‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 46 sur 141 · CDXXII 5« JOUR COMPLÉMENTAIRE AN III (21 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CDXXII 5« JOUR COMPLÉMENTAIRE AN III (21 SEPTEMBRE

Rapport du 6« jour complémentaire.

Esprit public. — Aux agitations près, que font naître les circonstances, même tranquillité à Paris que de coutume.

Sections, — Les sections, constantes dans leur marche, ne dévient pas un incitant de la ligne des principes qu'elles ont adoptés. Des rapports de ce jour il résulte qu'aux sections du Mail et de l'Observatoire on s'y occupera incessamment, sur la proposition de quelques membres, de discuter le décret qui exclut de toute fonction publique quelconque les parents des émigrés * ; on s'est môme permis à ce sujet d'avancer comme principe que la Convention n'avait plus le droit de rendre aucun décret.

Subsistances. — Au rapport de plusieurs inspecteurs, la misère, la famine, la guerre civile et le pillage font la matière des entretiens d'un grand nombre de citoyens^ dont les alarmes deviennent plus vives que jamais.

Groupes, — De là les propos les plus affreux contre la représentation nationale, la Commission des subsistances, les agioteurs et accapareurs de toute espèce ; en un mot tout ce que suggère l'indignation, jointe au sentiment du besoin le plus poignant, est prodigué sans ménagement et sans pudeur, et de la manière la plus scandaleuse, contre le gouvernement. On parait très inquiet sur les bruits qui se propagent de l'obstacle que l'on met aux arrivages des subsistances pour l'approvisionnement de Paris, ainsi que sur la nouvelle, vraie ou fausse, que bientôt les boulangers ne recevront de farine que pour délivrer quatre onces de pain par tête.

Partie politique. — Même division, môme chaleur dans les opinions ; les ennemis de la Convention disent que les députés ont entièrement perdu la confiance du peuple, que leurs décrets sont nuls, et qu'au lieu d'en rendre ils devraient bien plutôt s'occuper de rendre compte de leurs opérations. Ils ajoutent qu'ils n'ont provoqué le réveil des Montagnards et des Jacobins que pour faire renaître le régime de la Terreur, à la faveur duquel les représentants gangrenés

1. C'est le décret des o« et G» jours complémentaires an III.

. m RÉACTION THERMIDORIENNE [21 septembre 1795]

5 feront qu'aggraver les malheurs de la République, en portant ^r-tout le fer de la vengeance et de la désolation.

X^es partisans de la représentation nationale pensent d'une façon •^s opposée ; ils disent qu'il n'y a que les intrigants et les ennemis ^ la chose publique qui puissent avoir de pareils sentiments. Ces ontradictions donnent lieu à beaucoup de motions et de murmures oxitre les meneurs de sections, accusés d'être fauteurs du parti o>'alisle.

Au dire de plusieurs inspecteurs, le danger paraît très menaçant ; i se remarque par l'aigreur des esprits qui se prononcent de part et i** autre avec les symptômes les plus marqués d'une disposition prochaine de se faire une guerre à toute outrance.

TJn inspecteur annonce que les doutes augmentent tous les jours surla réalité de l'acceptation des décrets des 5 et 13, annoncée par \sL Convention.

Cafés, — Dans quelques caPés, on prétendait que les déparlements n*cnt pu voter pour l'acceptation des décrets des deux tiers sans être influencés par les partisans de la Convention, que le Comité des décrets induit le public en erreur sur ces acceptations ; on ajoutait que Plusieurs députés s'étaient permis de dire que, si Paris ne se soumetl^il pas au vœu général, ils avaient des forces pour le faire marcher ^^ï pas. Dans d'autres cafés, on assurait que nombre de députés cou- '*^ieiît les départements pour influencer Topinion publique. Les représentants Legendre, Tallien, Fréron et Dubois-Crancé y étaient désignés comme assassins publics et comme complices des massacres des premiers jours de septembre 1792.

Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité publique

Hannocque-Guérin.

(Arch. nat., F*« III, Seine, 17.)

Journaux.

Courrier républicain du 6° jour complémentaire : « On se plaignait, il y ^ One année, de la vaste solitude qui régnait au faubourg Saint-Germain. Je ^^ rappelle que Villetle comparait à la Thébaïde ce quartier autrefois si fréquenté. On ne peut plus se plaindre aujourd'hui : tous les hôtels que ce fau- ^^r^ renferme sont habités; des voilures brillantes brûlent le pavé; Todeur ^*^s Cuisines attire comme autrefois les gourmets. Les grands seigneurs sont <*onc revenus? m'allez-vous demander. Non, ce sont leurs valets, devenus ''Membres d'une grande assemblée. Au reste, ne vous fâchez pas : insolence, <*^rapujç^ mépris du peuple, ils ont tout pris avec les biens; les demoiselles de ^péra ont même retrouvé leurs anciens boudoirs. »

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