‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 75 sur 141 · CDLXXXVIII 3 FRIMAIRE AN IV (26 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CDLXXXVIII 3 FRIMAIRE AN IV (26 NOVEMBRE

Rapport de la Commission du 6 frimaire.

nrit public, — La rareté et la cherté du pain étant toujours les es, l'opinion publique est toujours agitée. Dans plusieurs sections é délivré fort tard hier. Aujourd'hui, dans beaucoup de sections, s'en est pas délivré ; il ne reste donc de ressource que les maris, et là il est d'un prix inaccessible. La pomme de lerre devient le seul aliment, et cette denrée est à 200 ou 260 francs le bois- Les femmes gémissent et jettent les hauts cris ; elles offrent à mpassion leurs enfants. Ce spectacle ajoute aux murmures. Ceant, si Ton présentait un terme à celle situation déplorable, elle

serait supportée avec patience; mais les mots de consolation et de . tience ne font qu'exciter leurs cris et leur désespoir. Cette mi ,;^y>)g n'est pas universelle : l'indigent qui souffre voit l'opulent, Jec^^. merçant, le fabricant, le faiseur d'affaires gorgés d'assignats et aux. quels la bonne nourriture, même les superfluités, ne manquent paF,e^ ce spectacle aigrit encore ses douleurs. Les conversations ne roulent que sur la misère et sur le manque de pain ; elles sont pressées et rapides, tant on craint de s'appesantir sur cette situation ; le rentier $e renferme dans sa douleur, et déjà dépouillé de ses vêtements, desoD mobilier pour subvenir à ses besoins, il semble attendre, il est le seul qui n'exhale pas publiquement ses plaintes. Le plan des fmances^Ies cédules, le paiement des rentes sur le pied de dix pour un pour cette année, et pour l'année suivante au taux de trente pour un, ramènent un peu les espérances. Ceux qui en jasent publiquement et qui sont un peu versés dans le calcul font l'éloge de ce projet; les autres redoutent encore l'augmentation de l'assignat; ils en craignent le dépréciement,et que ce nouveau projet ne soit un nouvel aliment à l'agiotage, et abandonnent tous les calculs possibles. Le résultat de l'opinion semble se porter sur les mesures répressives pour punir l'agioteur, qui commet un crime en avilissant le signe représentatif, pour punir le cultivateur qui vend son blé trois fois au delà de la valeur de l'or. Tous les plans de finances sont jugés incapables de remédier à tant de maux; il faut des lois sévères strictement exécutées. Un plan de finances n'e?il, dit-on, qu'une capitulation entre l'Etat et l'agioteur. On ajoute ({\xe le gros capitaliste préférera ses assignats aux cédules, parce que l'assignat sera plus facile pour agioter. On craint que les mesures proposées ne soient la cause d'une augmentation insupportable sur toutes les denrées quelconques. On s'entretient pe»i des affaires politiques; la seule chose que l'on désire, c'est la paix, et pour remonter les finances, l'examen des étonnantes et rapides fortunes publiques et aux dépens du bonheur du peuple : voilà le résultat exact des conversations et de l'esprit public. . .

[Sum'Ulanre. — Daiiohet, ex-pirtre habitué à Saint-Victor, a été arroli* volant chez un limonadier deux pois do confitures. Il a donné pour excuse h'

manque absolu de pain — (Umuiwrcc, — ... 11 est arrivé beaucoup de

beurre. 11 a diminué de 20 francs par livre.]

H ANNOCQUE-GUÉRIN .

(Arch. nat , F » <= III, Seine, 17.)

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [26 novembre 1795]

Extrait des rapports particuliers.

Mœurs et opinions, — Dans le faubourg Antoine, des femmes ont apostrophé des militaires, en leur disant qu'ils avaient du pain, tandis qu'elles mouraient de faim Les Comités civils des sections de Mon treuil et des Quinee-Yingts témoignent des craintes que

la faim ne porte les citoyens à des excès Dans certains groupes

on redemande le régime de Robespierre, parce qu'alors on avait de quoi manger; d'autres, l'ancien régime; tous enfin, un régime ou Von mange; c'est là le mot. . . Les pommes de terre ont été vendues 150 livres le boisseau

HOUDEYER.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Rapport au ministre de l'intérieur.

Café Chrétien, — Il y avait, hier soir, beaucoup de terroristes dans ce café, qui paraissaient consternés de ce qu'on avait fermé leur Société; il n'est d'horreurs qu'ils n'aient vomies contre les ministres, notamment contre celui de la guerre. Leur projet est de chercher un local pour s'assembler. Ceux qui n'avaient pas le moyen de payer leur dépense trouvaient ce dont ils avaient besoin dans le portefeuille des autres. Un nommé Dulhil, ex-membre d'un Comité révolutionnaire, a été embrassé en entrant par ses camarades. On a fait boire un caporal et un sergent de la Légion de police, que deiyt membres venaient d'introduire, et Ton a fait promettre à ces deux militaires d'amener leurs camarades à la Société, aussitôt qu'elle serait formée. Enfin on s'est promis de faire une adresse au peuple, dans laquelle on doit lui faire sentir que la disette du pain ne provient que de l'intrigue qui entoure le ministre de l'intérieur.

Esprit public, — Le public a lu avec plaisir, dans les journaux, la circulaire adressée par le ministre de l'intérieur aux administrations départementales. Cet écrit avait confirmé Tidée qu'on avait conçue de ses talents et de ses principes. On l'appelle dans le monde le second Roland, Ce parallèle doit d'autant moins lui déplaire que^ malgré tout ce qui a été dit, écrit et fait contre ce ministre, l'opinion n'a point varié sur son compte, et qu'elle le place encore aujourd'hui au-dessus de tous les personnages qui l'avaient précédé dans cette carrière. On pense que le ministre de l'intérieur n'aurait pas dû, en honne politique, faire pressentir au peuple ses intentions et ses

[26 NOVEMBRE 1795] Directoire exécutif m

moyens par la publicité de sa circulaire, qu^il eût mieux fait de laisser asseoir son jugement sur les faits.

Plusieurs de ces individus qui prétendent tout savoir assuraienl hier, dans un café, qu*il y avait une division parmi les membres di Directoire exécutif. Ils disaient, que c'était parce que Carnot princl paiement soutenait les Jacobins, et que Barras et La Revellière étaiei^ d'un avis contraire. « La preuve, disait Tun d'eux, que Carnot et U| autre soutiennent cette horde d'assassins, c'est qu*ils ont rempli les bureaux du Directoire d'égorgeurs, comme dans les départeOients, e/ de terroristes signalés dans Paris. » Ces propos faisaient déjà îeJn des réflexions, lorsqu'un particulier les a dissipées, en assurant quek Directoire allait s'entourer d'hommes probes et ennemis du sang. — L'arrêté du Directoire exécutif, relatif à la vente des farines sur le carreau de la Halle, avait d'abord fait peu de sensation; mais la malveillance s'est aperçue qu'une fausse interprétation donnée à cet arrêté pourrait semer des inquiétudes parmi le peuple; en conséquence on a dit que cet arrêté portait que chacun s'approvisionnerait librement à la Halle, et que, par suite, il n'y aurait plus de distribntion de pain. Aujourd'hui les femmes étaient attroupées à beaucoup de coins de rue où se trouvait encore l'affiche; et là on disait qu'on n'était pas trop fâché que Tadministration ne donnât plus de pain, parce que tout cela finirait. Elles ont terminé par dire que, sous l'ancien régime, et même sous Robespierre, on n'était pas si malheureux. Dans le faubourg Marceau et dans le quartier de la place Mauberl, le mécontentement est à son comble, et il ne serait pa* étonnant que les femmes ne se portassent en masse au Directoire. Les employés de diverses administrations se plaignent dans tous les lieux publics qu'ils ne peuvent plus vivre avec leurs traitements." Hier, dans l'opéra Renaud, le public a applaudi à plusieurs reprises à ce vers -ci :

Qu\inc paix durable unisse nos Etats,

et s'est écrié à dilTérenles fois: La paix! la paie! — Au théâtre Feydeau, le public a applaudi avec une singulière affectation à ^^ passage-ci, dans le Philinte de Molière:

Le crime est si puissant et la vertu si rare î

Ta/fi Chrétien^ sept lieures du soir. — Le nombre des soi-disant palrioU^ exclusifs aujçmeiite considérablement au café Chrétien. Chrétien lui-mc^mc est un des chefs; on y a discuté les moyens de se procurer un nouveau local, c^ déjà Ton a une maison en vue. La conversation ayant roulé sur la disette du pain, on a traité tous ceux qui sont à la tète des administrations, et le Dircc-

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»ire même, exceplé Carnot, de royalistes déguisés. On a ensuite promis de » point ménager André Dumonl, Lorsque la crise favorable arrivera; ils ne «uvent lui pardonner les arrestations de prairial. H parait que ces sociétaires »nt en correspondance avec les patriotes exclusifs des départements, car ils il lu une lettre des Jacobins d'Arras, portant en substance de faire une .vitation au Corps législatif, pour demander^ en vertu de la loi du 3 bruaire, l'expulsion des places de la République de tous les parents des émigrés des prêtres réfractaires. Beaucoup de militaires et beaucoup d'individus 'nant des départements se mêlent parmi ces illuminés. — Au café des Bainslinois, à la même heure, il s'agissait de présenter une liste d'individus à cttrc à la tête du gouvernement. Léonard Bourdon et Cambon étaient des emiers ]

Journaux, — La pénurie et la cherté des subsistances est toujours l'ordre du jour. On se plaint que la distribution du pain ne soit pas

même dans toutes les sections, que les boulangers trompent le blic, que les malheureux manquent de secour» ; enfin on annonce Li**] un mécontentement général est prêt d'éclater. — Voici un propos, >^nt certains journaux, qui se répète en plusieurs endroits. « Pour Jv-er la France, il faut successivement démonétiser les assignats, ^is surtout commencer par supprimer les Cinq-Cents, déchirer les •-^ :x Cent Cinquante, et brûler les Cinq. » Les départements sont, dit- ► toujours agités, surtout par les prêtres; ceux qui n'ont rétracté

*^ serment qu après Tabolition de la constitution civile du clergé

- Rendent n'être point sujets à la déportation et trouvent des défen- ■^ rs. — On blâme le Directoire d'avoir mis en place des terroristes, t-^mment Duhem, Jeanbon Saint-André et Léonard Bourdon. Un * rnaliste révoque en doute le départ de La Fayette et du jeune d'Or- ^ns pour l'Amérique. Il assure qu'ils resteront en Europe, tant qu'il -%r restera: l'espoir de rentrer en France, et cet espoir, ajoule-t-il, ^ loin de leur être ravi. Enlin le Moniteur désigne encore d'une ma- ^re précise deux partis également ennemis à la Constitution : les ^"roristes et les royalistes, et il expose leurs manœuvres pour la

- nverser • .

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Journaux.

-i;/m- (b^s lois du 5 frimaire. — « Si un étranger arrivait pour la première ^is dans cette ville, il serait à chaque instant étonné du contraste qui se pré-

l. Il s'ajçit d'un article de Trouvé, intitulé : Quelques idées sur l'esprit qui doit 4nimer le peuple à VéQard du r/ouvernement, (Voir le Moniteur du 4 frimaire liulV, réimpression, t. XXVI, p. 507.)

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