‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 73 sur 141 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

rend de la séance du Conseil des Cinq-Cents sont très propres à remplir ses vues, de discréditer et d'avilir le Corps législatif. Les dernières lettres d'Amsterdam, disent les Annales patriotiques *, annoncent que les Orangistes remuent ciel et terre pour reprendre le pouvoir et se venger des patriotes ; pendant que les représentants du peuple sont entre les mains des chirurgiens, le pays se trouve livré dans celles des scélérats. Les bonnets rouges, les clubistes, les sans-culottes de Robespierre sont accourus en foule ; ils emploient, pour révolutionner le pays, les mêmes moyens qui leur ont réussi en France. Qui nous assurera que ces brigands ne sont pas les agents secrets et les cassecous du Stathouder? VAmi de la Constitution* réclame contre la loi du 3 brumaire et contre la taxe de guerre. Ces deux lois lui paraissent également funestes, en ce qu'elles aliènent beaucoup d'esprits, qu'il serait important de rallier à la Constitution. Le Courrier de Paris dénonce une foule de brigands et d'anarchistes, qui prêchent le pillage dans les groupes au Palais-Égalité. Il dit qu'on a arrêté à la barrière Blanche dix-huit sacs de farine, sur lesquels était écrit: Municipalité de Paris^ et qui sortaient de cette commune. Les voiturîers, ajoute-t-il, n'ayant point de lettres de voiture, ont été arrêtés et leurs voitures conduites au chef-lieu de la section du Mont- Blanc. Il rapporte aussi, comme une preuve de la correspondance des brigands de la Vendée avec les scélérats de l'intérieur, l'arrestation faite à Laval, à La Flèche et à Chàleau-Gontier de voitures chargées de poudre, venant de Paris. — « Le pain, qu'on ne vend presque plus en public, dit la Gazette française^ se paie en secret des prix audessus fie toute proportion. Les distributions journalières ne se font pas régulièrement; des murmures, des soupçons contre les boulangers, contre l'administration, contre tout le monde, et peut-être des murmures et des soupçons sans fondement, tels sont les tristes résultats de ces inconvénients plus tristes encore *. » — Le Batave offre, à son tour, des rètlexions intéressantes sur l'importance et la -i

difficulté du choix des administrateurs et juges, que le Corps législa

tif a délégués au Directoire exécutif*.

(Arch. nat., F» Mil, Seine, 17.)

1. Nous n'avons retrouve aucun article semblable dans les Annales pntri tiques (Bil)I. nat., Le 2, i.jO, in-i.) t2. La Bibl. nat. ne possède de ce journal que deux numéros de brumaire anl .'{. Voir la fiazelte française du 30 brumaire an IV, p. 4460. 4. Voir le lUitave du 30 brumaire an IV, p. 4002.

4i9 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 novembre 1795]

CDLXXXV

Rapport de la commission du 3 frimaire.

Esprit public. — Si nous considérons Tespril public sous le rapport des affaires extérieures de la République, cet esprit est excellent. Si on le considère encore sous le rapport de la confiance dans les efforts du Corps législatif pour raviver le commerce, ramener le crédit et établir un plan de finances qui stabilise la fortune publique et les fortunes particulières, l'esprit public est encore excellent. Nous ne parlons pas de cette foule de gens qui ne vivent que du malheur d*autrui, cherchent même à le prolonger pour satisfaire leurs passions, n*ont ni famille ni patrie. Nous ne parlons pas non plus de cette classe ignorante et grossière, qui reste toujours placée entre les deux extrémités. L'intention de mal faire et le regret d'avoir mal fait, qui ne calcule que ses besoins personnels, sa propre satisfaction, et s'occupe peu en général des besoins et de la situation publique, quelque aisance, et du pain : voilà toute leur République, rien au delà. Nous parlons des hommes sages et éclairés, qui s'attachent à une patrie, qui l'aiment, font des vœux et des sacrifices pour son bonheur. Nous pouvons le dire, cette masse est assez forte pour seconder les vues sages du gouvernement. Si les troubles qui menacent l'Angleterre, si nos victoires nous amènent une paix prochaine et l'abondance avec elle, un bon système de finances pourra s'établir. Alors on se demandera : où sont donc les royalistes V Telles sont les idées que nous présentent tous nos rapports. Les cris de la misère se font entendre, les gémissements que font exhaler la disette du pain, la cherté des denrées et la pauvreté, aux angoisses de laquelle une classe bien nombreuse est livrée. Ces cris sont entendus des premiers magistrats de la République, des législateurs, et à cet égard la vérité ne peut être ni étouff'ée ni trahie. Quel remède à tant de misères et de maux? La paix ! La paix seule ! Et si nos calamités n'étaient pas si profondes, ce mot de paix porterait le calme et l'espérance, surtout la patience au fond de tous les cœurs. — Nos rapports nous annoncent que le pain a manqué dans les sections, qu'il a été délivré en petite quantité dans d'autres, et enfin que ce matin la farine n'était pas encore parvenue chez les boulangers. Les femmes

ont la léte montée; leurs propos, leurs injures vont jusqu'à Toutragc et semblent faire craindre pour la tranquillité publique; heureusement les hommes ne mêlent pas de cris à leurs vociférations. Quelques efforts, même les sacrifices (l'on n'ignore pas ceux que le gouvernement fait tous les jours et depuis longtemps) peuvent calmer tant d'effervescence. Les esprits sont toujours aigris par le brigandage et le luxe des agioteurs. La cupidité des fermiers met Tindignation au comble. La sévérité du gouvernement est appelée à grands cris sur ces chenilles dévorantes. Tel est le résultat de toutes les conversations, à travers lesquelles on entend une foule de plaisanteries sur le Directoire et le Corps législatif, que se permettent quelques royalistes désespérés des nouvelles de l'Angleterre et de nos armées.

Surveillance. — ... Les hospices vont être insuffisants pour recevoir les malades qu'on y porte Hier, à trois heures après-midi,

une femme, allaitant son enfant, s'est trouvée mal de besoin sur le quai Pelletier; elle n'a pu manger le pain qui lui était présenté, mais elle a pris des restaurants qui l'ont ramenée à la vie. Ce spectacle, et celui surtout de son enfant attaché à son sein, ont excité la compassion et beaucoup de murmures. On rendra compte du nom et de l'état de cette citoyenne

[Commerce. — Désordre et tumulte à ladislribulion de pain, qui s'est terminée vers minuit dans quelques sections. — A la place Maubcrt, un parliculicr n'a payé que 10 francs un pain d'une livre, pour lequel le marchand demandait 35 francs; d'autres citoyens l'ont imite. — Aux marchés, mêmes prix que la veille.]

HOUDEYER.

(Arch. nat., F » « II!, Seine, 17.)

Rapport au ministre de l'intérieur.

La majeure partie des rapports s'accordent à dire que Paris jouit de la plus grande tranquillité, malgré que, dans les quartiers où Ton ne délivre pas de pain, les femmes vocifèrent contre le gouvernement, et que des hommes que Tamnistie a dégagés de leurs fers inventent mille contes plus absurdes les uns que les autres pour aiguillonner les passions. Le terrorisme, ou, pour mieux dire, ceux que jusqu'à ce jour on a montrés au doigt comme terroristes, commencent à lever une tête radieuse; comme il leur importe d'abord de préparer les esprits, et qu'ils n'osent le faire par eux-mêmes, ils envoient leurs sbires et leurs bacchantes dans les groupes. Kn effet Ton

^21 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 novembre 1795]

n*a pas élé peu surpris ce matin de voir la femme de Sijas, condamné à mort le 9 thermidor, se déchaîner, dans la rue du Chantre, contre le régime actuel, faire un éloge pompeux des Jacobins, comme devant seuls conduire à bon port le vaisseau de la République, et annoncer au public qu*ils allaient se rassembler. Le café Chrétien offre encore une preuve de ce que nous avançons : hier soir les ministres y ont été déchirés à belles dents; celui de la justice a été seul excepté, et il n'est pas jusqu'à un nommé Soulet, chassé de plusieurs administrations, un Beaudrais,dans ce moment-ci payé par le gouvernement, qui ne Tattaquent effrontément; Soulet, qui doit entrer chez le ministre de la guerre, va partout criant que celui de Fintérieur est un chouan. — On craint généralement la résurrection des Jacobins, et Ton 'raintqu'ils n'excitent quelques nouveaux troubles; cependant la classe ouvrière les verrait avec plaisir, parce qu'ils s'imaginent qu'ils feraient laître Tabondance. Si la secte jacobite, de son côté, mine sourdenentla Constitution^ les royalistes ne leur cèdent en rien: propos, nenaces, accaparements, tels sont leurs moyens, sur lesquels ils ondent leur espérance. Le quartier de la place Maubert, comme un les plus populeux et un des plus pauvres, est celui où la disette irrache le plus de plaintes; si la distribution du pain ne s'y fait pas dus régulièrement, si Ton n'y distribue pas la livre de pain, que Ton lemande à grands cris, il ne faudra pas s'élonner de quelque mouvenent. Lorsqu'on a su que Chénier était président des Cinq-Ceats et ^ouvet secrétaire, on s'est écrié au terrorisme. Cette nomination a ait présager de nouveaux malheurs. On revient encore à M™* de îtaël, et l'on pense que c'est chez elle que les royalistes méditent eurs projets.

Vers la fin du jour on n'ose plus passer dans les Champs-Elysées ; a nuit, les cabarets sont remplis de filles publiques et de militaires |ui se disputent et finissent par se battre.

Le projet de finances soumis à la discussion du comité général se liscute aussi parmi les politique$ des cafés. Ceux qui prétendent .voir la vue plus longue que les autres voient à ce plan de finances les inconvénients sans nombre, et de ce que le prix de l'or a auglenté ils en concluent qu'il n'en résultera que l'achèvement de notre uine. Quoi qu'il en soit, on désire de toutes parts un moyen prompt t subit d'anéantir l'agiotage, d'exterminer les agioteurs et de faire iminuer le prix des denrées les plus communes.

Les terroristes du café Chrétien sont fort aises que Chénier soit résident aux Cinq-Cenls; ils disent et ils espèrent qu'une fois l'opéation des finances connue, qui, suivant eux ne produira aucun effet,

le peuple se lèvera et connaîtra quel est le régime qui lui convient. Il paraît que c'est là le point d'où partent ceux qui dirigent les groupes ; car dans Tinslant il vient d'arriver un individu qui a dit : « J'ai terrassé à la porte Martin deux aristocrates qui voulaient haranguer le peuple. »

(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)

CDLXXXVl 3 FRIMAIRE AN IV (24 NOVEMBRE 1795).

Rapport de la commission du 4 frimaire.

Esprit public. — Tous nos rapports ne retentissent que des cris

du désespoir. Le pain a manqué depuis deux jours dans diverses

sections. La famine se présente avec toutes ses horreurs à Tindigent

épouvanté. Le gouvernement est en hutte à tous les murmures;

rabattement est à son comble ; la fureur est prête à lui succéder.

Ceux qui sont à la tête des subsistances sont en exécration. On accuse

les autorités de mollesse et d^indifTérence; on les accuse d'agioter les

subsistances. On dit que Ton fait moudre des grains qui donnent de

belles farines, et on ne sait comment il se fait que le pain soit si noir,

si mauvais, et cependant donné en petite quantité, et quelquefois

qu'on en soit privé. Ce qui exaspère encore, c'est de voir du pain,

semblable à celui des sections, vendu sur la place 30 et 36 francs la

livre ; le pain, un peu supérieur, vendu 45 et 30 francs. Les pâtissiers

et ceux qui vendent cette denrée sont assaillis de toutes parts ; les

mots pillage, égorgement se font entendre. La pomme de terre a

augmenté de prix ; le marchand sera peut-être bientôt victime de sa

cupidité. La sévérité du gouvernement est invoquée de toutes parts

pour punir reffronté cultivateur et le paysan qui vend sa denrée à

un prix hors la portée du pauvre. Les commissaires distributeurs

sont accablés d'injures ; ils sont accusés de favoriser le riche aux

dépens du pauvre. Des sections sont, dit-on, favorisées ; celle de la

Butte-des-Moulins n'a jamais manqué de pain ; on ne sait d'où peut

provenir cette inégalité. Au milieu de cette détresse, celui qui y est

en proie ne peut s'accoutumer à l'affligeant spectacle du luxe de

l'agioteur, des dépenses qu'il lui voit faire chez les restaurateurs et

dans les cafés. Le jardin et les bâtiments du Palais-Égalité sont

DIRECTOIHE EXÉCUTIF [24 novembwe 179b]

dés avec horreur ; c'est de celte enceinte, de ce séjour d'abomi- 1, qu'a découlé la misère ; de ce repaire sont sortis tous les qui font souffrir le malheureux ; c*est là que Tégoïsme et la ité ont réalisé le projet de Tavilissement du signe représentatif; pie sait tout cela et se demande pourquoi ce lieu d*horreur et mie subsiste encore. Si nous avions journellement répété les cations contre cet antre de brigandage, nous aurions tous les terminé nos rapports, comme le censeur romain terminait ses ns dans le Sénat : // faut détruire le Palais-Royal. — Dans les es où étaient rassemblés ceux qui n'avaient pas reçu de pain, lisait hautement qu'il y avait une espèce de concert pour rager le peuple, et que les espérances que l'on avait données l vaines. On regardait comme fausses les nouvelles de TAngleon révoquait même en doute les victoires de nos armées. Telle situation de Tesprit public ; elle est affligeante. De prompts , la punition des affameurs du peuple, la répression de Tagiooilà les seuls moyens pour ramener l'espoir et la confiance. tacles, — La tranquillité n'a pas été troublée dans les spec- Celui du Vaudeville offre toujours des scènes scandaleuses. le des Marseillais a été sifflé ; on a crié : A bas! et l'orchestre , aux grands applaudissements des ennemis de l'ordre public, î a été levée sur-le-champ, et, pour étouffer lés cris opposés, mimencé le spectacle. Ces scènes sont journalières. Le seul de les prévenir est de faire fermer ce spectacle, qui n'est que rdu trouble, de la sottise et du libertinage. Le bon ordre et ect pour les mœurs semblent commander cette mesure, dont lion en imposerait à la malveillance et à une jeunesse indocile liste, dont l'audace s'accroît par l'impunité. U des journaux. — Le Courrier de Paris annonce qu'il y a s beaucoup d'irrégularité dans le^ distributions journalières 1, et dans plusieurs sections on n'en a point eu hier. Il ajoute )ain est très mauvais, et que si, dans quelques jours, ces abus eut, « il faudra en accuser d'autres que les anciens adminis- > ». — Le Courrier de l'Égalité offre les réflexions suivantes slorien : « Ce nouveau journal établit que la République existe >ingl-cinq jours : je lui réponds, moi, qu'efle n'existe pas ou bien c'est une République sans pain, sans bonheur général, erté. Il s'agit encore de créer cette République ; il faut offrir ible état de la France et ne plus abuser le peuple par un vain de promesses et de mensonges. Que le gouvernement crée le e régime républicain, que chacun soit heureux sous ce ré-

f2i NOVEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 4î4

gîme, qu*on le rende aimable : il sera plus aimé ; la Républiqoe tiendra, les royalisles n*auront plus d espérances.» — Le Courrier di Corps législatif iparle d'une réunion de Jacobins au café Chrétien. UAmi du peuple remplit la tâche qu1l s*est imposée, de souffler la feu de la discorde, de semer la défiance parmi le peuple contre 1» gouvernement. Voici Textrait de son journal da 3 : « On dit av( raison que le devoir des amis du peuple est de lai donner des paroU de paix et de ne jamais l'exaspérer contre le gouvernement; mai: lorsque les gouverneurs ont des agents qui sont autant de tyrans faut-il aussi leur donner des éloges? Je ne le crois pas. Gomme noi n'argumentons que sur des faits, nous allons prouver ce (pie noi avons avancé. 11 existe aujourd*hui deux sortes de tyrannies : cel des fonctionnaires publics, celle des malveillants et des ennemis la République ; et ces derniers, qui sont en très grand nombre, les plus avantageusement placés. Loin de rendre justice aux patrioU ils les vexent sourdement pour les indisposer contre la Républiqi Ceux-ci, par exemple, sont ennemis, parce qu'ils peignent trop .c^ a naturel les malheurs du peuple. Les hommes en place, qui sosnt obligés de convenir que le tableau est trop ressemblant, disent qm^^"*jl faut mettre l'écrivain à l'ombre, et comme toute vérité n'est bonne à dire dans ce moment-ci, nous sautons à pieds joints, et la Déclaration des droits, et sur la Constitution, et nous vous emk>£K^stillons. »

[CommPire. — 11 est à craindre que le mécontentement général n'éclatci *n insurreclion suivie de pillajjje. — L'approvisionnement aux marchés est codsiilérable, les pommes de terre except(?es.]

HOUDEYER.

(Arch. nat., F » ^ m^ Seine, 17.)

Journaux.

Journal <to palriotes de 89 du 4 frimaire. — « Un mauvais plaisant, p^^ssanthier devant le ci-devant palais Bourbon, s'arrêta un instant pourcoos=^idérer les immenses travaux qui se préparent pour l'exil des Cinq-Cents; ^c^^', ù la vue de celle jurande (j nanti té de pierres que les uns scient, que f -^^ autres taillent, notre homme, qui élail à jeun, s'écria douloureusement: U^^^ ul lapides islw panes fianL Sei^^meur, changez ces pierres en pain. L -'^ ^ pauvre rentier, ouvrant la bouche, lui répondit : Xon in solo pane vivii hom^ ^' sed in omni vevbo. Le patriote ne vit pas seulement de pain, mais de h(mn(^^^ raisons... u Hélas! dit notre jeûneur, je viens des Cinq-Cents, ils sont q-^^^^ comité, et je n'ai ni pain, ni bonnes raisons. » —Journal du Bonhomnr0^ '^^^

Iticharddui hïnvd'm): « J'ai vu un grand nombre de chevaux inutiles Paris, journellement occupés aux déménagements Qfrcr/ui^* de tous les burca

425 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [25 novembre 1795

crates, à voilurcr le bois de chauffage des mille et une commissions qui font un feu d^enfer dans des bureaux farcis de gros poêles, quand le pauvre n'a pas de quoi faire cuire un peu de riz. Eh ! Messieurs, chauffez-vous, mais ne faites pas des étuves de vos salons et de vos antichambres, et ménagez beaucoup plus le bois. J'ai vu de grands arbres morts aux Tuileries, le Luxembourg et autres promenades ; pourquoi ne pas les abattre et les distribuer aux citoyens nécessiteux ? Dernièrement un pauvre vieillard arrachait avec peine et en tremblant Fécorcc d'un de ces arbres, et me dit en soupirant que c'était pour faire cuire des pommes de terre. Si j'avais pu, je lui aurais mis l'arbre entier dans sa poche en guenille. 0 misère I quand la dédaigneuse opulence ne sera-t-elle pas si prodigue, pour que tu sois moins hideuse ? J'ai vu devant la Bourse deux files de cabriolets élégants, avec de beaux chevaux qu'on devrait bien inviter quelque jour à aller donner un coup de collier pour amener ici des subsistances avant que les chemins fussent couverts de neige ou de glaçons. »

Rapport de la commission du 5 frimaire.

Esprit public. — Nous ne pouvons que répéter ce que nous disions, il y a deux jours, hier, et peut-être recommencer demain : nnisère extrême, désolation, plaintes, murmures, jurements et désespoir ; du pain à 50 livres la livre, des distributions tardives chez les l^oulangers, du pain mauvais et mal fabriqué ; le bois, le vin, le charbon, la chandelle, à un prix qui ôte la possibilité de s^en procurer; le savon, qui fait porterie prix des blanchissages à un prix énorme; tout ce qui est nécessaire à la vie en général porté à une valeur qui ne dut jamais exister. De cet état affreux, le dénuement absolu pour Tindigent et Tabondance de toute chose pour le fripon, Tagioteur, seul artisan de ces calamités *. C'est du sein de cette situalion que nait l'opinion; peut-elle être bonne et rassurante? Non sans doute. Quel spectacle offre Paris? celui tout à la fois de la misère et de Tabondance. Ici le pauvre gémit, consumé de misère; là le riche est au milieu de l'abondance. Les places publiques, les marchés, les boutiques sont dépouillés de marchandises ; les maisons, les caves, les appartements regorgent de tous les comestibles possibles; l'assignat est multiplié à rinfmi; le pauvre n'en a pas cependant pour pourvoir à ses premiers besoins. Sous la tuile qui le

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