‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 36 sur 141 · CCCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCCLXXXVI

Rapport du 30 thermidok.

Esprit publie, — Le calme ordinaire pendant la journée d'hier '^ ^ éprouvé aucune variation ; les esprits sont toujours vivement ^^ités. L'arrêté du Comité de salut public, concernant les secours*, in de produire les heureux effets qu'on en attendait, ne fait, au conire, que très peu de sensation sur le public ; quelques citoyens se nt même permis d'en critiquer les dispositions. En conséquence, 8 observations préliminaires contenues dans notre dernière feuille slent dans toute leur force. Pour en démontrer de nouveau la véité, nous allons passer à l'analyse des faits consignés dans les raprts du jour.

Groupes. — Fargues annonce que le public n'est pas satisfait de ^'arrêté du Comité de salut public, et que l'on disait : c Au lieu de ces demi-mesures, qui ne portent remède à rien, la Convention ferait beaucoup mieux d'en prendre de générales. »

Chailly dit : « L'arrêté n'est pas bien vu ; on trouve, ajoute-t-il, le prix auquel les subsistances sont portées au-dessus de la portée des malheureux. »

Duval rapporte que le public voit avec peine que l'arrêté est rendu par un Comité dont les membres ne manquent de rien ; ils feraient mieux, dit-on, de donner à chaque individu portion de leurs assignats ; car le prix auquel sont portées les subsistances indique assez qu'il n'est pas fixé par des représentants pères de famille. Le même iaspecteur annonce encore avoir entendu, dans plusieurs groupes^ des provocations au pillage du pain.

Ancelle dit que le public peu fortuné, en témoignant son mécontentement sur l'arrêté, disait : « On a négligé le plus nécessaire : c'est ^^augmentation du pain, promise depuis longtemps. » On se plaignait ncore que le beurre, les œufs, le bois, le charbon et la chandelle vaient été oubliés.

Alamiou, après avoir exposé que les femmes regardaient les pro*

r On trouvera cet arrêté, en date du 27 thermidor, aux Archives nationales., AFu, 6S, et dans le Journal de Perlet du 30 thermidor an III. Il avait pour objet d'affecter à Tapprovisionnement de Paris une partie des denrées existant dans les magaiini de la RépiiMique.

messes annoncées dansTafflche comme illusoires et faites pour endc^ mir, ajoute que le public, ne voyant aucune fin à ses maux, p^ courage, parait triste et mécontent, et murmure contre la Républi(^ et contre ceux qui la gouvernent.

Bouillon et Mailly disent que la haine du public se manifeste plus en plus contre les agioteurs. Ils ajoutent que souvent on ^ tend dire qu'une moitié des membres de la Ck)nvention se lixwr^i Tagiotage, et que, par ce moyen, le mal ne peut que se perpétuel* s'aggraver.

Compère rapporte qu'hier, Place-Égalité^ un grand nombre c: femmes, rassemblées autour des marchands de pain, se plaignaient 0 murmuraient hautement, qu'elles accusaient le gouvernement &èir^ eux-mêmes (sic) accapareurs, et, après avoir vomi mille injures qu'elles provoquaient le peuple au pillage.

Laine dit que TafOche a donné lieu aux plus mauvais propos contre l'Agence des subsistances, accusée de vouloir encore empoisonner le public avec des subsistances corrompues ; il ajoute que le; mêmes clameurs ont été proférées contre les Comités de gouverne ment et contre la Convention entière.

Cafés. — L'objet des secours annoncés dans l'affiche faisait 1 base des conversations, et, tout en applaudissant aux mesures de 1 Convention et du gouvernement, plusieurs citoyens prétendaient qu ces secours n'existeraient que dans Timagination, parce que les for malités, les lenteurs des sections et enfin les entraves que l'on éproi verait à chaque pas rebuteraient les citoyens et les priveraient de avantages promis.

D'autres citoyens se plaignaient très amèrement de leur situation « Si les choses ne changent pas, disaient-ils, après tous les sacrifie* que nous avons faits, le seul remède à nos maux sera la mort. »

Spectacles. — Rien contre le bon ordre et la tranquillité, sinon a théâtre du Lycée des Arts, où deux actrices, dans un entr'acte, s sont vivement battues. La longueur que cet incident a occasionnée donné un peu d^humeur au public.

Au théâtre de TOpéra-Comique national, il y a eu un petit mouvc ment, excité par quelques individus des secondes loges qui se soi dépouillés de leurs habits à cause de la chaleur. Le public, mécoi tent de cette indécence, a exigé qu'ils se réhabillassent, ce qu'ils oi fait, à l'invitation du commissaire de police et du commandant de ! garde. Aussitôt le calme s'est rétabli.

Journaux, — Le n® 651 du Courrier républicain^ article Nouvell de Paris^ contient des assertions aussi calomnieuses que satirique

171 RÉACTION THERMIDORIENNE ' [47 août 1795]

contre le gouvernement. Ce qui est dit de la fille de Louis XVI et de

son état de dénuement est d*une fausseté atroce ; la partie du présent

destiné au Grand-Seigneur est tournée en ridicule * et arrangée de

manière à corrompre l'esprit public ; au reste, pour bien juger, il faut

lire Tarticle entier •.

Culte. — Aucun fait contre l'ordre et la décence et les principes du gouvernement.

Bocquet-Destournelles, Rouchas jeune.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 16.)

Rapport du !•' fructidor.

Esprit public. — La tranquillité de Paris, pendant la journée

<i*hier, a été à peu près la même que les jours précédents ; mais,

comme le tableau de la situation des habitants de cette vaste cité se

répète lui-môme, que les couleurs se rembrunissent par Teffet des

circonstances, qui tous les jours deviennent de plus en plus difficiles,

120US ne pouvons que nous répéter, et, toujours continuant sur le

^éme ton, dire sans cesse que le mécontentement se manifeste de

toutes parts et que les citoyens sont aussi agités que désespérés de la

continuation des fléaux. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un

coup d'œil sur les rapports du jour.

Groupes. — Fargues annonce que l'on murmure très fort de ce que IsL portion de pain n'augmente pas. Il ajoute que la cherté des dencs agite toujours beaucoup les esprits.

Chailly rapporte qu'on dit dans le public que les magasins regornt de farine ; on se plaint que le pain vendu sur les places est porté ^ vn prix si haut que les malheureux et autres gens, même un peu fortunés, ne peuvent pas y atteindre. Les citoyens, continue l'inspec- ^^^^r^ se demandent quand arrivera le terme de nos maux; on dit

^ • On trouvera, dans plusieurs journaux de cette époque, l'énumération et la ®sci-îption des présents desUnés à la cour de Constantinople, par exemple dans ^ ^o^irrier républicain, n« 650.

- ^oir ce numéro du Courrier républicain, t. X, p. 399 de ce journal (Bibl. ^*^* ^ Le 2/800, in-8.)

encore, ajoute-t-il : « Qu'on nous fasse payer chez les boulangers le pain plus cher, si on veut^ mais qu'on ne nous en prive pas. »

Compère dit que la cherté des denrées et le prix excessif du pain vendu sur les places excitent toujours les mêmes murmures.

Marceau, Marie, Didier, Michault, Tétel nous donnent à peu près les mêmes détails, ainsi que Chatou, qui observe que l'insouciance des citoyens pour le service militaire se fait remarquer.

Alamiou expose que l'arrêté du Comité de salut public concernant les secours en denrées et subsistances ne remplit pas les vœux du peuple; que Ton crie de toutes parts qu'il n'y a plus moyen de subsister, qu'on paraît désirer ne plus avoir à faire à tant de maîtres, qui font périr les citoyens, et enfin que le peuple ne croira au bon temps que quand il pourra acheter des pains de quatre livres chez le boulanger. Le même inspecteur déclare que le bruit court dans le public que les Anglais ont fait une descente dans le Poitou, d'où l'on prend droit de conclure que les journalistes, auxquels le gouvernement impose silence, ne donnent pas connaissance exacte des nouvelles.

Duval [dit qu'] on se plaint hautement des dispositions où est le gouvernement de faire passer de riches et magnifiques présents au firand-Seigncur, sans avoir pris le vœu du peuple. Il ajoute que l'on dit k cet égard qu'il vaudrait beaucoup mieux donner du pain que d'envoyer des richesses à l'étranger, et encore venir au secours des malheureux rentiers et des salariés, qui se trouvent ruinés sans ressource et dans l'impossibilité de se procurer leur nécessaire avec un papier qui perd journellement crédit et confiance.

Bouillon rapporte qu'on répand dans le public que les accapareurs se promènent dans les campagnes et y* achètent les grains à tel prix que ce soit. On dit aussi, ajoute l'inspecteur, que le ci-devant duc de Chartres est à Paris. Il résulte de ces nouvelles, vraies ou fausses, contimie-t-il, des inquiétudes assez vives et beaucoup de méfiance.

Cafés. — On s'y entretenait hier des mouvements de Charette, dont Tarmée se grossissait tous les jours ; on ajoutait à ces nouvelles que les départements voisins étaient dans l'intention de lui fournir tous les secours dont il pourrait avoir besoin, tant en hommes qu'en chevaux.

Spectacles. — Aucun fait contre le bon ordre et la tranquillité publique. Les officiers de paix, dans leurs rapports particuliers, déclarent quliier, au spectacle de la rue Feydeau, on a parlé de Vallière, artiste de ce théâtre, et qu'il était à craindre que les jeunes gens ne se portent à des excès, leur ayant entendu dire que, s'il ne 4

<73 REACTION THERMIDORIENNE [17 août 1795]

voulait pas sortir de bonne volonté, on saurait bien l'y contraindre ;

on parlait aussi dans le même sens du chanteur Lays. La Commission

attendra sur cet objet les ordres des Comités du gouvernement pour

employer les mesures de répression jugées convenables dans les

circonstances

Bocquet-Destournelles, Le Roux.

(Arch. nat., F i«III, Seine, 17.)

Journaux.

zette française du 30 thermidor : « Marie-Thérèse de Bourbon, fille de ■^^^is XVI, est toujours au Temple. Depuis le refus que Tempereur a fait de ^^l^ixrer pour elle les députés français qu'il retient en captivité, il csl question

^ l'envoyer à la cour d'Espagne. On assure môme que le traité de paix con- ^*** avec cette puissance renferme une disposition positive à cet égard. En ^ ^-^ndanl, sa situation au Temple serait assez douce, si elle pouvait un instant

^*^î^Iier sa captivité et ses malheurs. Les Comités de gouvernement veillent ^< soin à ce que les objets essentiels à sa propreté et à son entretien lui ^^ ^^nt fournis avec exactitude. C'est par suite de leurs arrêtés que, depuis plus j^ ^^11 mois, il a été fourni vingt-sept chemises de toile de Hollande super- » 5^ «, six paires de bas de soie de couleur, six paires de souliers, deux désha- ^ ^ï^lés de taffetas de couleur, deux déshabillés de pékin et cotonnade avec taf-

*^t^s de Florence pour doublure. On a fait réparer de sa garde-robe tout ce

-^ ^i était susceptible d'être encore mis, et notamment six redingotes de basin T^^anc pour le matin. Le dessin, la lecture et la promenade occupent tous ses estants; elle a du papier, des crayons, de l'encre de Chine et des pinceaux.

-^n ne lui refuse aucun des livres qui paraissent lui faire plaisir. Ceux qu'elle

*^ ^ l le plus attentivement sont les Mondes par Fontenellc et V Histoire de France

t^ar Vély. Elle demande tous les jours la permission de voir son jeune frère :

^"^ Quant à ce pauvre enfant, disait-elle ces jours derniers, je désire seulement

*> qu'il tombe en bonnes mains et qu'on en fasse un honnête homme. » On

V-oit qu'elle ignore encore sa mort. » — « 11 paraît que la nation française

Xreut marcher en sens inverse de tous les autres peuples du monde. Chez

%.outes les nations du monde, le change prend faveur à raison de la bonne

conduite du gouvernement; il en est tout autrement chez nous. Hier on a ter-

vniné la Constitution; aujourd'hui on a clos la Révolution, et à la Bourse le

^iiscrédit a augmenté. Expliquera qui voudra ce phénomène. » — Courrier

français du !«' fructidor : « Nous avons été plusieurs fois tentés de rendre

compte de l'opinion publique dans cette grande ville ; mais nous devons

avouer que la matière nous a manqué totalement ; il est vrai à la lettre qu'il

0 y a point ici d'opinion publique. On peut remarquer des idées qui souvent

^ rapprochent et des systèmes qui ont leur point de contact, mais tout cela

'le compose point l'opinion publique. Ce qu'on peut appeler raisonnablement

^'opinion publique la plus générale est un mélange d'égoïsme, de lassitude et

*^e profonds ressentiments. En politique, en législation, en morale, il y a vingt

opinions divergentes. Tel quartier de la ville, tel coin d'une grande salle, telle

^Olerie a la sienne ; et, depuis que certains membres d'un corps puissant se

[17 Aoi I 1795; RÉACTION THERMIDORIENNE 174

sont un peu plus familiarisés avec la bonne société, il n^est pas jusqu'à tel boudoir qui ne $oit un petit atelier de lois. Quant au peuple proprement dit il semble t^tre privé de l'usage de la pensée, pour ne s'occu[>er que de la grande affaire des besoins animaux ; il a Tair encore étourdi de la souveraineté sans bornes qu'il a si bizarrement exercée, et Ton serait tenté de trouver en tout eeci quelque ressemblance avec la métamorphose de Nabuchodonosor. Si les malheurs de la Révolution n'ont pas encore établi une opinion publique, ils ont du moins détruit parmi la classe ignorante quelques préjugés révolutionnaires, ne fùtH*e que Tintolérance politique, et la chimère de régalité absolue. N'est-ce pas l'occasion de dire en soupirant : .1 quelque chose ma!r hnir est Inm ? » — Messager du stnr du !•' fructidor : « Cessez vos jérémiades, ô vous qui pleuriez sur la destruction de la religion et les ruines de Sion ! Jérusalem renaît plus brillante et plus belle ; jamais le culte ne fut mieux obsené: jamais on ne fut plus dévot. Vous souvient-il du temps où le lieutenant de \h)\ïvo ne pouvait, avec tous ses espions, obtenir des épiciers qu'ils fennassent leur boutique le fameux jour où l'on promenait dans les rues le Saint-Sacrement 1 Vous souvient-il que certains ministres, revêtus de leurs ornements sacrés, allaient boire sur le comptoir la goutte de consolation ? Alors nos marchands n'étaient pas plus chrétiens que des Arabes. Que les temps sont changés! Allez maintenant, un jour de fête ou de dimanche, chez ces catholiques désintéressés pour acheter quelques provisions : dussent-ils vous voir expirer de besoin à leur porte, ils seront sourds à vos demandes. Pour la planche aux assignats, ils ne souilleront point leur conscience par des œuvres ser\iles ; leurs |K)rtes sont barricadées ; toute la maison est à l'office. Y eût-il trente fêtes de suite, ils se feraient plutôt guillotiner que de ne pas les chômer tuules. Au>si voyez comme celle heureuse conversion les a jruéris de leur égoïsmeel de leur avidité î i'omme ils sont tout à coup devenus honnéte> et Irailables'. i'.umme ils sont compatissants pour les maux de h'urs frères! Cumme ils sont humains, généreux et charitables! Le bon temps \a re\enir; on chante la messe à Nolre-hame: un n*nconlre dans les rues des pn'Mres en soutane : aux porli»s dos églises. de< |iénitents, couverts d'un sac, font amende hononiMe, >e donnent la discipline et implorent la pitié des pieux, fidèles qui ne sont pas. comme eux, excommuniés |»our avoir juré d*obser\er les lois de leur pays. I.a dime et le casuel vont bientôt enrichir de nouveau, ces religieux prélats, obligés aujourd'hui de \ivre d'aumônes, comme Jésus- Christ, leur maître. hfj.'i le^ me>ses <onl à *2!î livre<: déjà on excommunie tou< les acquéreur> de biens nationaux : bieni.>; o:î les brûlera comme héréliquc'i. s*i!s îu» rôti tuent pas à 1" Kg lise les biens donî on la dépouillée. Déjà on mon:r^^ au doigt eelui qui nVnvoie |H>i!i: sd l'aîiîille à l'église et ne contribue point aux frais lîu culte : c'o>: un ennemi de Diej. un Anté-Christ.que les ti'.:s doixe::: àMu^rrer. ooiv-îne de\.inî brûler éternvîîement avei' les démons. Ah* :•."•/ :.ù:-c«^ î«.îs .»»;•: de oos d!\'sï0îis jolilioues, sans ce nouveau germe r. t* \: '. s** 0 r xî « ' ? l a '. V ■ ! •. r .i n l' e e : *. .\ a c r : u î: «* î • : c :: li r^^a 1 -e 1 ! es j amais la place de la >.:;■! r>i:::v:* e: i'.* > \.ii:.o> ^r::::.ivO>? K: \ov.s dor.; le malheur devrait avoir i-.v.r: '.s A-i*'*. a.: '.:;'.: i:-.^ ao*.:> xi'v.^or v.ir^:es irv:>or.;':ior.s de ceux qui vous V V.: : :* r>< ; .: : : ^ c : •:•. ;. v .. .'. '.. >, \ :• ::*.< :-> o:îs *: r. o:Tt : é:ro chéris et respectés ? \ ....:: \jri l» ;'.:. .:.:: fV..^'.: y;--: >c> o:.r.t::..s; lus: irxu, par votre exemple, à ::us .:> v.v,:> ^.:; \^'.:s >,v'.: .;:..■. V..>. '.À^v.jv.r eu irixiU i-: des lois, la tolériv. : 0 . . . ; ùr^i ; r. »: r ^ ■. i^ ■ .: :* > .- : 'a v V.ir: :;* :: r. .\ v r5<\ *. e, — JounM 1 1/»/ Bon-

''•'■» RÉACTION THEHMinOHlENNE [17 août 1795]

homme Richard du 30 thermidor : «< Bons patriotes, veillez ; j'ai vu bien des

choses qui demandent votre vigilance. J'ai vu des figures, qui n'étaient pas i^n-

oore tombées sous mes lunettes, rôder dans les cabarets du faubourg Antoine,

^i profiter de la lassitude du peuple sur la portion de pain, pour l'exaspérer,

^t |)en'ertir entièrement l'esprit public. Je les ai vues distribuer avec profusion

ia soi-disant Déclaration du roi Louis XV///afin de régner; jo les ai vues

quitter le faubourg pour aller aux Halles en répandre dans les paniers des

fruitières, et disséminer ainsi le virus du royalisme. — J'ai vu des hommes

aussi scélérats, mais plus botes, aller dans des groupes publier que Monsieur

a vté sacré à Reims et que sous peu il fera son entrée triomphante; ils feignent

^ oublier que la sainte ampoule est brisée et que Momieur ne voyage pas si

lo^loment, et ne peut aborder si facilement, surtout quand les chemins sont

gardés par les baïonnettes de nos volontaires. — J'ai vu, chez certains restau-

ï"a leurs de la rue G. . ., des coquins distribuer de l'or. . . Ils veulent, ceux-là,

'ïous donner un des fils de George pour roi. Le moment des repas n'est pas

*^ seul où ils se rassemblent : le Palais-Koyal leur offre des salles pour leurs

^oneiliabules nocturnes. Administrateurs nouveaux de la police, ce serait

"«en commencer que de nous débarrasser de ces vils stipendiés de l'Angle-

terro : faites à leur égard exécuter les lois. — J'ai vu les habitués des Champs-

^^■yîi^es dimer sacerdotalement sur les approvisionnements en bois que les

• Ua.rrois de la République voiturent à Paris. .. »

Rapport du département de Paris pour le mois de thermidoii an 111.

i -iC Département, dans ce rapport ou « compte mensaire », résume ses prin- .*l»ales opérations ou obsenalions. Il a rayé provisoirement de la liste des *ï\îgrés Beaumarchais, Jean de Batz, cx-conslituant, Roquelaure, ex-evéque ^^ S«»nlis, et sursis à la demande en radiation de Dufresne Saint-Léon, ox-di- ^"^•teur de la liquidation. Voici quelques extraits de ce rapport pour ce qui congrue les cultes :« Première décadt*. — Il n'est rien parvenu au Département ^^^ntre Tordre et la tranquillité qui doivent régner dans les édifices destinés pour exercice des cultes. Les citoyens réclament toujours l'ouverture des édifices ^Onnus sous les noms de Notre-Dame, Sainl-Sulpice, Saint-Nicolas et Saint- *^-5iurent; d'autres ont demandé différents objets à l'usage du culte, et la Commission des revenus nationaux a fait part au département qu'elle avait ^ Pressé à ce sujet un rapport au Comité des finances. — Deuxiinne décade. — ^ Les lois sur la liberté des cultes s'exécutent, mais les quinze églises accordées par la loi du 30 prairial ne sont pas encore toutes remises aux citoyens. ^aint-Sulpice et Saint-Laurent ne sont pas encore libres ; il est à désirer que la i «i du 30 prairial soit enfin exécutée. — Troisième décade. — Les lois sur la ^ "iberté des cultes sont maintenues ; le département veille à ce qu'il ne s'élève ^=tucun schisme qui puisse exciter du trouble parmi les citoyens. L'édifice -^^onnu sous le nom de Notre-Dame a été ouvert le jour dit de TAssomption ; les ^'itoyens s'y sont trouvés en grand nombre et ont paru satisfaits de voir celte ^'glise ouverte. L'édifice de Saint-Laurent a été remis à l'usage des citoyens ^u faubourg où il est situé, et le culte catholique y sera célébré le 6 de cette décade, qui répond au dimanche de l'ancien calendrier. Sur une discussion élevée dans la commune de Colombes, district de Franciade, entre deux ''ânistres du culte catholique , ce district avait arrêté que l'un exercerait

SCS fonctions le quinlidi et Tautrc le décadi. Le Département, considérant qu'ils sont du même culte et, qu'en conséquence, il n'y avait pas lieu à leur fixer des jours différents, a passé à Tordre du jour sur Tavis du district et a chargé la municipalité de Ck)lombes de se renfermer dans la surveillance qui lui était attribuée et à laisser les deux ministres prendre entre eux les arrangements qu'ils croiront convenables. » — Nous extrayons de l'article Police c« qui est relatif aux sections : « Par les renseignements qui sont parvenus au Département sur les assemblées générales des sections, on voit que plusieurs ont été très peu nombreuses et ont commencé assez tard. Elles ont été tranquilles. Dans celles de TOucst, des Marchés, de Bru tus, du Panthéon Français, on s'est élevé contre la mise en liberté de plusieurs terroristes. Il parait même que ceux-ci contribuent à ce que les assemblées de la section de rOuest soient peu fréquentées. Dans d'autres sections, on a applaudi au rapport du décret qui ordonne que les détonus seraient jugés par une commission prise dans le sein de la Ck)nvention nationale ; mais, en général , d'après diverses lettres qui sont entre les mains du Département, il parail que la plupart des assemblées sont rarement occupées d'objets importants, et le peu de personnes dont elles sont composées annonce assez que la majeure partie des citoyens les regardent comme inutiles. »

CCCLXXXVIII

l«r FRUCTIDOR AN IIÏ (18 AOUT 1795).

Rapport du 2 fructidor.

Esprit public. — Les rapports de ce jour nous apprennent que le calme s'est soutenu hier dans Paris, malgré toutes les calamités dont la durée devient de jour en jour trop pénible aux habitants de cette vaste cité. Comme jusqu'à présent nous n'avons cessé d'en remettre le tableau déchirant sous les yeux des Comités de gouvernement, nous nous contenterons de dire aujourd'hui, d'après les observatiom des inspecteurs, que Ton pourrait croire que l'esprit public comprime ne se compose plus que par le sentiment et les angoisses du besoin nous ajouterons que la plupart des citoyens, désespérés, semblent n( plus trouver de ressources à leurs maux que dans les clameurs e mauvais propos auxquels il se livrent sans réserve et sans mena gement.

Groupes, — Michault rapporte que les esprits sont toujours agi téi et inquiets de ce que rien ne s'organise; beaucoup de citoyens ajoute-l-il, ne cessent de dire : « Quand verrons-nous un bon gouvernement, des lois et une police sévères pour réprimer la malveil lance? Tout est endormi, rien ne va que le brigandage. »

{1-7 RÉACTION THERMIDORIENNE [18 août 1795]

f argues déclare que le mécontentement est général; il expose, à ceft' égard, que plusieurs personnes, rassemblées autour d'un crieur d^ journaux, après Tavoir entendu, se permirent de proférer les irsj ^i*6s les plus atroces contre la Convention de ce qirelle souffrait qvjK^ Ton Tendit publiquement du pain à 15 fr. la livre. Bouillon, qui r^ vid compte à peu près des mêmes propos, ajoute que le peuple ne s'^^ntretient que de ses besoins. Laine annonce que les esprits sont f€>T*t agités et que partout on demande du pain à force. Alamiou dit <I«3C le public, dans ce moment-ci, ne s'occupe ni de lois, ni de Constit^ution, que ce n'est que du pain qu'il demande; il ajoute avoir entendu dire que les ignorants qui sont en place étaient cause de tous ces maux, et que les irarchands reportent sur la Convention tout l'odieux de la misère occasionnée par la cherté. Tétel dit que beaucoup de citoyens, excédés de Tétat de détresse où ils sont, disaient : • ïi est temps que la Convention se prononce d'une manière ferme, ^* qu'elle fasse cesser cette cruelle anarchie qui nous dévore de toutes P^rls. o EnBn le plus grand nombre des inspecteurs se réunissent à ***re que la misère est portée à son comble, que les denrées ont ren- ^"^ri hier d*une manière effrayante, et que de toutes parts les cla- '^^urs se font entendre, autant contre les fermiers, accapareurs, '^^f chauds, que contre le gouvernement. Chatou observe que les **8«oleurs au Palais-Égalité trafiquent publiquement sur les subsis- ^ï^ces par le moyen de montrer des échantillons de blés et farines. ^■ailiy rapporte que la guerre de la Vendée occupe beaucoup dans les K'^oiipes dont il s'est approché ; il déclare avoir entendu dire que S^'^iid nombre de jeunes gens mis en réquisition se rangent sous les drapeaux des rebelles.

Cafés. — Ce dernier objet faisait la matière des entretiens dans les ^r^s et paraissait causer des inquiétudes assez vives aux bons <^itoyens. Dans d'autres cafés, on se plaignait de l'audace et de l'im- P^ïnilé des filous, qui ne cessent de voler des portefeuilles et autres ^n^tiis dans le sanctuaire des lois et dans les spectacles.

Spectacles. — Le seul théâtre de la rue Feydeau a été agité par ^■ncident dont nous allons rendre compte. Aussitôt que l'artiste 'filière a paru, plusieurs coups de sifflets se sont fait entendre, ainsi <l^e des cris : A bas le Jacobin ! L'acteur a voulu, mais en vain, se

Justifier; le bruit n'en a été que plus fort ; sa femme a paru sur le théâtre pour parler en faveur de son mari. Un commissaire a proposé de lire un arrêté de section favorable à cet artiste ; toutes ces tentatives ont été infructueuses ; le public a été inexorable ; en- "'^» au bout d'un tapage qui a duri trois quarts d'heure, on est

TUME 11. 12

[18 A4.it 1793: REACTION THEKMIDOUIENNE J-î«

venu annoncer qa'un autre acteur allait jouer; alors le calme %^^^

rétabli

Bois de Loury, Doillbt.

(Arch. nat., F « < UI, Seine, 17.)

Journaux.

Gazette française du 3 fructidor : « A considérer la physionomie unifoi et paisible de cette vaste cité, on ne dirait pas qoe nous sommes à la veille dE» d passer sous un nouvel ordre do choses. La Constitution est proposée à tout I* j j peuple, et personne de tout le peuple ne parle de la Constitution. Sans dour^^cji(( ce n'est pas pour nous qu'elle est faite, sans doute il s*agit ici de polieer uc^r jq^ peuplade antique et éloignée, et Touvrage de la Commission des Onze est /^

code de quelque nation dont nous lisons Thistoire. En revanche, on s'O' cupe toujours beaucoup de la hausse et de la baisse, beaucoup des s|>ectacl< des cravates vertes, des collets verts, des cadenettes retroussées. Tandis q;^ — ^^ nos soldats si^ battent sur le Rhin, on se bat ici pour tel ou tel acteur, pcr^^y. telle uu telle actrice; les malheureux se battent contre la faim ; les inso^. ciants contre Tennui; les intrigants contre le mépris; il n'est pas jtts<|^'u'4 certains membres du gouvernement qui, en rêvant sans cesse contrc-révo/fftion, ne voyant dans les écrivains que des conspirateurs, ne se battent, comme Don Quichotte, contre des moulins à vent. Eh! législateurs, ne nous donnez pas, en nous rt^doutant si fort, une importance que nous ne pouvons avoir, en supposant que nos vues soient opposées aux vôtres, et que noire» force lutlîll coutro votre sagesse: nous parlons à des gens qui ont desyeo'^ sans voir et dos oreilles sans entendre. L'indifférence, la lassitude, la famin^^ vous repondent de nous. Depuis longtemps ce sont elles qui font ici la police? — — 11 y a eu hier soir, au théâtre de la rue Feydeau, une espèce d'émcul assez vive. Le nommé Yallière, acteur de ce théâtre, ne jouait plus depuiî longtemps: des préventions de terrorisme Tayaut rendu odieux au public, î en avait reçu diverses mortitications qui l'avaient sans doute dégoûté di paraître sur la scène. Hier, on a été surpris de le revoir. A Tétonnement succédé rindignation : des cris : .1 bas le Jacobin! A bas le terroriste! sont fait entendre; le parterre s'est divisé en deux fractions. Tune pour""^» l'autre contre le comédien. ApK»s une heure à peu près de lutte et dMnjuresd — ^ part et d'autre. Vallièn^ a disparu: un autre camarade a pris sa place, ett^ ^ spectacle a pris la physionomie la plus tranquille. » — Courrier français <fc^ ^ :\ fnictidor : «» Nous entendons, depuis ce matin, les marchands de journaux crit^^'" à tue-tête : « Voilà le Ctuirricr n^pnhlicain ! la Hévolution est finie! » Nm-^"* en acceptons rauguri\ mais elle a duré bien longtenqis. »> — u On donnait hi^c^^ au théâtre de la rue Fexdeau. h Club tl>*s bonnes getts. M. Vallière, q^^«ji depui> loui^teinps e^t assez mal dans ro)ûniou publique, s*est présenté po jouer le rvMe du curé: il a été fort mal reçu: quelques personnes ont pris défense et ont observé qu'il était père de famille : sa femme est aussi veia"H® intercéder ou sa fa\eur, mais en \ain. Les anti-Valliéristes l'ont emporté, ^* un autre a joué le rôle. ^

7« RÉACTION THERMIDORIENNE [19 août 1795]

Rapport du 3 fructidor.

esprit public. — Si nous remarquons, par les rapports de ce jour, 1 e le calme s'est maintena hier, nous apercevons en même temps ne les esprits fermentent et s'inquiètent vivement. Cette agitation revient des circonstances, qui deviennent tous les jours plus diffliles. En effet, l'agiotage, caractérisé par la mauvaise foi la plus isigne, remplace aujourd'hui les anciennes transactions commerîales. Ce brigandage continue avec une rapidité sans bornes; ses avages s'étendent sur toutes les classes de la société. De là cette herté révoltante, ainsi que presque la nullité des assignats. On se laint encore de la pénurie constante du pain chez les boulangers, andis que cet aliment de première nécessité est prodigué sur les places aux prix les plus excessifs. Cette insouciance du gouvernelient provoque sans cesse les plaintes, les murmures et les clameurs ^s plus atroces. A travers tous ces nuages, il est presque impossible ^€ démêler l'esprit public ; on reconnaît seulement que la misère est

son comble, et que l'arc est beaucoup trop tendu. Ces observations ^l'éliminaîres résultent des rapports du jour, dont suit Tanalyse.

Groupes, — Duval annonce que les estomacs délabrés crient de ^utes parts vengeance, battent la générale et sonnent le tocsin sur la Oûvention. A ces propos, par lui entendus dans des groupes, on y loutait les armes du ridicule sur le Journal du Bonhomme Richard^ ^î« disait-on, promet toujours et ne tient rien; on y ajoutait que le ^mité de salut public n'était qu'un comité de spéculation, et autres "Opes de cette espèce.

Michault dit que les esprits s'agitent de plus en plus ; les citoyens tendent avec la plus grande impatience l'établissement d'un gou- •T*iiement et des lois. Il ajoute que plusieurs disaient : « 11 n'y a plus ^ bonne foi ; tout est en désordre ; on nous endort, et l'on ne sait 1ms comment sV prendre pour sauver la chose publique. »

WaUly déclare qu'hier, dans un groupe des Tuileries, la misère t&it peinte sous les couleurs les plus affligeantes, et que, parlant de f arrêté des Comités de gouvernement sur la distribution des comestibles, on observait que, s'ils n'étaient pas gâtés ou pourris, on ne les délivrerait pas.

i«) Aoi I i;Oôi lŒACTlON THEUMIDOUIENNE |«0

Bouillon dit que les plaintes, les propos, les murmures contre 9^ Convention continuent ; chacun convient, dit-il, qu'il n'est plus p<^ ^^ sible que cela dure encore longtemps sans désordre ; il ajoute q*-^^ tous ce:^ individus, en passant en revue les sacrifices qu'ils font lo^--^ les jours pour pouvoir subsister, déclaraient qu'il ne leur reste plu- — *^ que r espoir de la mort.

Au surplus, si nous voulions rapporter les dires consignés dans toi les rapports, nous ne pourrions que répéter avec plus ou moins d force ce qui vient d'être dit.

Laine expose que, dans un rassemblement au Jardin national, o« s*y entretenait sur le mode de renouvellement du Corps législatif plusieurs citoyens, à cet égard, préti^ndaient qu'il fallait tout ou rien car, disaient-ils, les anciens qui resteront gâteront les nouveaux. iT ^< n>st pas le bonheur du peuple qui les occupe; ils ne pensent qu~ "^â leurs intérêts personnels ; ils voudraient bien se perpétuer pour coi linuer leur domination ; enfin, à tous ces propos on ajoutait qu lors de la tenue des assemblées primaires, on se ressouviendrait tous les maux qu'ils ont fait souflrir.

Cafrs, — La motion faite par un membre, de ne soumettre la Ciu lituliiin à l'acceptation que lorsqu'elle aura été essayée pendant ^«7 mois *, a été fort impruuvée : il est affreux, disait«on, que de» me^K^. dataires prétendent faire exécuter des lois sans Tassentiment ^ v peuple.

On s'y entretenait aii><i de la vente publique du pain, tolérée pdEKr le gouvernement, et de sa complaisance à favoriser la cupidité J^^s uens de campagne au préjudice des malheureux et des indigents.

On disait encore hier, dans un café, que le louis se veoda^ ^^ 3.00i) livres, et Técu de 6 francs tWO livres dans la Belgique, d'oùl'c^ ^*' inférait qu'il n'y avait rien d'étonnant que le numéraire se vend, cher à Paris, par l'appàl du gn^s bénétice à faire en le faisant en Bt»lgique.

Spectacles. — Aurun fait particulier contre le t>ijn ordre et la trai quillitê publique.

Comoi-^rce. Pùn. — A juçer par le petit nombre de faiU conti l'i'rdro public. oonsiî:nôs depuis quelques j«iurs dans les rapports, or croirait que la tranquillité n-^ne universellement aux dislributioi qui >e font à la porte des boula nçer^ : cepen liant dans ces rasseï bletnent^ le> murmures augmentent oe plus en plus; on se lasse de

l. i e:*,:- } :■ : ' <.:. 11 a\ \A kU '^k.u {vi: Ivahiye. dans U «nmce de la CooTe l.v u Jii - :îx.xI:,u r \:i 111. \. ,r • V . t rr iiiijo >*i*.ii. l. XXV. p. 534-33^

iSi RÉACTION THERMIDORIENNE [20 août 1795]

recevoir toujours que huit onces de pain, et on demande à grands cris la livre

Bocquet-Dkstournelles, Rouchas jeune.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Rapport du 4 fructidor.

Esprit public, — D'après lagllaHon des esprits toujours subsis- •-^îite et la continuité des clameurs réitérées avec plus de force que jamais, nous n*a vous aucune exception à prêter («c) aux réflexions préliminaires contenues dans des feuilles précédentes; nous ajouterons simplement que la lassitude, Tépuisement et le désespoir deviennent de plus en plus les tristes effets des malheurs du temps. Au ï^sle, n'ayant d'autre intérêt que celui du bien public et de la vérité, toute fâcheuse qu'elle est, nous la dirons toujours tout entière, et ïious ne cesserons de remettre sous les yeux du. gouvernement le ^i>leau affligeant des calamités et des suites qui en peuvent résulter, ^oici ce que disent à cet égard les inspecteurs dans leurs rapports ^^ ce jour.

Croupes. — Duval dit que le public accuse la Convention de

•^'•^annie et d'être l'auteur de la famine qui se fait si cruellement

^^*lirau milieu de l'abondance; des opérations mal calculées, la

^ "Xision qui règne entre les membres, tous les débats qui n'aboutissent

^ien, lui font perdre tous les jours la confiance du peuple.

Bouillon [rapporte que] l'indifférence de la Convention sur les

soins du peuple, son silence coupable sur l'avilissement des assi-

ats, sont vus de très mauvais œil par le public, qui dit tout haut

xi'elle devrait bien prendre des mesures efficaces pour empêcher que

désespoir d'un grand nombre d'individus ne nuise à la tranquillité

énérale.

Pargues dit que les plaintes et les murmures ne laissent rien de bon

entrevoir ; cet inspecteur rapporte, d'après sa surveillance dans

uelques faubourgs, avoir reconnu qu'on ne dissimule pas qu'il est

^einps que tout cela finisse, et qu'on est las de souffrir; il ajoute

Qu'aux coins des rues, dans les marchés et les halles, on dit hautement

[20 AOUT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE m

qu'on était plus heureux sous un roi; il ajoute que le gouvernement est maudit et accusé du renchérissement de toutes les denrées.

Mailly déclare avoir entendu plusieurs fois, dans différentes conversations, et notamment hier, le propos suivant : « On était plus heureux sous le règne de Robespierre ; on ne sentait pas alors le besoin. » Cet inspecteur ajoute que ce tyran féroce fut longtemps ridole des Jacobins.

Michault [constate] toujours mêmes plaintes, même impatience dans les esprits; tout le monde crie après un gouvernement et une police, On s*étonne de voir que chacun ne fait que sa volonté. Beaucoup d< gens se traitent respectivement de fripons et terminent leur querelk par rejeter tous les malheurs sur la Convention.

Masoyer expose qu il a été témoin d*un entretien assez vif su; Tagiotage entre plusieurs particuliers, qui disaient : « Il n*y a aucui moyen de Tempêcher, puisque les chefs du gouvernement sont euxmêmes les premiers agioteurs. » On ajoutait, dit*il, que tous le comestibles qui doivent être délivrés aux indigents ne sont autr chose que des marchandises bonnes à jeter à la rivière.

Chailly, Leroy jeune, Dufresnoy et Chaton [disent qu'on] murmur beaucoup contre la Convention, de sa lenteur à soulager la misèi publique et à détruire Tagiotage ; on parait désirer qu*aucun de membres de la représentation nationale ne soit admis à la prochain législature ; on espère que ceux qui leur succéderont s'occuperon davantage des moyens de remédier aux malheurs publics.

Vannier annonce qu^hier, jusque dans les tribunes de la Gonven tion, on entendait distinctement des menaces contre les représen tants, que Ton y disait qu'ils craignaient Tépuration, et que, parm eux, il n'y en avait pas un de bon ; d'où l'on concluait que l'électioi faite par eux devait être rejetée.

Nous [ne] devons pas laisser ignorer au gouvernement que le rassemblements d'ouvriers à la porte Martin deviennent de jour e jour plus nombreux.

Cafés. — Vannier rapporte avoir été témoin, dans un café, d'u] entretien entre cinq particuliers bien couverts, qui attribuaient à 1 Convention tous les malheurs publics; ils disaient aussi que les Lyon nais venaient de repartir pour s'opposer à l'acceptation de la Consti tution. Les mêmes particuliers ajoutaient, continue l'inspecteur, qu la Vendée était plus forte que jamais, que le Midi était presque sou levé, que déjà un manifeste de Louis XVIII circulait dans les rues d Paris, et que dans peu on verrait de grands événements. Il termin en observant que ces propos étaient tenus avec un air de satisfactio

183 RÉACTION THERMIDORIENNE [20 août 17951

et d^une manière très avilissante pour la représentation nationale ; il dit encore qu'il les a suivis en sortant du café, mais qu'ils sont rentrés chez un restaurateur au Palais-Ëgalité.

Ck>mpère rapporte que, dans cinq ou six cafés quMl a surveillés, on disait que la Commission des onze cherchait à s'emparer du gouvernement, à envahir tous les pouvoirs et à tyranniser le peuple. On y irnprouvaft hautement la mesure proposée de faire nommer les '^eoibres de la nouvelle législature par la Convention elle-même ou P^r la voie du sort; les déparlements, disait-on, ne manqueraient P^s de réclamer contre de pareilles nominations, qui ne pourraient *^re faites que par les citoyens électoraux (sic).

Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné

Léger, Duret.

(Arch. nat., F >« III, Seine, 17.)

Journaux.

f^ourrier français du 4 fructidor : « , . . En général, on croirait au pre- ^^^er coup d'œil la population de ce Ue grande cité divisée en deux nations ^^ blindes, aussi différentes par le vêtement et par le langage, que par les

XBurs et les sentiments. Contemplez, au lever du soleil, dans les rues de

^^rtains quartiers, ces figures hâves, ces teints livides, ces habits déguenillés,

^^s queues pressées aux portes, et tout cela vous offrira le spectacle d'une

l^^uplade de mendiants et d'infirmes. Le soir, parcourez nos jardins, nos

Lonuments, nos spectacles où Ton applaudit tant; et certes ces joyeux brou-

», ces éclats de rire, cet or, ces diamants, ces élégantes étoffes, ces

^g;ures brillantes de santé, vous présenteront la douce image d'un peuple de

I^etits Crésus. Allez surtout, allez chez le glacier Garchy; c'est là Técolc du

V%on ion et des jolies manières. Vous verrez comme on y voltige, comme on y

papillonne; c'est une fureur; et grâce à la mode, Tindustrieux glacier fait

Cortune.

On ne déserte point son heureuse boutique.

^ais, parmi le peuple du matin et parmi le peuple du soir, Tindifférence

politique est la même. Il fut un temps où Ton se passionnait pour les

liommes, et aujourd'hui, ô temps! ô mœurs! on ne fait pas mémo attention

aux plus fines plaisanteries de M. de Grancé, aux plus belles harangues de

<iairot, de Villetard ou de Bentabole. Nous ne disons rien de la littérature,

encore moins des arts ; Tune est à la besace, et les autres à Tonce de riz.

Us arts ont en Suisse leurs préteurs sur gages, et Bâle est devenu leur

Moni-de-Piété. »

|2I AOCT 1795! RÉACTION THERMIDORIENNE 184

Rapport du 5 fructidor.

Esprit public. — Les inspecteurs, dans leurs rapports de ce jour, continuent à nous entretenir de la misère publique et des inquiétudes très vives que conçoivent le plus grand nombre des habitants de cette vaste cité ; le mécontentement univpr.<el, comme nous le disons depuis longtemps, n^est occasionné que par la cherté révoltante de toutes choses, ainsi que par lavilissement des assignats, suite nécessaire du brigandage des agioteurs, dont les ravages et la cupidité ne connaissent plus de bornes. A en juger par les propos très impétueux et les clameurs qui éclatent de toutes parts, on pourrait croire qu'il se prépare une insurrection très prochaine. Telle est la substance des rapports de ce jour ; nous allons donner l'analyse de ceux qui ont particulièrement fixé notre attention.

Groupes. — Marie dit que les plaintes se font entendre de plus en plus; le peuple s*en prend toujours à l'agiotage; cet inspecteur rapporte qu'hier dans un groupe, à la porte Denis, on y disait que la Convention favorisait elle-même cet infâme commerce; quoique se faisant sous ses yeux, elle ne prenait aucune mesure pour le prévenir.

Bouillon déclare qu'il parait, d après tous les propos que Ton entend de toutes parts contre la Convention, qu'elle perd de plus en plus la confiance publique ; les épithètes les plus grossières et les plus avilissantes sont prodiguées à tous ses membres ; on les accuse de faire tous les jours de grands repas chez les principaux restaurateurs ; en un mot on rejette sur la représentation nationale tous les maux qui désolent la France. Il se fait, à cet égard» des rapprochements des circonstances présentes et des comparaisons avec l'ancien régime, qui ne tournent pas au profit de la République.

Marceau dit que les plaintes et les mouvements sont toujours les mêmes sur le [prix] du pain que Ton reçoit et sur la cherté exorbitante des denrées ; il ajoute que le peuple est très mécontent contre Id Convention de ce qu'elle ne prend aucun moyen pour faire cesser-, Tagiotage et faire baisser le prix des marchandises.

Michault dit que le dégoût de la République se fait remarquer; la confiance de {sic) la représentation nationale se perd de plus en plus.

'*^-» RÉACTION THERMIDORIENNE [21 août t70r>J

^^ fianatisme se rallume dans plusieurs esprits ; il ajoute que l'agio- *^6^e se fait en la maison des Invalides sur les gros sols.

Mailly déclare que le public ne dissimule pas combien il est fatigué

^^ le gestion des membres actuels de la Convention; on dit qu'il yen

^ J^îen quelques-uns parmi eux qui ne sont pas sans mérite, mais que

^^ ^majeure partie s'est rendue coupable. Hier, aux Champs-Elysées,

tînue-t-il, on disait dans un rassemblement : c Qu'ont fait les

résentants pour le bonheur du peuple? Rien. Au contraire, les

lires vont au plus mal. » Cet inspecteur ajoute que la Convention

(beaucoup plus d'ennemis que de partisans, et qu'il est nécessaire

^elle y fasse attention, si elle veut éviter la catastrophe dont elle

I^^raît menacée.

Suval rapporte que Ton disait hier : « Nous allons donc recevoir ^^^e petite portion de pain de plus, mais cela ne fait le compte que ^^8 estomacs souflranis. » A ces propos on ajoutait que ce supplé- ^^^ent était si mesquin qu'on invitait la Convention à ne pas faire isisérer cet objet au Bulletin^ comme étant de trop mince valeur.

Vannier rapporte que, dans le public, on dit hautement : « Comment la. Convention veut-elle qu'on l'aime? Elle n'apporte aucun remède 9LUX maux du peuple ; elle souffre impunément l'agiotage, et que oeux qui s'y livrent insultent à la misère publique par un luxe scandaleux.» Compère dit que, de tous côtés, le renchérissement excessif cies denrées porte les hommes et les femmes au désespoir et aux propos les plus hardis et les plus injurieux contre les Comités de gouvernement.

Tous les agents de police qui rendent compte du décret rendu hier, par lequel la Convention laisse la faculté aux corps électoraux de sommer les membres qui doivent composer le Corps législatif, nous annoncent qu'il a été généralement approuvé. On parle de la guerre de la Vendée ; le public ne parait pas sans inquiétude à cet égard ; la hausse subite et considérable des matières est attribuée à quelques fâcheuses nouvelles de cette contrée.

Cafés, — Aucun rapport intéressant sur les entretiens. Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité publique.

Commerce. Pain. — Le public parait toujours mécontent de la ^^lauvaise qualité du pain qu'il reçoit chez les boulangers ; ceux-ci, ^e leur côté, se plaignent également de ce que la farine est défec- ^xieuse.. . . .

Léger, Duchauffour.

(Arch. nat., F» «m, Sein\ 17.)

Rapport du 6 fructidor.

Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, les esprits ont paru moins agités hier que les jours précédents. Ce calme, encore peu sensible, provient, au dire des inspecteurs, de la légère augmentation de pain distribué à la porte des boulangers; mais presque tous s'accordent à dire que généralement il a été trouvé d*une très mauvaise qualité; ils ajoutent que le prix excessif des denrées et marchandises fatigue à un point désespérant la majeure partie des citoyens : les uns se désolent et perdent courage ; d'autres se livrent aux clameurs, accusent les agioteurs et TAgence des subsistances d'être les auteurs de tous les maux qu'ils endurent depuis si longtemps; dans leurs propos, le gouvernement lui-même n'est pas autant respecté qu'il devrait Tètre. Telles sont les observations générales que nous avons puisées dans plusieurs rapports de ce jour, dont suit l'analyse.

Groupes. — Vannier [relate] toujours les mêmes plaintes sur la cherté et notamment sur le prix du pain, qui, loin de diminuer, augmente tous les jours. Cet inspecteur cite, à cette occasion, un fait dont il a été témoin. Un particulier, dit-il, s'étant présenté pour acheter du pain au Palais- Égalité, observa au marchand qu'il était étonnant qu'au moment de la moisson, il le vendit aussi cher; le marchand lui répondit : « Ce n'est pas à moi qu'il faut porter des plaintes, mais bien à la Commission des subsistances. » Le même inspecteur annonce que le bruit court que cette administration fait acheter le riz à tel prix que ce soit.

Marie dit que le peuple, excédé, n'a plus d'espoir que dans l'organisation d'un gouvernement qui fera sans doute respecter les lois et anéantira Tagiotage, qui calcule minute par minute les gains illicites qu'il fait sur la subsistance du peuple.

Duval rapporte avoir vu et entendu, dans les groupes, les particuliers qui les composaient se répandre en invectives contre la Convention de ce qu'elle regardait comme un bienfait la légère augmentation de pain donnée au peuple, ainsi que les secours en denrées qui doivent être délivrés à prix d'argent. Plusieurs, ajoute rinspecteor,

187 RÉACTION THERMIDORIENNE [22 août 1795]

disaient sur cela : « Il nous faudra avoir devant nous 80 ou 100 livres pour jouir des avantages offerts par la nation. » D'autres repli' quaient : « Ne dites pas la nation; elle est trop humaine pour vous laisser souffrir; ne vous en prenez qu'à la Convention, seule coupable de tous les maux que vous endurez. »

Bouillon dit que la légère augmentation de pain n'est regardée dans le public que comme un palliatif à toutes les privations que le peuple souffre depuis longtemps; elles augmentent encore par le renchérissement de toutes les denrées, d*où il résulte que les plaintes, les murmures et les propos contre le gouvernement continuent à se faire entendre comme à l'ordinaire.

Ancelle rapporte que la masse du peuple, toujours très indignée de la misère qui l'accable, se permet de dire que la Convention rend i>eaucoup de décrets, mais qu'elle les rapporte quand ils sont opposés à ses intérêts.

Compère dit que Taugmentation du pain paraît avoir calmé un peu les plaintes et les murmures, mais à cet égard seulement; car, Ajoute-i-il, sur le Pont-au-Change et la place des Trois-Maries, les femmes y faisaient la motion d'aller en députation à la Convention pour demeinder une taxe modique sur le beurre, les œufs, l'huile et la chandelle.

Cafés, — C'est dans ces lieux principalement que s'agite la discussion des affaires politiques; on y paraissait inquiet et incertain du succès de nos armées à la Vendée; on s'y occupait aussi de l'arrivée des troupes de ligne à Paris, dont quelques détachements ont pris poste dans les marchés et dans les différents corps de garde de sections. On se livrait, à cet égard, à plusieurs conjectures différentes; les uns disaient : « C'est sans doute pour faire respecter les propriélés. » Les autres : « Pour soulager les habitants de Paris ». D'autres eixûn : « C'est peut-être pour nous faire accepter la Constitution. » A Cet égard, quelques citoyens ont observé qu'il n'était pas vraisem- •blable qu'on eût l'intention de la faire accepter par la force des ^sTines. Enfin, la question de la réélection des députés a été mise sur ^^ tapis. Il parait, d'après le rapport de Chailly, que Ton n'est pas ^^tisfait du décret qui conserve les deux tiers de la Convention pour 1^<« prochaine législature : ils veulent donc, disait-on, perpétuer les X^o avoirs dans leurs mains.

Vannier dit aussi que cette réélection occasionne quelque mécontentement.

Compère expose qu'hier, au café du Parnasse, on disait que, dans la Brie et la Haute - Cha npagne, on ne rencontre sur les roules

•22 VOIT 179H] RKACTION THERMIDORIENNE 188

que des blalliers et accapareurs qui achètent les grains à tout prix. Spectacles, — Le bon ordre et la IranquUlilé y ont régné.. . .

PaSTÉ, HANNOCOUG-GuÉRIIf, HOUDETER.

(Arch. nal., F « « lll, Seine, 17.)

Journaux.

Gazette française du 6 fruclidor : « La distribution journalière est aujourd'hui de trois quarterons de pain. Ce léger adoucissement produit un mieux

sensible dans la disposition des esprits comme dans la situation physique du peuple de Paris. Ce bon peuple, comme il est devenu facile à satisfaire ! Autrefois, hier encore, il se battait parce qu'on ne lui donnait qu*une livre de pain ; aujourd'hui, il bénit le gouvernement qui lui fait distribuer trois quarterons. » — « M. Mathieu de Montmorency, et quelques autres émigrés qui se trouvent dans le cas du décret rendu en faveur des prétendus fédéralistes fugitifs par suite des événements du 31 mai, sont de retour en France. Ils ont été reçus par leurs amis avec le pins vif inlérét qu'inspirent le malheur et la persécution. » — Courrier français du 6 fructidor : « On remarque ici, depuis hier, une sorte d*hilarilé. Un nouveau venu qui n'en saurait pas la cause dirait avec enchantement : (^ Eh ! bien, mes bons amis, avez-vousla paix générale? » Avez-vous un bon gouvernement? Avez-vous quelque grand sujet de joie?... » Pas du tout; c'est qu'on annonce, pour aujourd'hui, trois quarterons de pain. Si l'antique Epiménide venait à se réveiller, il devinerait tout de suite que depuis longtemps ce peuple-là fait diète. » — Courrier républicain du 7 fructidor : « On s'entretient beaucoup ici du parti sage que l'Assemblée a pris de s'en rapporter aux assemblées électorales pour le choix de ceux de ses membres qui doivent se retirer. On eût désiré qu'elle eût pris celui de s'en aller tout entière. Quand on a si longtemps et d'une manière si terrible exercé le pouvoir, on devrait bien se tromper un peu, comme disait Guyomar, à la fontaine de Tégalité. Mais enfin, puisque dans ce bas monde, on ne peut obtenir tout ce qu'on désire, il est toujours bon qu'on en obtienne une partie. Puisque le tiers part, que les assemblées électorales veillent avec soin à ce que l'on élimine au moins ceux contre lesquels la voix publique s'élève d'une manière particulière. Plus de poètes surtout, plus de romanciers. Les tragédies et les romans no valent rien on politique. Plus d'ennemis de la liberté de la presse; plus de ces petites tètes qui ne voient de remède à la peur qui les assiège que dans une nouvelle tyrannie; plus... plus... mais nous oublions qu'il nous faut conserver deux tiers. »

m HÉACTION THEKMIDORIENNK .23 voir 1795)

CCCXCIII

Rapport du 7 fructidor.

Esprit public, — Les esprits, dans la journée d*hier, ont été un peu moins agités que les jours précédents, et les groupes moins nom- ^>reux. Cependant, d'après les rapports de quelques inspecteurs, il parait qu'il existe toujours un fond de mécontentement, occasionné par Textréme diinculté que les citoyens éprouvent journellement dans la. vie habituelle. Les inquiétudes que la plupart d'entre eux conservent, aux approches de Thiver, d'une perspective envisagée comme très désastreuse, se manifestent à chaque instant. Les invectives les plus fortes sont prodiguées aux agents de la Commission des sub* distances, regardés généralement, ainsi que les agioteurs et accapareurs, comme les auteurs de tous les maux qui désolent la France, ^t, c'est à regret que nous le disons, le gouvernement ne reçoit pas, c2omme il le mérite par sa sollicitude, le juste tribut des éloges d'un peuple aveuglé par la misère dont il est écrasé. Ces observations «résultent de quelques rapports, dont suit l'extrait.

Groupes,— Bouillon rapporte que nombre de personnes sensées, et

^réfléchissant sur la situation déplorable où quantité d'individus vont

se trouver aux approches de l'hiver, témoignent les plus vives alarmes

^t assurent que, si la cherté de toutes les choses nécessaires à la vie

«st la même qu'à présent, on verra le plus grand brigandage suscité

par le besoin et le désespoir.

Tétel annonce que, dans un groupe, les citoyens, en s'entretenant de l'augmentation du pain, n'en témoignaient pas moins le plus grand mécontentement sur sa mauvaise qualité, et disaient que, depuis deux jours, elle avait déjà occasionné des maladies; il ajoute que l'on conçoit dans le public quelques craintes sur l'arrivée des troupes qui environnent la capitale.

Chatou dit que partout on n'entend que des plaintes relatives à la cherté des subsistances et sur l'agiotage, qui se multiplie au point qu'à douze lieues aux environs de Paris, tous les grains sont accaparés et les moulins employés à moudre des farines converties en pains vendus de iO à 15 francs la livre. Loignier [rapporte] que l'opinion publique esl toujours fortement

prononcée contre le gouvernement de ce qu'il souffre sous ses yeux cet affreux agiotage, qui fera indubitablement périr de faim et de froid le peuple pendant Thiver.

Dufresnoy dit que le public se répand en reproches contre la Convention de laisser le plus libre cours aux accapareurs; il ajoute que Ton se plaint beaucoup de la quaUté malfaisante du pain, fait avec de très mauvaise farine ; ce monopole est attribué spécialement à la Commission des subsistances, que Ton traite universellement de fripon$« qui ne cherchent qu*à s'enrichir aux dépens du pauvre peuple.

Leroy jeune expose que TAgence des subsistances est regardée de très mauvais œil par le public, qui Faccuse d'employer des farines de pois gris et de vesce, et de la faire mêler à celle du blé, d'où Ton inférait, dit-il, qu'il n*y avait rien d*étonnant que le pain fût aussi mauvais; il ajoute que cette manœuvre a occasionné des murmure très violents contre la Convention, inculpée de fermer les yeux sur la. misère du peuple.

Nous observons que le dimanche a été généralement fêté; toutes les boutiques ont été fermées, les promenades couvertes de monde, les spectacles remplis, et qu'il y a eu, d'ailleurs, fort peu de discussions sur les événements politiques.

Cafés, — Compère, après avoir rendu compte des entretiens qu'il a entendus dans les cafés du Parnasse, Manoury et de la Régence, dans lesquels les citoyens ne parlaient pas avantageusement de la Constitution et prétendaient qu'elle était vicieuse dans la plus grande partie, observe que d'autres citoyens disaient : « Malgré les efforts du gouvernement pour apaiser le peuple en lui donnant un peu plus de pain et en lui promettant de belles choses, il n'en est pas moins vrai que l'aristocratie lève la tète; dans plusieurs déparlements, jusque dans nos armées, on parle d'un roi, on désire un roi ; il en est de môme à Paris dans une certaine classe de monde; on n'y compte pour rien la Constitution; on ne parle que de royauté; en signe d'espoir, on porte des tabatières avec des emblèmes de royauté. » Cet inspecteur termine en annonçant que l'on y disait encore que l'affiche : Peuple français, reprends ta religion et ton roi légitime, et tu auras la paix et du pain, d'abord trouvée dans le département de Seine-et-Oise, est actuellement répandue dans ceux de TAisne, de la Somme, de la Marne et autres.

Spectacles, — La tranquillité y a régné; néanmoins Laine, inspecteur, déclare qu'au théâtre des Variétés, boulevard du Temple, il a été obligé de faire sortir plusieurs militaires qui s'étaient emparés de loges louées. Au théâtre du Lycée des Arts, une terreur panique de

i9i RÉACTION THERMIDORIENNE [24 août 1795]

/eu y a occasionné du tumulte et une fuite précipitée, qui n*a eu d'autres suites qu*un coup et la perte de quelques bonnets et souliers. Au foyer de TOpéra-Gomique national, Dufresnoy rapporte y avoir entendu mal parler du Comité de sûreté générale par plusieurs citoyens qui lui reprochaient de mettre en liberté tous les terroristes et de garder les honnêtes gens.

Commerce. Pain, — Les réclamations sont générales sur la mau- V8.ise qualité du pain. • . . .

Hannocoue-Guérin.

(Arch. nat., F > « III, Seine, 17.)

Journaux.

C^outrier républicain du 8 fructidor : « Le prix des matières d'or et

(i*ai^ent qui avait subitement augmenté de près d'un quart de leur valeur,

^ UQ peu baissé depuis deux jours. Hier, le louis était à 910 livres. Celui des

'i^arcbandises se soutient plus opiniâtrement. Il serait difficile de se procurer

aujourd'hui une livre de chandelles à moins de 50 livres. »

Rapport du 8 fructidor*.

-esprit public. — Les rapports de ce jour nous présentent à peu *^*^*^s les mêmes résultats que ceux des jours précédents : rapidité

de des agioteurs dans leur infâme commerce, auquel ces vampires

r*^^ ^>iblent, en quelque sorte, attacher leur existence et les besoins de

-|^" "vie ; cherté aussi exorbitante que révoltante de toutes choses ; avi-

^^«ement marqué du papier, dont le discrédit s'opère à chaque ins-

^^^%it; réclamations générales sur la mauvaise et même malfaisante

^^ ^^alité du pain depuis quelques jours ; indignation profonde contre

^^^^ accapareurs, fermiers et agents des subsistances; plaintes et

lurmures contre le gouvernement ; espérances des bons citoyens

''un meilleur ordre des choses : tel est Tesprit du jour. A l'appui de

«s réflexions préliminaires, nous allons citer quelques faits énoncés

lans différents rapports dont suit l'analyse.

Groupes. — Chatou rapporte que le peuple, en voyant vendre du

i. Dans l'original, ce rapport est daté par erreur du 8 thermidor.

pain publiquement sur les places, murmure sans cesse et de manier à faire craindre; il dit que Ton peut en juger par les propos les plu indiscrets qui se tiennent à tout moment

Didier, après avoir rapporté que des citoyens dans un grou( attribuaient à la Convention elle-même, le discrédit des assignai ajoute que leurs discours ont fini par Tironie suivante : « Us oi voulu notre bien; ils ont réussi, puisqu*il ne nous reste plus rien.

Duval expose que, dans plusieurs groupes aux Jardins Égalil national et aux Champs-Elysées, il a remarqué que Tesprii pubi était monté au plus liaut degré d*élévation; il dit en avoir jugé pi les propos suivants : « Nous jurons que, si Tabondance ne vient pi d'ici à quelques jours, comme l'annoncent les journaux, et que noi soyons trompés encore une fois, nous jurons que notre dernier révc sera terrible. »

Marceau et Bailly déclarent qu*après la proclamation des journal qui annonçaient les mesures qu'on disait prendre pour faire baisser prix des denrées, avoir (sic) entendu ceux qui entouraient le colportei [dire] : « Tant mieux ; il est temps que Ton mette ordre à toutes h friponneries, t Marceau ajoute que quelques-uns criaient : Vive t République !

Cafés et (auenies. — Dufiesnoy [dit] avoir entendu, dans les lieu qu'il a surveillés, tenir contre le gouvernement beaucoup de mauvai propos, desquels entre autres, il résultait que le peuple était esclav plus qu'il ne Ta jamajs élé, puisqu'il n'avait pas même le droit d nommer ses mandataires pour le représenter.

I^grand annonce avoir ouï , dans quelques conversati(ms , de particuliers, qui avaient aimé réellement la Révolution, s'en plaindr très amèrement; il ajoute que ces mêmes individus se permettaier des termes injurieux contre la représentation nationale.

Compère [dit que], dans les cafés de Chartres et autres du Palais Égalilé, les jeunes gens tournent la Constitution en ridicule ; en s'ap pelant, ils se demandent: Ks-tu constitutionnel? Quelques-uns ré pondent : Transeat a me calix ille. D'autres, plus prudents, présenter pour réponse leur tabatière, sur laquelle on voit des emblèmes d rovauté.

Spectacles, — Tranquilles et sages. Au théâtre Feydeau, une ap plicalion sur ceux qui ont des comptes à rendre a été saisie ave avidité par le public ol tellement applaudie, que Chatou, qui ren^ compte de cet incident, annonce que l'acteur est resté pendant près d dix minutes sans pouvoir parler.

Journaux, — Le n® G58 du Courrier républicain, article Nouvelle

i 93 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 août 1795)

de ParU^ présente des réflexions très satiriques contre les représenlants. Le Courrier univet'sel^ du dimanche 23 août ^795 {6 fructidor), article Grolande (5tc), 15 juillet, annonce des nouvelles des armées. ennemies, sinon vraies, au moins propres à influencer Topinion publique. L'article Variélés du même journal contient des observations plus favorables à la majeure partie des représentants.

Commerce. Pain, — Depuis Taugmenlation des portions de pain, les rassemblements sont plus considérables que ci-devant aux portes des boulangers ; la raison en est que ceux-ci conservent des pains de la veille; c*est un appas pour ceux qui le préfèrent rassis, et dailleurs ils trouvent mieux leur compte pour le poids. Cet empressement se fait surtout remarquer sur la section des Gravilliers

Marchés. — La plupart des denrées continuent de s'enlever à toute

heure de nuit, ou bien les regrattiers les font arriver à destination

pour les transporter de suite aux carreaux. La vente des pommes de

terre ne s'est ouverte qu'au commencement du jour; le plus haut prix

qu'elles se sont vendues a été de 30 livres le boisseau; les haricots

nouveaux à 5 livres et 5 livres 10 sols le litron. Le carreau des œufs

et du beurre n'était pas approvisionné. 1,019 voitures sont arrivées

aux. balles.

*cis, — Rien de remarquable aux chantiers. *4iurse. — Inscriptions : 33 1/4, 32 1/2, 33 V^i 31 1/2 pour cent de bénéfice.

^Mnge. — Hambourg : 7,000; Livourne : 3,725; Gènes : 3,550; Bâie ; 2 3/4; Amsterdam : 1 9/16; Or fin : 3,550; Lingot d'argent: 1,825

Pasté.

(Arch. nat., F « « III, Seine, 16.)

Journaux.

. ^^^etie française du 8 fructidor : « Nous apprenons que la doctrine des

) i^alistes qui se sont déclarés les ennemis acharnés des collets verts, des

^^ts noirs et des cadenettes retroussées a produit son effet. L'imagination

^^ ^Idats, déjà aigrie par les calomnies de tout genre qu'on leur a débitées

^^e les jeunes gens, s'est surtout montée à la lecture de l'adresse inti-

^Vée . Frond. On sait que cet écrit incendiaire, inséré d'abord dans la

^l^inelley affiché ensuite dans tout Paris, a été distribué avec profusion

^''^s toutes les armées, et notamment dans celle de l'Ouest. C'est dans

^ <ié|iartements compris dans cette division militaire, que plusieurs jeunes

8^1» vêtus des couleurs proscrites ont été poursuivis, maltraités et quolques-

^'^^ même assassines. Rien n'égale l'acharnement des soldats, qui, en cette

^*^ion, pensent servir tout à la fois et leur propre vengeance et la cause de

ToMB n. 13

[25 AOUT 1795] RÉACTION THERlilDORIENNB iU

la patrie. Des généraux donnent les premiers Tcxemple de ces désordres ynSr ment déplorables. On nous signale entre autres un nommé Hazard, général de brigade. Un jeune homme vêtu d'un habit à collet et parement noir revenait à Paris par la voiture publique d'Angers ; on descend dans une auberge; Hazard, qui Tapcrçoit ainsi habillé, fond sur. lui ; et sans lui donner le temps de s*expliquer, sans même écouter les autres voyageurs, qui tous attestaient rinnocence de ses intentions, des sbires saisissent le malheureux et l'en— traînent à Rennes par-devant le tribunal militaire. Heureusement le tribunal^ mieux instruit des lois. Ta fait remettre en liberté sur-le-champ. Mais qa*ils sont coupables, ces hommes dont Timagination romanesque et la politique étroite divisent, pour des couleurs et pour des chansons, des citoyens qn'uci malheur commun devrait réunir! »

Rapport du 9 fructidor.

Esprit public. — Pendant la journée d*hier, Paris a été asseï calme; la cherté excessive des subsistances fait la matière des con- Tersations publiques et privées. Les réclamations sur la mauvaise qualité du pain se font généralement entendre ; Topinion publique présente sans cesse des variations et des incertitudes. Néanmoins, suivant le dire de quelques inspecteurs, on a remarqué que les esprits étaient un peu moins agités qu'à Tordinaire, attendu, disent-ils, que le peuple compte beaucoup sur les promesses faites par un membre du Comité de salut public, dans la séance d'avant-hier, qu'incessamment son sort deviendrait meilleur. La paix au dehors et au dedans, un bon gouvernement, des lois sages, protectrices et tutélaires des personnes et des choses, ainsi que Textinction de toutes les haines, fixent absolument les vœux et les désirs de tous les bons citoyens, épuisés pour la plupart par de très longues souffrances. L^arrivée des troupes à Paris et dans tous les environs inquiète et donne lieu à beaucoup de conjectures. Telle est la substance des rapports de ce jour, dont suit l'analyse de ceux qui ont attiré spécialement nos regards.

Groupes. — Loignier dit qu'on parle toujours beaucoup de la Constitution; on désire l'ouverture des Assemblées primaires. Cet inspecteur ajoute que le bruit se répand que, malgré la lassitude du peuple et sa fatigue de vivre dans l'anarchie, et nonobstant son désir d'être gouverné d'une manière stable, l'on craint fort que les dépar-

195 RÉACTION THERMIDORIENNE [25 août 1795]

tements n^acceptent pas la Constitution, attendu Topposition des royalistes.

Vannier, après avoir déclaré que les murmures continuent toujours relativement à la cherté et à Tagiotage, rapporte avoir entendu dire hautement, sur la terrasse des Tuileries, par quelques citoyens rassemblés, qu'il fallait que la Convention rapporte nécessairement le décret qui exige que les deux tiers de ses membres soient réélus à la législature prochaine, attendu que cette mesure attaque la souveraineté du peuple.

Didier dit qu'on s*étonne beaucoup, au Jardin-Ëgalité, de voir des colporteurs ne vendre que très peu d'exemplaires de la nouvelle Constitution; cette indifférence, suivant la remarque de quelques Citoyens, continue Tinspecteur, semblait annoncer la perte de la confiance du public dans ses représentants actuels.

Alamîou rapporte qu'on dit dans le public qu*il n'est pas néces-

ire de faire venir des troupes^ que cette mesure ne servira pas à

ire accepter ou refuser la Constitution.

Cafés. — L'objet ci-dessus, suivant le rapport de Compère, faisait

l^ base des entretiens des sociétés et des cafés au Palais-Ëgalité :

^ ^eut-on mettre, disait-on, la Constitution en activité en forçant le

F^^uple à l'accepter et lui mettre la baïonnette dans les reins? »

^ ^on, disait un autre, ces troupes serviront à défendre et à protéger

les députés qui ne seront pas réélus, qui seront regardés comme des

(^'"oscrits et indignes de la conflance publique. » « 11 serait à souhai-

^^■•t reprit un troisième, qu'il n*y en eût pas un seul dans la nouvelle

^^slature, et qu'on les renvoyât tous chez eux se morfondre et se

""^Pentir. » Quoi qu'il en soit, continue l'inspecteur, cette mesure de

^8tieur est généralement improuvée et donne lieu à beaucoup de

^Qexions, de propos et de sarcasmes assez piquants contre la Con-

^'^tion. Le même Compère dit encore que, dans le café de Manoury,

^ parlait d'une manière effrayante de la Vendée et des horreurs

^*^ mises par les Chouans et les brigands.

Spectacles. — La tranquillité et le bon ordre y ont régné.

Commerce, Pain, — Dans le rapport de l'esprit public de ce jour, il

^^^ fait mention que la mauvaise qualité du pain excite des réclama-

^^^ns générales

Pasté.

(Arch. nat., F^« 111, Seine, 17.)

[26 AOUT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE m

Journaux.

Courrier ffrançais du 9 fructidor : « II fut un temps, c'était avant et un peu après le 10 août 1792, où les murs de cette bonne ville étaient tous le& jours, au lever des bourgeois, tapissés d'affiches jaunes, blanches, bleues, dans lesquelles chacun exposait son petit plan de fînances ou de régénération. Jours fortunés, où Ton se régalait de la lecture des adresses de la Société mère et des pastorales de la douce Sentinelle ! Cet heureux temps n'est plus. Ce ne sont plus d'éloquentes PhilippiqueSt qu'on lit au-dessus des bornes et dans les carrefours ; ce sont, et en abondance, des annonces des livres à Tencan, de biens nationaux à revendre, etc., et quelques placards où Yallière, Tacteur, et le chanteur Lays prouvent au public bienveillant et aux amateurs des arts qu'on devrait bien les laisser travailler, ce qui n'est pas très déraisonnable. Nous avons eu notre guerre des GluckisteSy des Sacchinistes, etc. En voilà une petite qui commence entre les indulgents, qui veulent que les comédiens fassent leur métier, et les rigoristes qui prétendent qu'on soit pur môme sur les planches. Ce n'est pas qu'il y ait dans nos salles turbulentes beaucoup d'auditeurs bénévoles qui ne sont ni Valliéristes ni anti-Valliéristes, mais qui sont tout bonnement ébénistes. Au reste c'est une remarque bien frappante que le rôle joué dans la Révolution par la classe des comédiens. C'est elle, sauf les exceptions, qui y a le plus figuré. Faut-il s'étonner, d'après cela, si la Révolution n'a été si souvent qu'une farce triviale, une pièce à tiroirs ou une horrible tragédie ? Le haut comique n'a guère paru que pour être sifflé. » — Journal du Bonhomme Richard du 9 fructidor :«.... J'ai vu les agioteurs, combinant leurs jours de repos avec ceux des catholiques romains, cesser leur commerce infâme au Jardin-Égalité dans la journée du dimanche, et, pour s'en récompenser, le lendemain décadi, favorisés par une pluie miraculeuse, voler les portefeuilles aux impies qui n'avaient pas fêté le dimanche et qui se sauvaient sous les arcades pour y trouver un abri. — J'ai vu un marchand de figures de plâtre qui avait vendu force Marats, force Chaliers, et qui vendait des crucifix, en vendre d'ornés de fleurs de lis, pour avoir un débit plus sûr auprès de ceux qui unissent le trône à Tau tel. . . »

Rapport du 10 fructidor. . ,

Esprit public, ~ Les rapports de ce jour nous donnent à connaît-que le même ferment agite toujours lés esprits exaspérés de plus plus par l'état des choses, qui, loin de prendre un tour favorable, font, au contraire, que sa^^graver. En effet, Tagio se propage av^i

i97 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 août 1795]

.plus de force que jamais, le prix des marchandises va toujours croiss^i^t, l'assignat est, pour ainsi dire, frappé de nullité; les matières ^^'oi* et d'argent ne se sont jamais élevées à un taux plus fort ; le pain ^u boulanger est généralement regardé comme très malfaisant; tous ^^s fléaux accumulés réduisent la majeure partie des citoyens à la P^us extrême misère. Le découragement et le désespoir s^emparent ^^s plus paisibles; les autres^ moins résignés, s*abandonnent sans ^^nagement aux accès de la fureur. De là les mauvais propos, les **^vectives et les clameurs contre ceux que le peuple appelle vam- PÎY^es. Tout cela est d'autant plus affligeant que les agioteurs s*en ^^rvent comme du prétexte le plus plausible pour faire retomber sur *^ gouvernement tout le poids des circonstances. Ces différentes as- ^^rtions se trouvent généralement consignées dans tous les rapports ^^1 jour; nous allons citer particulièrement ceux qui nous ont para ^ V-oir plus d'analogie aux conjonctures présentes.

Groupes, — Chailly dît que les malveillants fdnt courir le bruit ^u'un représentant du peuple a été, ces jours-ci, au camp sous Paris {Présenter la Constitution, et qu'aucun soldat n*a voulu, avec lui, ^rier : Vive la République! Ils espèrent, ajoute-t-il, à la faveur de Quelques troubles, empêcher les assemblées primaires ; car ils anrioncent une insurrection prochaine dans Paris.

Didier rapporte que le mécontentement se manifeste de plus en plus à l'occasion de la cherté des denrées de première nécessité; il an- Tionce que Tarrivée des troupes à Paris inquiète beaucoup le public et cjue l'on se met l'esprit à la torture pour en connaître le Sujet.

Marie déclare qu'hier soir on lui a dit que l'on faisait courir le bruit, dans le faubourg Marceau, que Ton fermait les barrières, parce <\\xe les députés voient que la Constitution ne serait pas acceptée par le peuple, et qu'ils voulaient s'éloigner.

Bouillon rapporte, qu'aux murmures ordinaires on ajoute encore des plaintes très amères sur la mauvaise qualité du pain des boulangers, auquel une inflnité de personnes attribuent les coliques et le dfivoiement dont elles sont attaquées. Ce môme inspecteur déclare avoir remarqué que, depuis plusieurs jours, des joueurs de violon viennent s'établir dans les endroits lés plus fréquentés du Jardin- Égalité, qu'hier notamment, il en est résulté une rixe très violente entre ceux qui, d'une part, voulaient faire jouer et chanter l'hymne ci es Marseillais en opposition à ceux qui ne voulaient entendre que le .Réveil du peuple; il ajoute qu'on s'est dit respectivement les injures l^s plus grossières.

" Puval expose qu'au Palais-Égalité, le public, rassemblé en groupes,

[26 AOUT 1795] RÉACTION THERMIDORIENIfE 1»

paraissait assez tranquille, mais que chaque citoyen, en se regardant, se disait : < Vous ne dites rien aujourd'hui sur les affaires du temps; vous n'avez pas un air satisfait; qu'avez- vous donc? » A cette inte^ pellation, quelques-uns répondaient : c Nous dormons pour le présent et attendons tout du temps. » D'autres, prenant la parole, répliquaient : « Nous vous entendons, mais gare le réveil! La patience lassée devient fureur. » D'autres enflQ, continue l'inspecteur, en appuyant, ont dit : « Vous avez raison, car il y a gros à parier que, si les Chouans viennent jusqu'ici, le lot grossira. » A cet égard, nous observons que le public s'inquiète beaucoup des événements dans la région de l'Ouest.

Cafés. «>- Compère rapporte que, dans les cafés du Palais-Égalité qu'il a parcourus, la loi du 17 nivôse faisait la base de la conversation des citoyens, qui la regardaient comme très juste.

Laine déclare avoir remarqué, tant aux cafés du boulevard qu^aui foyers des spectacles, une grande inquiétude sur Tarrivée des troupes à Paris; il ajoute que le bruit court que la Convention ne les fait venir que pour faire accepter la Constitution au peuple malgré lui, que l'on disait encore que les soldats étaient bien nourris et payés à raison de cent sols par jour, qu'on leur voit faire beaucoup de dépenses et occuper les places les plus chères dans les spectacles; cet inspecteur ajoute que tout cela fait ouvrir les yeux aux citoyens.

Spectacles. — Le bon ordre y a régné assez généralement. Néanmoins, au théâtre de TOpéra-Comique national, dans la pièce de Raoul^ où il est dit par des paysans qu'il leur faudrait des armes et une bonne tète, ce passage, dit Leroy jeune, a excité, d'une part, beaucoup d'applaudissements, et, d'autre part, des improbations qui se sont manifestées par des cris : A bas la tète! L'inspecteur ajoute que ce tumulte n'a eu cependant aucune suite. Au théâtre de Feydeau, l'indisposition subite d'un acteur ayant fait manquer le spectacle, le public a paru très mécontent d*ètre obligé de se retirer, malgré la restitution de Pargent. . • .

HANNOCQUB-GutRlN.

(Arch. nat., Pi«in, Seine, 17.)

Journaux.

Journal du Bonhomme Richard du 10 fructidor : « Ceux qui disent que la religion est détruite n*ont qu'à venir à Paris, qu'on prendrait maintenant pour un grand couvent de Capucins, tant il y a partout de crucifix d'ivoire, de plâtre, de bronze, de bois^ d'argent et d'or étalés à toutes les boutiques. . . j»

'«1^ RÉACTION THERMIDORIENNE [27 août 1795]

CCCXCVII

Rapport du 11 fructidor.

'esprit public. — Des rapports de ce jour il résulte que le plus ^^^^ind nombre d'inspecteurs s'accorde à dire que, pendant la journée ^ ^ ^ier, le calme a régné dans Paris, et que les esprits y étaient un I^^^u moins agités que les jours précédents; mais, comme aucune ^^^^nsidératîon ne doit nous arrêter quand il s'agit de remettre la ^'"^^rité sous les yeux, des Comités de gouvernement, nous allons, par •'^^le analyse fidôle, transmettre le résultat des observations; elles ^>us paraissent présenter le tableau d'une fluctuation, sinon dangeuse, au moins très équivoque, dans l'opinion publique, que nous «timons d'ailleurs être travaillée par les agitateurs de toute espèce. Groupes. — Loignier dit qu'on s*agite toujours beaucoup sur la nstitution; plusieurs citoyens disent qu'elle n'est pas à l'avantage peuple, qu'elle sera discutée article par article, et que l'on rejettera eux qui ne conviendront pas. D'autres, au contraire, [disent] qu'on oit Taccepter, sauf à y revenir dans un temps plus favorable et plus ^alme ; mais, dans le moment présent, où règne la plus grande anarchie, il faut avoir un gouvernement, et, pour l'obtenir, il est nécessaire d'accepter la Constitution. Le même inspecteur ajoute que le public se plaint très amèrement de la mauvaise qualité du pain; on disait à cet égard que la Commission des subsistances n'avait augmenté la portion que pour mieux empoisonner.

Compère dit que les plaintes et les murmures sur cet objet sont ^tiiversels, que dans tous les quartiers et chez les traiteurs on entend des citoyens gémir, délester et maudire la Révolution et les Comités ^e gouvernement, qui, loin de prendre des mesures pour la conservation et le bonheur du peuple» donnent tous les jours, dit-on, des (Preuves de son {sic) insouciance et du mépris qu'il [sic) a pour lui, en ^^herchant non seulement à le dépouiller de tous ses droits, mais encore en l'exposant à mener une vie languissante causée par la ^nauvaise nourriture et surtout par le pain reconnu pour être nuisible % la santé.

Fargues déclare que le public est assez tranquille ; cependant l'on garait très inquiet sur l'arrivée d'une aussi grande quantité de

[27 JiouT 17951 RÉACTION THERMIDORreNNE 200

troupes à Paris; les malveillants s'agitent dans tous les sens pour jeter Talarme; il rapporte qu'à ce sujet on disait qu'on allait placer des canons sur la butte Montmartre.

Tétel rapporte que le discrédit des assignats inquiète beaucoup ; plusieurs particuliers avançaient, ajoute-t-il, que, si on les hypothéquait sur les biens particuliers, ils recouvreraient bientôt leur valeur; il ajoute que Ton parait concevoir des craintes sur la quantité des troupes qui arrivent journellement à Paris; plusieurs particuliers disaient à cet égard : c Comme Ton remarque que Fesprit public ne parait se prononcer à l'unanimité pour accepter la Constitution, on prend de grandes mesures pour en imposer, si le cas l'exige, à ceux qui tenteraient de soulever le peuple. »

Dufresnoy parle à peu près dans le même sens.

Legrand rapporte que, dans tons les endroits qu'il a parcourus et surveillés, il a remarqué que les royalistes commençaient à lever la tète; il ajoute que, dans toutes les conversations^ on ne se fait pas de scrupule de parler d*un rot, de souhaiter même d'en avoir un, parce qu'on est fatigué, dit-on, de souffrir et de ne voir aucun terme à ses maux.

Didier dit que, dans les groupes, des particuliers faisaient observer à d'autres que la Convention n'avait pas le droit de conserver les deux tiers de ses membres à la prochaine législature, qu'il appartenait aux assemblées primaires de statuer sur cet objet, et que, si le peuple voulait être heureux, il devait ouvrir les yeux.

Chatou rapporte que des individus se permettent de nommer une partie de la représentation nationale les Chouans de Paris; il ajoute que les malveillants qui tiennent les mauvais propos comprennent les soixante-quatorze députés qui ont été incarcérés.

Cafés. — Mailly rapporte que, dans les cafés qu'il a surveillés, il a trouvé les conversations absolument favorables à la chose publique ; il dit aussi avoir remarqué les plus heureuses dispositions pour l'acceptation de la Constitution.

Masoyer dit que le départ précipité de la gendarmerie a causé beau — coup d'inquiétudes ; il rapporte qu'on disait à, cet égard *: « 11 faut^ absolument que la Convention ait quelque chose de grande impor — tance à. annoncer au peuple , puisqu*on prend des mesures s/ promptes et avec autant de secret. »

Laine rapporte que, dans plusieurs carés et foyers de spectacles, il a entendu plusieurs jeunes gens tenir les propos suivants : « On a battu la générale pour nous faire rejoindre; la Convention croit donc nous faire partir aU moment de l'assemblée des sections pour^l'ac*.

20f RÉACTION THËRMIDORIENNTE [28 août 1795]

^^eptation de la Constitution? Nous voulons voir ce que cela deviendra. Elle cherche à dégarnir Paris, afin de disposer du peuple à s& volonté; nous ne le souffrirons pas; nous voulons être témoins de toiat; les troupes ne nous en imposeront pas. »

Compère dit que plusieurs citoyens témoignaient leur inquiétude sur» le passage du Rhin et sur le sort de notre armée.

Souillon déclare avoir remarqué hier, dans les conversations dont ^^ ^ été témoin, que beaucoup d*individus se disposaient à accepter la Constitution, comme devant ramener la paix et la tranquillité ; ^^^utres en parlaient avec indifférence et semblaient annoncer qu'ils ^e prendraient aucune part à son acceptation.

Assemblées des sections. — Le même inspecteur annonce que rassemblée générale de la section de la Place-Vendôme a été peu nombreuse; on a invité tous les citoyens à s'y rendre décadi prochain iM^or Tacceptation de la Constitution; du reste on n*y à fait autre oliose que de lire un mémoire contre Tagiotage.

Desiérois [dit qu']à la section du Temple on y a agité la question. de savoir si les détenus et désarmés à la suite des premiers jours de I^rairial seraient admis à voter aux Assemblées primaires; il s*est ^levé, ajoute-t*il, quelques difficultés à ce sujet; un membre, pour les lever, a proposé de présenter décadi une pétition à la Convention.

Spectacles. — Aucun fait contre le bon ordre et la tranquillité

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