‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 33 sur 141 · CCCLXXXII · texte numérisé non relu

CCCLXXXII

Rapport du .26 thermidor.

^prit public. — Des rapports de ce jour il résulte que Paris a P"*ésenté hier Taspect du calme ordinaire; nous y remarquons en '^^xOe temps que la pénurie constante du pain aux distributions jour- ^^éres, ainsi que la cherté désespérante de toutes choses, fatiguent l^uple à un point extrême; ses plaintes et ses murmures & cet ^>^^^ fle font entendre de toutes parts. A Tappui de ces assertions, ^^^^^ allons citer quelques faits extraits des différents rapports que «mus sons les yeux.

— Marceau déclare que le peuple ne parait pas satisfait

[12 AOUT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNB 1»

du retard de la Convention à faire diminuer les denrées de première nécessité; il ajoute que cependant en ce moment tout est calme, mais d*un calme triste et mécontent.

Michault dit qu^hier, vers neuf heures du soir, dans un fort groupe près la porte Saint-Denis, les esprits y étaient très agités sur la pénurie; les citoyens, dit-il, y parlaient hautement contre la Commission des subsistances et contre la Convention elle-même, qui s*endorment sur le sort de la République, et qui, disait-on encore, après avoir laissé tuer et égorger nos pères, nos mères et nos frères^ nous font mourir de faim.

Compère rapporte que les plaintes, murmures et injures même contre le gouvernement se font entendre de plus en plus sur les halles et dans les marchés relativement aux subsistances, que Ton annonçait devoir diminuer de prix, tandis qu^elles augmentent tous les jours.

Chailly dit qu'on n^aperçoit partout que des gens qui se trouvent mal de besoin, que les bons citoyens voient avec peine une si grande misère, et qu'enfm tout le monde se plaint qu*on ne se hâte pas d'y mettre fin, quoiqull ne manque pas de moyens pour le faire.

Laine déclare pareillement que le public témoigne son mécontentement, et ajoute que Ton désire beaucoup la convocation des assemblées primaires pour voir le résultat de la Constitution.

Leroy jeune et Loignier, après avoir fait le récit des plaintes qu'ils ont entendues concernant la cherté, rapportent qu*on a remarqués avec peine que les jeunes gens portaient la cocarde derrière leur cha — peau et sous le ruban, ce qui faisait que bientôt ils la porteraient à^ leur derrière.

Cafés, — On sV entretenait hier de la motion faite par un membre de la Convention, tendant à faire condamner à une peine quel — conque tout individu qui se permettrait de faire des observations, d^ critiquer ou de demander le changement d'aucun des articles de 1^ Constitution, et même à prononcer la peine de mort contre ceux qui^ refuseraient de Taccepter ou de donner des conseils contraires -^ Tacceptation ^ On ajoutait qu'une pareille motion, jointe à celle déj '^ faite pour supprimer les assemblées de sections, donnait toujour* : lieu à craindre cette horrible faction qui, ne cessant d'exister av^^ impunité, prend sans relâche de nouvelles forces pour asservie de plus en plus le peuple français (Extrait des rapports de Conopère).

4 . Voir le discours de Delleville dans la séance de la Ck>nyention du 35 ther — midor an III. [Moniteur , réimpression, t. XXV, p. 495.)

159 RÉACTIOiN THERMmORIENNE [12 août 1795]

Spectacles. — Aucun fait contre le bon ordre et la tranquillité.

Journaux. — Le troisième paragraphe du Courrier républicain , n«646, à la date du 25 thermidor, article Paris commençant par ces moLs : « U parait que nous nous trompions un peu^ » Idem, Gazetie française, n» 1318, 25 thermidor, la lettre de Gharette aux représentants y est insérée, article Londres

Léger, Hornin.

lArch. nat., F ' « III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 27 thermidor : « Rien de nouveau dans la physionomie de cette ville. Parfaite tranquillité, affluence ordinaire aux spectacles, le pain au même prix, persécution ordinaire contre les écrivains patriotes. Nous nous répétons souvent ; mais c*est que le tableau que nous avons sous les yeux se répète sans cesse. » — Courrier républicain du 25 thermidor : « Il parait que nous nous trompions un peu, lorsque, annonçant il y a quelques jours la prochaine mise en liberté des journalistes incarcérés, nous ajoutions que les scellés mis sur leurs presses avaient été levés. Le rédacteur de la Ga- ^tte universelle, le seul journaliste que les sbires de la police ont pu attein- <lre, est en effet rendu à la liberté et à sa famille ; mais le scellé est toujours sur ses presses, ainsi que sur celles de tous ses confrères compris dans la même proscription. Il y a plus, la poste a ordre de ne pas recevoir leurs feuilles. On dit (mais Ton n*assure pas, crainte de calomnie et d'avilissement) que c'est M. Louvet qui, ne pouvant par des moyens ordinaires nous faire lire ^s spirituelles dissertations sur les collets verts, les collets noirs, les cadenettes retroussées, a provoqué auprès des Comités de gouvernement cet acte de fermeté. 11 ne serait même pas étonnant que bientôt on étendit à toutes les autres feuilles cette fermeté révolutionnaire. Dans ce cas les seuls privilégiés seraient : Charles Duval, la Sentinelle, le Batave. Pauvres journalistes, que je vous plains ! Mais, pauvres lecteurs, combien je vous plains encore davantage I » — Journal du Bonhomme Richard du 26 thermidor : n Le boulevard du petit Coblentz, Je l'ai vu, ce rendez-vous de nos élégants royalistes et de leurs chers petits amis à collet noir ou vert; je Tai vu le matin, je i'âi vu le soir : ce sont les bons moments pour Tobservateur. Qu'ils sont donc intéressants, ces jeunes couples, quoique encore en négligé, qui se rendent assidûment à certain café près du théâtre italien I La chevelure des dames offre une espèce de désordre mystérieux, qui semble rappeler des plaisirs récemment goûtés, et en provoquer de nouveaux. Les messieurs n'ont pas encore enfariné les longs et épais cheveux de leurs faces, trop fidèles imitations des oreilles de nos barbets, et leurs cadenettes n'étalent pas la fraîcheur du jour. Que leur zargon est zoli l Que leur conversation est piquante ! Ck)mme ils ont Tâme tendre 1 Gomme il est sensible, ce sourire qui accompagne Theureuse nouvelle de quelque assassinat commis sur ces té'Oristes par une compagnie du Soleil I Ck)mme elles sont sincères, ces

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