‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 43 sur 141 · CDXX 3« JOUR COMPLÉMENTAIRE AN III (19 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CDXX 3« JOUR COMPLÉMENTAIRE AN III (19 SEPTEMBRE

Rapport du 4« jour complémentaire.

Esprit public. — Même calme que de coutume pendant la journée d'hier, mais les esprits ont paru plus vivement agités que les jours précédents. Nous en détaillerons les causes dans le cours du présent rapport, contenant lanalyse de ceux qui nous ont été remis par les inspecteurs de police.

Assemblées primaires. — Il ne résulte d'autres observations, sinon que les citoyens qui les composent sont toujours animés du même esprit, qu'ils procèdent à la nomination des électeurs, que les opéralions ne sont interrompues que par les députations, à la tète desc^uelles les orateurs lisent des arrêtés et des adresses très énergiques, €qui reçoivent Tassentiment presque général.

Subsistances. Groupes. — Le public s'entretient sans cesse de ses

souffrances et de ses besoins ; tout ce qu'on entend dire à ce sujet

^innonce la lassitude extrême des citoyens et leur désespoir de voir le

l)rix des denrées augmenter à tout instant. Les inquiétudes se mani-

Festent de toutes parts, ainsi que les plaintes et les clameurs contre

le gouvernement, que Ton accuse de se faire donner à un prix très

modique les objets de première nécessité, dont les malheureux sont

obligés de se priver. On pense que l'agiotage, dont l'activité est plus

forte que jamais, ne peut qu'aggraver tous nos maux, et discrédite

totalement le papier-monnaie.

Partie politique. — Toujours même variation d'opinion sur les décrets relatifs à la réélection des deux tiers. Le conflit fait naître des disputes entre les citoyens. D'un côté on dit que la Convention est animée des sentiments les plus purs, qu'elle n'a d'autre objet, en se maintenant en place, que de soutenir l'édifice de l'acte constitutionnel, qui s'écroulerait, s'il était abandonné à des mains étrangères, peut-être même malveillantes et intéressées à propager une nouvelle doctrine. De là des menaces terribles contre les meneurs des sections, traités de fanatiques et de royalistes. D'autre part, les injures les plus atroces se dirigent contre la représentation nationale ; on n'hésite pas de lui reprocher tous les malheurs dont la France est accablée. Certains individus disent hautement que, si les

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représentants actuels persistent à rester à leur poste, ils éprouveront le même sort que les Suisses au 10 août 1792. Quand des citoyens parlent de comptes à rendre, on leur répond : « Quels comptes voulezvous qu'ils vous rendent? Ils ont tout pillé, tout volé. » On dit encore que le moindre soulèvement que la Convention organisera sera son arrêt de mort.

Nous disions, ces jours derniers, que les partis étaient en présence; cette assertion ne se vériQe que trop. Hier, au Jardin national, des citoyens, pour des divisions d'opinion, en seraient venus aux mains, si la force armée n'était pas survenue et n'eût dissipé un groupe fort tumultueux. (Extrait du rapport de Dufour.) Tel est Tétai présent des choses, dont les patriotes paisibles gémissent, et dont le résultat leur fait craindre les horreurs d'une guerre civile prête à éclater.

Quelques inspecteurs nous rapportent avoir été témoins d'une conversation entre gens sensés, dont Tobjet roulait sur un article de la Constitution qui accorde aux représentants leur indemnité en grains^ ; on le regardait comme très impossible en ce que le gouvernement, disait-on, aura toujours intérêt de soutenir à un haut prix le pain, qui, comme on le sait, est la boussole du commerce en général.

Cafés. — Hier, dans plusieurs cafés du Palais-Égalité, les propos les plus injurieux se faisaient entendre contre la Convention et spécialement contre les représentants Tallien, Legendre, Dubois-Grancé et autres, accusés d'avoir fait un appel prétendu aux patriotes de 89, qui n'étaient, disait-on, que d'infâmes terroristes, dont la belle et honorable représentation nationale s'entourait journellement.

Aux cafés du boulevard, on parlait avec véhémence contre la Convention ; entre autres choses, on disait qu'il serait bien difficile de citer une seule bonne action de sa part, qu'au contraire elle a ouvert la porte à toutes les factions qui ont déchiré la France. D'autres citoyens, avec non moins de chaleur, répliquaient que l'on ne désirait le renouvellement du Corps législatif en entier que pour amener un nouvel ordre de choses, abattre la République et faire couler le sang de ceux qui l'ont soutenue.

Spectacles, — Le bon ordre y a régné ; seulement, au théâtre de la rue Favart, la tranquillité a été troublée par des citoyens qui ont escaladé et se sont emparés des loges louées ; cet inconvénient n'a pas eu de suite.

1. Article C8 de la Constitution de Tan III : « Les membres da Corps législatif reçoivent une indemnité annuelle; elle est, dans l'un et Tautre Conseil, fixée à la valeur de trois mille myriagrammes de froment (six cent treize quintaux trente-deux livres). »

257 RÉACTION THERMIDORIENNE [20 septembre 1795]

Journaux, — Même acharnement de la part du rédacteur du Courrier universel et du Courrier républicain. 11 n'y a pas de numéro à spécifier; tous sont journellement remplis des réflexions les plus amères et les plus satiriques.

Commerce. Pain, — Les distributions ont été hier aussi calmes que les jours derniers. Il se répand un bruit que la portion de pain, au lieu d*augmenter^ doit encore être incessamment réduite; il se manifeste à cet égard une sorte de mécontentement

Pasté.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)

Journaux.

Courrier français du 3« jour complémentaire : « Vous qui ne voyez Paris que dans les journaux, ne croyez pas tout ce que la malveillance se plait à répandre sur son compte. Paris ne fut jamais plus calme, plus docile à la voix de SCS maîtres. Jamais les spectacles ne furent si fréquentés, les parures des femmes plus soignées, le boulevard Italien plus brillant, les Champs-Elysées plus remplis d'aimables spectres. Il est vrai que TÉrèbe est à côté de ce para- <lis de délices, que des pauvres innombrables en assiègent les avenues. »

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