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Rapport du 27 praihial.
Esprit public. — Si nous pouvons juger du calme réel des esprits par la tranquillité apparente, nous sommes en état d'assurer que tout est rentré absolument dans Tordre, et même que, d'ici à quelque temps, il n'y a aucune espèce d'inquiétude à concevoir. Néanmoins, d'après les rapports de ce jour, il est vrai de dire que le mal qui dans les derniers troubles a servi de prétexte aux agitateurs est toujours le même, et qu'il pèse de plus en plus sur les classes les plus nombreuses de la société. Nous ne pouvons trop le répéter, il est plus que temps d'arrêter le fléau horrible de Tagiotage, dont les funestes effets paralyseraient entièrement les meilleures intentions du gouvernement; il presse d'opposer très promptement une digue puissante à ce torrent destructeur, qui, dans sa chute rapide, entraînerait les fortunes des plus honnêtes patriotes. Il a été déjà dit, on ne le sait même que trop, que les meilleurs citoyens ne peuvent plus subvenir aux dépenses incalculables, résultant du discrédit des assignats, sans emprunter ou vendre leurs effets et leurs fonds ; on peut assurer même que, si le mal s'accroît encore, ils seront forcément privés de toute ressource et réduits aux plus fâcheuses extrémités, et que leurs biens, à la faveur de tous les moyens iniques employés par les sangsues publiques, deviendront la proie de ces malfaiteurs. Dans ce bouleversement général, la classe ouvrière, qui souffre déjà
1. Voir plus loin, p. 16, sur cet article du Journal de Perlet, le rapport du 28 prairial.
beaucoup, n'y gagnera rien pour l'avenir; les secours lui seront même possibles (sic)^ pendant un très long espace de temps.
Telle est absolument l'opinion publique, dont nous ne sommes ici que Técho. On pourrait encore, sans vouloir charger le tableau, observer aux Comités de gouvernement que les ennemis de la chose publique, royalistes, terroristes et autres, chacun suivant les impulsions qui les font mouvoir, sans cesse aux aguets, veillent constamment pour consommer notre ruine, préparée à l'avance par cette armée de vampires, tous êtres aussi immoraux que dangereux à la République et à chaque citoyen en particulier.
Plusieurs inspecteurs rapportent que beaucoup de marchands refusent, non seulement de changer, mais même de prendre pour comptant dans le commerce les assignats de 400 livres, sous prétexte, disent les uns, qu'il y en a de faux ; d'autres, parce qu'ils doivent être timbrés.
Cafés. — Il résulte du rapport de Saint-Rémy qu'hier les habitués du café de Valois cherchaient à faire croire que les Chouans étaient persécutés, qu'on massacrait même ceux qui étaient sans armes, et que leurs chefs ont été injustement arrêtés contre la foi des traités. Le même Saint-Rémy déclare qu'il existe un ouvrage périodique qu'on fait circuler, où tous les sujets de plaintes des rebelles sont déduits ; qu'il en a entendu lire quelques fragments propres à leur faire des prosélytes ; il ajoute qu'il ne négligera rien pour se procurer cet ouvrage, qu'il a vu porter chez un marchand du Palais-Égalité auprès du café de Valois, par un particulier dont il a pris le signalement autant qu'il l'a pu ; il termine en annonçant que l'ouvrage dont il est question se vend, mais qu'il faut être connu pour l'obtenir.
Spectacles, — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné ; l'esprit y est généralement très bon.
Commerce, Pain, — Seize inspecteurs rapportent que les distributions continuent à se faire paisiblement. Les seules difGcultés qu'ils ont pu remarquer ont pour objet une diminution sensible dans la portion de riz depuis quelques jours.
Viande, — Dix-sept inspecteurs disent qu'il se forme toujours des rassemblements, la nuit, aux portes de quelques bouchers, parce qu'ils n'ont pas assez de viande pour tout le monde. Ils observent néanmoins que cela paraît exciter moins de plaintes que ci-devant, parce que Ton espère qu'il y aura, le mois prochain, un ordre généralement établi par numéros, et qu'on ne sera plus libre de choisir son boucher. Lebois dit que, rue de Lourcine, à côté de la caserne, un boucher n'a fini sa distribution qu'à une heure
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Bourse. — Cinq inspecteurs rapportent qu'il ne s'est rien fait à la Bourse. — Les agents de change se sont rendus sur la place pour y traiter d'affaires. — L'or et l'argent étaient baissés ; les uns en paraissaient consternés, d'autres très satisfaits. Les effets se payent plus cher en gros assignats qu'en petits. Plantin a découvert que, chez un marchand de vin rue de la Ferronnerie, vis-à-vis de celle de la Grande-Friperie, il s'y rend beaucoup d'agioteurs, qui commercent sur les monnaies d'or et d'argent
DuciiAUFFouR, Le Roy.
(Arch. nat., F* «III, Seine, 16.)
Rapport du 28 prairial.
Espnt public. — Les inspecteurs de police, par leurs rapports de ce jour, en nous confirmant la continuité du calme dans Paris, nous apprennent en même temps que le public a fort à cœur de voir renaître l'abondance, qu'il désire par-dessus tout la suppression totale de Tagiotage, source de tous les malheurs, ainsi qu'une diminution sensible dans le prix des denrées et marchandises, auxquelles il ne peut plus atteindre qu'avec une extrême difficulté. Il verrait encore avec la plus grande satisfaction, ajoute-t-on, les assignats reprendre un crédit assez considérable pour ne plus laisser prise aux inquiétudes. L'on a remarqué aussi que ce qui occupe essentiellement les esprits, mais sans agitation, c'est l'attente du nouveau gouvernement, dont le mode doit être incessamment proposé. Cette époque, regardée comme très prochaine, tient tous les esprits en suspens ; chacun en attend son bonheur : le peuple y voit Tabondance ; l'homme tranquille, la restauration de Tordre ; le patriote, l'établissement solide et permanent de la République ; le propriétaire et le rentier, le maintien et le respect dû aux propriétés. En un mol, si on en excepte les malveillants et les mauvais citoyens, il n'est personne qui ne cherche à lire dans ce nouveau code ses devoirs en même temps que ses droits. On en tire encore assez généralement les inductions les plus avantageuses d'une pacification générale avec tous nos voisins; c'est à compter de ce moment, entend-on de
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toutes paris, que le Français se croira heureux et libre, et qu'il ne connaîtra plus crautre maître que la justice et la loi.
Cafés, — Connpère rappelle que, dans les cafés qu'il a surveillés, il y a entendu dire à plusieurs particuliers qu'il serait bien à souhaiter que le gouvernement prît des mesures très répressives contre les agioteurs, qui faisaient tout leur possible pour rétablir la hausse du numéraire, qui a baissé assez sensiblement. Il ajoute que plusieurs bons citoyens donnaient en môme temps les plus flatteuses espérances sur les travaux continuels des Comités du gouvernement.
Saint-Rémy annonce qu'au café de Valois il n'y a pas vu les personnes qu'il y cherchait, que d'ailleurs il y avait très peu de monde qui causait fort paisiblement sur les événements du jour, et que Ton disait seulement que les Chouans étaient à Alençon.
Spectacles, — Même ordre; tranquillité toujours soutenue; esprit excellent.
Nous pensons devoir dénoncer aux Comités du gouvernement un article du Journal de Perlet^ n* 992, où il inculpe avec une impudence extrême et même calomnieuse, lorsqu'il dit que les malheureux rentiers qui, par suite de la plus atroce indifférence ou de la plus stupide administration, ne reçoivent pas même, depuis quinze mois, ce papier qui aujourd'hui, dans leurs mains, n'aurait pas le quinzième de sa valeur *, ce qui ne peut être vrai, à moins que les rentiers eux-mêmes ne se soient point mis en règle ; alors ce serait uniquement leur faute, et nullement celle du gouvernement.
Commerce. Pain, — Vingt-six inspecteurs rapportent que des plaintes, dont il n'était pas question ces jours derniers, et qui sans doute étaient concertées, recommencent, et même qu'elles se multiplient ; elles ont pour objet l'inégalité des différentes distributions, la modicité de la ration de pain et la cherté des denrées.
Moyron dit que quelques citoyens paraissent douter, quant aux subsistances, du bon effet que doit produire le nouveau gouvernement.
Losset annonce que les personnes qui se trouvent dénuées de toute ressource regrettent hautement l'ancien régime.
Voisin annonce qu'au Gros-Caillou, on se porte en foule à la portç des boulangers, principalement chez le citoyen Thévenin, rue de Grenelle, parce que chaque jour cent personnes environ s'en retournent sans paiii. Nota, La Commission a écrit au Comité civil pour connaître la cause de ce rassemblement.
Champenois, Hornin.
(Arch. nat.. F * « 111, Seine, 16.) 1. Voir plus haut, p. 1.3.
17 RÉACTION THERMIDORIENNE [16 juin 17«.)3J
Journaux.
Courrier républicain du 28 prairial : « Du 27 prairial. Heureusement que le prix des comestibles ne se règle pas tout à fait sur lesodieuses spéculations des monopoleurs monaitaires ; car, s il en était ainsi, il faudrait paver aujourd'hui 20 francs ce qu'on a payé hier 10 livres, et diminuer, rarement il est vrai, mais avec la même rapidité et quelquefois dans la môme proportion, le mi^me objet qu'on aurait été forcé d'augmenter un jour auparavant. Avanthier le prix d'un louis a été porté jusqu'à mille francs, et aujourd'hui ils sont
au-dessous de 600 livres » — Gazelle française du 28 prairial : « De
Paris, le 27 prairial. Le prix de l'or et de Targent avait augmenté ici à un point qu'avant-hier un louis se vendait mille livres en papier. Le soir même ils ont baissé de 60 livres. Hier, ils sont redescendus jusqu'à 050 livres, et aujourd'hui on assure qu'ils ne vont pas au delà de 600 livres. On ignore la cause de cette baisse extraordinaire, si ce n'est que les agioteurs ont craint les suites du rapport qui doit être fait aujourd'hui sur les finances.» — Journal ile Perlet du 28 prairial : « On assure que la fille de Louis Gapet, détenue encore au Temple, et qui survit au reste de sa famille, y est malade. Que ce bruit soit vrai ou faux, la position de cette jeune orpheline ne peut manquer d'exciter l'intérêt des amis de l'humanité. » Le même journal demande qu'on la renvoie à la frontière, et qu'en attendant on la place « dans la même maison de santé que la veuve d'Orléans ».
Rapport du 29 prairial.
Esprit public. — Des rapports de ce jour, il résulte que le calme a été le même dans Paris, pendant la journée d'hier que les jours précédents.
Les plaintes et les murmures que Ton peut encore entendre se rapportent toujours à la pénurie des subsistances, à la cherté continuelle de tout ce qui tient à la vie, et aussi au vil prix des assignats. Si le gouvernement pouvait trouver les moyens d'adoucir la rigueur de ces trois fléaux, nous n'hésitons pas à croire que les malveillants n'au« raient plus aucun prétexte d'agiter le peuple ; celui-ci, content de son sort, et assuré de sa subsistance, abandonnerait facilement la manie des discussions sur les événements politiques, prendrait le parti de confier ses intéréls à la sagesse de la Convention, et de s'en référer entièrement à sa prudence et à ses lumières ; par suite^ il respecterait les autorités constituées ; ne connaissant plus que la loi, il