CDXXIV !•' VENDÉMIAIRE AN IV (23 SEPTEMBRE
Rapport du 2 vendémiaire.
esprit public, — Paris, en présentant toujours Taspect de la tranquillité» offre en même temps celui de lagitation des esprits et de la dî vision des opinions.
Sections. — Du rapport sur la tenue des assemblées primaires résultent les observations qui suivent. Hier, la section de TUnité a fulnnlDé contre le décret de la Convention qui annonce Tacceptation à ^ majorité des décrets des 5 et 13 fructidor * ; on y a pris un arrêté portant que deux commissaires seraient nommés pour se transporter *u Comité des décrets, à l'effet d y compulser les procès- verbaux, et que les autres sections seraient invitées de prendre les mêmes mesures. Il a encore été arrêté qu'une lettre de félicitations serait Pressée au représentant Pelet, motivée sur le courage qu'il a manifesté de vouloir parler contre la réalité de Tacceptation des décrets et ^ réélection forcée*.
A. la section de TObservatoire, on a lu le Journal du soir. L'inspecteur qui rend compte du fait déclare que, sur l'annonce faite par la Couvention de l'acceptation à la majorité des décrets des 5 et 13, ^'^«semblée a gardé un morne silence, et que, sur l'observation d'un '^^mbre qui Ta consultée pour savoir si le Comité civil devait faire P^fclier celte loi, si elle lui était envoyée officiellement, ladite assem- ^l^ea passé à l'ordre du jour, motivé sur l'obligation du Comité de *^ faire proclamer afin d'éviter imputation de rébellion, mais que du ^^^leon serait toujours à temps de revenir contre ladite loi, si elle ^ ^tait pas conforme au vœu général.
Un inspecteur annonce que plusieurs sections ont arrêté de faire ^incarcérer leurs terroristes, quoique élargis par le Comité de sûreté ^^nérale.
Surveillance. — La misère publique fait toujours la base de toutes *'*^* conversations ; le mal violent que l'on éprouve fait tenir les pro-
(^08 les plus scandaleux contre la Convention, accusée de le souffrir ^^punément. De toutes parts on entend toujours les mêmes propos ^nr la cherté révoltante de toutes choses.
i. Cette acceptation avait eu lieu à la majorUé de 167, 758 voix contre 95, 373. S. Voir le Moniteur, réimpression, t. XXVI, p. 32.
Groupes, — On se plaint amèrement de ce qu'il n'y a plus moy de vivre ; on frémit de penser au dénûment absolu où Ton sera c^ ^ hiver; on va jusqu'à dire qu'il faut visiter les magasins et s'empare des marchandises qu'ils contiennent. Enfin, au rapport de quelqu inspecteurs, le mécontentement augmente tous les jours ; il est port^ au point que, dans les groupes du Jardin national, on disait hier qu'un pareil état de choses était presque suffisant pour renverser la Convention.
Partie politique. — La plus grande mésintelligence règne toujours entre les citoyens. Dans quelques groupes, on y applaudissait à l'acceptation du décret des deux tiers ; le vœu de la Convention y était regardé comme très utile au bien public ; l'énergie, le courage et la justice des représentants y ont reçu les plus grands éloges; on y manifestait la plus ferme disposition & la soutenir, à faire de nouveaux sacrifices et à déjouer toutes les machinations et efforts du parti opposé. Dans d'autres rassemblements, composés de toutes les classes, d'après les conversations qui se tiennent, la confiance dans la représentation paraissait totalement perdue. D'autres assuraient que le recensement des votes, concernant l'acceptation à la majorité des décrets des 5 et 13 fructidor, était infidèle et rempli de mensonges. Ceux-ci professaient les injures les plus violentes contre
la représentation actuelle, avec menace de soumettre leur conduit^^ aux corps électoraux. Les uns leur reprochaient toutes les atrocité^^ commises pendant le règne de la Terreur, et encore de s'appro — prier, au préjudice du malheureux et surtout de pauvres rentiers à un prix tn^s modique, les marchandises et denrées de tout — espèce.
Cabarets. — Un inf;pect(?ur rapporte que ce matin, dans un cab ret, plusieurs particuliers disaient que la représentation avait bi raison de faire la loi, puisque les Français voulaient bien le soufifri un d'eux ajoute que, d'après le calcul qu'il avait fait, le revenu chaque député, sans compter le grain, se montait à 88,000 livres.
Cafés. — Un autre inspecteur annonce que le résumé des ent'ac^c tiens dont il a été témoin dans le café de Manoury et autres prése"»"» t les faits qui suivent. On ne cesse de crier contre la Convention l'acceptation à la majorité des décrets concernant la réélection cinq cents; on pense encore que les députés, avec leur indemrM.it^ de 40 livres par jour, ne peuvent mener leur train actuel, ni f^iï^ face aux dépenses excessives qu'ils font tous les jours, sans être indemnisés d'un autre côté ; d'où Ton concluait qu'ils ne s'occup^^^^ guère de nos finances et du soulagement du misérable.
îei REACTION THERMIDORIENNE [23 septembre 1795]
Speciacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité publique.
Con^merce. Pain. — Les rassemblements aux portes des boulangers deviennent de plus en plus nombreux à cause des propos alarmants que Ton y fait sans cesse sur le retranchement de portion. ..
MoiT'€hé$. — Les approvisionnements ont été très abondants sur tous les carreaux, particulièrement celui des pommes de terre ; le prix xi.>n a pas moins augmenté. Les répartitions se sont faites avec asse^ <]e tranquillité, suivant Tordre établi.
Bourse. — Inscriptions : 21, 20 1/2, 20, 20 1/4 et 20 p. 0/0 de bé- Béfice.
Chcënge. — Hambourg : 7,450 ; Livourne : 4,200 ; Gênes : 3,950 à
*,000 ; Bàle : 2 6/16 ; Amsterdam : 1 3/8 ; de fin : 4,760 ; argent
lingot : 2,600.
Hannocoue-Guérin.
(Ârch. nat., AF ii, 140.)
Journaux.
Courrier français du 2 vendémiaire an IV : « Nouvelles de Paris,
***' Vendémiaire A la Convention, on ne parle que des royalistes. Jamais
P^^t-étre, dans cet antique palais des rois, il n'a été tant question de rois que depuis qu'il n'y en a plus. Eh bien! moi, la lanterne de Diogène à la main, je cberche partout un royaliste, et je n'en puis rencontrer. Deux numéros de la ^^niinellej francs de port, sont offerts à celui qui me fera voir un royaliste '^orl ou vif; j'en offre quatre à celui qui me montrera un patriote de 89. » — Counier français du 3 vendémiaire : « Nouvelles de Paris. 2 vendémiaire. ^^ se chuchotait hier à l'oreille un certain projet conçu dans je ne sais quel ^îner; il ne s'agissait d'autre chose que de faire arrêter les députés demeurés purs au milieu de la contagion univei-selle. Nous aimons à croire que la crainte seule a pu accréditer un bruit de cette nature. N'y a-t-il pas quinze mois que nous avons fait le 9 thermidor? Et voudrait-on nous ramener aux charretées anciennes? » — Gazette française du 2 vendémiaire : « Dans toutes les associations policées, les propriétaires seuls composent la société. l-es autres ne sont que des prolétaires qui, rangés dans la classe des citoyens surnuméraires, attendent le moment qui puisse leur permettre d'acquérir une propriété, afin d'obtenir le droit de cité. Ces principes, qui sont la base de tous les corps politiques existant actuellement sur la terre, ont été entièrement méconnus parmi nous, depuis cinq ans. On n'a cessé depuis cette époque de persécuter les propriétaires, et il n'est pas d'efforts qu'on n'ait faits pour mettre les sans-culottes à leur place. Le dernier décret rendu contre les ^nj/grés a consacré parfaitement cette doctrine moderne *. Il est peu de pro-
• '' «'agit du décret des 5« et 6« jours complémentaires an III, portant que les • péres^ fUg^ frères, oncles, neveux et époux des émigrés » ne pourront continuer exercer des fonctions publiques, non plus que les alliés au même degré, et les '*tres du culte insermentés.
priétaires en France qui n'aient des parents proches ou éloignés sortis du territoire français. Chez des peuples plus sages que nous, les fautes sont personnelles, et l'on y rougirait de punir les cousins de ceux qui se seraient rendus coupahles envers leur patrie. La Convention ne pense pas ainsi. Elle vient d'éloigner des fonctions publiques et de réduire à la classe de simples prolétaires tous ceux qui ont des parents chez Tétranger. Si cette loi subsiste, les sans-culottes auront donc seuls dans les mains le gouvernail de la France, et, comme le pauvre doit toujours être en guerre contre le riche, et que la guerre la plus désastreuse et la plus opiniâtre est celle qui s'engage entre ces deux classes d'hommes, il en résulte que, si les assemblées primaires donnent leur sanction à ce décret, la lutte épouvantable qui, sous les Robespierre, les Chaumetlc et les Hébert, a eu lieu entre les divers habitants de la France, va recommencer, et le sang ne cessera de couler que lorsque, suivant le gouvernement anglais, la France sera couverte de jachères. »
CDXXV 2 VENDÉMUIHE AN IV (24 SEPTEMBRE 1795).
RaPPOHT du 3 VENDÉMIAIRE.
Esprit public, — Tout parait annoncer, tout semble faire craindre que le calme apparent ne soit pas de longue durée. Deux partis ont Tair de se prononcer avec force et sans dissimulation ; un troisième, sans caractère et neutre, ne peut, dans les circonstances présentes, que recevoir Timpulsion du plus fort. Tel est l'esprit du jour, d'après les rapports que nous avons sous les yeux.
Sections. — Trois ou quatre orateurs de la section de la Place- Vendôme ont parlé contre l'acceptation du décret des cinq cents. Ils se sont résumés en émettant leurs opinions sur la nécessité de deman* der à toutes les assemblées primaires des départements les procèsverbaux de leurs votes, aQn que toute la France ne puisse avoir aucun doute sur cet objet.
La même section a remis à cejourd'hui de délibérer sur la loi proclamée hier par ordre de la Convention ', à TefFet de savoir si elle pourra être obligatoire pour les corps électoraux, et si ceux-ci seront tenus de nommer les deux tiers des membres de la Con* vention.
A la section de l'Homme-Armé, il a été demandé au Comité civil
1. Il s'agit sans doute de la loi du !•» vendémiaire an IV, qui fixait au> iO vendémiaire la clôture des assemblées primaires, et au 20 Touverture des assemblées électorales.
î^« RÉACTION THERMIDORIENNE [24 septembre 1795]
par quel ordre il avait fait proclamer l'acte constitutionnel. Les membres du Comité ont répondu qu'ils avaient reçu des ordres supérieurs. L*înspecteur qui rend compte de ce fait observe qu'une partie de rassemblée n'avait pas paru satisfaite et avait protesté contre ce défaut de liberté.
La section de l'Unité a pris hier un arrêté tendant à déclarer la loi de Tacceptation des décrets des deux tiers attentatoire à la souveraineté du peuple et comme un acte usurpateur que fait la Convention de tous les pouvoirs. Cet arrêté aélé pris, dit l'inspecteur, au milieu d'une assemblée immense et accueilli par des applaudissements réitérés; il doit être proclamé aujourd'hui dans l'étendue de la section. Cette même section a nommé une commission pour rédiger tous les arrêtés qu'elle prendra à l'avenir. Au dire du même inspecteur, l'esprit de persévérance se fortifie de plus en plus, on parait disposé à tout, plutôt que de céder.
Subsistances, — Le mécontentement est à son comble ; toujours les mêmes plaintes sur la cherté révoltante de toutes choses et sur la difficulté de se procurer l'absolu nécessaire; les clameurs les plus vives sont dirigées, tantôt contre la Convention, tantôt contre les marchands et habitants de campagne.
Groupes. — Un inspecteur rapporte avoir entendu dire que les agents du gouvernement portaient la famine dans les départements, en achetant les grains jusqu'à trois mille livres le setier; il ajoute que des commissaires de Dreux parcouraient hier les sections de Paris, oCi ils disaient que le setier ne valait que trois cents livres avant Tapparition de ces agents.
Partie politique. — Douze inspecteurs rapportent que la proclama- ^'on faite hier de l'acte constitutionnel et des décrets additionnels a ^^^ reçue très froidement dans quelques quartiers, et que les seuls Proclamants ont crié : Vive la République /
Aux dires de plusieurs inspecteurs, les citoyens rassemblés dans ^^ groupes du Jardin national adoptaient généralement les principes ^^ la Convention. Il n'en a pas été de même au Jardin-Égalité ; un ^''^nd nombre d'invidus prétendaient que les trois quarts des dépar- ^nnenls, ainsi que Paris, avaient rejeté les décrets des deux tiers; ces assertions ayant éprouvé quelques contradictions de plusieurs militaires, et notamment d'un grenadier de la Convention, un peu pris de ^'"^» qui a insulté des jeunes gens portant collet vert et noir, une rixe ^'olente s'est élevée entre les partis opposés; on s'est accusé de part ^t d autres de royalistes, fanatiques, furoristes (sic), terroristes et ^obins. La force armée est survenue ; elle a emmené le grenadier et
dissipé ceux qui étaient sur le point d'en venir aux mains. (Extr:^ du rapport de Df. *).
Cafèz. — Un inspecteur rapporte que, dans le café des Cano:* niers, beaucoup de jeunes gens rassemblés disaient que la Convexe tion avait perdu la confiance, qu'elle avait beau s'entourer de sat^^ lites et répandre des assignats, tôt ou tard elle serait déplacée.
Au dire d'un autre inspecteur, qui a surveillé les cafés Gharpenti^ et Manoury, les citoyens qui y étaient rassemblés prétendaient que 1 communes de Lyon et de Marseille n'avaient accepté la Constituti qu'avec restriction ; on y disait aussi que les sections Le Peletier, Muséum et autres avaient refusé de faire proclamer la loi sur raccein: tation des décrets additionnels ; on y assurait que le rapport fait à ^ sujet était mensonger ; enfin, en parlant des Chouans, on ne disa^ mulait pas qu'il ne se passait pas de jour sans qu'ils ne fissent prise de ville ou de convois & la République.
Spectacles. — Tout a été tranquille ; le bon ordre n'a pas souffei^
Journaux. — Tous ceux dont les principes sont évidemment coni^ pour être opposés au gouvernement actuel ne s'écartent point -^ chemin qu'ils tenaient depuis longtemps; leurs dissertations, obs^^ valions et rapports présentent tous les jours la même âcrelé ; les ^^ tentions des rédacteurs, pour influencer l'opinion publique dans 1^= sens, ne sont pas équivoques.
Commerce. Pain. — Rien ne trouble la tranquillité aux distribs» tiens; on y entend toujours beaucoup de plaintes sur l'excès^ i cherté des denrées, ainsi qu'on l'a dit au rapport de l'esprit publics .
Le 1*' [vendémiaire], le citoyen Ghéry, boulanger de la sectioim
la Cité, n'a pas eu assez de pain pour fournir toutes ses pratiqiB^e
treize d'entre elles en ont manqué. Le lendemain, le public s'est (>i
cipité dans sa boutique^ craignant encore de manquer, ce qui ^
arrivé à quelques personnes; ce boulanger se dit surchargé, et décls
qu'à la vérité la farine qu'il reçoit produit de beau pain, mais qu"^
ne rend pas beaucoup. L'inspecteur qui a fait ce rapport annoK:
que, sur ce dernier article, la même chose lui a été dite par
sieurs boulangers. . .
Pasté.
(Arch. nat., AFii, 140.)
Journaux.
Censeur des journaux du 2 vendémiaire : « Paris. — Les' assena primaires de cette ville ont offert à l'obscnateur impartial un spectacle