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;i3 AOUT 4795] HÉACTION THERMIDORIENNE 1
plaintes qu*ils exhalent sur la misère du peuple, tandis qa'on leur prépare sobre dt^jcuner qui ne leur coûtera que trois cents livres par tête ! Puis • jase du prix courant de Tor et des marchandises; on se communique les pet profits du commerce ; la ci-devant marquise parle de ses huiles ; et j*ai c réponse d'un acteur célèbre des Italiens raconter le gain léger de 75,000 livi fait d*un coup * sur une partie médiocre de chandelles, comme elle eût auti fois |»arlé à Monseigneur le Duc du prix d*une nuit de complaisances. '. se redisent les utiles découvertes de plusieurs millions de sucre, ou d'u centaine de caisses de chapeaux que, ma parole suprême, on ne lâche pour ces républicains, pas à moins de mille écus la pièce. Le soir, c*( tout autre chose : Félégance est extrême ; chapeaux de tous genres orne les têtes de nos belles, la plume y badine, etc. ; brillante de la paillel qui enrichit ses extrémités, elle est comme la main délicate de celle q la |H)rte, lorsqu'elle se courbe sous le poids des vieux louis qu'elle n gocie au prix courant des agioteurs. Au milieu des groupes brillants, qi Poinsinet eût pu copier là pour sa délicieuse comédie du Cercle^ se trouve de ces élégants ambrés, musqués comme les anciens marquis de cour, ne pa lant pas, comme autrefois ces derniers, de nos moindres victoires pour rclev rhonneur des Français, mais s'en attristant comme un bon citoyen s'attrist rait d'une défaite, jetant du doute sur les déroutes de nos ennemis comme s nos succès, promenant le ridicule ou la calomnie sur nos représentants, et consolant des privations de leur amour-propre humilié, de F^^alité des droil |vair re$|K>ir ridicule de jouir bientôt de l'esclavage. Mes petits messieurs, lH>nhomnie Richard vous connaît : si votre petit commerce continue, vos c tories anti-républicaines, il vous désignera, non pas au couteau des égorgeu il n'y en aura plus, j*es|K»re, pas même de ceux que vous soldez', mais ai sifflets de ceux qui méprisent votre race^ »»
cccLXXxni
à6 THERMIDOR .\N III J3 AOUT 1795;.
Rapport dc iT TmcRnm>R.
Fsrrit fin^îr. — Nous disions, dan< notre feuille d'hier, que 1 peu[>le, faticuè à IVxivs de tous les malheurs qui raccablent, s rv'pMidait en plaintes et en murmures : nous ajoutons aujourd'hi qu'il semble n'être comprimé que par la crainte, et qu'aveuglé e q\:elque $v^r:e par sa misère, sa cvr.î^ance fvarait au moins s'aitiédii Si parfv>:s :: s\xvupc des erenerrer.îs politiques* c'est unîquemei pour niar:fesî^ s^>n Jes:r sur le re:*:ar de la paix. éUyêe par ui Co&st;t..:;(>n liuraMe; sur tout le reste, son insc-uciance est absolu
• C* si^-or»:; ^?-x<ic- ^i*; >>;ii V* '•» ^^ \^?w «5» iep«tèt. 'JS*te de V
i61 RÉACTION THERMIDORIENNE [13 août 1795J
Ouoi qu'il. en soit, le calme s'est soutenu pendant la journée d'hier, âûnsi que nous Tannoncent les inspecteurs, par leurs rapports de ce j our, dont nous allons extraire quelques faits particuliers analogues iix circonstances.
Groupes. — Les officiers de paix disent que les mêmes plaintes se
'«nouvellent relativement à la cherté des subsistances, et que, depuis
plusieurs jours, on entend une infmité de murmures contre la Con-
-^^ention; ils ajoutent qu'on se permet de dire qu'elle ne fait aucune
^B-ttention aux malheurs du peuple, qu'on laisse mourir de faim au
mMiilieu de l'abondance, et que les représentants feraient beaucoup
:xjQieux de donner des lois stables pour gouverner plutôt que de
^*amuser à des débats peu intéressants.
Âlamiou [dit] que le public perd courage, que Ton murmure contre ^^ Convention et contre les .... * qui se laissent mener; il ajoute ^ ti'il a entendu dire que les représentants, dans leurs débats sur ^^ Constitution, se tenaient beaucoup aux mots, ce qui n'avançait ^ rien.
I>uval rapporte que, dans plusieurs groupes, au Jardin national,
^a.Iais-Egalité et dans les cours de ce palais, on y parlait hautement du
^établissement d'un roi ; on allait jusqu'à dire que les campagnes le
désiraient et se joindraient à Charelte pour abattre la Convention, qui
laisse mourir de faim les citoyens; le refrain des conversations était :
^ Un roi ou du pain ». Et chacun, continue l'inspecteur, disait : « On
^'^rra, avant peu, du nouveau dans Paris; ce jour-là, la Convention
pourra se mettre en grand costume. »
Bouillon dit que le public ne parle qu'avec indignation des fermiers c^ autres cultivateurs, qu'il accuse de ne vouloir vendre leurs grains ^t autres denrées que pour de l'argent, bijoux et autres effets. En g^Déral, continue l'inspecteur, le peuple ne peut entendre de sangfroid qu'on lui dise qu'une voie de bois coûte 500 livres, un chapeau 300 livres, une paire de souliers 150 livres et le blanchissage d'une chemise 3 livres. Toutes ces conversations, ajoute-t-il, entretiennent toujours des réflexions aussi affligeantes qu'inquiétantes pour l'avenir.
Desiérois dit que le public compare la vente du pain à celle de l'argent ; celui-ci, dit-on, a été le thermomètre des marchands de luxe ; l'autre le devient de toutes les denrées et comestibles ; de là beaucoup de murmures.
Chailly rapporte qu'on voit tous les jours, sur les places dési-
i. Un mot illisible.
TOMK U. 11
gnées, augmenter le nombre des marchands de pain, que dès lors le public présume que le gain doit èlre considérable, puisque tout le monde s*empresse de faire ce commerce; on disait à cette occasS. on qu*il n*était pas étonnant que, chez les boulangers, la portion res ^ât toujours au même taux.
Compère dit qu*bier, vers deux heures, place du Palais-Egalité^, beaucoup de femmes et quelques hommes murmuraient et vom/^ ' saient mille injures contre les marchands de pain; il ajoute qu*on faisait aussi la motion de renverser les tables et de s'emparer du pa/i pour leur apprendre à ne pas étaler l'abondance aux yeux du pauTi peuple qui manque de tout.
Cafés. — Plusieurs citoyens blâmaient la dépense que le gouvenw ment fait pour la fîlle de Louis XVI et disaient que les puissances coalisées n'en seraient pas plus favorables ; d*autres citoyens prétendaient que l'honneur et la générosité française exigent en pareil cas que la nation ne mit pas de bornes à ses dépenses.
On y parlait aussi de la grande discussion qui a eu lieu à la Con-
vention sur les Droits de l'homme ; on prétendait que cela ne devaiV^ 1
pas faire la plus légère question, et que l'opposition ne pouvait par
venir que des malintentionnés.
Spectacles, — Aucun fait contre le bon ordre et la tranquillité.
Commerce. Pain. — Quelques boulangers de la section du Mon^^t^ Blanc ne donnent pas encore la demi-livre de pain; de ce nombre, le citoyen Belhoinme n'a délivré que 7 onces; le citoyen Besou, qui, ^C3.ij commencement de sa distribution, avait donné 8 onces, s'est trou, ^%-c forcé de réduire à 7 les derniers qui lui restaient à servir; enfin le citoyen Picot ne distribue la demi-livre que tous les deux jours. C3fi observe que ce dernier est noté pour ses mauvais procédés envers ceux qui se fournissent chez lui. La Commission a écrit à la secLion du Mont-Blanc pour savoir d'où provient ce déficit
Surveillance, ^ .... Mailiy dit qu'un individu, porteur d'une carte de secrétaire du Comité de sôrelé générale, s'est en conséquence cru en droit de briser hier, chez un marchand de tableaiUK ^^ porte Martin, une estampe représentant un sujet de Thistoire saint ^» les spectateurs indignés l'ont contraint d'en payer la valeur, c^ qu'il a fait, au moyeu de quoi TafTaire s*est terminée là
Bocolet-Destouhnelles, Boys de Lourv — -
(Arch. uat., F » ■ III. Seine. U'k)
163 RÉACTION THERMIDORIENNE [44 août 1795]
Journaux.
Journal du Bonhomme Richard du 27 thermidor : « . . J'ai vu, et je le dis à la police pour qu'elle en fasse ses affaires, oui, j'ai vu beaucoup de femmes vêtues en hommes, avec la cravate des chouans, le petit collet à Thabit, les rctroussis au poignet : elles étaient à croquer sous ce joli costume. Je les pris pour des chasseurs de Tarmée royale de d'Artois en négligé. Leur nombre d'abord m'étonna, mais j'ai réfléchi qu'un coup de main de leur part n^était pas à redouter. — J*ai vu les cabarets du faubourg Antoine assez pleins et beaucoup d'argent s'y dépenser. — J'ai vu des réverbères tomber, parce que les entrepreneurs trouvent trop cher le renouvellement des cordes. — J'ai vu les gros marchands accaparer, les intermédiaires se dessaisir en diminuant leurs marchandises, et les détaillants tenir bon et môme augmenter certaines denrées. — J'ai vu des négociants en vin assez impudents pour vouloir menacer de ne plus en débiter qu'à 10 livres la bouteille, et le peuple s'en désoler d* avance. Peuple, sois tranquille; il est impossible que la Convention ne prenne pas un parti contre ces nouveaux avares. — J'ai vu les prêtres qui desservent la chapelle des filles du Calvaire se préparer à ouvrir une petite école : oh ! si le fanatisme et les millions de préjugés n'allaient pas s'y professer, je leur applaudirais ; ils pensent du moins à la génération qui s'élève . ^'esl un fier soufflet qu'ils vous donnent. Comité d'instruction publique. Le malheur, c'est que la nation en reçoit le contre-coup. Mais je me propose de ^ious dire ce que je pense sur vos Ecoles centrales, qui sont insuffisantes, sur voire lenteur à les organiser, sur la parcimonie que vous mettez à payer les g^ns de lettres, tandis que vous épuisez nos caisses pour détruire le beau monument de la Sorbonne et organiser vos Écoles normales, dont l'idée a été ^He, dont les professeurs étaient des hommes de mérite presque tous, mais (lont aucun n'a été à son but, et qui n'a rien produit du tout que beaucoup de dépenses. — J'ai vu, . . .prenez-y bien garde, ô vous qui êtes chargés du gouvernement, cela devient d'une importance majeure pour le bonheur de vos concitoyens ; j'ai vu de ces vampires d'agioteurs parcourir la nuit les campagnes, acheter à tout prix le seigle nouveau. Ils convoitent nos blés. — J'ai vil les fontainiers publics, par leur lenteur à réparer les tuyaux qui donnent de leau aux différentes fontaines de la ville, priver bien des indigents de ce premier secours qui leur est si nécessaire, et les livrer à l'insatiable avidité des porteurs d'eau : il est si facile de remédier à ces maux, qu'il est impardonnable de ne pas le faire. Qu'ils sont donc méchants, ceux qui cherchent à mécontenter en tout les citoyens I . . »
CCCLXXXIV
Rapport du 28 thermidor»
Esprit public. — Paris a joui, pendant la journée d'hier, de la même tranquillité que les jours précédents; notre tâche, loin d*étre pénible,
serait, au contraire, très intéressante, si nous avions des nouvelle avantageuses à annoncer; mais, forcés He dire la vérité, nous i pouvons que nous répéter et continuer nos représentations sur la n cessité indispensable et les mesures à prendre pour soulager 1 besoins du peuple, en proie depuis longtemps aux angoisses d*u misère désespérante. Ces courtes réflexions résultent des rapports ce jour, dont suit Tanalyse de quelques faits particuliers.
Groupes, — Vannier rapporte que des menaces se font entendre la part du peuple, qui annonce que si, après la moisson, la porU du pain n*est pas augmentée et les marchandises diminuées, sa p tience échappera.
Duval dit que des ouvriers se disent entre eux : c Au premier c mois prochain, nous allons recevoir du pain en abondance » ; qi d^autres répliquaient : « Il est bien temps que la Convention se r veille: c'est à elle que nous avons obligation des souffrances et besor journaliers que nous éprouvons. » Le même inspecteur observe q les cultivateurs dans les marchés répondent à ceux qui se plaigne de la cherté des denrées, qu*étant obligés de payer à Paris les ma chandises à un taux exorbitant, tels que les souliers, etc., ils doive trouver une juste indemnité. L*inspecteur ajoute encore que les cul vateurs ne dissimulent pas leur peu de confiance dans le papier.
Mailly rapporte que le public, très empressé de lire les affiches Ton annonce une fête et concert à Féglise Saint- Sulpice, s*en retou nait en disant : « On ferait beaucoup mieux de nous donner du pa que de nous amuser avec des fêtes inutiles. > L'inspecteur obser que ces propos n'ont été tenus que parce que Ton s'est imaginé q ces affiches étaient mises d'ordre de la Convention.
Bouillon rapporte que partout on remarque que, lorsque, le soir, 1 colporteurs de journaux annoncent le résultat de la séance, le pub les entoure et s empresse de demander s'il y a quelque décret conci nant la diminution des denrées ; Bouillon ajoute que l'on ne voit ri do satisfaisant ; on se retire tristement en tenant des propos com la Cvmvention.
Baude dit qu'hier soir les groupes étaient nombreux à la pa Martin, que le mécontentement s'y manifestait d'une manière s sil»le, au point de ne laisser aucun doute sur le désespoir auquel s réduites quantité de familles.
Leirrand rapporte qu'il a |vissé dans plusieurs communes des < partements de Loir-et-Cher et d'Euro-et-Loir, et que, dans tous lieux, il a remarque un ^rand mécontentement, occasionné par misère que l on y eprvnive; il dit aussi qu'il y a vu avec peine que
I«ÎS RÉACTION THERMIDORIENNE [14 août 17051
députés y avaient perdu toute confiance, et que Tagiotage était en pr'Ogression plus forte qu'à Paris. Le surplus des inspecteurs ne nous eicktretiennent, dans leurs rapports, que de la misère publique et des
^contentements qui en sont la suite.
Xes officiers de paix annoncent qu'hier, dans un groupe au Jardin
.tional, on parlait de Tarmée de Charette ; on y disait qu'elle se grossissait de jour en jour.
Cafés. — On s'y pleûgnait de ce qu'il n'y avait pas plusieurs bureaux établis pour l'échange des assignats de dix mille livres; on y disait cfuiecela serait cependant bien utile pour arrêter le brigandage qui se
il journellement sur l'escompte de ces billets ; on accusait les
mmes de faire publiquement ce commerce infâme^ dont elles étaient chargées par les employés de la Trésorerie.
Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné. Au théâtre de la rue Feydeau, le nommé Valli^re, ancien artiste, y a reparu, proscrit depuis longtemps dans l'opinion publique comme Jacobin et partisan de la Terreur. Sa présence a excité l'indignation du parterre- Cet artiste, pour se justifier, a rappelé un arrêté de sa section, qui le ■"^connaît pour un bon citoyen, et non pour un buveur de sang; le public a répondu : « Nous ne faisons pas ici fonction déjuges de tri- '^unal », et a demandé la pièce, qui a été jouée; cela n'a pas eu d'au- ^''es suites.
^owmaux, — Le n® 648 du Courrier républicain, du 27 thermidor, ^^ troisième article, Nouvelles de Paris, cite le nouvel écrit d'Hékel, ^y ant pour titre : Bases d'une constitution pour la nation française» ^^ rédacteur dit que cet auteur prouve jusqu'à l'évidence que la G^^Bstilutîon proposée par la Commission des onze n'est que la déma- Sogie de 93, sous des formes différentes
Bocquet-Destournelles, Léger.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)
Journaux.
Journal du Bonhomme Richard du 28 thermidor : « Depuis longtemps ^s prêtres fidèles au pape convoitaient la ci-devant cathédrale appelée Notre- "^ame. On sait que ce temple était réputé le premier du clergé de France, et ^iie c'est là que les rois allaient en pompeux étalage rendre grâces au ciel fies succès qu'ils obtenaient, ou de la naissance de quelque marmot destiné un -i ^or à régenter l'empire. Mais ces pieux et zélés serviteurs de Pie n'auront ^as à eux seuls cet autel jadis privilégié. Les évéques soumis aux lois, amis ^e leur patrie, de la concorde, de l'humanité, ennemis des dissensions religieuses et du schisme qui les engendre, ouvriront les portes de cette enceinte, «t viendra qui voudra profiter de la sagesse de leur morale et de la majes-
tueuse simplicité de leurs cérémonies. Gomme on avait mis sous la sauve* garde de Notre-Dame une immense provision de vin pour nos armées, quand il sera transporté dans un autre local, la fHe de Tinstallation se fera. Je ne crois pas que sitôt un monarque chamarré d'or fasse Thonneur à Dieu de le venir visiter, soit à cheval, soit à pied. On sait l'entrée qu*y fit Philippe-le-Bel après une victoire, et le cadeau quMl offrit à la Vierge de son cheval et de son armure. Pour conserver la mémoire d'une aussi belle œuvre, on avait élevé un monument où le cheval et Thomme occupaient dans la nef une assez belle place, d'où la révolution les a chassés. » — « Faut-il que mes lunettes me fassent voir si souvent des choses qui m'affligent ? Encore si je n'étais pas obligé de les découvrir, ma peine serait pour moi seul ; mais les circonstances me forcent de publier ce que je vois. Partagez donc ma douleur, représentants justes et sensibles, et voyez si vous ne pourriez pas remédier aux maux dont je vais vous rendre témoins. J'ai vu, dans des greniers à des sixièmes el septièmes étages, des hommes, des femmes, des enfants accablés de misère et de besoins, implorant en vain les secours de la patrie commune, dont les bienfaits trop succincts ne peuvent pas même fournir deux onces et demie de pain au prix auquel il est porté. J'ai vu ces bonnes gens demander des travaux où, suivant leurs talents, ils puissent être employés, et ne pas en obtenir. Ce sont pourtant des hommes qui méritent d'autant plus nos regards qu'ils sont victimes de leur attachement à la patrie. Déportés ou réfugiés des lies du Vent, loin de leurs foyers, d'où ils ont été chassés par les émigrés et les Anglais, jetés sur nos côtes par le hasard, ils nous tendent les mains pour obtenir de la nation de quoi retourner dans leur pays y ramasser les débris de leurs fortunes. Ils ne les tendront pas en vain : leur présence aux lies qu'ils ont quittées ne peut que nous être utile et, ne le fût-elle pas, la nation ne voudra pas laisser végéter et périr de misère des hommes qui ont souffert pour elle. — J'ai vu dans un petit coin du théâtre des Variétés, sur le boulevard, un petit monsieur qui découpait assez adroitement le portrait de ceux qui Tentouraient. Sa peine n'était point perdue, car on lui payait chaque petite silhouette un assignat de 10 francs. Je l'ai vu, fier du succès de ses prouesses, en tenter d'autres, et découper de même les bustes des défunts Gapet et Antoinette. J'ai vu ces bustes baisés par les bouches les plus jolies, l'un des charmants royalistes qui les tenait, fredonnant l'air chéri : 0 Richard! ô mon Roi! Je me borne aujourd'hui à indiquer le fait ; s'il y a récidive, j'inviterai la police à suneiller un artiste qui s'avise à faire soupirer dans un lieu où l'arlequin . Lazari fait rire. — J'ai vu certain marchand, vendant du pain fait avec de la farine de haricots, à 8 francs la livre et à faux poids, enlevé lestement par un^a inspecteur qui l'a remis en main sûre. Tu vois, peuple français, qu'enfin re — parait le règne de la justice et qu'après le sommeil des lois, elles se réveillent pour Ion utilité. — J'ai vu le cuir ne plus valoir que 15 francs la pièce; et le:*' peaux de moulons 17 à 18 livres. Petit à petit nous reviendrons au bon temps. — J'ai vu certains petits maîtres affecter de porter la cocarde derrière leurs chapeaux; je sais bien que la livrée conviendrait beaucoup mieux à ces messieurs que les couleurs de la liberté ; mais, s'ils continuent, nous leur imprimerons si bien le caractère de l'opprobre sur le front qu'ils ne pourront le cacher. — J'ai vu dans les spectacles et dans les rues tant d'officiers à collets brodés et à belles épaulettes, que je ne serais pas surpris qu'on demandât si les états-majors des quatorze armées ne sont pas en députation à Paris. »
167 RÉACTION THERMIDORIENNE [15 août 1795]
CCCLXXXV
Rapport du 29 thermidor.
Esprit public. — Quoique la tranquillité ait régné hier dans Paris^ c^omme les jours précédents, nous n*en dirons pas moins que Tidée désolante de la misère qui accable la société, la ruine des fortunes, le tableau des maux incalculables et des fléaux de plus d*un genre qui pèsent sur le peuple depuis si longtemps, suite nécessaire du discrédit des assignats, produit par le plus hideux agiotage, sont aujourd'hui la matière fâcheuse de toutes les conversations et des pensées d*une multitude de citoyens frappés, réduits aux abois, plongés dans la pauvreté sans espérance ni moyens d'en sortir, toutes ressources étant épuisées. Telles sont les idées que nous avons conçues à la lecture des rapports de ce jour, dont suit l'analyse de ceux qui contiennent quelques faits remarquables.
Groupes, — Bouillon rapporte que le mécontentement du peuple parait prendre un caractère plus grand, que l'on dit hautement chez les marchands de vin et autres endroits publics : « Sans doute la Convention nationale veut forcer le peuple à s'insurger de nouveau, puisqu'elle ne fait rien pour s'opposer à l'avilissement des assignats, source des malheurs, i»
Mailly dit qu'on entend, dans presque toutes les conversations, des
Rapprochements que le public fait sur la jouissance et la valeur des
choses avant la Révolution, comparées au moment présent; il ajoute
^\x\\ y a des plaignants exaspérés, au point de dire hautement que
'^ Convention ne perpétue les maux que pour forcer le peuple à
demander un roi.
Marie rapporte que les plaintes sont toujours très amères, qu'elles ^ont provoquées par le sentiment du besoin et la haine de l'infâme agiotage, qui fait monter les marchandises à un prix si haut qu'il i^'est plus possible qu'aux brigands, qui en sont les auteurs, ou aux ^ens très riches, de pouvoir y atteindre.
Marceau dit qu'hier, dans un groupe, à la porte Saint-Martin, on se
répandait en plaintes et murmures très prononcés, que les esprits
paraissaient très émus, et que l'on y disait même que, si d'ici quelques
jours on ne mettait pas un autre ordre, cela nuirait pas bien; il ajoute
que le mécontentement était absolument général. Tous les aut^v rapports contiennent plus ou moins de détails et Texpression de 1"* dignation publique relativement aux souffrances que le peuple end. i depuis trop longtemps.
Ghailly rapporte que des malveillants cherchent à répandre fausses nouvelles en débitant que le roi d*Espagne a refusé de raii 4 le traité de paix, que les troupes de la République ont été réc^: ment battues par les Espagnols, que les magasins et les munitlo prises sur les émigrés à Quiberon sont au pouvoir des Chouans ; ajoute que les agioteurs, qui, ces jours derniers paraissaient abattue semblent reprendre courage, et qu^au fait le prix des matières ^ marchandises augmente dans ce moment-ci.
Cafés. — On s'y entretenait de nos armées ; quelques [lettres] qui y ont été lues annonçaient que nos troupes manquaient de tout, et que si, avant peu, nous n'avions pas la paix, le découragement, la déser tion et les maladies s*y manifesteraient. On y disait aussi que, malgn Tabondance de la récolte, les grains seraient toujours chers, si Toi n'arrêtait pas les courses des marchands et accapareurs dans le campagnes, qui les achètent sans être battus.
Spectacles. — Tout aurait été parfaitement tranquille sans un rixe élevée entre deux citoyens au théâtre du Vaudeville , qui d'après des bruits d'abord vagues et ensuite confirmés, a produi quelque mouvement dans le parterre, qui a su qu'un des deux cham pions avait été membre d'un Comité révolutionnaire. Tétel, qui ren compte de ce fait, annonce que, s'étant transporté à Tendroit où 1 querelle avait pris naissance, il a remarqué que les voisins avaiei mis d'accord les deux partis en mettant à la porte le prévenu de tei rorisme; alors, dit-il, le calme s*est rétabli, et le public, instruit, beaucoup applaudi à cet acte de justice