‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 47 sur 141 · CDXXIII 6» JOUR COMPLÉMENTAIRE AN UI (22 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CDXXIII 6» JOUR COMPLÉMENTAIRE AN UI (22 SEPTEMBRE

Rapport du l«f vendéhuire an IV.

Esprit public. — Le calme habituel de Paris ne souffre pas de Teffervescence qui agite vivement tous les esprits ; dans les conjonctures présentes, si Ton s'échauffe, ce n'est qu'en paroles ; on crain! d'une part, on se flatte de Tautre ; mais, par dessus tout, la mas» désire la cessation de l'anarchie qui désole depuis longtemps toutei les parties de la France.

Sections. — Le même esprit règne toujours dans les assemblée primaires. Il est facile de s'en convaincre par le résultat des observa lions que nous avons recueillies dans les rapports du jour, dont su: l'analyse.

Hier, à la section de l'Unité, on avait dit que Strasbourg avait rejet les décrets des deux tiers, quoique la Convention ait annoncé le cor traire. A la même section, plusieurs orateurs ont parlé contre le d cret qui exclut de toutes les fonctions publiques les parents d'émign et les prêtres insermentés ; ils se sont permis les plus violentes sortie contre les membres de la Convention. En déflnitif, on a proposé ( rédiger une adresse, qui serait envoyée aux sections de Paris et ai départements, tendante à prouver que, la mesure adoptée par la Co vention n'étant que révolutionnaire et dangereuse au bien public, fallait l'annuler et vouer à l'exécration générale tous ceux qui prei draient et accueilleraient à Tavenir de pareilles mesures.

La section de l'Observatoire a arrêté que, tous les soirs, elle s'occi perait de la lecture des journaux bons et mauvais, à l'effet de fai connaître aux citoyens les erreurs des journalistes et de la Conve tion. Elle a reçu dans son sein une députation de la section du The tre-Français, qui est venue faire part de son arrêté portant qu'e* dénoncerait à raccusaleur public tous les prévenus des massac des premiers jours de septembre 1792, ainsi que tous les agents régime décemviral, à quoi l'Observatoire a adhéré, ainsi qu'à autre arrêté de la section de Brutus, portant invitation aux secti* de Montreuil et dos Amis-de-la-Patrie de rapporter leurs arr*î tendant à ce que les noms de leurs électeurs seraient envoyés s autres sections pour passer à la censure. A la section du Temple ,

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a passé à Tordre du jour sur une adresse départementale qui n'a pas été trouvée conforme aux principes constitutionnels.

Subsistances. — L'opinion publique est toujours fortement prononcée contre la Convention, que Ton accuse sans cesse d'insouciance sur la misère où se trouvent une infinité d'individus, notamment les rentiers, dont le sort est digne de la plus grande commisération.

On ne voit, disent quelques inspecteurs, que des pères et mères de famille vendre leurs effets pour se procurer le nécessaire; on n'entend de toutes parts que plaintes, murmures, désolation, et vomir •des injures contre le gouvernement et les cultivateurs, qui ne veulent plus recevoir du papier pour leurs grains, ou qui exigent des sommes si exorbitantes que les moyens de subsister sont absolument hors de toute mesure et proportion.

Groupes. — En beaucoup d'endroits, on entend murmurer contre le Comité de sûreté générale, d'avoir élargi si promptement les terroristes, qui, dit-on, insultent partout les bons citoyens.

Le bruit continue à se répandre que bientôt on sera réduit à la ration d'une demi-livre de pain ; cela ne fait qu'ajouter aux inquiétudes que le public conçoit journellement, aux approches de l'hiver, relativement à la cherté exorbitante des autres comestibles, ainsi qu'à celle du bois, charbon et chandelle.

L'agiotage marche toujours avec une rapidité et une audace sans i>omes et sans exemple.

La Convention est aussi accusée de faire vendre et agioter, par ^®s subalternes, les billets de mille livres pour escompter ceux de ^^x mille livres, dont elle tire un grand bénéfice.

La classe peu fortunée, et en général tous ceux qui ont fait des

^'ses à la petite loterie, se plaignent d'être extorqués de leurs de-

^^ï*s ; le gouvernement est accusé de cette dépravation.

^artie politique. — Nous ne pouvons à cet égard que nous référer

.^^ observations énoncées dans nos précédents rapports. Môme divi-

^^, opposition égale dans les opinions sur lesquelles les adver-

* ^«s se prononcent avec la plus forte chaleur. Gela est poussé à

^^^ t>oint que les uns et les autres ont souvent Tair de vouloir en

^, ^-«^tr aux mains pour soutenir leurs assertions. De toutes parts,

|. ^J)rit public est vivement troublé par les agitateurs des factions

^ï'^^rentes.

-^n général, il parait que le public témoigne beaucoup d*impa- ^^ce de connaître le résultat de l'acceptation des décrets des 5 et ^ fructidor.

Cafés, — Aux cafés des boulevards, des citoyens s'entretenaient de la misère publique et de la lenteur qu'on met à y apporter remède; on se demandait si le gouvernement s'occupait d'approvisionner Paris pour Thiver prochain en bois et charbon ; on se récriait encore sur la cherté de ces deux objets. D'autres citoyens prétendaient que, dans les départements qui ont voté en faveur de la réélection des deux tiers, on leur a proposé les décrets additionnels comme faisant partie intégrante de l'Acte constitutionnel; ils ajoutaient qu'au moyen de cette supercherie, on les avait induits en erreur, en leur faisant prononcer leurs vœux sur tout indistinctement.

Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné ; on a remarqué que le public, toujours attentif à saisir les passages et applications qui ont trait aux terroristes, manifeste clairement son opinion contre ceux-ci^ en couvrant d'applaudissements tout ce qui peut servir à démasquer leur atrocité

Pasté.

(Arch, nat„ AFii, 140.)

Journaux.

Courrier républicain du 2 vendémiaire an IV : « Nous avons parlé de la magnificence actuelle du faubourg Saint-Germain. Les châteaux, les maisons royales des environs n'offrent pas un coup d'œil moins agréable. Tous les jours nos churmRni^ perpétue ls\ en habits de chasse, vont poursuivre dans les parcs de ces châteaux le sanglier et la biche. De jolies amazones les suivent sur des chevaux richement parés. On rit, on chante, on danse. On plaisante avec grâce les badauds de Paris, qui se sont mis dans la cervelle le rejet des deux tiers. Dimanche dernier,. une partie de cette espèce était liée dans un château voisin. On a diné dans le parc, enclos d'une grille qui laissait au souverain du village la perspective des repas les plus somptueux. L'indignalion de ces bons paysans n'a pu se contenir, lorsqu'ils ont vu jeter aux chiens du pain plus blanc que neige. Des cris de fureur et de désespoir se sont fait entendre de la part de celle multitude affamée. Les perpétuels ont trouvé bon de céder aux circonstances et de se retirer. »

1. Le Couturier républicain veut parler des conventionnels, que l'opinion, accusait (le vouloir se petyétuer au pouvoir par les décrets des 5 et 13 fructidor, qui obligeaient les électeurs à réélire les deux tiers d'entre eux au futur Corps législatif.

RÉACTION THERMIDORIENNE j:23 septembre 1795]

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