‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 42 sur 141 · JOUR COMPLÉMENTAIRE (48 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

JOUR COMPLÉMENTAIRE (48 SEPTEMBRE

Rapport du 3« jour complémentaire.

Esprit public. — Paris continue à être tranquille. Les esprits sont néanmoins vivement échauffés par Teffet des tristes et pénibles circonstances où nous nous trouvons.

Assemblées de sections, — Les remarques faites par les inspecteurs chargés de surveiller l'intérieur des assemblées primaires se bornent aux observations suivantes. La section du Mail a reçu plusieurs députations avec des arrêtés contenant le vœu pour Tacceptation de Tacte constitutionnel et le rejet des décrets des deux tiers. Celle de la section Le Pelelier a été spécialement distinguée par le projet d'adresse qu'elle a présenté pour être envoyé aux départements et aux armées. Cette adresse, remplie d'énergie et de force, range en trois classes les membres de la Convention. Les premiers sont regardés comme les hommes probes, dignes d'être réélus à la prochaine législature. Les seconds sont peints comme gens sans caractère, qui s'abandonnent et se laissent entraîner par le torrent des factions. Les derniers enfin sont désignés comme parfaitement semblables aux Robespierre, Carrier et autres de cette espèce, qui ne veulent et ne respirent que le crime, contre lesquels il faut se mettre en garde. Ce même projet d*adresse a été lu à la section du Temple. Du reste, les sections, toujours fermes et paisibles, s'occupent de la nomination des électeurs.

Subsistances. — La misère est à son comble, nous le disons depuis longtemps. Aujourd'hui les agents de police nous annoncent que l'assignat est réduit à la plus mince valeur, que le brigandage des agioteurs ne connaît plus de bornes, que le prix des denrées et marchandises croit à vue d'oeil.

Groupes. — Us nous disent en même temps que tous ces fléaux, en ajoutant à la haine du public contre les marchands et les cultivateurs, donnent lieu en même temps aux propos les plus infâmes contre le gouvernement, et font appréhender un mouvement prochain, dont les suites peuvent être de la plus funeste conséquence.

Partie politique. — Les affiches étaient lues hier avec beaucoup d'insouciance par le public. Dans quelques groupes, on se plaignait

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de la lenteur des sections à nommer les électeurs; on regardait cei qui sont à leur tète comme des meneurs qui, poussés par Tambitic et le désir de se faire un nom, ne cherchent que leur intérêt personn pour supplanter la Convention et faire prévaloir un nouveau sy: tème.

Dans d^aulres rassemblements on regardait comme certain qi plusieurs départements avaient protesté contre leur [prétendue] adh sion aux décrets des 5 et 13 ; on y disait encore que, par le moy( des profusions et des largesses de la Convention, les soldats du can sous Paris se livraient à des orgies épouvantables.

Quelques inspecteurs déclarent que le bruit qui se répand de re: susciter les Jacobins et de rétablir le règne de la Terreur échaufl beaucoup les têtes. Il en est un qui annonce formellement avoir er tendu dire qu'il y a un plan formé d'incarcérer la Convention poi lui faire rendre ses comptes sur les finances, les prises faites sur l'ei nemi, et obtenir vengeance du sang innocent qu'elle a fait couler.

Ce même inspecteur ajoute avoir appris que les troupes nouvel) ment arrivées à Paris professaient le même sentiment et avaient d n*avoir accepté la Constitution que sur le simple avis des proconsul et sans en avoir entendu la lecture. Au dire de ce même agent d'après ses observations, les électeurs se proposent, sans s'arrêb aux vœux de la majorité qui a accepté les décrets [sur la rééle tion] des Cinq Cents, de nommer les législateurs à leur choix.

De tout ce que dessus, s'il est facile à remarquer que les opinioi sont toujours divisées, on doit voir clairement que l'effervescence e toujours la même, et que ce choc, d'où résultent nécessairement d mouvements très irascibles, peut nous conduire aux plus grani dangers.

Un inspecteur rapporte qu'hier, dans un groupe de la porte Martii une femme, pour avoir dit qu'elle regrettait le temps de la guilli tine et qu'elle désirait qu'elle fût permanente, n'a dû son salut qu une fuite précipitée et à la protection de plusieurs autres femmes.

Cafés. — Hier, au café du Caveau, on y déclamait forteme: contre le représentant Tallien, et, malgré sa prétendue juslifîcatioj il était accusé d'avoir été un des principaux meneurs des massacn des premiers jours de septembre 1792.

Spectacles, — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la trai quillité

Hannocque-Guérin.

(Arch. nat., F» Mil, Seine, 17.)

RÉACTION THERMIDORIENNE [19 septembre 1795]

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