‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 45 sur 141 · TOMB U · texte numérisé non relu

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tion contraire faite par des voyageurs qui arrivaient de ce pays-là^ à la garde montante de la barrière d'Enfer.

Subsistances. — Les esprits sont toujours très aigris et fort agités; le viflaiguillon du besoin et de la misère anime et excite la majeure partie des citoyens ; de toutes parts on jette les hauts cris sur l'impossibilité où Ton est de se procurer le nécessaire. Dans les conversations publiques et privées, on n'entend que des murmures, plaintes et clameurs contre le gouvernement, que Ton accuse de faire accaparer les grains par ses agents à tel prix que ce soit.

Un inspecteur, en rapportant que dans plusieurs groupes on approuvait hautement Tinsurrection de Chartres, en disant qu'il faudrait en faire autant ici^ ajoute que plusieurs citoyens sages observaient qu'une pareille mesure nous plongerait infailliblement dans la guerre civile.

Partie politique. — Toujours même division dans l'opinion publique sur les décrets des 5 et 13. D'une part, reproches, invectives et menaces contre la Convention, que ses ennemis déchirent sans pitié en lui attribuant le déluge de maux qui désolent la France, ainsi que tous les actes de férocité qu'elle a commis ou laissé commettre sous le régime décemviral. On l'accuse encore de se servir aujourd'hui des mêmes gens qui figuraient dans ces temps horribles pour appuyer ces prétentions, vexations et usurpations. Quelques inspecteurs ne dissimulent pas que la représentation nationale perd tous les jours de ses partisans. D'un autre côté, les meneurs des sections sont regardés comme des nouveaux tyrans, qui veulent anéantir la Convention et renverser le régime actuel. Au milieu de ces opinions diverses, on appréhende une guerre civile; ces craintes sont fondées, dit-on, sur la trop grande rivalité qui existe entre la Convention et les sections, et encore sur le renchérissement révoltant de toutes les denrées, ainsi que sur les calculs infâmes de l'agiotage, dont le principe et les progrès sont hautement reprochés à l'insouciance ou à l'avantage que peuvent en retirer les gouvernants.

Cafés. — Les citoyens qui y étaient rassemblés sur le soir, au Jardin-Égalité, se répandaient en invectives les plus fortes contre la Convention et la majeure partie des députés, que l'on traitait d'une manière horrible. On disait, entre autres choses, qu'il n'y avait pas de moyens infâmes qu'ils ne missent en usage pour tromper le peuple ^ sur ses véritables intérêts, tels que les mensonges hardis sur la pré tendue acceptation faite par les départements du décret des cin cents, que l'on assurait être fabriquée sous la cheminée. On regar dait encore comme chose fausse et controuvée la nouvelle de no

REACTION THERMIDORIENNE [20 septembre 17951

^i<5toires de l'autre côté du Rhin^ auxquelles, ajoutait-on, il est inm possible de croire.

Spectacles. — Aucuns faits particuliers contre le bon ordre et la tranquillité.

Commerce, Pain. — II se répand un bruit aux portes des boulangers qu'on arrête toutes les voitures chargées de farine et autres denrées destinées pour Tapprovisionnement de Paris

Bourse. — Inscriptions : 27, 26 i/2, 27 p. 0/0 de bénéfice.

Change. — Hambourg 7,350; Livourne 4,000; Gènes, 3.800; Bêle, 2 7/16 à 3/8 ; Amsterdam, 1 7/16 à 3/8 ; or fin, 4,500 à 4,600 ; argent lingot, 2,160 à 2,180.

La Bourse a été très nombreuse ; beaucoup de marchands de

montres et bijoux s'y sont présentés, munis de patentes visées au

Déparlement. On y a remarqué aussi des brocanteurs de bottes et

souliers qui les vendaient en gros, savoir : les bottes à 780 livres la

pair^, et les souliers à 135 livres.

Hannocoue-Guérin.

(Arch. nat., F»«nï, Seine, 17.)

Journaux.

Courrier français du 5° jour complémentaire : « Dimanche dernier, Son Altesse Sérénissimc Madame Cabarrus a honoré de sa présence les heureux ^a.l>iianls de Saint-Gloud. Son auguste époux, M. Tallien, raccompagnait. Un »eu d'artifice, une collation galante étaient préparés. On a dîné dans les apparteïïicnts. Après la collation, les deux époux, accompagnés d'une suite bril- *ant€, se sont rendus au parc, d'où, assis sur la molle pelouse, ils ont été à portée de voir jouer les eaux. La fête a paru faire plaisir à leurs Altesses. "*- de Tallien a même paru moins rêveur qu'à l'ordinaire. Il a môme accueilli *vec beaucoup de complaisance une supplique, qui lui a été adressée par les babitanls de Saint-Cloud, tendant -à obtenir une once de pain de plus par i^nr. M. de Tallien a renvoyé les suppliantes à Voffice, en attendant qu'il ait f^it droit à leurs très humbles remontrances. » — Messager du soir du ^^ jour complémentaire : « Nous voilà dans les sans-culottidcs : c'était avant- ^'^ï* la fête de la Vertu, hier la fête du Génie, aujourd'hui la fête du Travail, ^^niain c'est la fête de l'Opinion, et après-demain c'est la fête des Récompenses : on demande quel est celui de ces jours que la Convention peut *^opier pour sa fête. »

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