‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 72 sur 141 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

[18 NOVEMBRE 1795] DIHECTOIRE EXÉCUTIF 402

du monde a tant soit i)cu poli le commerce et les voyageurs. Le banquier lui remit un portefeuille de maroquin rouge, garni de vingt billets de 10,000 francs chacun. En voilà pour dix ans, s'écria Épiméiride. De ma vie je ne dépensai 200,000 francs. — Vous les dépenserez, dit froidement Perregaux ; mais quand vous n'en aurez plus, j'en aurai toujours à votre service. — Épiménide fit venir son tailleur, lui commanda redingote, blouse, veste et culotte de saison et fît prix. — 18,650 livres, reprit le tailleur. — C'est prodigieusement cher, dit Épiménide, mais je ne sais pas disputer, voilà 18,650 livres. Le bonnetier vint ensuite avec dix paires de bas de soie. — Croiriez-vous, lui dit Epiménide, que je viens de payer 18,650 livres la blouse, la redingote, la veste et la culotte que voilà? — Je n*en suis point surpris, dit le bonnetier, tous les tailleurs sont des fripons. — Combien me vendez-vous ces six paires de bas de soie ? — En conscience, je ne puis les donner à moins de 9,000. — C'est bien cher ! mais voilà 9,000 francs. — Le chapelier parut avec des chapeaux unis et des chapeaux à poil. — 9,000 francs six paires de bas de soie ! disait en riant Epiménide ; c'est bien 1,500 francs la paire! — C'est beaucoup trop cher, monsieur, dit le chapelier, mais tous les bonnetiers sont des fripons. — Je veux deux chapeaux, un à poil et l'autre uni. Combien cela vaut-il? — Faut-il vous dire le prLx au juste et sans marchander? — Sans doute, s'écria Épiménide. Quand on me connaît on sait que je ne marchande jamais. — Hé bien! monsieur, ces deux chapeaux vaudraient pour tout le monde 5,800 livres, mais je vous les passe à 5,000 francs, et c'est bon marché. — C'est fort cher, mais voilà 5,000 francs. Le bottier parut avec des bottes et des demi-bottes, prit les mesures et dit : Voilà, monsieur, ce qu'il vous faut. — J'en veux deux paires. — Oserai -je vous demander, monsieur, combien vous avez payé ces chapeaux? — 5,000 francs. — Quels corsaires ! Ah, monsieur, il y a longtemps que je savais que tous les chapeliers étaient des fripons; mais ils en donnent tous les jours de nouvelles preuves. — Combien m'allez-vous vendre ces deux paires do bottes ? — Vous savez, monsieur, que les cuirs sont hors de prix. On n'en peut pas avoir pour de l'argenL — Non ; je ne sais pas cela. Mais encore combien vous dois-je ? — En vous les laissant à 6,000 livres, il n'y a pas 100 francs pour moi. — Voilà 6,000 livres; c'est fort cher. Épiménide était habillé, chaussé, coiffé. Il fait venir un fiacre pour aller dîner et il comptait sur ses doigts ce que lui coûtait son habillement.

18,650 ma redingote, ma blouse, ma veste et ma culotte.

1,'500 mes bas.

2,700 mon chapeau.

3,000 mes bottes.

Total : 25,850 livres.

Je n'aurais jamais cru, disait-il, porter 25,850 livres sur mon chétif individu. Le fiacre était arrivé à la porte de Méat. Il faut payer ; le fiacre demande 100 francs; il donne 100 francs. 11 dîne frugalement. On lui apporte la carie; elle montait à 500 livres; il donne 500 livres. 11 rencontre un horloger au café. Il avait besoin d'une montre, il en veut une simple en argent, la plus simple possible. L'horloger avait son affaire. Il lui vend cette montre 12,000 francs, après avoir observé toutefois que les bottiers.

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s fiacres et les traiteurs étaient des fripons. Épiménide paya le café la liqueur à Thorloger et donna 50 livres à la limonadière. Avant de se étirer chez lui, il voulut faire quelques emplettes indispensables, comme i.|wer, plumes, cire à cacheter, bougie. Le papier lui coûta 60 livres la i^a.în, les plumes 50 francs le paquet, la cire 40 francs le bâton, etc., t. chacun des marchands de ces divers objets ne manquait pas d'ob- ^rver que son voisin était un fripon. Ils pourraient tous avoir raison, disait •piménide, en rentrant chez lui. Mais voyons ce que m'a coûté cette première journée:

25,850 livres en habits, etc.

600 livres fiacres et divers.

12,000 livres une montre.

50 livres café et liqueurs.

2,800 livres papier, plume, cire et bougie.

Total : 41,300 livres.

Voilà une journée fort chère en effet. Et Perregaux n'avait pas si grand tort lie me prévenir que je dépenserais mes 200,000 francs. Mais ce n'est pas le lout que de dépenser son argent et de payer sur parole tout ce que les marchands vous demandent : il faut chercher la cause de cette variation dans les prix, et de ce brigandage apparent dans les marchands. Ce sera le sujet d'une autre course d'Épiménide. »

CDLXXXI

Rapport du 29 brubiaire.

Esprit public. — Il n'y a pas de différence entre la situation d'auc^urd'hui et celle des jours précédents ; si elle existe, elle n'est mar- Itiée que par l'accroissement du prix des denrées, et surtout actuel- ^ment de la farine. Aussi Tesprit du peuple est-il toujours le même, L flotte entre la misère et l'espérance ; il se rappelle tous les sacriices qu'il a faits depuis six ans, il s'en félicite, et il est prêt de les oublier tous. La faim et le désespoir ont couvert d'un voile épais les mots respect aux propriétés. Ces mots retentissent au fond de son iœur ; mais bientôt son oreille ne les entend plus. « Eh quoi ! s'écrie-t-il, nos bijoux,nos vêtements, nos effets, ceux de nos femmes, rie nos enfants sont passés dans les mains cupides des agioteurs, des fermiers. Ils regorgent de nos nécessités, et leurs propriétés seront respectables! Ah ! leur propriété est celle des brigands.'^La loi doit-

elle la respecter? i>La loi est encore le seul frein qui les retienne; elU m^^ est la barrière, bien faible dans ce moment, entre le malheureux qu. m.^ ï se désespère et le brigand qui Tinsulte. Des places où les marchand^^ vendent ont été pillées : le riz au marché des Innocents, le pain à celui des Jésuites, et les pommes de terre sur d'autres places. Hier la farine se vendait au boisseau sur le pied de 14,000 livres le sac de 325 livres. La plupart des gens, même aisés, qui sont venus pour s'en procurer à ce prix n'en ont plus trouvé. Leurs plaintes se sont mêlées à celles du peuple ; la fermentation a été grande ; ajoutez à ce danger la malveillance qui saisit tout, et dites si la tranquillité n'esta <s^ pas menacée, si les lois seront encore quelques jours le frein de la^ g patience et du respect pour les propriétés. Ces rapports sont effrayante et affligeants; mais la police ne serait-elle pas coupable d'en laîsscK ignorer la moindre partie au gouvernement? Quels sont ses moyen pour obvier à tant de maux ? La surveillance, la douceur^ les moL..^(^ de patience, de calme, et ces mots même, loin d'adoucir, irritent celu^^,/ qui soufl*re.

Les laitières menacent de ne plus vendre qu'en numéraire, ou bi^^Q leur lait ira jusqu'à 50 livres la pinte. — Les faiseurs d'affaires fomm, ni courir le bruit que l'assignat de 100 livres ne vaudra plus dans /e commerce que pour 3 livres 10 sols. Les marchands ne veulent p%. us vendre et ils disent qu'ils attendent le résultat du plan proposé pac-^ le comité général. Cependant jamais Paris n'a renfermé, dans ^$es murs, plus de marchandises de toute espèce, plus de denrées et de comestibles qu'il y en a. Mais aussi jamais la perversité, la cupidité et l'infamie n'y ont fait plus de ravages. Les affaires politiques occupent peu ; les conversations roulent absolument sur l'intérieur. Le seul ennemi, le seul terrain hostile est le Palais-Égalité et ses habitués, qui fixent l'attention ; et les vivandiers de ce camp abominable, qui recèle les plus belles farines et les viandes les plus délicates, dont le malheureux, exténué de jeune et de souffrances, n'a pas même k fumée.

Législateurs éclairés, Directoire exécutif, créateurs et dépositaires suprêmes des lois, c'est à vous seuls qu'il appartient de détruire les phalanges dévorantes qui rongent le peuple, confié à vos lumières et à vos soins ; c'est en vous que la confiance repose.

Spectacles . — Toujours extrêmement remplis et tranquilles m^^ dedans. Toujours le Vaudeville troublé au dehors par le royalisme c^^ la sottise. Toujours même nécessité d'avoir une garde respectable ^^^ imposante pour forcer au silence et au respect Vessaim de liberlmr '^ et de polissons qui en infectent les conûdors et ie foyer.

^5 DIRECTOIHE EXÉCLTIF [19 novembre 1795]

[Surveillance et commerce, — Un homme mourant de faim a été relevé à ^a porte du spectacle Franconi. — Les commissaires et leurs greffiers se plai- ^■^onl de ne pas recevoir leur traitement. Ils n'ont ni bois ni chandelle, ce qui ''Gràd impossibles les opérations les plus urgentes. — Section du Temple, des P^fsonnes sont restées sans pain. Rue Antoine, on n'a distribué que deux ^^ccs par personne. Section du Panthéon, on a refusé la viande, parce qu'elle «^t^it gâtée.]

HOUDEYER.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

Esprit public. — Le terrorisme, peu content de se glisser parmi les gens aisés, se faufile encore parmi la classe du petit peuple, qu'il cherche à égarer par ses propos et ses écrits ; Léonard Bourdon, un de ses satellites, va partout disant que la Constitution ne peut marcher et que la Convention n'a pas assez répandu de sang dans la journée de vendémiaire ; suivant lui, elle aurait dû faire ce qu'elle sera obligée de faire à deux ou trois fois. Il a tenu les mêmes propos à plusieurs de ses élèves qui furent le voir à son retour de Ham. Duhem, non moins irascible, traite les membres du Directoire et les ministres de scélérats et de royalistes déguisés ; à l'entendre, lui et ses collègues n'ont été arrêtés que parce qu'ils rompaient en visière avec ceux-là même qui sont à la tête du gouvernement ; la place de médecin à l'armée du Nord, à laquelle il vient d'être nommé, lui servira moins, dit-on, pour exercer son art que pour répandre ses principes et capter l'opinion des soldats. — Un bruit sourd se fait entendre, et les politiques de sang-froid prétendent qu'il est l'avant-coureur d'un mouvement. En effet, de quelque côté qu'on se tourne, on n'entend que des murmures sur l'insolence des agioteurs, Jexcessive cherté des denrées et sur l'annihilation des assignats ; ils 8ont tellement méprisés, qu'à la Halle aujourd'hui on les refusait et que les gens de la campagne exigeaient pour leurs denrées du numéraire ou des effets. Ceux de 100 livres n'ont pour ainsi dire plus de cours. Sans vouloir rien préjuger sur le plan d'amélioration des finances qu'on discute au Conseil des Cinq-Cents, le public en général demeure persuadé qu'on ne fera rien de bon, dans cette partie, si Ton ne réduit pas considérablement la masse des assignats, et si, après avoir pris la précaution d'en garder ce qu'il faut pour les besoins du commerce et les dépenses publiques d'une année, on n'en brise pas les planches. L'opinion de la nécessité de cette réduction prévaut visiblement sur toutes les autres. Les malveillants et quelques

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personnes mal instruites paraissent d'un avis contraire et objectent que ce serait une banqueroute ; mais la majorité désire cette réduction, parce qu'elle est nécessaire au salut du peuple et que le salut du peuple doit être en tout et toujours la suprême loi. — Selon plusieurs lettres récentes, venues crAngleterre, la fermentation des esprits y est telle qu*elle semble annoncer sérieusement une révolution prochaine. — Le parti pris par le gouvernement relativement aux nominations qui n*ont pas été faites par les corps électoraux en impose singulièrement aux communes des environs de Paris qui n*ont encore pu compléter Torganisalion des administrations municipales. Elles craignent que, si elles restent en demeure, le Directoire ne leur envoie des fonctionnaires qu'elles seraient obligées de salarier; en conséquence, elles se proposent d'en finir.

Groupes. — Les groupes, comme avant prairial et vendémiaire, commencent à se former à la porte Saint-Martin et autres lieux: les membres du Directoire y sont traités de rois, et le régime de Robespierre a des apologistes. — Beaucoup de marchands gorgés d'assignats vont fermer boutique, parce qu'on ne veut plus leur rien vendre, à moins que ce ne soit en numéraire. A Saint-Germain et communes environnantes, l'assignat est de nulle valeur. — Les figures étrangères abondent tellement dans Paris, qu'on ne trouve plus à se loger. — Le nommé Choisy, joueur de profession, chassé de toutes les maisons de jeu pour ses escroqueries, se vante partout (ce que l'on a entendu dire) que le Directoire va le nommer ambassadeur par la protection d'un nommé Verdun, employé près le Directoire et jouissant aussi de la réputation de joueur. Ces propos font dire qu'on surprend la religion du Directoire, et qu'il lui serait bien facile de s'entourer d'hommes vertueux. — On est aussi surpris de voir auprès du Directoire le nommé Buard, frère du valet de chambre de Capet, ainsi qu'un valet de pied du baron de Breleuil. Ce sont, dit-on, des hommes connus par leurs intrigues, et [on ajoute] que les patriotes n'auront que difficilement accès auprès des gouvernants.

(Arch. nat., F \ 38i0.)

Courrier républicain du 29 brumaire : «Paris, 28 brumaire — Les queues deviennent |)lu5 nombreuses, plus longues, plus animées que jamais; il y en a partout, au pain, à la viande, à la chandelle, au spectacle, à la Bourse, chez les minisires, au Directoire. Il est sans doute de ces queues dont Texistencc est assez indifférente. Qu'importe en effet à la chose publique qu'un intrigant «se morfonde dans l'antichambre d'un ministre, ou qu'un Narcisse paie de trois

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heures de queue le plaisir de lorgner sa Laïs? Ces messieurs sont au moins aussi bien là qu'à la Bourse. Mais ce qui importe, ce qui excite sans doute toute Tatlention du gouvernement, c'est d'empôcher à la porte des boulangers ces rassemblements, qui ne font qu'aigrir les douleurs, préparer les plaintes, et où le temps est la moindre perte qu'y font les jeunes gens des deux sexes. 11 y a de ces queues qui se prolongent jusqu'à minuit; d'autres qui commencent à trois heures du matin. Qu'on juge de leur inconvénient dans la saison froide où nous entrons. » — Censeur des journaux du 30 brumaire : « On fit avant-hier, au Palais-Royal, une mauvaise répétition des scènes dialoguées des prédications dythirambiques, de ces farces à tréteaux qui ont préparé, chauffé et gâté la révolution de 89. Des hommes enluminés, montés sur des chaises, et environnés d'une foule mal apprise, instruisaient le peuple de ses droits, plaignaient ses malheurs, signalaient ses ennemis et annonçaient enfin un avenir plus heureux. Si l'on pouvait juger une pièce et des acteurs sur une première représentation bien bruyante et bien interrompue, nous dirions sans hésiter que rien au monde n'était aussi détestable; mais, pour juger l'esprit, le but, les intentions secrètes de ces baladins révolutionnaires, peut-être faudrait-t-il les revoir encore et avoir le courage de les entendre. Mais, dans tous les cas, nous osons croire que ceux qui les emploient pourraient bien en être les dupes; car de pareils outils, non seulement blessent la main qui s'en sert, mais appartiennent de droit à qui veut y mettre le prix. »

CDLXXXII

Rapport de la commission du 30 brumaire.

Esprit public, — D'après nos rapports, les esprits paraissent un peu plus calmes, nonobstant la pénurie des denrées, leur cherté, Tim possibilité de s'en procurer et même leur mauvaise qualité. Les plaintes, les murmures sont interrompus ; cette interruption, ce calme apparent est-il TefFet du contentement ? est-il celui de l'espérance ? Non sans doute, et ce silence, ce calme sont l'effet de l'abattement. — Dans plusieurs sections la distribution s'est faite hier fort tard ; dans quelques-unes, elle a eu lieu à une heure du matin. Les groupes amassés aux portes des boulangers étaient dans une grande fermentation ; les propos les plus violents ont été tenus contre le gouvernement; cependant, rien n'en est résulté pour faire craindre que le repos et l'ordre public en fussent troublés.

Dans les jardins, dans les places publiques, la majeure partie ne s'occupait que de la réception des ministres étrangers par le Directoire exécutif. Les uns, sans l'avoir encore vue, blâmaient la pompe

nationale avec laquelle le Directoire devait recevoir les ambassadeurs ; d'autres avouaient que cette pompe était nécessaire pour imprimer un grand caractère à la nation française. Assurément, cette pompe n'est pas du goût des cheveux sales et gras des républicains à la Robespierre, quoique ces messieurs, que Ton retrouve dans tous les groupes, souillent la discorde, soient bien vêtus, bien fourrés et même bien parfumés. — Dans d'autres groupes, on s'occupait des moyens que le gouvernement pourrait prendre pour retirer une grande quantité d'assignats de la circulation ; les moyens proposés en comité général, et qui sont devenus publics, ne paraissent pas satisfaire ; cependant, ils ne'sont pas non plus l'objet d*une critique sévère et approfondie. Les gens qui paraissent éclairés et tranquilles sont dans les plus heureuses dispositions à l'égard du gouvernement ; ils sentent unanimement que le retour à la royauté est une chimère; le royalisme est une secte folle et dépravée qui, si le peuple jouissait du strict nécessaire, ne mériterait pas plus l'attention du gouvernement que la secte des Jansénistes ou des francs-maçons. Mais l'état de détresse du peuple, les comparaisons qu'il ne cesse de faire de son état actuel à celui de 1788, sous le rapport des besoins de la vie, attire et doit sans cesse attirer Tattention du gouvernement sur le malveillant, qui profite de tout. — De toutes les classes de citoyens, celle des rentiers mérite les plus grands égards, et doit éveiller la prompte sollicitude du gouvernement, comme celle des fermiers et des marchands doit exciter toute sa sévérité ; il ne reste plus à l'indigent que la seule espérance.

[Spectacles. — Tranquilles. — Commerce, — Plusieurs bouchers sont arriéres de deux et trois jours, d'où plaintes très vives.]

HOUDETER.

(Arch. nat., F'cIII, Seine, 17.)

Autre rapport du 30 brumaire

Les différents rassemblements, soi-disant patriotiques^ sont bien divisés d'opinion ; la générale cependant est qu'il faut remettre en place tous les patriotes opprimés depuis le 9 thermidor, et en faire sortir ceux qui y sont, malgré qu'ils soient patriotes, pour y placer exclusivement ceux qui actuellement n'ont pas de place et qui sont seuls des victimes à récompenser. Le rassemblement chez Gauvin, limonadier, rue du Bac, n'est à bien prendre que l'assemblée des patriotes de la Fontaine-Grenelle et autres [sections] environnantes

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qui se concertent là sur ce que Ton doit faire dans les autres assemblées, telles que chez Chrétien et aux Bains-Chinois. Aux Bains- Chinois, les tètes sont exaltées si fort, qu'ils disent qu'ils sont patriotes de 1789 et qu'ils auront le courage de dire la vérité aux gouvernants, et qulls ne veulent pas de la Constitution de 1795, mais bien de celle de 1793. Ils sont les antagonistes des autres Sociétés ; cependant ils ne délibèrent pas ; souvent ils parlent tous en tumulte, et la fin de leur séance est toujours de s'unir, de s'aider et de faire sortir de place tous les coquins qui y sont. Il faut, disentils, se montrer les maîtres de Paris. 9 Qui a fait la Révolution, si ce n'est nous, patriotes pauvres et vertueux? Et nous ne jouiriQns pas de cette liberté de pouvoir tout dire, qui est écrite dans nos cœurs d'une manière ineffaçable ! » Celle-là reçoit aussi le journal de Lebois, qui, je crois, est rédigé par Molel; j'ai ouï dire un nom comme celui-là. Aussi chacun parait vouloir conspirer sur son camarade, et, à force d'embrasser la Constitution actuelle, vouloir l'étouffer.

L'autre société, que l'on peut appeler celle des Jacobins, ainsi que je vais le démontrer, agit avec plus de finesse; elle délibère, a un bureau, des présidents et secrétaires sous le nom de censeurs et vicecenseurs, qui se renouvellent tous les quinze jours alternativement, reçoit des fonds pour subvenir aux frais, et se propose bien de ne recevoir que des hommes de son bord, obligeant chaque personne qui se présente à être amenée par un des siens. Je ne pouvais manquer d'y entrer, puisque j'y ai été conduit par Lebois. Aussitôt après m'avoir demandé ma carte, on m'a dit qu'il fallait fournir aux frais; j'ai tiré dix livres, et l'on m'a dit qu'il fallait au moins vingt-cinq, que tous les sociétaires donnaient au moins cinquante; j'ai fait comme les autres. Le vice-censeur, à six heures, à côté du censeur, a donné lecture du procès-verbal du 27 et a déclaré que les fonds reçus par la Société montent depuis le 25 à 5,067 livres 10 sols. L'on s'était occupé, dans cette séance, des comestibles, des différents abus qui se pratiquent chez les bouchers et les boulangers, et même chez les distributeurs de comestibles accordés parle gouvernement. Tout cela n'était qu'un prétexte pour parvenir à son véritable but. L'on voit que d'abord Tintention des sociétaires, qui chacun débitent tout haut combien ils ont souffert, est d'attraper une place et ensuite, continuant cette même société, lorsqu'ils seront placés, d'en faire autant qu'ils en faisaient aux Jacobins, d'où ils sont presque tous sortis. Le fameux Raisson y brille, Frétexle Marseillais, Fontenelle, Delalande, Chand, Throm, le limonadier, tenant toujours sur la place du Palais à côté de la fontaine, vis-à-vis la Sainte-Chapelle, le café de la Mairie

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et de la Comptabilité, et beaucoup d'autres, comme Lebois, Girj',!^ vieux général. Alors ils ont nommé cinq commissaires, qui doiver^ p résenler chacun une liste des patriotes de toutes les sections, et qit '^ feront porter aux places judiciaires, militaires, etc., des membre^^^ ayant promis de les faire tenir à qui il appartiendrait. Barras ayan appris qu'ils avaient fait passer au Directoire une déclaration solennelle de leur installation, leur dit : n Prenez garde de sortir des bornes qui vous sont prescrites ; tant pis pour vous. » L'on a observé qu'il était instant de présenter cette liste des patriotes par excellence, attendu que c'est après-demain que Ton doit s'occuper de la police, et qu'il est extrêmement nécessaire d'y placer son monde, et qui soit aussi bon qu'au 10 août, et ensuite former la municipalité, qu'ils espèrent ne remplir que de patriotes, dussent-ils tous déloger et aller sur celle qu'ils auront choisie. — Comme leur salle dépend de Cardinau, traiteur, tenant l'ancien couvent des Génovéfins, et qu'il donne à danser aujourd'hui, jour de décade, dans cette salle, qui est l'ancien réfectoire des moines, et demain, parce que c'est dimanche, la société^^j

qui hier s'était *) a remis sa séance à duodi. Elle a hier, panv^ar

l'organe de Lebois, reçu une organisation définitive, dont le but es^-^^st de contrebalancer les assemblées royalistes et d'aviser aux moyen»' .mrz:i% de traiter des objets politiques, ainsi qu'il est dit par l'article 362 d» ^Kde la Constitution, et ensuite elle portera le nom de la Société de !& f la Réunion des Amis de la République. Parmi les six articles réglemenci:^ ntaires, un a déplu, comme marquant trop la manière de recevoir o^zn^u de rejeter les sujets qui se présenteront; on s'est contenté de dire^==»e:

« Nous avons notre police intérieure; ainsi nous saurons comment U

faudra nous y prendre. » On s'assemblera tous les jours pairs, » et c'est décadi que se présentera la fatale li>te qui doit être portée ^^sau Directoire exécutif, où il n'y a ni Aubrv, ni Saladin, ni Rovère.

Hannocoue-Guérin.

(Arch. n.it., F^ 3840.)

R APPORT AU MINISTRE DE L'iNTÉRIEUR.

Lebois, qui s'intitule VAmi du peuple^ a fait placarder avec profusion une affiche qui a pour titre : La vérité au peuple par des patriâtes de 89. Beaucoup do lecteurs, mais peu d'approbateurs. On a observé, en la lisant, que les crises révolutionnaires étaient toujours précédées d'affiches de celte sorte. Toutes les réflexions que l'on a entendues annoncent que les citoyens sont las de la tourmente et qu'ilîi

i. Un mot illisible.

4ii DIRECTOIRE EXÉCUTIF [20 novembre 1795]

ispirent au repos que doit procurer le nouveau gouvernement. Cepenlant on s'attend dans le public à quelques grands mouvements dans e Corps législatif, lorsqu'on fera le rapport sur ceux qui n'ont pas 3ulu déclarer s'ils avaient des parents émigrés ; on paraît en général I quiet sur ce mouvement, que désirent ceux qui s'appellent exclusiement patriotes de 89. On ne peut se dissimuler qu'il y a beaucoup 8 rassemblements; Pache parait être le grand meneur, et Ton prétend ue, fidèle agent de Pitt, s'il n'eût pas été incarcéré, il eût empêché établissement de la nouvelle Constitution. Les cafés de la montagne ainte-Geneviève sont pleins de gens qui ne parlent que de terreur, et [arat est le dieu qu'ils encensent. Le café Chrétien, déjà signalé, arait être un des points de ralliement; entrez-y : si vous n'y êtes pas onnu, l'on se tait ; si vous prêtez l'oreille, on sort. La citoyenne .ange, jadis du Théâtre-Français, de son côté, reçoit chez elle une >ule de royalistes. — L'opinion générale se prononce hautement ur l'aperçu du rapport des fînances, et Ton dit que toutes les nesures que l'on doit prendre à cet égard seront inutiles, si Ton ne lémonétise pas tous les assignats; on désire plus que jamais la ferneture de la Bourse et la défense de la vente du numéraire. — Le ►arti royaliste et le parti terroriste sont actuellement en présence 'un de l'autre. Le premier veut ouvertement attaquer son ennemi; autre s'arme pour se défendre. L'on voit avec peine que le Conseil xécutif [sic) et le ministre de l'intérieur soient aussi séparés du Corps égislatif ; on craint, que dans le cas où il y aurait quelque insurrecion dans Paris, les ennemis venant à intercepter le passage des >onts, les deux pouvoirs, ne pouvant alors communiquer ensemble, I n'en résulte un désordre très nuisible à la chose. Dans divers quariers, le peuple a été très agité, voyant qu'à deux heures de l'aprèslidi les farines n'étaient point arrivées chez les boulangers. Les infimes disaient qu'il fallait aller demain au Luxembourg troubler le iperbe dîner que le Directoire exécutif doit donner. — Le bruit )urt que les deux Conseils ne tiendront pas longtemps, parce que le 'ojet de Cambon, Thuriot et consorts est de culbuter la Constitution our y substituer celle de 93. — 11 se forme dans ce moment une Dciété populaire au faubourg Antoine, dont le but est de réparer les laux qui pourraient provenir des rassemblements qui se forment à ainte-Geneviève et autres lieux. — On est très surpris de voir dans s bureaux du Directoire un nommé Louis, dit BrutuSy jadis présient de la Commission de Lyon, qui fit guillotiner un particulier à la lace de son frère qu'il avait proscrit.

(Arch. nat., F » « RI, Seine, 17.)

Journaux.

Gazette française du 30 brumaire : « Paris, le 29 brumaire. — Le pain, qu'on ne vend presque plus en public, se paie en secret des prix au-dessus de toute proportion. Les distributions journalières ne se font pas régulièrement. Des murmures, des soupçons contre les boulangers, contre Tadministration, contre tout le monde, et peut-être des murmures et des soupçons sans fondement, tels sont les tristes résultats de ces inconvénients plus tristes encore. »

Rapport de la commission du 1*"" frimaire.

Esprit public. — Hier, dans beaucoup de sections, le pain n'a été délivré que le soir et de très mauvaise qualité ; dans d'autres, il a manqué, ce qui propage et augmente d'autant plus les murmures contre le gouvernement. On craint de passer encore un jour sans pain, comme cela est déjà arrivé, il n y a pas longtemps. Les commissaires à la distribution et les boulangers sont accusés hautement de s'entendre ensemble pour friponner les consommateurs. Ces relards dans la distribution font renchérir d'autant le pain dans les marchés, et le peuple ne peut se persuader que tout cela puisse arriver sans la participation du gouvernement, et de là les propos les plus exaspérés contre ceux qui conduisent le vaisseau politique, et, si quelques citoyens cherchent à calmer les esprits, ils ne sont pas écoulés. Ventre affamé na pas d'oreilles. La malveillance, qui toujours est là, annonce que bientôt les distributions de pain cesseront, et que les riches seuls pourront en avoir. Le prix excessif en papier de toutes marchandises, son surhaussement à chaque heure du jour, pour ainsi dire, augmentent encore l'agitation des esprits; cette misère générale, au milieu de rabondance, a fait regarder avec envie et improbation, par ceux qui ne peuvent se procurer le nécessaire, le repas que, dit-on, le Directoire exécutif a doni^é hier. Il faut, disaiton, aller leur demander les restes de leur table ; il y en aura assez pour faire vivre bien des ménages. Dans les cafés, on blâmait également celte dépense dans le moment où le peuple mourait de faim. On rapporte qu'hier un particulier est tombé de besoin en passant rue Bourg-l'Abbé.

5 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [21 novembre 1795]

Le nouveau projet de finances pourrait être accueilli, mais on •ute qu'il ne pourra s'effectuer avec succès que lorsque la paix a faite.

-.a nouvelle de l'avantage remporté par l'armée de Sambre-etxse a suspendu quelques instants les plaintes que la misère pulue propage et fait entendre à chaque pas. On parle peu politique ; moyens de se procurer l'existence occupent tous les esprits et à 5? les instants du jour.

Spectacles. — Grande affluence; assez tranquilles; diversité des avis sur écution de la Marseillaise. — Commerce. — Distributions de pain très lultueuscs ; les denrées n'ont pas éprouvé de hausse.]

Hannocqub-Guérin.

(Arch. nat.» F»ciii^ Seine, 17.)

Rapport au ministre de l'intérieur.

On recherche les billets à face pour les départements. Il y a des ris que les louis seront à 10,000 livres sous peu de jours, lier, au Théâtre-Italien, Tair de la Marseillaise a été cause de ées et de coups de sifflets. Celui du Chant du Départ a été hué par e partie de la salle. Même scène au théâtre Feydeau." L'acteur rtin, jouant dans la Supercherie par amour le rôle de Lafleur, a gulièrement indisposé les esprits en paraissant couvert d'une nde livrée, telle que les laquais en portaient autrefois. Quoique le pain ait été distribué hier fort tard, les plaintes des imes étaient moins amères que les jours précédents. On disait, is plusieurs queues, que Paris allait avoir des provisions d'avance ir huit jours, que c'était le ministre de Pinlérieur qui l'avait uré; on se demandait aussi si le riz serait remplacé par un quaron de pain de plus. Le peuple, qui ne mangeait pas son riz, parce il n'avait ni bois ni charbon, désire ardemment la livre de pain, résultat de la discussion qui a eu lieu au comité général secret, ativement aux finances, a été bien accueilli du public, parce qu'il offre des espérances qu'il lui tarde de voir réaliser. En général, la Lsse du projet parait excellente, mais bien des gens n'y voient un remède trop lent, dont les effets salutaires peuvent être conries par mille événements imprévus. On pense qu*aussitôt que le jrs sera légalement connu, il sera très urgent de fixer le prix des irnées de travail évaluées en numéraire, afin d'éviter un arbitraire i influerait nécessairement sur la variation de ce cours et sur le

prix des denrées. On pense aussi qu'il serait très utile, pour rétablir une égalité de rapports entre les valeurs métalliques, de fixer celui de Tor à l'argent, de l'argent au cuivre, du cuivre au fer, de celui-ci au plomb, etc. Quant à la disposition qui concerne les rentiers et pensionnaires, elle est de toute équité ; mais on voudrait qu'on leur facilitât les moyens d'échanger à la Monnaie leurs bijoux, argenterie contre des espèces en attendant l'échéance du premier semestre et du temps qu'il faudra pour parcourir la liste des payements. On croit aussi qu'il serait avantageux de démonétiser les écus de l'ancien coin, et d'ordonner de les échanger valeur pour valeur à la Monnaie ; ce serait un moyen sûr de connaître exactement la quantité qui existe dans la République et de les faire sortir des coffres des fermiers et cultivateurs. Une autre opération, non moins urgente, que le public demande, c'est l'apposition du timbre sur les assignats; par ce moyen, on s'assurerait de la quantité des faux qui circulent, quantité qui contribue pour beaucoup à la hausse progressive des denrées. Il arrive fréquemment à la Bourse que, lorsque le louis est à 3,000 livres, il se présente en divers lieux des gens qui en offrent secrètement 4 sols et même 6,000 livres, parce qu'ils placent leurs faux assignats.

Dans un groupe, porte Martin, les ouvriers, en se plaignant de la cherté des denrées, disaient que, si tout était si cher, c'est qu'on avait chassé de la Convention les meilleurs patriotes, et que la Constitution n'avait été faite que pour les riches; les discours de ces ouvriers annonçaient que le signal du pillage n'était pas éloigné. Beaucoup de personnes, s'étant assemblées autour d'une femme en fureur, qui venait de dire à un boulanger de tuer ses enfants, parce qu'elle n'avait pas de quoi les nourrir, ont tenu les propos les plus infâmes contre le gouvernement et lui ont donné 200 livres. Le nommé Lebrun, ci-devant adjudant de la section du Bonnet-Rouge, est un de ceux qui se rassemblent au café rue de Sèvres, vis-à-vis les Prémontrés : il n'est pas d'horreurs que cet homme ne vomisse contre la Constitution ; il cherche à mettre de son parti beaucoup de militaires qui fréquentent cet endroit. Les jeunes gens et les militaires, hier soir au Jardin-Egalité, après s'être insultés de part et d'autre, ont failli en venir aux mains; on s'en est tenu aux menaces, et les jeunes gens se sont retranchés, comme à leur ordinaire, dans les cafés. Vainement les royalistes s'initient (sic) parmi les ouvriers des faubourgs Marceau et Antoine pour les corrompre; vainement ils cherchent i\ les endoctriner; mais, inaccessibles à leurs discours, ceux-ci veulent soutenir le gouvernement actuel, pourvu, disentils, que les lois soient exécutées révolutionnairement contre les fri-

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pons, les agioteurs, les accapareurs et les marchands. L'infidélité du boulanger de la rue des Amandiers remplit d'indignation son quartier; non seulement il vole sur le poids du pain, mais il le fait si mauvais qu'il est impossible de le manger, tandis que ses confrères, qui ont la même farine que lui, en donnent du bon ; depuis longtemps on se plaint de lui.

(Arch. nat., F»« III, Seine, 17.)

Journaux.

Courrier français du l^^' frimaire : <f Paris 30 brumaire. — Jamais peutêtre la Cour de Versailles ne fui remplie de tant de solliciteurs que le Luxembourg d'aujourd'hui; il s'agit d'une réforme générale dans le militaire, dans le civil, dans Tordre judiciaire. Mais, quelque nombreuses que soient les places à donner, les aspirants à ces places le sont encore plus. Une fois les choix faits, nous conseillons au Directoire de se boucher les oreilles de coton, sïl ne veut entendre les criaillcries et les dénonciations des mécontents. Il n'y a que les places de municipaux qui ne font envie à personne; pourquoi cela? Le Bonhomme Richard nous en donne la raison : c'est que ce sont les milliagrammes de froment qui font tourner la tète à tout le monde ; si l'on en donnait aux municipaux, tout le monde voudrait avoir Fécharpe. On trouve tant qu'on veut des commissaires de département, parce qu'ils auront des milliagrammes. 0 milliagrammes ! de combien d'hommes d'Etat vous alle^ peupler notre patrie ! »

CDLXXXIV i" FRIMAIRE AN IV (22 NOVEMBRE 1793).

Rapport de la commission du 2 frimaire.

Esprit public, — Beaucoup de sections n'ont point eu de pain hier. Les propos les plus injurieux contre le gouvernement en ont été la suite. L'irritation des esprits était à son comble, et la désolation était générale ; on parlait de se porter au Directoire pour demander du pain et d'y aller avec toutes les sections réunies. Le cri est unanime contre l'Agence des subsistances et contre le gouvernement, que Ton accuse de faiblesse en laissant subsister cette agence de famine. Le pain dans les marchés se vendait 35 à 40 francs la livre, ce qui le met hors la portée d'une classe très nombreuse. Dans la cour Mandar, une femme pleurait de n'avoir pu se procurer nulle part du

charbon ; un particulier lui dit en avoir encore, mais qu'il le vendaLÂl 25 livres le boisseau ; tout le monde voulait à ce propos se jeter s^^zat lui; il s*est esquivé, heureusement pour lui. Cette circonstance a um. Is encore du feu sur la plaie générale, et on a été jusqu'à dire que, si cela continuait, on unirait par enfoncer les magasins des marchandi. -s. Les bons citoyens s'alarment et craignent une guerre civile, d*autiu-xit plus cruelle qu'elle serait excitée par la famine et le désespoir. HLe même silence règne toujours sur les affaires politiques, chacun n*éUk> xit occupé que de la disette où il se trouve.

[Spectacles. Tranquilles. — Commerce. Rien de particalier.]

Hannocoub-Guérin.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)

Extrait des rapports particuliers.

Mœurs et opinions. — Plaintes continuelles sur les subsistanc^^s ; égoYsme et rapacité des vendeurs.... Quelques murmures contre 1^ gouvernement et malgré tout cela de la patience du peuple, quillité dans tous les faubourgs ; en général moins d'humeur qu*hi Attente du plan des finances, conversations sur cet objet. Qnelq mots de banqueroute, quelques agitations dans les cafés du Jarrti inégalité, notamment dans celui de Chartres, d'où parait sortir '& hausse des marchandises.

Evénements. — Ce matin, au bureau des coches d*eau, port R^**nard, on répandait le bruit d'une insurrection à Lyon, si considéra t>I^i disait-on, qu'on a planté des potences dans les rues.

Commerce, — . . .Au marché Neuf, place Maubert, des marcha.nc3s de pain ont été obligés de se sauver du peuple qui voulait les pille': quelques-uns font été. Le poste de la place Ma ubert, requis par dtes inspecteurs, a formellement refusé de sortir. Les précautions sont

redoublées, mais si la force refuse La Halle a été tumui-

tueuse

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Rapport au ministre de l'intérieur.

Après l'audience du Directoire, le peuple assemblé dans les env^"^^" rons du Luxembourg voulait absolument qu'il y eût un grand din*^^ préparé pour les ambassadeurs et autres. Ce festin, que l'on compî rait avec la misère de quantité d'individus qui n'avaient pas encoi

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [22 novembre 1795]

u leur pain, excitait des murmures et faisait tenir les propos les s grossiers contre les membres du Directoire. iCs individus qui s'assemblent au café Chrétien paraissent s'endre avec ceux du café des Bains-Chinois, et tous, d'après ce qu'on perçu, se conduisent suivant les renseignements que leur donne ociété du Panthéon. Raisson est un des chefs. Ils ne comptent 5 guère, à ce qu'ils ont dit, sur Louvel, pour opérer un changeit dans le Corps législatif, parce qu*il les a dénoncés dans sa Sentie. La Constitution de 93 est celle qu'ils veulent mettre en acti- » et suivant eux, c''est aussi le vœu des faubourgs, n voit avec plaisir le rapport de la loi qui défendait les associations ncières. On s'attend que celle qui va paraître émettra un papier l'emportera sur les assignats. Elle fera, dit-on, une fortune lante, mais qu'importe, pourvu qu'on nous débarrasse des assits?On n'entend que plaintes sur la distribution du pain, qui se vre fort lard dans certaines sections, quoique les farines y arri- . de très bonne heure. L'opinion du peuple est que ce retard prot de l'extraction que font les boulangers de la bonne farine pour bstituer de la mauvaise. Elle n'est pas moins prononcée contre les missaires civils et de bienfaisance qui volent sur le poids du pain. ïu de monde hier dans les cafés; beaucoup dans les spectacles. $ les foyers de plusieurs de ces derniers, il n'est pas de ridicule n n'ait jeté sur le Directoire et sur les deux Conseils. Les uns ient que les Vendéens trouvaient à chaque pas la victoire, les es assuraient que, sous peu, nous aurions un mouvement général, tout en conséquence était préparé. On a distingué parmi ces lents orateurs le marquis d'Armailléet un nommé Rosetti, italien, malgré son royalisme et son incapacité, occupe une place dans administration.

is murmures, quoique très violents sur la disette des comestibles, noncent point un caractère de rébellion. . . La section de la fiutte- Moulins, qui venait aujourd'hui relever le poste, n'ayant trouvé onne, a rétrogradé, et le corps de garde est resté vide. iprit des journaux. — Le Courrier républicain^ qu'avait fait disitre l'anéantissement des conspirateurs de vendémiaire, comce à se remonter*. Il a repris son ton et poursuit sa noble ière. Le sarcasme et l'ironie dont il assaisonne le compte qu'il

Si on cil juge d'après Tétat de Texemplaire de ce journal que possède la nat. (Le 2/800, in-8\ le Courrier républicain avait cessé de paraître à par- 1 16 vendémiaire an IV, et avait recommeacé à paraître à partir du 23 bru- 2 suivant.

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