Tome II
Cafés, — Compère déçl^c^&jC[ae, dans les cafés qu'il a fréquentés, on y a tenu hier à Qeti'^'ite*les mêmes propos sur la mort du fils de Capet que ceux, qui viennent d'être rapportés ci-dessus, et qu'on y ajoutait : « Si* les* "bulletins de sa maladie, ainsi qu'il est d'usage, avaient'i^té totfs les jours rapportés à la Convention, on aurait évité
un^'iK^qfté de propos médisants et môme calomnieux que les mal-
»* *A*** * ^^naAts et les royalistes affecteront de publier tant dans Paris que
•dtehors. »
Spectacles. — L'ordre et la tranquillité y ont régné ; Tesprit public y est généralement très bon ; néanmoins, au théâtre de la République, la représentation de la pièce ayant pour titre le Tartuffe révolutionnaire a excité un léger mouvement; les principes contenus dans cette pièce, diamétralement opposés à la secte Jacobite, ont donné lieu à une cabale de manifester ses sentiments d'improbation ; des coups de sifflet se sont fait entendre ; mais la quantité prodigieuse de spectateurs n'a pas permis de distinguer d*oti ils partaient. La pièce finie, le calme s*est aussitôt rétabH.
Commerce. Pain. — Vingt-huit inspecteurs disent que la plus parfaite tranquillité a régné de toutes parts hier à la porte des boulangers ; mais les dernières nouvelles de la Vendée donnent de l'inquiétude, tempérée cependant par l'espoir que l'on a de voir avant peu renaître un meilleur ordre de choses. Cette attente étouffe les plaintes prêtes à s'exhaler, surtout de la part des mères de famille, qui gémissent encore moins sur elles que sur leurs enfants. « Il nous est bien douloureux, disent-elles à la porte des boulangers, de les voir depuis si longtemps dépérir de jour en jour. »
Calmet rapporte que chez Portail, boulanger, rue du Bout-du- Monde, des femmes exigeaient absolument qu'on leur donnât une demi-livre de pain; elles se sont rendues au Comité, pour qu'au moins on leur délivrât du riz, ce qui leur a été accordé. A la fin de la distribution du même boulanger, quelques personnes n'ont pas reçu de pain.
Gilbert et Racine annoncent qu'il a été trouvé dans une maison un pain rond de cinq livres aux lieux d'aisance ; le commissaire de police de la section du faubourg Denis en a dressé procès-verbal pour l'envoyer à la Commission, qui, attendu qu'il était gâté, l'a fait donner aux animaux.
Viande. — Douze inspecteurs déclarent qu'on parvient toujours difficilement à rétablir l'ordre chez les bouchers. Cascel a observé qu'à la porte de Louis, boucher, rue du Temple, section de la Réunion, il n'y avait jamais plus de six personnes, parce que le commis-
3 RÉACTION THERMIDORIENNE [9 juin 1795]
saire de bienfaisance avait désigné particulièrement sur la carte de chacun Theure à laquelle il devait aller quérir sa viande.
Marchés. — Huit inspecteurs rapportent que les halles sont tranquilles ; le nombre des voitures de fruits, légumes, beurre, œufs et fromages s'est porté à 953. Le Roux dit avoir vu à la Porte Denis une femme qui voulait vendre des pommes de terre 52 livres le boisseau ^ ce qui a excité des murmures d'indignation
Surveillance. — ... On a dissipé, au Jardin-Égalité, les agioteurs ; plusieurs même ont été arrêtés et conduits chez le commissaire de police . . .
Les détenus de la maison des Madclonnettes essayent quelques mouvements ; ils sont surveillés. . .
Le Roux, Barbarin. *
(Arch. nal., F»MII, Seine, 16.)
Journaux.
Gazette française du 24 prairial : « De Patois, lé 23 prairial, La mort du fils de Louis XVI a donné lieu à divers bruits, à une foule de fables plus absurdes les unes que les autres. Les uns prétendent que celte mort est un fait à plaisir, que le jeune enfant est plein de vie, qu'il y a très longtemps qu'il n'est plus au Temple et qu'une des principales conditions de la paix conclue entre la Prusse, les Chouans et les Vendéens était de confier ce jeune orphelin aux puissances étrangères. D'autres assurent au contraire qu'il y a plus d'un an qu'ils avaient la certitude que l'enfant était mort empoisonné. Le plus grand nombre des incrédules cependant f^/r^ tout l'odieux d'un crime imaginaire sur le gouvernement actuel. La guerre des Chouans, qui paraît se rallumer avec une activité alarmante, la conduite des Lyonnais, (ju'ils accusent d'aristocratie, parce qu'ils sont anti-Jacobins, la mort de M. Dussaull [De Sault], chirurgien, qui a été chargé de suivre sa maladie, celle, vraie ou fausse, qu'on publie en ce moment, du médecin qui lui avait été adjoint, cela leur semble des motifs de politique assez puissants pour avoir déterminé des hommes, qui ne sont connus pour la plupart que par l'horreur qu'ils portent aux assassins, à assassiner l'infortuné, dont le nom servait de prétexte aux mouvements des rebelles. Ce serait trop donner de crédit à ces calomnies aussi atroces que ridicules que d'essayer d'en enlever (sic) l'absurdité révoltante ; mais nous ne pouvons nous empêcher de déplorer la fatalité des événements qui enlèvent ce précieux otage au moment où son existence ne pouvait nuire à la patrie, où sa mort au contraire va peut-être prêter de nouvelles formes à la malveillance qui s'agite d'un bout de la France à l'autre. Sans doute la vie de cet enfant n'était pas assez heureuse pour que ceux qui s'intéressaient à lui fissent des vœux pour qu'elle se prolonge longtemps ; sans doute il est plus consolant pour ceux que son innocence, son âge 61 ses malheure attachaient à son sort, de le voir périr d'une mort naturelle que du supplice de son père, qui l'attendait peutêtre ; mais il est à craindre que, dans un moment où, d'après ce que nous annoncent nos correspondants, une fermentation presque universelle se fait
[10 JUIN 17951 RÉACTION THEHMIDORÏENNE 4
sentir dans les déparlements, des scélérats n'abusent de la crédulité du peuple pour calomnier de nouveau Paris et la Convention nationale, exciter des soulèvements et forcer encore les Français à se combattre et à s'égorger. L'authenticité de la mort récente et naturelle d'un enfant que, malgré toutes les déclamations démagogiques, on ne peut regarder comme un enfant ordinaire, puisqu'au lieu de courir librement dans les rues comme le (ils d'un sans-culotte, une force armée considérable veillait jour et nuit à sa garde, aurait peut-^tre dû, je ne dis pas pour l'honneur de la Convention, mais pour la tranquillité générale et la confusion des malveillants, être solennellement, publiquement constatée à l'ouverture du cadavre * : la Convention n'a pas à craindre les soupçons des citoyens éclairés et vertueux ; mais enfin la malveillance l'environne et s'agite jour et nuit pour égarer les faibles ; et tout gouvernement doit au bonheur de ceux qu'il gouverne, non seulement de mériter l'estime de ses concitoyens, mais même de ne dédaigner aucuns des moyens de prévenir les efforts que pourraient faire les scélérats pour égarer et tromper une portion du peuple sur la vertu de ses représentants. Il vaut mieux éclairer les faibles que de courir les dangers de les punir un jour de leurs erreurs. »
22 PRAIRIAL AN III (iO JUIN 1795).
Rapport du 23 prairial.
Esprit public. — Tous les rapports de ce jour nous donnent à connaître que, pendant la journée d'hier, le calme a été absolument le même que les jours précédents. C'est un point sur lequel tous les inspecteurs s'accordent maintenant; mais, séparément les uns des autres, ils nous laissent apercevoir que l'esprit public n'est pas absolument le même sur tous les événements. Par exemple, la pénurie des subsistances et la cherté excessive des denrées et marchandises sont vues avec résignation et patience de la part de plusieurs citoyens, quoique très souffranls, et avec un mécontentement inouï par d'au-
1. « Nouff apprenons à Tinstant que l'on a fait l'ouverture du corps. Nous en publierons demain le procès- verbal. » ^Xote de l'original.) En effet, dans la Gazette du 25, on lit ceci : • De Paris, le iA prairial. Avant-hier, sur les huit heures et demie du soir, deux commissaires civils et le commissaire de police de la section du Temple se sont transportés à la tour du Temple, pour, en vertu d'un arrêté du Comité de sûreté générale, enlever le corps du fils de Louis XVI ; ils le trouvèrent découvert, et, en leur présence, il fut mis dans un cercueil de bois et transporté de suite au cimetière de Sainte-Marguerite, rue du faubourg Saint- Antoine. Des mesures de précaution ont fait escorter ce convoi de loin en loin par des détachements d'infanterie... i»
5 RÉACTION THERMIDORIENNE [10 juin 1795]
très. La mort du petit Capet, pour les vrais républicains, est un signe de tranquillité et d*espérance ; pour ceux qui regrettent le temps passé, elle fait matière à inquiétude, résultant des conjectures qu*ils forment sur cette mort, que plusieurs d'entre eux voudraient faire regarder comme prématurée et peu naturelle ; ceux-ci se permettent môme de dire qu'un événement pareil pourra nous exposer à voir se renouveler plus que jamais les fureurs de la guerre vendéenne, que Ton assure, dans une partie de Paris, être suscitée et alimentée avec force par l'Angleterre. On a reconnu, d'ailleurs, que la joie était universelle sur Ja prise de Luxembourg, que Ton regarde assez généralement comme le préliminaire de la pacification générale avec toutes les puissances de TAllemagne. Enfîn quelques agents ont encore remarqué que le public fondait de grandes espérances sur le moment où nos législateurs vont, en définitif, donner un gouvernement bien déterminé à la France entière ; d'une part, on y entrevoit le retour de Tabondance avec la disparition de tous les fléaux qui pèsent encore sur Ja société ; d'autre part, on croit apercevoir l'aurore d'une paix prochaine, Ja restauration fixe et immuable des principes de justice, avec l'anéantissement de tous les anarchistes et de tous les projets de tous les royalistes insensés, et, en dernière analyse, la sûreté des personnes et le maintien des propriétés.
Cafés. — Telle est la substance des rapports ; ceux des inspecteurs qui nous rendent compte de la conversation tenue dans les cafés nous disent à peu près la môme chose. Compère est le seul qui nous parle d'un objet particulier discuté par les citoyens qu'il dit s'être trouvés aux cafés du Pont-au-Change et Saint-Michel, où l'on disait que la moisson prochaine exigerait beaucoup plus de bras qu'il n'y en a pour le présent^ que ce serait bien le cas de rendre aux cultivateurs et fermiers leurs enfants, qui sont depuis si longtemps aux armées, et de leur accorder des congés absolus ou limités, dont ils n'useraient que pour rendre de nouveaux services à la patrie.
Spectacles, — Bon et très bon esprit, avec le plus grand calme.
Commerce. Pain. — Vingt-deux inspecteurs annoncent que tout est toujours dans le même état, c'est-à-dire que les distributions se font toujours avec ordre et calme ; ils ont encore remarqué que, dans les rassemblements aux portes de quelques boulangers, il n'y a eu aucun entretien sur la mort du fils de Capet. « Je rencontre dans les rues, dit Losset, beaucoup de gagne-deniers dont les jambes faiblissent et chancellent, et dont le visage presque éteint annonce assez que six livres qu'ils gagnent par jour ne leur suffisent pas pour les i^ubstanter. »
Sur-
fil JUIN 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 6
Guérin dît avoir vu à la porte d*un boulanger deux femmes s'obstiner à ne pas recevoir cinq onces de pain ; elles en exigeaient davantage et voulaient exciter les autres femmes à suivre leur exemple. On est cependant parvenu à les apaiser sans employer la violence ; ces mêmes femmes sont surveillées.
Viande, — Quinze inspecteurs disent que la plus grande tranquillité régnait aussi chez le plus grand nombre de bouchers. Cascel rapporte que, sur la section des Gravilliers, il y avait à la porte de chaque boucher plus de vingt personnes qui n'avaient pas eu de viande; pour éviter ces inconvénients et celui des rassemblements, on réclame un ordre établi par numéros. Nota, La Commission a fait part aux Comités de gouvernement de ces faits.
Marchés. — Les inspecteurs déclarent que les approvisionnements des différents marchés étaient comme à l'ordinaire ; il s'est débité beaucoup de marée ; quelques réclamations se sont élevées sur les litrons ; tout cependant s'est arrangé ; une seule femme a été conduite chez le commissaire de police. Les haricots ont un peu diminué: ils se vendent de 6 livres à 6 livres 10 sols le litron
Bourse. — Trois inspecteurs déclarent qu'il y avait très peu de monde et qu'aucune affaire ne s'y est faite ; ils ajoutent que les agioteurs, n'ayant pu entrer, se sont réunis en très grand nombre sur la place, et disaient que, quoique la Bourse leur soit fermée, ils sauraient bien se rassembler autre part.
Surveillance. — ...Plusieurs personnes, prévenues d'avoir pris part à la sédition du premier jour de ce mois, ont été arrêtées et
conduites à la Commission militaire
Beurlier, Bouchas jeune.
(Arch. nat., F » «III, Seine, 16.)
23 PRAIRIAL AN III (il JUIN 1795).
Rapport du 24 prairial.
Esprit public. — Continuité de calme et de tranquillité, cessation de menaces, injures, invectives et vociférations, auxquelles succèdent aujourd'hui des plaintes qui portent avec elles l'expression d'une douleur profondément sentie et d'autant plus juste qu'elle est réellement provoquée par le sentiment du besoin qu'éprouvent beaucoup
7 RÉACTION THERMIDORIENNE [H juin 4795]
de citoyens de la classe ouvrière, et particulièrement les propriétaires et rentiers, réduits aux abois, dont la misère va toujours croissant en raison du délabrement presque total de leur fortune, suite nécessaire du discrédit absolu des assignats que ces malheureux reçoivent à plein de leurs fermiers et débiteurs, pour les dépenser au moins à quatre-vingt pour cent de perte. C'est sur ces objets que chacun se désole, mais sans colère. Plusieurs gémissent, languissent, et ne se soutiennent que par l'espoir d'un meilleur sort, qu'ils attendent avec résignation et patience. Quelques-uns succombent ; heureusement que c'est encore le très petit nombre. Au résultat, les choses sont montées dans ce moment-ci à un tel excès de brigandage que nous pensons devoir remettre sous les yeux du gouvernement qu'il est instant que ces Qéaux finissent promptement. Telles sont les observations générales que nous avons recueillies dans les rapports de ce jour sur la journée d'hier, dont quelques événements vont être rapportés.
Loignier annonce que l'indigent est obligé de chercher sa nourriture dans les tas d'ordures qui sont au coin des bornes.
Bouillon déclare que le discrédit des assignats fait la base de toutes les conversations qu'il a entendues.
Jacquet rapporte que, dans le quartier du Temple, le peuple disait hautement que les préparatifs faits pour l'enterrement du petit Capet n étaient qu'une feinte, qu'il n'était pas mort, et qu'on l'avait fait partir et sauver bien loin.
Cafés. — Saint-Rémy et Compère rapportent que, dans les cafés qu'ils ont fréquentés, les citoyens y pariaient assez vivement contre les laboureurs et autres spéculateurs, dont l'avidité, ne connaissant plus de bornes, devient de jour en jour si affreuse qu'elle peut en quelque sorte rendre nuls tous les avantages que la récolte prochaine semble annoncer; chacun s'accordait à dire qu'il était plus que temps de mettre un frein sévère à de pareils désordres, et de réprimer des excès aussi scandaleux que pernicieux à toute la société.
Saint-Rémy seul fait connaître que c'est au café qui est sur la place du Petit-Carrousel où il faut se transporter pour se faire une idée de la cupidité des agioteurs. Toutes les passions sont peintes sur les visages de ces furies, tant mâles que femmes; on y voit les assignats par rames, et en un instant le même objet, principalement les montres, changent trois ou quatre fois de main et augmentent à chaque mutation.
Spectacles, — Toujours le meilleur esprit et beaucoup de tranquillité, j
[Il JUIN 1795J HÉACTlOiN THEUMIDOUIENNE 8
Commerce. Pain. — Vingt-trois inspecteurs, dans leurs rapports, annoncent qu'il est à remarquer que les rations de pain varient de 4 à 6 onces, mais que persoime ne parait s'en plaindre comme cidevant. Ce qui occupe le plus, c'est l'excessive cherté de toutes choses, augmentées pour la plupart depuis une décade de plus d'un quart. Le public, estimant qu'il n'est pas possible qu'un taux aussi fort puisse monter davantage, murmure assez haut contre les marchands; non seulement, dit-on, ils ne manquent de rien, lorsque le peuple jeûne et qu'il meurt de faim ; ils font encore tout ce qu'ils peuvent pour prolonger la misère, en accaparant tout à quelque prix que ce soit. On trouve aussi très mauvais que les boulangers fassent payer le boisseau de braise 2 livres, lorsque la voie de bois, qui leur en coûte 32, leur rapporte 16 boisseaux. Us se trouvent par là tout à fait indemnisés.
Comestibles particuliers, — Deslinières dit qu'il s'est transporté, avec le commissaire de police de la section de l'Unité, au bas du Pont- Neuf et autres endroits, et qu'on a fait jeter différents comestibles, tous préparés avec du sang de bœuf, et aussi des harengs qui étaient gâtés et pouvaient compromettre la santé. Le public, en applaudissant à cette mesure, disait qu'on devait encore arrêter les marchands de pareilles saloperies.
Viande, — Seize inspecteurs exposent que le bon ordre paraît se rétablir aux portes des bouchers, quoiqu'il y ait toujours quelques personnes remises au lendemain ; il s'élève aussi quelques réclamations sur la mauvaise qualité de la viande.
Marchés. — Onze inspecteurs rapportent qu'il est arrivé aux halles 955 voitures chargées d'œufs, beurre, légumes et marée. Us ajoutent que les denrées ne paraissent pas augmenter, et que quelques-unes au contraire diminuent.
Bois, — Suivant le dire de cinq inspecteurs, U ne parait pas qu'il s'était vendu beaucoup de bois ; les marchands pour la plupart sont occupés à remplir leurs chantiers de celui qui leur arrive ; il est descendu au port au blé un bateau de fagots qui se vendent 30 sols la pièce; oa vend au port de la Tournelle du charbon 75 livres Ja voie.
Agiotage, — Drouin et Vibert déclarent que, dans les différents quartiers où se réunissent les agioteurs, ils n'ont rien vu de contraire au bon ordre ; ils disent aussi qu'ils ont le projet de se rassembler aux Champs-Elysées et qu'Us se plaignent de la manière dont on entrave le commerce.
9 RÉACTION THERMIDORIENNE [12 juin 1795]
Surveillance. — . . .Bance, officier de paix annonce que cette nuit trente-huit massacreurs des 2 et 3 septembre ont été arrêtés sur la section du Jardin-des-Piantes, par ordre des commissaires civils de
ladite section
GossET, Beurlier.
(Arch. nal., F » « 111, Seine, 16.)
Rapport du 25 prairial.
Esprit public. — Il résulte des rapports de ce jour que, pendant la journée d'hier, la tranquillité s'est non seulement soutenue à Paris, comme les jours précédents, mais même qu'on n'y a point aperçu aucun de ces préparatifs, qui, dés la veille, manifestaient assez les mouvements du lendemain. (Cette observation a trait aux bruits de rinsurrectioQ annoncée depuis dix à douze jours pour le 25, qui est aujourd'hui, où tout est dans le plus grand calme.) Les inspecteurs nous annoncent, comme à l'ordinaire, que la pénurie habituelle des subsistances , la cherté incroyable de toutes choses , le discrédit marqué des assignats font toujours la base de l'entretien des citoyens, dont les plaintes sont arrachées par la misère qui tourmente de plus en plus la majeure partie des membres de la société.
On a remarqué aussi que les grands événements politiques, tels que la mort du petit Gapet, les hostilités renouvelées ou prétendues telles des Chouans et des Vendéens, les mouvements des troupes, leur séjour auprès de Paris, les succès de nos armées, la guerre et autres objets occupaient toujours les esprits et donnaient lieu dans la discussion à des opinions différentes, souvent très vives ; mais l'on a vu également que cette animosité cessait aussitôt que l'on parlait de la destruction de l'agiotage, du retour de la paix, de la restauration des finances, et enfin du nouveau gouvernement promis à la France, quatre points capitaux sur lesquels tous les bons patriotes se réunissent et prononcent hautement le vœu le plus sincère, en dépit des ennemis du bien public.
La Commission a donné des ordres les plus précis pour surveiller avec attention plusieurs quidams, habitués des cafés de Valois et du
[12 jriN 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 10
Jardin-Égalité, que l*uniformité et la singularité de leurs costumes font regarder comme suspects.
Compère rapporte que Ton assure que les louis se sont vendus jusqu'à mille livres, et que Ton remarque qu'ils sont principalement achetés par les étrangers ; il ajoute que les inquiétudes sur les assignats sont poussées au point que les négociants offrent de prêter des sommes considérables sans intérêts, payables en deux, quatre ou six ans.
Cafés, — Saint-Rémy expose qu'au café de Valois on s'y occupait hier de passer en revue, avec beaucoup d'amertume, tous les malheurs auxquels la France est en proie ; il ajoute que la Convention était blâmée sans ménagements^ qu'on détestait le régime actuel, qu'on lui comparait continuellement l'ancien ordre des choses, auquel on donnait hautement la préférence, qu'au surplus il n'a rien découvert de relatif à l'objet qui le conduit dans ce café habituellement. (Il veut parler des Chouans, dont la surveillance lui est confiée.)
Spectacles. ~ Aucuns faits particuliers contre l'ordre et la tranquillité publique
Viande. — Suivant les rapports de vingt-deux inspecteurs, il parait que c'est aux portes des bouchers qu'éclate le plus grand mécontentement, et, particulièrement, section de l'Unité, beaucoup de personnes n'ont pu obtenir de viande depuis longtemps. — Nota, La Commission a écrit une circulaire aux Comités civils pour savoir d'où peut provenir ce déficit, tandis que l'Agence des subsistances annonce que chaque section reçoit plus que sa portion
Bourse et agiotage. — Quatre inspecteurs rapportent que, sur la place du Louvre, il y avait un grand nombre d'agioteurs sur les deux heures et demie ; que les vendeurs d'or et d'argent augmentent considérablement, et qu'on entend beaucoup murmurer sur les assignats de 10,000 livres et sur la rareté de petits billets.
Mouchot annonce qu'au marché des Innocents on commerce aussi sur l'or et les bijoux, et que le nombre des marchands s'accroît journellement. Le carreau, les cafés et les boutiques des marchands de vin d'alentour en sont remplis. Le commissaire de police et les inspecteurs en conduisent souvent quelques-uns au bureau de police, et, lorsqu'ils ne sont pas en règle, on exige d'eux des répondants. . . .
Barbarin, Alletz.
(Arch. nal., F » ^ IIÏ, Seine, Ib. j
H RÉACTION THERMIDORIENNE [13 juin 1795]
Rapport du 26 pkairial.
Esprit public, — Tous les rapports de ce jour nous annoncent pendant la journée d'hier la continuité du calme dans Paris ; mais, en nnéme temps, les inspecteurs de police ne se taisent pas sur le triste état de la plus nombreuse partie des citoyens, dont le découragement est presque à son comble. Sans cesse ils nous répètent qu'il n*y a personne qui ne se plaigne amèrement de Texcessive cherté de toutes choses et de la difficulté extrême que Ton éprouve à se procurer le triste nécessaire; en effet, si le marchand lui-même, autre que celui de comestibles, se plaint de voir son bénéfice absorbé par le prix exorbitant de tout ce qui tient à la vie, que diront les petits propriétaires et les malheureux rentiers, chargés d'une nombreuse famille, qui n'ont pas la ressource mercantile, ni même celle du travail? Que dira l'employé peu émolumenté? Que diront enfin les ouvriers et artistes des villes, exposés, pour la plupart, à manquer incessamment d'ouvrage, faute de trouver des gens assez fortunés pour les faire travailler ?
Tels sont, d'après l'esprit public, les discours que l'on entend de toutes parts ; chacun gémit et se dit : «Si nous connaissions au moins le terme de nos malheurs, il nous serait possible de les supporter avec résignation; mais le mal, au lieu de prendre fm, s'accroît d'heure en heure d'une manière si fâcheuse qu'à peine nous reste-t-il l'espoir, seule ressource des misérables. » De là des plaintes nouvelles contre les agents des subsistances, les intrigants, les agioteurs, et aussi contre les gros laboureurs qui, seuls depuis quelque temps, font sans perte, un bénéfice immense.
Dans ces circonstances, il devient bien urgent que le gouvernement puisse enfin venir au secours de ceux qui souffrent depuis longtemps, et qu'il prenne, d'après le vœu général, des mesures pour ne pas exposer davantage les citoyens à lutter contre la faim et le besoin, qu'un père de famille, et même un homme seul ne peut plus satisfaire avec un revenu de douze cents livres qui, payé en assêgnals à plein, ne lui représente pas intrinsèquement une valeur de 80 livres de rente au cours actuel du prix des marchandises.
[13 JCiN 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 12
Legrand, inspecteur, dit qu'un citoyen venait de déclarer que, pressé par le besoin, il avait vendu un couvert d'argent 900 livres, qui lui avait coûté 36 livres avant la Révolution.
Cafés. — Compère rapporte que, se trouvant dans les cafés de la place des Trois-Maries, il y avait entendu dire que le projet de la Convention était de démonétiser les assignats de dix mille livres et de cinq cents livres, et qu'on y ajoutait que plusieurs députés n'avaient pas hésité de dire dans leur société qu'il n'y avait pas d'autres moyens de faire rentrer sept ou huit milliards d'assignats, sur les quinze qui sont en circulation.
Saint-Hémy annonce qu'il voit toujours à peu près les mêmes visages au café Valois, mais aucun de ceux qui lui ont été désignés par [sic) des collets verts et noirs. Le même inspecteur déclare que la conversation de ces habitués ne respire rien moins que les principes républicains, qu'entre autres choses, et sans plus d'explication, ils disaient que le prix excessif des matières d'or et d'argent servait les projets de la Convention, que cependant ils parlaient plus en aristocrates prononcés qu'en conspirateurs, et enfin qu'on y a tourné en ridicule le procès-verbal de l'ouverture du corps du petit Capet.
Spectacles. — On y a été parfaitement tranquille.
Commerce. Pain. — La plupart des inspecteurs, après avoir parlé des rations de pain délivrées à chaque citoyen, dont la distribution a été faite en même proportion que les jours précédents, disent qu'on ne tient aucun propos et que tout est tranquille, ce qui donne lieu de croire que les rassemblements qui étaient aux portes des boulangers sont en partie dissipés
Bocquet-Destournelles, Le Roux.
(Arch. nat, F » « 111, Seine, 16.)
Journaux.
Messager du soir du 26 prairial : « Parisy le 25 prairial. Il ne parait pas que cette journée, pour laquelle on annonçait depuis longtemps des troubles et des insurrections, doive être marquée par aucun événement extraordinaire. Tout Paris jouit du calme et de la tranquillité ; on parle cependant, dans quelques lieux publics, de la découverte d'un complot qui avait pour but d'égorger le Comité militaire ; on assure même que quelques-uns des chefs de cette prétendue conspiration ont été arrêtés dans le faubourg Germain. Les bruits qu'on se plaît à répandre sur le prochain départ de la Convention pour Versailles ne paraissent pas mieux fondés ; il est très vrai que depuis quelques temps on travaille avec beaucoup d'activité à faire au château de Versailles toutes les restaurations convenables. On disait, avant la nouvelle de la maladie
la RÉACTION THERMroORIENNE [14 juin 1795)
et de la mort du fils de Louis XVI, que l'on s'empressait de mettre tous les
appartements en ordre pour Ty placer le 25 » — Journal de Perlet du
26 prairial : « Paris a été calme hier, comme les jours précédents ; pas
un homme ne s'est agité Voudra-t-on le croire ? hier le louis se vendait
900 livres en papier! Comment se nourriront les citoyens, qui sont la
plupart sans argent, les propriétaires payés en papier, les fonctionnaires publics payés en papier, les salariés de l'Etat, tous payés en papier, les malheureux rentiers qui, par suite de la plus atroce indifférence ou de la plus stupide administration, ne reçoivent même pas, depuis quinze mois, ce papier qui, dans leurs mains, n'aurait pas aujourd'hui le quinzième de sa valeur • ? »