniers l'état de notre change : louis : 780; or fin : 2,000; or en barres: 2,100; lingot d'argent : 1,500 le marc ; argent marqué : 1,400 ; numéraire : 2,850. Inscriptions : 24-27-28-29-30-32; Hambourg : 6,150; Amsterdam : 1 13/16 ; Bâle : 3 1/16 ; Gênes : 3,100 ; Livoume : 3,250 ; billets de loterie, au pair. » — Le Messager du soir du 19 thermidor publie les vers suivants, sous ce titre : Le Réveil de la Justice (air du Réveil du Peuple) :

Quoi ! Ton nous parie d'amnistie, Quand nos bourreaux sont enchaînés !

A souffrir encore leur furie.

Français, serions-nous destinés ?

Ah! de notre réveil subUme Ne perdons pas la fermeté ; Songeons que Taudace du crime S'accroîtrait par llmpunité.

Pareils au tigre redoutable.

Qui s'échappe de ses filets, Et, dans sa fureur implacable, Devient la terreur des forêts ; Les fers ont irrité leurs âmes : Tu verras, peuple généreux.

Du fond de leurs cachots inf&mes, La terreur sortir avec eux.

Sénat, ami de la justice, Rassure les vertus en pleurs ; Parle, que le crime périsse, Que rinnocence ait des vengeurs ; Que les tyrans de cet Empire Ne puissent plus le déchirer ; Quand le crime impuni respire, La vertu ne peut respirer.

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