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Rapport du 20 thermidor.
Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, Tordre et le calme n'ont éprouvé aucune atteinte pendant la journée d^hier. La disposition des esprits ne paraît pas annoncer des inquiétudes fondées. Le public se réjouit toujours du succès de nos armées ; la diminution
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dans le prix des marchandises en gros, très insensible encore au détail, semble lui faire entrevoir quelque lueur d*cspérance. Au surplus, si le peuple s'abandonne encore aux plaintes, aux murmures et à des propos très inconsidérés, on doit croire qulls ne proviennent que du besoin qu'il éprouve, dont la difficulté, sans cesse renaissante, est un obstacle marqué à son existence. Ces différentes assertions sont appuyées par plusieurs rapports, dont suit l'analyse.
Groupet. — Laine dit qu'hier, à neuf heures du soir, il y avait à la porte Saint-Martin un grand rassemblement d'ouvriers qui parlaient de la dénonciation faite contre eux de ce qu'ils quittent leur atelier pour agioter, et qui disaient : f Nous y avons été bien forcés ; estce avec a francs que nous gagnons par jour que nous pouvons acheter du pain à io livres la livre ? Que Ton nous donne du pain à suffisance, nous reprendrons nos travaux. >»
Dufresnoy rapporte que le bruit court que les boulangers vont faire le commerce à leur compte^ qu'il leur sera permis de s'approvisionner de farine, et qu'il n'y aura plus de commissaires des subsistances. Cet inspecteur ajoute que le plus grand nombre de ceux qui conversaient sur cet objet paraissaient très satisfaits et ne dissimulaient pas que, tant qu'il y aurait des agences, le pain et les autres denrées seraient toujours aussi rares que chères, parce que les membres de ces commissions n'étaient eux-mêmes que des accapareurs et des agioteurs.
Bouillon dit que les plaintes sur la misère publique sont toujours les mêmes. Mailly rapporte que, dans quelques groupes, on parle encore politique, mais que partout ailleurs on n'est occupé que des malheurs du temps et du besoin. Enfin, tous les rapports des autres inspecteurs ne sont remplis que de détails à peu près semblables.
Cafés, — Mailly rapporte que, dans les cafés Valois et Procope, il transpirait un bruit sourd d*un grand mouvement qui devait avoir lieu dans quelque temps à Paris. 11 ajoute que tous les bons citoyens ont observé que la Convention serait toujours soutenue par la majorité. Les officiers de paix disent, à cet égard, que cela mérite examen, qu'ils feraient à ce sujet leur devoir et y apporteraient leurs soins, soutenus d'une surveillance sans relâche. Dans les autres cafés, le rapport du décret portant établissement d'une commission de vingt et un membres, pris dans le sein de l'Assemblée, pour juger les détenus, formait la base des conversations *. Tous les bons citoyens y applaudissaient : « Nous ne sommes pas^ disait-on, comme le pense le représentant Dubois-Crancé, avides de sang ni portés à la vengeance;
4. En effet, le i9 thermidor, la ConvenUon rapporta le décret par lequel elle avuit, le G thcniiidor, formé cette coDunission.
143 REACTION THERMIDORIENNE [7 août 1795]
nous demandons que les agents du crime et de la lyrannie soient mis dans rimpossîbilité de nous nuire et d'exercer contre nous les brigandages et les massacres. » (Extrait du rapport de Compère.)
Spectacles. — Aucuns faits particuliers contre le bon ordre et la tranquillité
Léger, Bocquet-Destournelles.
Rapport du 21 thermidor.
Esprit public. — Pendant là journée d*hier, le bon ordre et la ^i^nquillité publique n'ont pas souffert la plus légère altération ; les 'n^pecleurs nous disent que les promenades étaient couvertes de "ïonde , et que les figures n'avaient rien de triste. D'après leurs ^iHoignages, réunis aux notions particulières que nous pouvons avoir, "ous sommes en état d'assurer que l'espérance commence à renaître, ^^e Topinion publique est toujours bien prononcée, et que le peuple, ^ l'instant où il ne sentira plus le vif aiguillon du besoin et verra ^équilibre se rétablir entre ses gains et ses dépenses^ bien loin de ^^gretter ses sacrifices, s'applaudira au contraire de son courage et "^ sa patience. C'est à cette époque qu'il rendra au gouvernement la Justice qu'il mérite, d'avoir jusqu'à ce jour économisé tous les moyens "^ subsistance pour atteindre le terme des moissons, et qu'il saura "'slinguer ses véritables amis; mais, au moment présent, les circons- ^Hces, toujours laborieuses, l'aveuglent encore et quelquefois même *^ rendent peu mesuré dans ses propos.
Au surplus, avant de passer à l'analyse des faits particuliers consignés dans quelques rapports, nous devons observer que, pour le ^^ août, on s^attend assez généralement à recevoir la livre de pain, ^ue Ton compte aussi, à la même époque, sur l'annonce officielle de P^ix conclue avec l'empereur, les cercles de la Germanie et autres Puissances. Nous avons remarqué que l'on désire vivement une ^c prochaine et raisonnable sur les denrées de première nécessité, ^nciliée avec la liberté honnête du commerce, et que les agences d^ subsistances sont toujours regardées de mauvais œil ; enfin, tous
les bons citoyens aspirent unanimement après un gouvernement ferme et juste.
Groupes. — Alamiou rapporte avoir entendu dire que la troupe de ligne vendait les gros sols de leur [sic] paye et qu*elle recevait vingtdeux livres en assignats pour seize sols, ce qui, ajoute Tinspectenr, fait murmurer beaucoup.
Saint-Rémy dit que, dans quelques groupes du Jardin national, on se plaignait de la situation actuelle, relativement au prix des denrées, que l'on comparait le moment présent à celui où on a aboli les entrées ; il ajoute que cette comparaison excitait de vifs regrets.
Loignier et plusieurs autres inspecteurs rapportent que les murmures sont toujours les mêmes par rapport à la cherté des denrées, et que Ton se plaignait de la lenteur du gouvernement à y apporter remise.
Bouillon dit qu*hier les conversations générales n'offraient que ce qu*elle$; présentent depuis longtemps, c'est-à-dire des plaintes, d*où il résulte, ajoute-t-il, que Ton a deâ inquiétudes assez vives sur les approches de l'hiver, et que chacun se dit : « Comment fera-t-on pour subsister, si cela continue ? »
Michault déclare avoir été témoin d'un pari fait hier sur la hausse et baisse des marchandises ; le citoyen qui mettait en avant que sous deux mois elles reviendraient à une valeur à laquelle le peuple pourrait aisément atteindre, a déposé en mains tierces un assignat de dix mille livres. L'inspecteur s^^ute que la gageure, pour le contraire, a été acceptée par quatre autres citoyens, qui ont prétendu que la baisse ne pourrait pas s*opérer aussi promptement.
Cafés. — On s'y entretenait hier de la paix ; on disait aussi qu'il y avait ici des envoyés impériaux pour négocier l'échange de nos députés avec la fille de Louis Capet ; on paraissait encore désirer que le représentant Drouet fût compris dans l'échange.
Spectacles. — Ont été très paisibles, mais toiyours des filouteries, vols de mouchoirs et de portefeuilles.
Jow*naux. — Ceux qui sont sous nos yeux ne présentent rien qui soit digne de remarque ; le ton et les couleurs ne sont plus les mêmes depuis quelques jours ; demain, nous rendrons compte de ceux du 21, et par anticipation nous observons que le Courrier républicain s'est encore permis des réûexions très critiques. On parle d'un nouveau journal in-8*, ayant pour titre Le Veniriloque * ; l'on dit qu'il ren-
i. Le Ventriloque ou Ventre affamé, s. ]. n. d., 10 numéros in-^ — KbI. nat,
U^ RÉACTION THERMIDORIENNE [8 août 1795]
ferme des principes opposés à ceux du gouvernemen t. La Commission
so<^cupe d*en faire faire la recherche.
^^mmerce. Pain. — Peu de boulangers consentent à délivrer leur
paiixi à 3 sols la livre ; ceux qui se trouvent forcés d'observer le règlement ne s y soumettent pas volontiers. Il est cependant vrai de dire qae^ généralement^ ils ne font pas payer le pain de quatre livres plus (ie douze sols. Il a été dressé procès-verbal de ce que les citoyens Vil>erl et Chapon, boulangers de la section du Temple^ ont vendu leur pain au-dessus du prix fixé
BoCQUET-DeSTOURNELLES, IIORNIN.
(Arch. nat., F > « IIl, Seine, 16.)