‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 37 sur 141 · PASTÉ · texte numérisé non relu

PASTÉ

(Arch. nat., F « « UI, Seine, 17.)

CCCXCVIII

Rapport du 12 fructidor.

Esprit public, — Nous voyons, par les rapports du jour, que, malgré

'a tranquillité réelle ou apparente, Tagitation des esprits continue ;

nous remarquons aussi que la misère qui accable depuis si longtemps

^s habitants de cette grande cité, jointe au mécontentement que

Conçoivent un assez grand nombre de citoyens, mal intentionnés peut-

^Ire, à la vue des mesures que prend le gouvernement au moment

ctc inacceptation de la Constitution, peuvent être cause de divisions

^riiestines très funestes, par suite du choc et de la contrariété des opi-

;. A cet égard, iinous sufOt d'annoncer que les pétitions des deux

[28 AOUT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE a

sections, relatives aux troupes répandues tant à Paris que hors 1 murs *, ont été très accueillies par les uns et fort improuvées par 1 autres, que Tacceptation de la Constitution par la force armée a pr duit des réflexions très divergentes. En un mot, pour nous résume nous dirons qu'il existe une très grande fluctuation dans les espri et beaucoup d'incertitude.

Groupes. — Du reste, dans les groupes, mêmes plaintes sur renchérissement excessif de toutes choses, mêmes clameurs cont les agents des subsistances, accapareurs et agioteurs ; réclamatioi générales sur la mauvaise qualité du pain : telle est la substance d rapports de ce jour. Pour justifier notre assertion sur le choc d opinions, nous ne mettrons sous les yeux des Comités du gouvememei que l'extrait de deux rapports entre autres, donlTénoncé présente contradiction la plus frappante.

Ghatou déclare qu'hier, après la levée de la séance, le public, iri calme, s'est entretenu avec satisfaction de la réponse énergique d président aux pétitions inconséquentes des deux sections du Ma et des Champs-Elysées. Cet inspecteur ajoute que les bruits de canoi sur la butte Montmartre sont démentis aujourd'hui, qu'ils n^avaiei été suscités, comme beaucoup d'autres, que par les mécontents et h Jacobins, qui regrettent toujours la Constitution de 93 ; il dit encoi qu'il résulte de Fentretien de la majorité des citoyens que les troup< nouvellement arrivées à Paris et [aux] environs n'y sont que poi protéger les bons citoyens, et nullement pour les forcer d'accepter Constitution. Duval [dit que] le public, en manifestant son opinio sur (sic) les groupes, déclare qu'il est urgent que les sections et boi citoyens fassent un bon choix et nomment, pour composer la légi lature prochaine, des gens éclairés, honnêtes et surtout désinte ressés, fie ressemblant pas à leurs prédécesseurs, qui, tout couver de crimes, sont désignés à Topinion publique comme indignes g toute confiance. Ce même inspecteur observe que le public conço des inquiétudes très violentes sur les troupes qui arrivent journelh ment dans Paris, et qu'il en est parlé dans les groupes.

Cafés. — Aucun rapport intéressant ne nous est parvenu sur 1< entretiens dans les cafés.

Spectacles. — Le bon ordre y a régné. Laine rapporte qu'au foye de rOpéra-Comique national on disait que la Constitution ne sera pas acceptée, et que plusieurs gens payés allaient dans les maisor (et se répandaient même dans les campagnes) insinuer au nom de

1. Ce sont les sections du Mail et des Champs-Elysées qui avaient présenté c pétitions à la Convention dans la séance du il fructidor.

203 RÉACTION THERMIDORIENNE [29 août 179b]

Cîonyention que la Constitution était vicieuse, qu'il ne fallait pas souffrir un pouvoir exécutif dont les membres seraient autant de rois, et quMl vaudrait beaucoup mieux laisser les choses comme elles sont. A ces propos, continue Tinspecteur, d'autres citoyens répliquaient : « Bonne ou mauvaise, elle est indispensable, la Constitution, parce qu'enfin, disaient-ils, il nous faut un gouvernement, seul moyen de rétablir la paix. »

Journaux. — Ceux qui sont connus pour contenir des principes anti-civiques se déclarent toujours à l'ordinaire. Principalement le Courrier républicain, n<* 663, article Nouvelles de Paris «, et /« Courrier universel, à la date du 12 fructidor, article Variétés

(Arch. nat, F » « lU, Seine, 17.)

Journaux.

€azette française du 12 fructidor : « Déjà quelques sections ont leur livre

^^ pain. On assure que demain toutes jouiront du même avantage ; les autres

denrées sont toujours d'une cherté désespérante. Malheureusement les faux

*^signat8, provenant des prises faites à Quiberon, commencent déjà à se glis-

^^ï* dans la circulation ; un de nos journaux contenait aujourd'hui les moyens

^^ les reconnaître ». — Courrier républicain du 12 fructidor : « L'appareil

^•"niidable qui se déploie dans les murs de Paris et aux environs fait naitre

^s inquiétudes. D'abord on avait cru que les troupes déjà arrivées, après

^•^elques jours de repos, poursuivraient leur roule pour la Vendée. Dans cette

^^nfîance, les Parisiens se sont empressés de recueillir avec joie nos hono-

[J^^les défenseurs et de leur faire oublier, par les plus douces attentions, les

i^nes de leur pénible carrière ; mais les premières conjectures paraissaient

ites par d'autres plus sinistres. S'il est vrai que dix-sept mille hommes,

^^ï^is de Rouen, marchent vers Paris, ils n'iront donc pas à la Vendée ? Paris

"^ ^st pas sur la route. Où iront-ils donc? Que feront-ils? Qu'en veut-on

cccxax

Rapport du 13 fructidor.

esprit public. — Paris a été tranquille pendant la journée d'hier. '^ l*on ne s^arrétait à contempler Tesprit public que sous le rapport

^ « Ceft l'artiole que nous reproduisons ci-dessous.

des plaintes et murmures provoqués journellement par rextrèi^rie misère, suile de celte cherté désespérante de toutes choses, on sers^^i^ tenté de croire qu'il est mal disposé. Mais le vœu unanime pouir l'affermissement de la liberté, toirjours le môme, doit seul fixer les idées dans ce moment de crise et rassurer ceux qui pourraient aroj^ quelques inquiétudes. L*esprit paraît généralement bon : on veut, la liberté sans licence et sans anarchie; on désire un gouvernement stable et juste ; le despotisme cran seul et tout Tattirail qu'il entratrtc avec lui répugnent sans cesse à la niasse des bons citoyens, qui déclarent fortement contre les agitateurs qui cherchent à corromp et à diviser le peuple.

Groupes. — D'après les rapports de ce jour, chacun convenait dai:^s les groupes de la nécessité d'accepter la Constitution, aOn de ramen ^r l'ordre et le bonheur. Le décret sur la réélection des deux tiers d ^s membres de la Convention n^entratnait pas également tous les sis. ff rages.

Le grand nombre de troupes de ligne nouvellement arrivées à Pai* îs et dans les environs fait toujours naître des inquiétudes.

Le public est désabusé entièrement sur les bruits de placement canons sur la butte de Montmartre.

On sait encore que les citoyens qui ont déménagé de ce lieu, il a (]uelque temps, ne l'avaient fait que pour se procurer du pain Paris, où ils avaient pris alors domicile. Mêmes murmures sur mauvaise qualité de pain. Indignation toujours croissante conl les agioteurs et les accapareurs.

Du val rapporte avoir entendu dire, dans un groupe, que les ci-^ toyens n'auraient la livre de pain que quand le comte d'Artois serait ^ à Paris, ce qui ne sera pas long, ajoutait-on, car il doit y veni: ^ passer son quartier d'hiver.

Mailly dit qu'un bruit sourd circule dans le public depuis deur ^ jours ; on se ditù l'oreille que les assignats vont tomber totalement il ajoute que l'empressement est extrême de la part de ceux qui o beaucoup de papier pour le convertir en marchandises. Il résul encore du rapport particulier dos ofliciers de paix que les malvei lants se disposent à iniluencer les assemblées des sections pour s'o poser à racceptalion de la Constitution, à la réélection des deux tie (les membres de lu Convention, et encore pour en exclure tous ce qui ont été désarmés ou incarcérés.

Cafés, — L'entretien roulait hier, dans le café de Chartres et autr sur les marchands de pain placés au Palais-Égalité ; on s'y plaign du faux poids et du prix toijgours très haut de cet aliment -

é05 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 août 1795]

* Dans le café de la Régence, les citoyens désapprouvaient le renouvellement par tiers de la Convention; ils prétendaient que jamais elle ne pourra se laver des horreurs qu'elle a laissé commettre avant le 9 thermidor; on ajoutait que les départements ne souffriraient pas qu*il reste aucun membre de la nouvelle législature.

Spectacles, — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité.

Commerce. Pain. — La diminution des portions de riz a excité quelques murmures dans la plupart des sections; le mécontentement s'est surtout manifesté dans la rue de la Martellerie, où s'est manifestée quelque clameur par des femmes qui criaient beaucoup à ce

sujet

Hannocque-Guérin.

(Arch. nat., F»« III, Seine, 17.)

Journaux.

-Journal du Bonhomme Richard du 13 fructidor : << J'ai fait mon tour au

J^rdin-^alité, dans ce palais des démons, cet enfer de Paris; j'y ai examiné

*^ufes les abominations dont on s'y souille, et je n'ai vu qu'un agiotage général

™<^ toutes sortes d'objets: agiotage de pendules, de montres, de diamants;

^€rîotage d'écus, agiotage de louis, agiotage d'étoffes, agiotage de farines et de

P^in, agiotage de la beauté, agiotage d'opinion, et j'ai vu les royalistes surtout

■**ands de ce dernier agiotage; je les ai vus lâcher de faire suivre à l'opinion

^ hausse et la baisse, comme à l'or. Mais une petite jouissance qu'a goûtée

'*^on cœur, c'est de voir s'allonger les figures, quand le journal du soir est venu

^■^lïoncer l'acceptation de la Constitution par le camp près Paris et la réponse

^ï^ergique du président de la Convention aux sections du Mail et des Champs-

^*>'sôes. Bon, me suis-je dit, la Convention est ferme, les armées se pronon-

^^»it comme elles se battent, la République est sauvée.»

CD

Rapport du 14 fructidor.

sprit public. Groupes, — Le calme s*est soutenu hier à Paris, sque toutes les boutiques ont été fermées, les promenades couples de monde et les spectacles remplis. A la réserve de quelques ^ ■ <^upeîï, où des murmures et mauvais propos se font toujours ^9>endrç sur la difficulté habituelle de la vie, les autres n'annonçaient

aucune chaleur ; les esprits étaient paisibles ; on rejetait universellement sur les malveillants les faux bruits qui peuvent inquiéter. On s'accordait généralement à dire que nous approchons d'un moment décisif, qui peut ramener Tordre et le bonheur, si de toutes parts on veut mettre de la bonne foi et faire taire cette ambition effrénée qui a causé tant de maux.

Enfin Tacceptation de la Constitution parait réunir tous les vœux, mais Topinion n'est pas aussi générale sur la rééligibilité des deux tiers des membres de la Convention ; les uns veulent un choix libre et sans contrainte ; d'autres disent que la réélection est nécessaire au bien public. Voici ce que nous rapportent à cet égard deux inspecteurs :

Bouillon : « Il parait, d'après les conversations publiques que j'ai entendues, que la grande majorité des citoyens est pour la réélection des deux tiers des membres de la Convention au Corps législatif; ceux qui défendent ce système soutiennent que celte mesure importe beaucoup à raffermissement de la République et au retour de la paix. »

Legrand rapporte que, s'étant approché de quelques groupes où on agitait la réélection des deux tiers des membres de la Convention, il y a paru que le peuple se prononce et désire le renouvellement en entier. Il ajoute que Ton disait à cet égard qu'il était impossible qu'un homme accoutumé à faire le mal pût jamais faire le bien, que d'ailleurs les restants auraient trop d'ascendant sur les nouveaux venus» qu'ils les domineraient, mais qu'au surplus on paraissait disposé à accepter la Constitution.

Alamiou dit que le public ne parait pas content du séjour des troupes à Paris; le bruit se répand que les bourgeois vont être désarmés; on prétend que l'on aura bien de la peine à accepter la Constitution. Il ajoute avoir entendu dire, par différentes personnes, que si elle ne Tétait pas, plusieurs députés se tueraient pour n'être pas guillotinés, mais que Ton emploierait la troupe de ligne pour forcer l'acceptation.

Desiérois rapporte qu'on dit que plusieurs sections de Paris se disposent à rejeter la Constitution, et notamment celle de la Cité, et que les meneurs de cette section font entendre aux sans-culottes qu'elle ne vaut rien. La Commission a fait passer ce rapport au Comité de fiûreté générale.

Caféê. — Hasoyer dit qu'il court un bruit qu'à l'époque du 20, il y •lira oa événement dans Paris ; cet inspecteur rapporte avoir entendu .Ain dus un café du quartier des Halles à plusieurs Normands, mardi d'œufsy qu'il était impossible que la République

207 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 août 1795]

pût se soutenir, que la France était trop mal gouvernée, et que la majeure partie des départements était contre le gouvernement républicain, n termine en annonçant que Ton dit aussi que Gharette fait les plus grands progrès, et qu*il s'avance avec une armée formidable.

Compère rapporte que^ dans les cafés de la Maison-Ëgalité, de la Régence et autres, où Ton s'entretenait du décret rendu contre les agioteurs*; plusieurs citoyens le regardaient comme une entrave à la liberté dû commerce, et comme une mesure propre à empêcher un grand nombre d'individus de gagner leur vie dans un temps aussi calamiteux^ et tendant à augmenter le nombre des filous et des voleurs. Au surplus, disaient d'autres citoyens, ce décret ne doit pas effrayer les agioteurs ; il n'est que pour la forme ; il aura le sort de bien d'autres : il ne sera pas exécuté.

Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné ; nous observerons néanmoins que, depuis quelque temps, le citoyen Desaucirais, ci-devant propriétaire du spectacle du Lycée des Arts, a souvent des altercations assez vives avec le directeur de ce Thé&tre, et qu'il prend toujours son temps au moment du spectacle. Hier encore il a nialtraité de paroles, non seulement le receveur, mais même l'officier du poste; la tranquillité des spectateurs en a souffert ; plusieurs sont sortis précipitamment et ont facilité aux voleurs des occasions d'es- ^'"oqueries. Du reste pas d'autres suites.

Journaux. — Le Courrier républicain^ n« 664, article Adresse d'un ^^ançais à la Convention^ énonce des réflexions très amères contre la ^^présentation nationale, relativement aux troupes de ligne qui ^ï^vironnent Paris •. Le Courrier universel^ à la date du 13 fructidor, '^'^ticle Variétés^ improuve vivement les réponses du président et de Quelques orateurs de la Convention aux pétitionnaires des sections.

i. C'est le décret du 13 fructidor, qui défendait de vendre de Tor, de l'argent,

^^., dans d'autres lieux qu'à la Bourse. « Tout contrevenant sera condamné à

^^uxans de détention, à l'exposition en public, avec écriteau sur la poitrine,

î^rtant ce mot : Agioteur, et tous ses biens seront, par le même jugement,

Confisqués au proût de la République. »

2. En effet, le Courrier républicain du i3 fructidor public une Adresse d'un français à la Convention, qui commence ainsi : c Une Constitution républicaine Va être soumise à la sanction libre du peuple, et des baïonnettes menaçantes brilient aux yeux du peuple. Le souverain français va peser, dans le calme et l'impartialité de ses délibérations, les services ou les fautes de ses mandataires, et l'appareil terrible de la résistance environne ses mandataires. Convention nationale, où en sommes-nous? Que signifient ces camps, ces cris de guerre, ces apprêts formidables qui vous entourent? L'Autrichien, tant de fois vaincu, menace- t-il nos murs? Le terrorisme, comprimé quelques jours, sans cesse protégé et toujours renaissant, a-t-il de nouveau, dans ses espérances coupables, marqué du sceau de là mort les têtes des représentants du peuple?... >•

Commerce. Pain. — Les citoyens, mécontents de ne recevoir q trois quarterons de pain, au moment où ils attendaient une augmen tation, murmurent beaucoup de n*avoir qu'une once de riz

Hannocqur-Guérin.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)

CDI

Rapport du 15 fructidor.

Esprit public, — Dans la journée d'hier, Paris a présenté limage de la tranquillité, sinon réelle, au moins très apparente. Les malheureux (dans cette classe doivent être compris les rentiers, les petits propriétaires de terres louées, qui n'ont pas encore joui de la redevance en nature, et enfin les fonctionnaires publics et autres employés sans autres ressources) ne peuvent plus atteindre au prix des denrées; pour eux la misère est à son comble ; ceux-ci se plaignent beaucoup moins que les journaliers, qui, mettant leurs salaires à un prix exorbitant, gagnent tout ce qu'ils veulent.

Le public, en applaudissant au décret rendu contre les agioteurs, croit qu'il n'y a que les petits atteints; il faudrait des mesures répressives contre ceux qu'il appelle les gros ou accapareurs^ et à cet égard il paraît se prononcer pour que les grains et autres objets de nécessité soient taxés à un prix raisonnable.

Toujours les mêmes inquiétudes sur le séjour des troupes à Paris et environs.

A l'aspect du nouvel ordre des choses qui se prépare, les malveillants sèment la discorde, les gens honnêtes et bons patriotes attendent; les uns craignent, les autres espèrent; mêmes vœux de la majorité des deux tiers des membres de la Convention à la prochaine législature. Du reste, on désire assez généralement, pour le bonheur de tous, que la Constitution soit acceptée.

Bouillon dit que le bruit se répand que les représentants se font délivrer, à des prix très médiocres, le bois, la chandelle et autres objets. Ces nouvelles, vraies ou fausses, dit l'inspecteur^ excitent la jalousie et donnent lieu à des propos très défavorables à la Convention nationale.

Vannier. rapporte que différentes personnes pensent que le décret

RÉACTION THERMIDORIENNE [31 août 17951

u contre les agioteurs ne sera qu'illusoire, si la Bourse elle-même

t pas supprimée, et si Ton ne retire pas de la circulation une

quantité d'assignats ; que d'autres prétendent que la plaie de

l^Eiat est incurable. Cet inspecteur ajoute que, du résultat de ces

diverses opinions, il a démêlé le projet de troubler les assemblées

primaires; il fonde son opinion sur ce qu'il a entendu faire, dans un

groupe, l'apologie de la Constitution de 93.

Didier déclare qu'on ne parait pas bien d'accord sur le renouvellement de la Convention par tiers; il observe qu'il lui a paru que les opinions se partageaient sur cette nomination; les uns croient que cette mesure est bonne pour le maintien de la Constitution, d'autres prétendent que la Convention n'a pas assez fait de bien pour mériter la. confiance.

Loignier dit que l'opinion publique est toujours très prononcée pour que les membres de la Convention ne soient pas admis à la législature prochaine, ou du moins pour qu'il n'y en ait qu'un petit i^ombre au choix du peuple.

I«roy alnô déclare que le décret sur la vente des matières d'or et

c'^argent a donné matière à plusieurs sarcasmes; beaucoup de gens

Pv^^tendent que cette loi n'a été faite que pour mettre le reste de ces

'Matières dans les mains du gouvernement. Le même inspecteur

^^pose que le refus fait par un représentant, à la levée de la séance

^^^îer, d'exhiber sa carte à la sentinelle, sous prétexte qu'en sa qua-

^'^^ il ne devait pas être astreint à celte formalité, a fait tenir beau-

p de mauvais propos contre la représentation, taxée d'exercer des

s de despotisme. Tétel parle aussi du même fait.

roy jeune annonce que, sans l'intervention d'un grand nombre ^^ personnes, une rixe élevée entre des militaires et des jeunes gens ^^^:B.«-*ait eu les suites les plus fâcheuses ; l'inspecteur expose que la ^^^^relle a pris naissance à l'occasion de propos tenus par quelques

ilitaires sur ceux qui portent des collets noirs et verts, qu'ils annon-

i:it être le signe de ralliement des Chouans.

Duval dit que des citoyens en groupe au Palais-Égalité témoiaient leurs inquiétudes sur le rassemblement des troupes aux environs de Paris, et disaient que c'était un acte d*autorité pour faire accepter la Constitution et reconnaître les glorieux travaux de la ^^avention^ qui a laissé le peuple mourir de faim.

Aomary annonce que l'espoir d'un gouvernement monarchique se ^''^page, que de tous côtés on entend dire que l'on ne peut rester ^^Oàme on est, qu'il est temps que les choses prennent une autre TomlL 14

13^ AOUT 17951 RÉACTION THERMIDORIENNE m

tournure; que l'on ne peut vivre en République avec des assignats dont les cultivateurs ne veulent plus.

Cafés. — Au rapport de Compère, plusieurs citoyens, dans quatre à cinq cafés qu'il a surveillés, s'entretenaient de la Constitution et disaient qu'ils avaient beaucoup persisté dans leurs sections pour la faire accepter, toute vicieuse qu'elle pouvait être, parce qu'enfin il fallait un gouvernement, et que d'ailleurs les hommes qui composeraient la nouvelle législature sauraient en réformer les abus. L'inspecteur ajoute que ces mêmes citoyens avaient hautement déclaré qu'ils feraient tous leurs efforts pour écarter les membres actuels et faire connaître tous les inconvénients et dangers de le souffrir plus longtemps.

Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre, sinon des vols répétés de portefeuilles. Bouillon rapporte qu'au théâtre de l'Ambigu-Comique, où l'on a donné hier une première représentation de la pièce ayant pour titre le Cartel ou le Blocus de Maubeuge^ on a remarqué que le public, quoique tr<^s nombreux, n'avait pas applaudi au cri de Vive la République ! répété deux fois par l'actrice qui a joué dans la pièce.

Journaux. — Le Courrier républicain^ n®665, article Nouvelles d Paris^ soumet au public l'examen de la censure des membres actuel de la Convention, sur lesquels il jette le premier un vernis très défavorable. Le Courrier universel^ à la date du 14 fructidor, dans soi avant -dernier alinéa, article Variétés^ rapporte, sur ce qu'un membre de la Convention avait assuré que dans chaque assemblée de sectio:^ il n'y avait pas plus de vingt citoyens, qu'un plaisant avait crié : Vimposturel On y a envoyé plus de trente espions.

Commerce. Pain. — Les distributions de la section du Finistèi ont été très tumultueuses, parce que c'était le premier jour où Ton délivrait qu'une once de riz; loulcs les fcmnies demandaient àgran cris une plus forte ration de pain en compensation

Pasté.

(Arch. nat., F*« III, Seine, 17.)

211 RÉACTION THERMIDORIENNE [!•' skpiuibiiB 179S1

GDH

Rapport du 16 fructidor.

Esprit public. — Le calme le plus parfait a régné hier dans Paris,

L'aTilissemenl continuel des assignats, la cherté toujours progressive

de toutes choses et surtout du pain sur les places occupaient et agi.

talent même hier beaucoup les esprits. La mauvaise qualité de] cet

aiment chez les boulangers excite des réclamations continuelles.

Le décret contre les agioteurs fait toujours le plus grand plaisir; on craint cependant que des manœuvres sourdes et difficiles à ^^isir n'entretiennent le brigandage.

La suppression de la Commission des subsistances faisait hier -^ matière presque générale de toutes les conversations dans les oupes ; le public y applaudissait avec enthousiasme et semblait en pérer un grand soulagement.

A regard des affaires publiques, Facceptation de la Constitution ait fixer le vœu général ; on n'est pas également d'accord sur ■''"^«^bjet de la réélection; on appréhende qu'il n'en résulte les plus andes difficultés. Le séjour des troupes fait naître autant d*inquiéde que de méfiance. Voici ce que nous disent les inspecteurs dans urs rapports du jour.

Groupes. — Desiérois rapporte que des militaires et autres parti-

^liers, animés du meilleur esprit, paraissaient dans leurs conversa-

ons annoncer le désir le plus vif de voir la Constitution en activité.

^1 ajoute qu'il leur a entendu dire que, si des malintentionnés voulaient

^^opposer à son acceptation, ils étaient là pour les mettre à la raison^

Ancelle [rapporte qu'] on dit que les troupes, dans les environs de

^aris, vont arracher les pommes de terre dans les champs et donnent

l>our raison que tout est trop cher pour vivre, et que, si cela dure, ils

remercieront.

Vannier dit que l'opinion publique paraU se prononcer pour l'acceptation de la Constitution, malgré celle de quelques individus, qui prétendent que les Assemblées primaires doivent avant tout faire rendre compte à la Convention de sa gestion et surtout des finances. Tétel annonce que, relativement à la cherté des subsistances, l'esprit public était hier très agité, et que le public ne cessait de dire

[Ur SEPTEMBRE 1795] HÉ ACTION THERMIDORIENNE 2t!

qu*un pareil état de choses ne pouvait être de longue durée. Cet inspecteur ajoute que, dans plusieurs entretiens, on parlai! favorablement (le la Constitution, saur lë'droit que le peuple doit avoir de conserver et nommer librement les membres qui doivent composer la nouvelle législature.

Alamiou déclare qu'il y aura de grandes contestations dans les Assemblées primaires, et qu*il se forme des partis pour les troubler.

Fargues rapporte que, principalement dans les faubourgs, on disait hier : a De quel droit les représentants se font- ils donner les marchandises au prix du maximum? Pourquoi nagent-ils dans l'abondance, tandis que le malheureux périt de misère? »

Leroy aine dit que rapproche des Assemblées primaires fait Tobjet des conversations. Le vœu parait presque général pour l'acceptatioD de la Constitution, mais il n*en est pas de même pour la réélection des deux tiers. Beaucoup de personnes, ajoute Tinspecteur, pensent qu'il ne faudrait pas qu'il en restât un seul; on va jusqu'à dire qu c*est Topinion de certains départements ; on donne pour raison qu*i est dangereux de conserver des hommes qui se sont emparés de tou les pouvoirs, qu'il y aurait à. craindre qu'ils ne voulussent s'y perpé tuer; en un mot, les dissensions, qui ont toujours déchiré la Conven tion depuis sa formation, effrayent pour l'avenir.

Cafés. — L'objet ci-dessus faisait l'objet de Tentretien dans I cafés, surtout dans ceux de Chartres et de l'Union ; l'opinion y éta absolument la môme que celle rapportée par Leroy aîné, à. la rése de celle citée par Comp(>re, qui déclare que les jeunes gens se pe mettaient de désigner les représentants Chénier, Charlier, Louv^ TaUien, Dubois -Crancé et de rapporter à leur égard des faits acco pagnes d'épithètes asî^ez mordantes.

Spectacles. — Le bon ordre y a régné. Dufresnoy rapporte qu* ck^u théâtre du Vaudeville, la pii^ce ayant pour titre /iose et Valmon^ a été très applaudie de la majeure partie des spectateurs, et que, d^mrMs un passage qui a oiïert une application sur les Jacobins, pIusieuLvns particuliers se sont écriés : « Nous les connaissons tous ; il est ^ Ckt que, tôt ou tard, ils ne nous échapperont pas. » L'inspecteur obsez^^^ve que la tranquillité n'a pas été troublée de cet Incident particulier.

Journaux. — Le Courrier universel, n*665, article du rédacteur^ €iu Courrier universel, présente les réflexions les plus amères contre les membres de la Convention; ces observations sont si serrées qu'eUes ne sont pas susceptibles d'analyse; pour se former une juste idé^ <lc cette satire, la plus sanglante que nous ayons encore lue, il faut, la voir dans le texte même.

W RÉACTION THERMIDORIENNE [2 sbptembius 1795]

Commerce^ Pain, — Le même mécontentement subsiste toujours, tant sur la diminution des rations de riz, que sur ce que quelques '^Qlangers de diverses sections délivrent 14 et 16 onces de pain. ....

Pasté, (Arch. nat., P*« III, Seine, 17.)

CDIII

Rapport du 17 fructidor.

esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, Tordre et la tranquillité publics n'ont reçu aucune atteinte fâcheuse pendant la Journée d'hier. Les plaintes, les murmures et les clameurs contre les ^^torités constituées et les marchands se font toujours entendre ; ce '^^^contentement général est excité par la cherté du pain vendu sur ^^ places et sur celle, réellement désespérante, de toutes choses, qui

toujours croissant. Le public, inquiet et fatigué, demande avec ^^roi quel en sera donc le terme. C'est surtout dans les- halles et ^ arches que Teffervescence se manifeste d'une manière sensible.

On craint que les gens de campagne^ mécontents, ne ralentissent ^^ approvisionnements.

Les agioteurs se réunissent toujours, non pas en masse comme ci- ^ ^vant, mais par petits groupes.

L^opinion publique parait toujours se prononcer assez générale- ^>ient pour l'acceptation de la Constitution. Elle est très divergente ^\ir les autres objets politiques; principalement sur celui de la réélec- ^ion forcée des deux tiers des membres de la Convention, et sur le ^roit de voter accordé aux individus qui ont été désarmés et incarcérés comme terroristes.

Toutes ces considérations et divisions dans les esprits annoncent cfuelque chose de sinistre; elles impriment beaucoup de craintes aux bons citoyens, animés du désir de la paix, de Tordre et de l'établissement d'un gouvernement juste et stable. Tel est l'esprit du jour, diaprés les dires des inspecteurs, dont nous allons citer les remarques principales.

Groupes, — Leroy aîné dit qu'on voit avec plaisir plusieurs placards rédigés dans la vue de prévenir tes bons citoyens contre les

insinuations perfides des méchants. Beaucoup de personnes croient voir une grande sagesse et des vues très utiles au bien public dans le décret qui ordonne que deux tiers des membres actuels de la Convention siégeront au Ck)rps législatif. On désire assez généralement que le Directoire exécutif soit composé d'hommes fermes, qui fassent rentrer tous les anarchistes et désorganisateurs dans le néant, d'où ils n'auraient jamais dû sortir.

Bouillon rapporte qu'on craint que les Assemblées primaires ne soient troublées, eu égard au peu d'union qui règne entre les citoyens et aux sentiments de vengeance que manifestent beaucoup d'individus contre ceux qui les ont fait incarcérer.

Mailly et Alamiou disent que le décret qui autorise [à voter] ceux qui ont été désarmés, incarcérés et depuis remis en liberté, fait beaucoup murmurer ; Alamiou ajoute séparément que cette mesure occasionne de grands troubles ; il dit même que plusieurs personnes se proposent de leur donner l'exclusion.

Laine, qui parle dans le même sens, déclare que tous les citoyens disaient hier que des hommes qui ont fait détruire leurs frères ne devraient pas être admis dans les assemblées, et qu'on ne les souffrirait pas.

Loignier rapporte qu'hier, six heures du soir, Palais-Égalité, le^agioteurs se faisaient voir l'un à l'autre des échantillons de farina et autres objets, concluaient des marchés et trafiquaient sur les assi — gnats de dix mille livres.

Desiérois dit qu^il se fait des motions tendant à empêcher \m. réélection des deux tiers des membres de la Convention ; il observe que l'on disait dans les groupes que les assemblées primaires ressemblaient aux Ëtats généraux, auxquels le salut public était attaché, et que sur toutes choses il fallait faire rendre compte à la Convention avant qu'elle ne sorte.

Cafés. — Plusieurs citoyens y improuvaient hautement le décret qui admet les individus désarmés à voter dans les assemblées primaires ; ces derniers étaient regardés comme indignes de toute confiance. On s y entretenait de la réélection forcée des deux tiers des membres de la représentation nationale ; la loi à cet égard paraissait être formellement attentatoire à la souveraineté du peuple.

Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité.

Journaux. — Le rédacteur du Courrier républicain, n* 667, article : Avis aux assemblées électorales^ anniversaire du 2 septembre^ dirige

2t5 RÉACTION THERMIDORIENNE [3 septembre 1795]

spécialement ses réOexions 1res méchantes contre le représentant Tallien ....

HOUDETER.

(Arch. nat., F « « III, Seine, 17.)

Journaux.

Gazette française du 17 fructidor : « Des affiches blanches, jaunes et ronges tapissent depuis quelques jours les rues. Ici, c'est un appel aux patriotes de 89, qu^aucun patriote de 95 ne se donne la peine de lire. Là, ce sont des conseils aux républicains soldats, que les soldats républicains se garderont bien de suivre, s'ils ne veulent pas passer pour des janissaires, pour des sbires. Ailleurs, c'est le Comité de salut public qui flatte les gens à jeun d'un prochain déjeuner. Enfin, ici, c'est l'administration départementale qui invite bénignement le souverain à se rendre dans ses asseml»lées primaires pour y signer la minute de sa régénération prochaine. On voit même que les administrateurs le traitent en monarque et ont bien soin de ne lui présenter que l'ensemble du projet, de peur de l'ennuyer. Il y a. une candeur, une certaine naïveté à tout cela, qui amuse et fait rire. C'est une distraction au milieu des souvenirs sombres qu'a laissés le passé, au mi- Itei] des conjectures sinistres qu'inspire l'avenir. Il parait que les auteurs des a^rfîches où les sections de Paris sont si fort maltraitées ont pris un peu d'expo rience. A l'adresse Frond, on lisait au bas : Imprimerie nationale; ici le bout de l'oreille est soigneusement caché et nous croyons avec bonhomie que i*ai^ent et les presses de la nation n'ont contribué en rien à l'édition de ces chefs-d'œuvres. » — Courrier républicain du 17 fructidor: « On ne parle ici que des dîners de M*""" de Staël. On remarque même, depuis ces charmantes réunions, un costume plus décent dans plusieurs hommes du jour. M"*« de Staël sait façonner son monde. M. Legendre l'a comparée à Circé ; c'est à tort; Circé transformait les courtisans d'Ulysse en ours, et ici M«« de Staël ferait presque l'inverse. » — Même article dans la Gazette française du 16 fructidor.

CDIV

Rapport du 18 fructidor.

^sprii public. — Des rapports du jour il résulte que le calme dans

^•^ifi a été le même pendant la journée d'hier que les jours précédents ;

^Hie agitation, même inquiétude dans les esprits concernant le prix

^orbitant des denrées et ravilissement presque total des assignats.

^ (oblic se lasse, et, dans les accès de la colère dont il est échauffé,

[3 BEPTBicBRE 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 2(6

il crie, menace l'agioteur, le fermier, le marchand, Bt rend le gouvernement responsable de tous les maux qu'il endure.

L*opinion parait se former de plus en plus pour Tacceptation de la Constitution, mais sans acceptation du décret du 5 fructidor sur la réélection forcée des deux tiers des membres de la Convention, qui, dit- on, veut, pour forcer les suffrages, s*appuyer de la force armée. Voici ce que nous disent les inspecteurs à cet égard.

Mailly rapporte que, d'après les conversations qu'il a entendues parmi plusieurs classes de la société sur Tacceptation de la Constitution, il n'y a pas de doute que le vœu général ne soit prononcé en sa faveur ; mais, relativement à la réélection des deux tiers, quelques membres exceptés^ elle éprouvera la plus grande difRculté; on ne se dissimule pas que la presque totalité des représentants a perdu la confiance ; on en revient toujours à l'argument de la souveraineté du peuple.

Alamiou rapporte avoir entendu dire que, dans les assemblées primaires, il y aurait des émissaires pris dans la troupe de ligne pour espionner tout ce qui s'y dira et pour en rendre compte au gouvernement; il ajoute qu'on est dans la disposition de les découvrir pour les expulser. Il dit encore qu*il a appris que l'on n'acceptera la Constitution qu'autant que les denrées diminueront de prix, et que la proposition doit en être faite aux assemblées.

Leroy aîné dit que le public se désespère ; il ne peut plus atteindre le prix des denrées; on observe, dit-il, que, depuis le décret qui défend de vendre des matières d'or et d'argent autre part qu'à la Bourse, tontes les marchandises augmentent à vue d'œil, que depuis très peu de temps on voit des marchands ci-devant peu fortunés acheter de belles maisons et des terres en campagne; il ajoute que la majorité de la Convention est accusée d'avoir part à ces fortunes scandaleuses ; il dit encore que la réponse faite par le représentant Chénier aux pétitionnaires des sections concernant le renouvellement du Corps législatif * a paru très attentatoire à la souveraineté du peuple et fait l'objet des conversations générales.

Duval, après avoir annoncé que le public, dans les groupes, demande une justice éclatante contre les agents des Commissions de subsistances, rapporte que ce même public ajoutait qu'il n'était pasdupe, qu'il voyait bien que la Convention jetait entièrement la faute sur ces derniers pour se mettre elle-même à Tabrî de tout reproche-

Bouillon dit que les esprits s'échaufTent et s'aigrissent contre les

1. Voir la séance du 16 fructidor an III, dans le Moniteur^ réimpression, t. XXV, p. 652.

217 RÉACTION THERMIDORIENNE [3 ssptembiik 1795]

cultirateurs et les gros marchands, que Ton accuse de faire plus de mal à la société que n'en ont jamais fait les ci-devant nobles. On regrette tons les sacrifices faits jusqu'à ce jour. Le même inspecteur observe que les opinions sont très partagées sur la réélection des deux tiers des députés, mais que Ton est beaucoup plus d'accord sur Tacceptation de la Constitution.

Mailly expose qu'on se plaint dans le public de la mise en liberté de plusieurs individus connus comme terroristes et du droit qui leur est accordé de voter dans les assemblées primaires ; les uns prétendent que cette mesure est sage; d'autres, qu'elle donnera lieu à beaucoup de désordre.

Vannier déclare que l'opinion publique est toujours divisée^ comme à l'ordinaire, sur le décret qui enjoint aux corps électoraux de réélire les deux tiers des députés à l'assemblée prochaine: il ajoute que le public continue de murmurer beaucoup sur l'augmentation des denrées de première nécessité.

Cafés. — Mêmes entretiens que dans les groupes sur le séjour des troupes aux environs de Paris, et sur la réélection des^deux tiers des nn embres de la Convention; même improbation de toutes ces injures, t^^xées d'attentats envers la souveraineté du peuple.

Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné.

Journaux. — Le Courrier républicain^ n* 668, article Nouvelles de

aris recommande la lecture d'une brochure intitulée : Hekel à

. Marckena sur les préires insermentés. Il en prend droit pour critiiier la Révolution et de faire retomber tous les maux qui pèsent sur ^ Société, sur les philosophes législateurs '

HOUDEYBR.

(Arch. nat., F ««III, Seine, 17.)

Courrier républicain du 19 fructidor : » Il y a eu hier entre la forêt nationale et la forêt noire, c'est-à-dire entre la Bourse du Comité de salut public et la Bourse du Palais-Royal, une querelle assez vive ; il n'était question d'autre chose que de faire amende honorable aux agioteurs offîciels. Les autres se

1. Voici ces réflexions du Coun^iei' républicain : « Jusqu'à ce jour tout a été provisoire parmi nous : un gouvernement provisoire^ une commune provisoire^ des commissions provisoires, une assemblée provisoire ; il n'est plus jusqu'à la ménagerie du Jardin -des -Plantes qui ne soit aussi />/*ot;/«oiVe. Lorsque l'un de nous a été jeté dans les fers, c'est provisoirement ; lorsqu'il a été remis en liberté, c'est provisoirement encore ; nous ne vivons, nous ne respirons, nous ne raisonnons, nous n'écrivons que provisoirement. Quand aurons-nous donc, dans DOS destinées, quelque chose de définitif? Nous ne pouvons répondre à cette question que dans la décade prochaine. »

[4 SEPTEMBRE i795] RÉACTION THEHMIDORIENNE

plaignaient amèrement du privilège exclusif accordé à leurs adversaires disposer à leur gré de la hausse et de la baisse. Les voleurs nationaux Ti emporté, la force armée a dispersé les com plaignants, et le louis de 1,020 J vres est monté à i,i25. »

CDV

Rapport du 19 fructidor.

Esprit public, — Même calme pendant la journée d*hier que le^^ jours précédents. Même rapidité dans le commerce, quoique moin^=^ apparent, des agioteurs; Tassignat perd tous les jours de sa valeur; le renchérissement progressif . des denrées et marchandises se fait sentir à chaque instant. Plaintes, clameurs, menaces, toujours subsistantes à cet égard ; la mesure est à son comble pour la majeure partie des citoyens.

Les affiches de toute espèce tapissent, depuis quelques jours, les murs de cette vaste cité. Celle de J.-J. Dussault fait la plus grande sensation * ; elle est lue avec beaucoup d'intérêt.

Les passions fermentent; les factieux s'agitent clans tous les sens ; Thomme probe attend : il espère et n aspire qu'après la restauration du bon ordre et la tranquillité fondés sur un gouvernement fermer et juste.

Telle est la substance des rapports de ce jour dont, par analyse^ nous allons donner connaissance des principaux faits y contenus.

Groupes, — Bailly rapporte que la misère, qui s'aggrave de jour — en jour, produit la plus grande désolation, le désespoir et les gémis — sements clans la classe indigente. Le môme dit que chaque jour voit, augmenter le nombre des apologistes de la nouvelle Constitution • L'affiche signée J.-J. Dussault est lue avec empressement et fait le plus grand plaisir.

Alamiou dit qu'on ne cesse de murmurer contre le décret qui ordonne la réélection forcée des deux tiers des membres de la Convention; on est toujours inquiet sur le motif de l'arrivée des troupes à Paris.

Bouillon [déclare] que raffiche Dussault est lue par beaucoup de monde; chacun en adopte les principes. Le même inspecteur annonce

i. J.-J. Dussault aux assemblées primaires. Paris, impr. Cretot» s. d., in-folio. Bibl. nat., Lb 41/1999.

219 RÉACTION THERMIDORIENNE [5 septembre 1795]

avoir entendu dire à plusieurs personnes que la liste des membres de la Convention qui doivent entrer au nouveau Corps législatif est déjà faite et qu'on n^aura pas la liberté d*en nommer d'autres.

Leroy aîné rapporte que la grande majorité parait très disposée à accepter la Constitution sans discussion; il n*en sera pas de même de la réélection des deux tiers; la confiance, dit-on, ne se commande pas, et le mandataire n'a pas le droit de commander à ses commettants. Le même inspecteur rapporte que les indigents s'irritent de jour en jour en voyant qu'il n'y a que les spéculateurs qui peuvent atteindre au prix des denrées.

Duval annonce que le public se jette en foule pour lire l'adresse de J.-J. Dussault; on voit avec peine que l'on cherche à la soustraire. La majorité du peuple se prononce et dit qu'il veut accepter la Constitution ; mais aussi cette même majorité veut des gouvernants honnêtes, et non des gens qui ont abusé de leur pouvoir. Le même inspecteur ajoute que la classe indigente et souffrante se plaint amèrement.

Cafés. — Les citoyens y témoignent les plus vives inquiétudes sur l'admission dans les assemblées des terroristes, fiers de leur mise en liberté et de leur impunité.

Spectacles. — La tranquillité y ^ régné. Au spectacle du Vaude- ^lle, on remarque que les filles publiques se permettent beaucoup <^e propos libres et qu'elles y raccrochent avec effronterie.

Journaux. — Ceux dont les opinions sont diamétralement [opposées] ^ix principes républicains, tels que le Courrier républicain, n» 670, 6l le Courrier universel du 19 fructidor, contiennent toujours des l'éflexions très critiques contre le gouvernement en général et des étires amères et très sanglantes contre plusieurs représentants désistés par leur nom

Hannogque-Guérin.

(Arch. nat., S ' « m, Seine, 17.)

CDVI

Rapport du 20 fructidor.

esprit publie. — La journée d*hier a été paisible. Les rapports du jour ne nous présentent absolument que les mêmes résultats énoncés

[5 SBPTKMBRK 1795] REACTION THERMIDORIENNE 2»

aux observations préliminaires de nos feuilles précédentes ; nous nous contenterons aujourd'hui de citer les remarques principales faites par les inspecteurs dans leurs tournées de surveillance.

Bouillon et Mailly [rapportent que] le bruit s*accrédite de plus en plus que les représentants du peuple se font distribuer à un prix très modique tout ce qui leur est nécessaire ; ils ajoutent que le discrédit des assignats va toujours en augmentant et ne fait qu'accroître les inquiétudes : la confîance en la Convention se perd tous les jours.

Le Roy-Pavace [dit] que Tesprit public ne varie que depuis quelques jours; il parait que la grande majorité veut la Constitution. La réélection forcée des deux tiers parait déplaire assez généralement. Beaucoup de personnes prétendent que le décret qui l'ordonne aurait dû être discuté longtemps pour former Topinion publique. Ceux qui font ces raisonnements, ajoute Tinspecteur, sont les amis de Tordre, qui craignent que les malveillants et les partisans de l'anarchie n tirent un grand avantage de ce décret inconsidéré.

Laine déclare que tout le monde dit que ce n*est que par la fore des baïonnettes que Ton veut faire accepter la Constitution, qui disait-on, le sera librement et sans ce moyen, mais qu'il n'en serai pas de même pour la réélection des deux tiers, les citoyens voula se réserver leurs droits à cet égard.

Chailly dit que le peuple était hier assemblé autour des afBch Son opinion, après la lecture, était souvent terminée par des mu mures et des imprécations que lui arrache sa misère. L'opini publique parait se prononcer contre le décret de la réélection de

deux tiers. Les affîches contraires à cette loi semblent être bien ai cueillies du peuple.

Legrand [déclare] que dans un groupe, place de l'Ecole, il a e' tendu dire que la Convention eût bien fait et se serait attiré l'estii du peuple, si elle avait rapporté son décret du 5 fructidor concerna, la réélection Jes deux tiers, dont absolument on ne veut pas entenijà. parler; elle aurait prouvé par là qu'elle ne désire que la paix et; bonheur de la nation.

Duval dit que la majorité du peuple, dans les groupes qu'il a

fréquentés, veut accepter la Constitution, bonne ou mauvaise, ma^^Ss à la charge de faire rendre compte à la Convention et de chasse 'f ceux de ses mandataires qui ont perdu la confîance et l'estime pu — ' bliques.

Marie rapporte que l'opinion se prononce de plus en plus poui Tacceptation de la Constitution. Le seul article de la-réélectioB d<

22i RÉACTION THERMIDORIENNE [5 sbptembrk i79S]

deux tiers répugne beaucoup. On est cependant d'accord de choisir un certain nombre de représentants, pour donner crédit à Pacte constitutionnel.

On parle beaucoup de soulôvementsides départements méridionaux. Au rapport de Mailly, on s'occupe plus que jamais de parler de la guerre de la Vendée; les progrès effrayent autant qu'ils désespèrent, de manière, dit-îl, qu*on est tellement blasé, qu'on voit (?) une grande partie du peuple indifférent sur les objets les plus essentiels.

Plusieurs autres inspecteurs nous observent que les agitateurs de toute espèce, royalistes, fanatiques, terroristes et autres, se préparent à donner le plus libre cours aux passions et à la vengeance qui les animent réciproquement, et que Ton appréhende des suites fâcheuses des assemblées primaires.

Les officiers de paix observent que les jeunes gens parlent d'un

ton très ironique, tournent même en ridicule le décret rendu ces

jours passés, qui ordonne de rejoindre aux volontaires de la pre-

ii^i^re réquisition, et qu'ils ne paraissent aucunement disposés à

^'exécuter.

Cafés, — Nous n'avons aucun rapport sur les conversations ordi- 'Maires dans ces lieux.

Spectacles. — Généralement tranquilles. Seulement, au théâtre du

^^udeville, quelques cito3'en8, ayant manqué aux officiers de paix qui

^es invitaient à la tranquillité, ont été conduits au corps de garde.

"^^ Théâtre-Patriotique, trois citoyens qui avaient bu, ont voulu en-

^^r de force sans exhiber leurs billets; le commissaire civil, qui est

^Urvenu, de concert avec Marceau, inspecteur, qui rend compte du

^it, les a engagés à ne pas violer la propriété et les a rappelés à

* ^rdre. Le môme inspecteur dit que, dans le nombre de ces trois ci-

^^yens, était un agent du Comité de sûreté générale, qui criait plus

^^rt que les autres.

Surveillance, — .... Plusieurs jeunes gens de la première réqui- ^Uion ont été arrêtés et conduits chez le commissaire de police

militaire

Hannocque-Guérin.

(Arcb. nat., F » « III, Seine, 17.)

6 SEPTEMBRE 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE m

cDvn

Rapport du 21 frucudor.

Esprit public. — L'ensemble de Paris a été hier parfaitement calme. Nous n'avons d^autres observations à transmettre que celles fournies par les inspecteurs chargés par Tadministration de se rendre dans leurs sections respectives. Il en résulte que les séances ont été assez paisibles ; on s*y est occupé spécialement de rorganisation des bureaux ; il parait même que, dans plusieurs sections, cette opération a été remise à aujourd'lmi. Quant à Tesprit public, nous allons rapporter ce que nous disent à cet égard quelques inspecteurs.

Assemblées des sections. — Leroy jeune annonce avoir observé, dans la section de Bonconseil, que les esprits se déclarent ouvertement pour l'acceptation de la Constitution, mais qu^ils ne veulent pas consentir au renouvellement par tiers.

Ancelle déclare qu'à la section du Mail est venue une députation de celle des Thermes, dont Torateur a lu un arrêté que Ton a accueUli avec les plus grands applaudissements. — Nota : l'inspecteur ne dit pas ce que portait cet arrêté *.

Fargues dit qu'il a été répondu à plusieurs députations des différentes sections, admises à celle des Marchés, pour l'inviter à ne pas laisser voter les terroristes, que Ton se renfermerait dans la première loi.

Dufresnoy, qui rend compte de ce qui s'est fait à cette même section, dit que tout s'est passé dans la plus grande tranquillité, sinon qu*il remarqué beaucoup d'agitation dans les esprits, dont la majeu partie ne parait pas disposée en faveur du renouvellement par tiers.

Bouillon dit que l'opinion publique, section de la Place-Vendôme,^ se manifeste fortement pour l'acceptation de la Constitution ; il ajouter qu'il n'a rien entendu qui puisse faire préjuger pour ou contre Tac — ceptation de la Constitution.

Loignier [rapporte que], section du Nord, le président a répondu ^ la députation de celle des Thermes, concernant l'arrêté par elle pri^ contre les individus incarcérés depuis le 1" prairial, que Ton s'en oc —

1. Il s^agît sans doute de Tarrêté par lequel cette section excluait de rassemblée primaire les citoyens qui avaient été incarcérés depuis le 1*' prairial.

223 RÉACTION THERMIDORIENNE [6 skptbmbre 1795]

cuperait aussitôt que le bureau serait organisé ; ce même inspecteur observe que tous les citoyens paraissaient d*un commun accord pour Tacceptation de la Constitution.

Même réponse que ci-dessus du président de la section de l'Homme- Armé à la députation de celle des Thermes.

Section de l'Unité : les citoyens y étaient en grand nombre, la disposition des esprits y est très rassurante.

Groupes. — Laine rapporte avoir entendu dire que le peuple

assemblé était maître et souverain, qu^il fallait faire une pétition

pour renvoyer les troupes qui environnaient Paris, parce qu'on ne

voulait pas accepter la Constitution sous les baïonnettes; il ajoute

que Ton était disposé à ne pas souffrir de terroristes, ni aucun

membre des anciens Comités révolutionnaires, et qu*à la section

des Lombards trois de ces derniers en avaient été expulsés sans

coup férir.

Legrand annonce avoir ouï dire que la section de la Butte-des-Moulins n'avait pas voulu admettre des hommes de sang nouvellement sortis des prisons, malgré le décret de la Convention ; Ton trouvait trè"^ impolitique et Ton n'était pas satisfait de ce que les armées ^^isaient passer leurs vœux avant les départements.

Les officiers de paix déclarent, d'après plusieurs conversations qu'ils ont entendues, que le bruit se répand que Ton impute à la Con- ^^ntion elle-même tous les placards qui tapissent les murs de Paris. Cafés. — Aucun rapport.

Spectacles. — Aucuns faits particuliers contre la tranquillité ; seu- '^ment hier, au théâtre des Arts, des jeunes gens, croyant voir les ^^présentants Dubois-Grancé et Chénier, firent des plaisanteries et notamment sur Chénier, en lui appliquant ces paroles de l'Écriture : Caîn, Caïn, qu'as^tu fait de ton frère ?

Surveillance. — ...Clément, officier de paix, [rapporte qu'] hier ^oir, sur les dix heures, au Jardin-Ëgalité, le représentant du peuple ^ Blanc * a été pris au collet et frappé d'un coup de bâton ; celui qui a donné le coup n'a pas été arrêté, mais on s'est saisi d'un parti - <^Qlierse disant adjudant général qui, par ses propos, parait avoir ^^ le provocateur de cet acte de violence, il a été conduit au Comité ^6 sûreté générale et de là aux Orties.

Commerce. Pain. — Les rapports des inspecteurs se renferment dans quelques propos qu'il disent avoir retenus de différentes per-

1- Il s'agit de Jean-Baptiste-Benoit Le Blanc (de Serval), député suppléant des Bouches-du-RhCne, admis à siéger le 2i nivôse an II.

[6 SEPTEMBRE i795J RÉACTION THERMIDORIENNE 224

sonnes. Le peuple demande toujours qu'au moins Ton augmente la portion de pain, puisqu*on diminue celle du riz. La récolte serait-elle déjà accaparée? se dit-on. Il désire encore que les pommes de terre soient taxées à un prix modéré.

Marchés, — Bichot annonce avoir rencontré, le 19, à cinq heures et demie du matin, plusieurs fruitières qui revenaient de la Halle avec leur provision, tant en légumes qu'en pommes de terre . c On aura beau faire, disaient-elles, nous achèterons toujours à Theure qa*il nous plaira ; nous en serons quittes pour nous habiller un peu plus proprement, afin de passer pour des bourgeoises. » — Nota. On fait surveiller.

Au rapport de La Bouche, les marchands de fruits de Montreuil déclarent que, lorsque leurs fruits seront vendus, ils n'apporteront plus rien à Paris; ils disent encore que les Parisiens iront les trouver et qu*ils paieront cher les denrées. — Nota. On fait surveiller

Hannocqub-Guérin.

(Arch. nat., F > « RI, Seine, 17.)

Journaux.

Courtier français du 21 fruclidor : a 11 commence enfîn à se former une sorte d^opinion publique ; et, si nous ne nous trompons, voici ce qui la caractérise : lassitude de la révolution, haine des révolutionnaires, besoin de sortir de rétat où nous sommes. La Constitution va être acceptée ; nous accepterions Vizour-véidam, et nous ferions bien. Au reste, si Tenfant des onze pères n'est pas une beauté, il a meilleure mine du moins que la fille boiteuse de Tavocat Target*, ou que le monstre hideux mis au monde par les bourreaux de 93. Le peuple français épouse cette vierge, dût-il à tout événement s'exposer aux. risques du divorce. Mais la Convention lui donne pour dot le décret fameux» et, comme ce cadeau n'est pas extrêmement prisé, il paraît que définitivement;on épousera sans dot. Quoi qu'il en soit, rien n'est épargné de la part du gouvernement pour donner à l'opinion publique une impulsion qui lui convienne^ et les pages de son livre rouge ont dû beaucoup s'emplir depuis quelque» jours. Luxembourg, couvert de gloire, était appelé le tapissier de Notre^ Dame ; nos gouvernants ne sont que les tapissiers de nos carrefours^ Mais on lit peu les placards qu'ils paient, et, par une fatalité dont on voit laraison , on ne trouve de talent que dans ceux de l'opposition, les autres s^^ disputant de platitude et d'absurdité, comme on joue à qui perd gagne. »

t. Allusion à la Constitution de 1791.

225 RÉACTION THERMIDORIENNE [7 septembre 1795]

Rapport du 22 fructidor.

£sprU public. — En observant la conduite de cette grande cité aa dehors de la Convention et des sections, en voyant les spectacles l'emplis et les pronnenades couvertes de monde, on ne pourrait jamais se persuader que nous touchons peut-être au moment de la crise la plus dangereuse de la Révolution. En effet, d'après les rapports de ce jour, il parait que les citoyens réunis en assemblées pri- ■naires sont en majorité très dissidents de la Convention, sauf le vœu presque unanime qui se prononce pour Tacception de Tacte constitu- ^onnel. Les deux décrets des 5 et 13 fructidor n'ont trouvé hier que ^>*^s peu de défenseurs et d'apologistes. Les députations de section à ^^ction, qui ont apporté et lu les arrêtés dont elles étaient chargées à ^^t égard, ont été reçues avec la plus grande satisfaction et couvertes ^applaudissements. On a remarqué que l'adresse portant que chaque ^it^yen sera libre d'émettre son vœu et son opinion telle qu'elle puisse ^^^e, avec promesse de garantie, sûreté et inviolabilité, avait réuni ^^^sque tous les suffrages.

Xans quelques sections il a été tenu beaucoup de mauvais propos Lre les représentants, accusés d'avoir fait ou laissé commettre tous actes tyranniques qui ont désolé la France. Il semble, d'après les observations de plusieurs inspecteurs, que aucoup de sections prétendent, non seulement rivaliser d'autorité 'ec la représentation nationale, mais encore que celles-ci se déclasouveraines et libres ; elles sont disposées, sinon à enchaîner ^-^^ut à fait le Corps législatif, au moins à entraver sa marche et ses ^^K^rations. Ajoutons à ce tableau, trop fidèle, celui de la misère pu- ^Mque et des besoins toujours renaissants, que le plus grand nombre citoyens ne peuvent satisfaire qu'avec la plus extrême difficulté, ^l^sons encore que les malveillants s'agitent en tout sens pour tirer lie des circonstances. On aura la juste mesure de l'esprit public ^o moment, ainsi que des fâcheuses et pénibles conjonctures où nous tus trouvons.

II est un fait particulier, rapporté par Alamiou, dont nous croyons ^^voir donner connaissance aux Comités de gouvernement, attendu

TOMK II. 15

rintérèt qu'il présente. Section de TObservatoire, après la lecture de la Constitution, un membre est monté à la tribune pour observera rassemblée que le gouvernement et la police y envoyaient des émissaires pour écouter, prendre les noms de ceux qui parleraient mai de la Convention, et les dénoncer. Le commissaire de police, invité de monter à la tribune pour dire la vérité et donner des renseignements, est convenu du fait. L'inspecteur déclare qu'aussitôt rassemblée a pris un arrêté portant que, si un des membres était chagriné pour son opinion quelconque, il serait mis sous la sauvegarde de la section^ et que son arrêté serait envoyé aux quarante-sept autres sections, avec invitation de suivre son exemple.

Spectacles, — Aucun rapport.

Cafés. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité publique.

Journaux. — Les rédacteurs de ceux connus par leurs principe anti-civiques ne cessent d'influencer l'opinion publique et de verser pleines mains laigreur et le ridicule sur les opérations de la Conven tion et sur la moralité de plusieurs représentants.

Commerce. Pain. — Les distributions ont été généralement très calmes ; on y entend toujours des déclamations sur la portion du paii toujours la m^me et trouvée très insuffisante; en beaucoup d'endroit^ on regrette la moitié de la portion de riz dont on est privé depuis pe Un des vœux du peuple serait encore que les pommes de terre fusse taxées. Dénué de tout, comme il Test dans la saison la plus fav rable, il témoigne beaucoup d'inquiétude pour l'avenir. ..

Marchés. — Le nouveau règlement est toujours sévèrement mai tenu, quant aux différentes heures indiquées ; plusieurs regrattier

trouvés en contravention, ont été conduits au bureau de police. L marchands forains, pour traiter plus promptemcnt avec les premiei n'arrivent qu'à sept heures. On s'est opposé cependant à ce qu'ils ve dissent les pommes de terre par sachées. Le prix d'aucune deni n'est diminué. . .

lÏANNOCOUE-GuÉRIN.

(Arch. naL, F » « m, Seine, 17.)

Senfinelle du 24 fructidor : « Dans la nuit du 20 au 21, des brigantL^s^^ se sont j)orli's à la maison do Tallion; ils ont l>nsc ses vitres à coups de pierx^ -***; un homme a élé blessé dans sa maison. Si quehiu'un se fut avisé de. mea i*- ^^f le moins connu des mille Chounm qui battent le pavé do Paris, si une s»*-^^ ""^^^ cravate avait été dérangée, vous eussiez vu tous les journaux à guinées, \^^ "^

227 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 septembre 1795]

î«is comment, avertis de ce fait à Theure môme, l'imprimer, l'exagérer, le commenter et crier en chœur au terrorisme. Il n'eût été bruit que de cela, même jusqu'aux portes de la Convention ! Mais il ne s'agit ici que d'un patriote troublé dans son domicile : ce n'est qu'un républicain insulté ! ce n'est qu'un représentant du peuple qu'on menace ! Il est clair que la chose ne mérite pas qu'ion en parle. Et puis les Chouans, lorsqu'ils vexent, lorsqu'ils calomnient, lorsqu'ils assassinent, n'en sont pas moins les meilleures gens, les gens les plu» paisibles du monde. »

CDIX

Rapport du 23 fructidor.

Hier, le calme s'est soutenu dans Paris, comme les jours précé- <ienfs.

-Assemblées de sections. — Des rapports du jour, il résulte que, pen- ^».iit la journée d'hier, les sections se sont envoyées respectivement ^es députations. Les orateurs ont lu plusieurs arrêtés, dont la subs- ^rice porte la garantie des citoyens pour leurs opinions, et rejette foi^niellement les décrets des 5 et 13 fructidor. Plusieurs de ces ar- ''^ tés contiennent aussi des reproches très amers contre la représentation nationale. Les inspecteurs nous rapportent que toutes ces ^^resses ont été accueillies favorablement par tous les citoyens pré- ^^ïîts, mais quelques*uns observent qu'il n'y a qu'un petit nombre ^*c^uvriers qui assistent aux assemblées. Ils donnent encore à con- *^^ître que Topinion générale se manifeste de plus en plus pour l'acceptation de Facte constitutionnel. Tel est Tesprit des citoyens réunis ^^ assemblées primaires. Plusieurs d'entre elles ont déjà exprimé *^i^ur vœu pour se rendre permanentes jusqu'à l'organisation défîni- ^ î ve du nouveau Corps législatif.

Journaux. — Le Courrier républicain, n® 674, annonce que la sec-

^ ion Le Peletier en a pris Tarrêté formel, et ajoute qu'elle a prié les

^^urnalisles de le consigner dans leurs feuilles, faute par elle de

pouvoir disposer des postes, pour faire connaître son vœu à l'armée

^t aux départements.

Groupes. — L'opinion des citoyens réunis en groupes présente ^es divergences assez frappantes. Voici ce que nous disent à cet ^gard quelques inspecteurs.

Dufresnoy rapporte qu'hier, vers neuf heures du soir, il y avait;

tant à la porte Saint-Martin que sur le Pont-au-Ghange, des groupe composés (l*ouvriers qui, en improuvani la conduite des sections disaient qu'elles étaient dominées par les royalistes.

Legrand expose que, sur les places publiques, au bas des ponU aux Jardins national et Egalité, sur les quais, portes Martin et Denis il y avait des rassemblements où Tagitation du peuple conamence se faire sentir ; on y tenait beaucoup de mauvais propos contre le députés, et ajoutait que Tappareil du camp n'intimiderait pas le citoyens.

Mailly dit que, depuis deux jours, il règne la plus grande licenc parmi le peuple ; les représentants sont traités avec une împudeu révoltante ; il ajoute qu'hier, au Jardin-Égalité, deux individus arra chaient toutes les aflîches indistinctement.

Loignier dit que Topinion publique se prononce fortement contr le décret qui interdit la communication de commune à commune e avec les corps armés; c'est rompre, dit-on, les liens de la fraternité En outre, observe-t-on encore, la Convention n'a pas le droit d donner des lots aux assemblées primaires ; le peuple y est souverain

Vannier rapporte que, d*après les conversations qu'il a entendue dans les tribunes de la Convention, il a recueilli ce qui suit : « G décret sur la réélection forcée des deux tiers agite les esprits ; si 1 cboix eût été libre, il nV aurait pas eu de difficultés; la masse de citoyens veut la Constitution, mais elle craint le retour et le triomph des terroristes. »

Laine rapporte que, de toutes parts, les citoyens font les motior les plus fortes contre le représentant Tallien, relativement à la part de son discours où il a dit que, si le peuple conspirait contre la Co vention, la Convention conspirerait contre lui > ; on disait général ment à ce sujet, continue l'inspecteur, qu'il fallait qu*il eût perdu tête pour avancer un pareil propos, qui ne tendait rien moins qm. allumer la guerre civile.

Cafés, — .\ucun rapport.

Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité n'ont pas été troubl.* Pain. -» Quoique les distributions soient assez paisibles, il par^ par un grand nombre de rapports, que de tous ciMés on réclame

1. Daprès W MoHiieHi\ réimpression, L XXV, p. 65», TalUen avait dit (séam du îl fructidor' : • J'avertis ces conspirateurs qu'on conspirera aussi conC: eux. • Le JomrmtU tlt Prrtet, n* tOTi, p, 247, rapp%>rte ainsi ses paroles : c .^ moment où je parie, on conspire c^^ntn^ la liberté. Mais trembles, ennemis de ch\»se pubU\|ue. Vos pr\>jet5 serx^nt dej^vuès, et nt>us conspirerons aussi cont^ vous. • Tattien ne scuitUe donc pas av^nr parlé de conspirer • contre le peuple ^

229 RÉACTION THERMIDORIENNE [9 septembre 1795J

livre de pain ; on est d'ailleurs assez satisfait de voir depuis quelques

jours que la qualité est meilleure

Pasté.

(Arch. nat., F » « ni, Seine, 17.)

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