‹ Paris pendant la révolutionChapitre 1 sur 46 · IT I · texte numérisé non relu

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2 PARIS PBNDANT LA RBVOLUTIOM.

elle-même, aurait pu, sans aucun doute, ou introduire des améliorations religieuses conformes à Tesprit des temps nouveaux ou pousser en avant le mouTement réformateur du X.VI* siècle, arrêté dans son développement! Mais, en fait, cette possibilité devait lui échapper bien vite, parce que très vite elle ne s*oceupa qu*à détruire, avee une précipitation faroncbe et sauva^^e, tous les éléments traditionnels. Ucjetatit ainsi tout ensemble le bon et le mauvais, elle provoqua nécessairement une résistance désespérée, une réaction formelle.

De là ce fait bien remarquable : à travers toutes Us péripéties de la Révolution, malgré les coups terribles portés par la philosophie ' à la religion traditionnelle et surtout au catholicisme, religion dominante en France, la masse du peuple s'obstina k ne pas se laisser ravir la foi de ses pères et s'attacha à son vieux culte, souvent avec beaucoup plus de fermeté que ne le tirent les ecclésiastiques eux-mêmes.

Si les doctrines de Voltaire, d'Holbach et de Kousseau avaient développé parmi les gens cultivés le mépris de toute religion positive, elles n^avaient fait mûrir dans une sphère plus large, dans la société en général, qii*nn indiffère ntisme hésitant qui pouvait servir Je point d'appui à une réforme prudente, mais qui n'était point de force à portor une violente subversion. De même encore, rimmoralité d'un grand nombre de prêtres et de moines, impitojrablement stigmatisés

1 L'expression allemande est un peu différente : Aufkidrung, ' {Le trad.)

par Manuel \ avait bien provoqué dans la masse de la population une répalsion et ane aigrear asses fortes ponr durer autant que la puissance et la domination des prêtres, mais non asses fortes pour ne pas se changer en compassion et en pitié, lorsque cette domination tomba en poussière et que les prêtres devinrent les plus faibles victimes en même temps que les victimes choisies de la Révolution. Ain^i se dessinèrent les deux phases principales du grand drame.

Les nouveautés des premières années (17âd-milien de Tannée 1792) étaient encore, dans leur ensemble, de nature à permettre et & faciliter une traisformation douce. Je range notamment dans cette

catégorie de mesures : la confiscation des biens du clergé au prolit de l'Etat qui en échange prenait à sa charge les frais du culte ; la suppression dos congrégations et ordres religieux, des couvents ; la liberté et Tégalité de toutes les opinions religieuses et de tous les cultes ; la Constitution civile du clergé et Télection de tous les curés et des évéques remise au peuple chrétien * ; l'obéissance absolue aux lois de rËtat exigée des ecclésiastiques et même le serment

« MamieU La police dt Pmit dMUe, 8 tom., Paris, HOd.

* Oant !• miê: Kirchengemeinden. Caci «•( iMxaot : l'éleetion des cwét «tdat évéqse» n'est pas faite ptr la communauté chrétienne ou communauté paroissiale (Kirchenf^'pmr-inde), mais par le corps électoral ordinaire. {Constit. civiie du cieryé ûu 12 Juillet 1790, lit. II, art. 5, SO.) Cf. Élection et proclam, de t'évéque de Pari», daat Charavay. Auemblée 4kct de Paiii, Paris, 1890, p. 545 «t MÎT. {Le trad,)

4 PAElfl PENDANT LA HBVOLUTIOM.

à la Constitution civile ei les pensions ' accord<-^es aux réfractairos, enfin la g-énéralisation du mariage civil obligatoire et l'établissement des rog^istpes de l'état civil. Tous ces actes d'une législation bien ordonnée obUorent dans toutes lea classes de la société l'approbation d*une énorme miyorité ' , 11 y a pluB : la snppreMioa d'an bon nombre de prescriptions et

' Allusion au riporet dp» 2-4 Novembre 1789, qui, en mettant les biens c^cclesiastiques à la disposition de la nation, posait le principe d'une iaUemnité pour i entrelien des ministres de la NligiMi. Après la Coastilntion Mit des |2 Jttîllêt-24 AoAt 1190, an très grand aombra d« prêtres iiwêria«at4t foDedon- Bsires purent eoatimier pendant quelque temps à recevoir l'indemnité prévue par ce dérrel de 1789 Fn e?Tft, lr\ (''on^titutioO Civile n'imposait le serment, et ce, & pt in»' 1^' ilestiiuuon, qu'aux évéques et aux curés (lit. II, an. 39, 40; tu. 111, an. 7,8); mais les anim sceUsiattiques, fonctionnaires publics, purent, jusqu'au décret des 27 Novumbrc di Décembre ITOi), tout à 1» foi« rester insermentés et toucher les pensions dont le principe était poaé par le décret des 2-4 Noveml rt' 178*,V ',>uant ,tux ecclésiastiqijes non fonctionnaires pubhcs et prives de bdu^ tiies, leur droit a la pension restait, en principe, intact, même après le décret du 27 NovembM-fH Décembre 1Î9U. Le décret dn «6 AoAt 1792 lee expOM à être déportés sous le moindre prétexte et même •ans l'allégation d'ancnn prétexte, maia ne priva pas expressément de la perisioîi ceux qui, par bonheur, ne seraient pas déportés. Le paiement de la pension est encore visé jiar un décret du 5 Août 1794 et je ne vois pas que les eccie^iasiiques insermentés, non fonctionnaires et âgés de plus de vingt-quatre ani au moment de la .«iuppression de leurs bénéAces (décrst des 11-85 Décembre n93), aient été légalement privés de leurs pensioDS* Pendant la Terreur, le certificat de civi«<me nécessaire pour toucher la pension, fut, en fait, une barrière à peu près insur» montable pour les ecclésiastiques. Vojrez le curieux récit de rabbé MorsUet dans Daaban, 1er priroar de Paris, pp. 42-79.

> Erreur de Sût qu'il est i peine besoin de releier. (U irad.)

d'usages religieux , par exemple, des jeùne.^, de la confession, des processions publiques, même celles de messes et du célibat des prêtres aurait trouvé Topiuion publique, — je parle de la grande mijorité du peuple — en partie sympathique, en partie indifférente, si le législateur avait été conduit par une Toie normale et régulière à prendre de pareilles mesures. Des indices nombreux et très sûrs ne laissent pas ICI le moindre doute.

Mais lorsqu'on passa de la modération à la violence, d'une réforme pondérée k une aveugle destruction ; lorsque Télimination des prêtres insermentés dégénéra en une persécution de plus en plus vive et même se transforma en une guerre déclarée à tous les prêtres, fussent-ils assermentés et soumis aux lois ; lorsque les ecclésiastiques furent non pas autorisés à se marier par une loi formelle, mais incités à le faire par des décisions de circonstance, par des récompenses et des faveurs ; lorsque TÉtat osa se soustraire à Tobligation de payer le clergé ; lorsque le christianisme fut tourné en dérision, honni de plus en plus grossièrement par les libres-penseurs; lorsque des atteintes toujours plus graves furent portées à la liberté du culte ; lorsque non seulement les jeûnes, les messes, les processions, mais, en général, tous les usages de FEglise catholique, le dimanche et toutes les fêtes chrétiennes, furent supprimés, en un mot, lorsque les efforts des novateurs prirent de plus en plus le caractère d*une guerre à mort et à la liberté des cultes, garantie cependant, et à des mœurs, à des habitudes dix fois

0 PARU PINDAMT LA lU&TOLUTION.

séculait'es auxquelles le peuple était très attaché, alors le parti de ces novateurs se confondit avec des minorités de plus en plus faibles» tandis que l'esprit de résistance, au contraire, gagna les masses. A la Yérité, tant que la force et la palssanee extérieure, pendant les Tiolences révolutionnaires, restèrent aux mains de ces minorités audacieuses, sans cesse plus audacieuses, la résistance des masses se traduisit par des manifestations» plutôt isolées que reliées entre elles et concordantes.

En 1790, la Constituante s*était accommodée par prudence aux préceptes de l'Église et aux préjugés du peuple. Sans doute, elle refusa, le 13 Avril, de reconnaître la religion catholique comme religion de l'État, mais elle n*en prit pas moins, le 29 Mai, la résolution d'assister en corps à la procession de la Fête-Dieu. Mais, depuis lors, les agitateurs antireligieux et surtout les chefs de la Commune, le ojaire Pétion et le procureur Manuel, mirent tout en œuvre pour discréditer et supprimer cette solennité. C'est ce qui provoqua, & la Fête-Dieu de 1792, les premières manifestations remarquables de Tirritation religieuse du peuple de Paris. Pétion, surnommé « le dieu du peuple *>, fut accueilli à coups de pierre parles Sans-culottes des Arcis, « pour avoir déclaré dans une ordonnance qu on u serait libre ce jour-là de travailler ou de ne pas « travailler m. « Les Sans-culottes de Paris délibérèrent « pendant quelques jours, s'ils devaient ou non lapider « Manuel pour avoir osé imprimer qu'on serait libre « de tapisser ou non », Enfin, le jour de la fête,

beaDOonp de ceoz qaî, « par opiniâtreté oo irré- < ligion », comme disait le peuple» « n^avaieat pas tapissé », furent frappés à coups de bâton on menacée

par la foule irritée. L'Assemblée législative avait réagi fort à propos, « en décrétant qu'elle ne tiendrait pas a séance ce jour-là ' »>.

Mais la chute de la Hoyauté, les horreurs de Septembre et le massacre pendant ces Journées d'un très grand nombre de prêtres, enfin la proclamation de la Réptibliqne, changèrent très nettement la face des choses. Dès le 25 Décembre 1792, la Convention qui avait snecédé à I* Assemblée législative décréta Tabolition officielle du liimanchn et de toutes les fêtes relipcusos. en en faisant des jours ouvrahies p. >ur tous ses fonctionnaires. An commencement de 179.'i, après la mort du Roi, certains républicains ioiluents mirent tont en œnvpe ponr opprimer violemment ia foi reii* giense dn penple et supprimer entièrement le culte. A partir de ce moment, les moqueries grossières à redresse de la religion, les persécutions violentes dirigées contre les prêtres, les audacieuses prolànations d'églises se multiplièrent chaque jour. Mais, depuis lors aussi, si nous laissons de côté une populace entièrement dénuf^c d«- iuut sentiment , non?? constatons que ces impétueux novateurs et toutes leurs violences ne rallièrent qu'une fraction du peuple de plus en pins restreinte. La grande masse de la population célébra dès lors le dimanche et les fêtes religieuses avec plus de zèle que jamais et ne montra que pins de respect

> Taldeaikc, i, 302. Cf. fragmeau pabliés pp. 293 et tuiv.

et d attachemeia pour les usages religieux et aussi pour les rainistrp'? de TEglise.

Le 9 Mai 1793, Dutard écrivait au ministre Oarat : La religion conserve eocore son empire « snr le penple « de Paris. Ce matin un prêtre m iki^t^t* a porté le « viatique à un malade devant ma porte. Vous auriez « été vraisemblablement étonné de voir le même « peuple qui persécute les ministres du culte, accourir « do toutes parts pour se jeter à genoux, tous, hommes, « femmes, jeunes et vieux, se précipitant en ado- «.ration ' M. A cette époque, on croyait que les recrues « en seraient quittes pour baiser le crucifix », ce qui contribua beaucoup au succès du recrutement *. Gbes les Vendéens, Tezcitation religieuse s*éleva jusqu'au fanatisme ; aussi les Jacobins prétendaient-ils qn*on leur avait persuadé qu'ils ressusciteraient, comme Jésus-Christ, le troisième jour \

La fête de la Pentecôte tomba le 19 Mai. Le 21, Dutard écrivait au ministre : « Ce qu'il jr a de plaisant,

9 l,227,S3Ki — LaniépriMdeM.SeliBiidiwtmimentliQgalièra. Ua jour do mois de Mai 179), dans ane rm de Paris, na

■ enrôlé, voyant que ion camarade faisait quelque résistance, lui

n dit h plusieurs fois nvpc réticence et un clin d'œi! afTprté : Vas-y « toujours , nous i^iriirons ensemble ». Tel est le petit fait que M. Schmidt rattache au mouvement religieux dont il se préoccupe, le petit fàii qni lui permet d'apercevoir quelque relation entre lee enrMemenU de l'IOB et le réreil de la religion. Où dono eet le lien ? Voici : L'agent, témoin de cette petite scène, y a joint cette réflexion humoristique : o II semblait vouloir lui dire : c Nous y irons, mais on m'a assuré que oous en serions quittes « pour baiser le crucilix ». (Lt' irud.) * Beauliett, Eitai» historiques, VI, S6.

« o*est de voir le même peuple qui persécute les « prêtres, profone les temples, se jooe de la religion, t de le ▼oir, dis-Je, regarder le jour de la Penteeôte « oomme on Jour de solennité où les amis voient lenrs «r amis, où les ennemis se réconcilient avec lenrs u eimemis, où les familles se réunissent pour se « rappeler les liens du sang et de l'amitié, où l'homme « le plus infatigable cesse ses travaux pour reposer, « où le marchand cesse ses opérations commerciales

< pour se livrer au saint enthonsiasme qui loi rappelle

« rnnion et la paix d'autrefois Les épouses des

« sans-enlottes de ma maison se sont, pendant les

< trois jours, chamarrées de leurs plus beaux habits, « et sont allées voir, avec leurs maris, leurs oncles, « tantes, cousins, amis et amies. Toutes les boutiques « de Paris ont été fermées pendant les trois jours. Je « n'ai pas entendu un seul coup de marteau. Au « carreau de la Halle, les revendeurs d'habits qui sont « presque tons ou Gordeliers ou Jacobins, ont chômé « pendant les trots Jours de fête. Quelques-uns senle- « ment j ont paru avec un habit ou deux sur le bras ; « mais à coup sûr ils n*ont rien vendu ; et ceux-là « même sont du nombre de ceux qui vivent au jour « le jour. Au ciLuetiore des Innocents sont des « gargotiere qui débitent de la viande et des haricots « sous les parasols ; ceux*là ont encore chômé ; et « cependant il est remarquable que ce sont les plus « enragés suppôts de la faction cordelière et jacobine. « Or, voulez-vous savoir ce qui se passe dans ces « familles qui se visitent ainsi ? ils s'jr comportent,

c comme vous vous comportez chez vous avec vos c amis. On remarque, par exemple, plus de politesse « qu'à Tordinaire (la toilette donne de la dignité) ; « ce jour, ee sont les yieillards qui règlent la société ; « ils 7 prêchent la modération, Funion, la fraternité ; « réponse ne sort point sans son mari ; et dans le « temps où nous sommes, après tous compliments « faits, chacun des convives y pleure sur les maiiieurs « publics ' ».

Cet esprit de fidélité aux anciens usap:os religieux se manifesta encore parmi le peuple le jour de la Fête-Dieu et le jour de roctaye de cette fête, les 30 liai et 6 Juin 1793, par conséquent au milieu des violences et des commotions terribles qui, dans les journées des 31 Mai et 2 Juin, consommèrent la ruine de la Gironde et de la République modérée. Le '23 Mai, Dutard avait donné ce conseil au ministre Garât : que la Convention assiste en corps ou par députation à la procession do la Fête-Dieu ; c'est un des plus sûrs moyens de la réconcilier avec le peuple et de rallier tous les citoyens *. Bien entendu, dans un pareil moment, on ne tint aucun compte de cet avis. La veille dn 90 Mai, jour de la fâte, Dutard se trouvait, comme garde national, à la réserve avec sa compagnie. Il nous a laissé ce récit expressif : ». J'ai pris un (( congé d'environ deux heures ; mes premiers rcjrards « se sont portés vers les processions et les cérémoDies

1 lahUaux, i, 26i et suiv.

3 1, 280. <— Je suiii iie près le lezte du rapport de police. {Le

« dn jour. Dans plusieurs églises, j*fti vn beaucoup de fc petit peuple et surtout les épouses des sans-culottes.

« On avait fait la procession intra muros ». » Dans la « rue Saint-Martin, près de Saint-Merry, j'entends un « tambour et j'aperçois une bannière. Déjà, dans f onte « cette rue, on savait que Saint-Leu allait sortir en « procession. J*accours au-devant, tout y était modeste, c Une douzaine de prêtres, à la tête desquels était «n « Tieillard respectable ; le dojen, qui portait le rayon « sous le dais. Un Suisse de bonne mine précédait le « cortège , une force armée de douise volontaires à peu « près sur deux langs devant et derrière ; une popu- « lace assez nombreuse suivait dévotement. Tout le ic long de la rue, tout le monde s^est prosterné ; je « n*ai pas vu un seul homme qui n'ait ôtc son chapeau. « £n passant devant le corps de garde de la Section « Bonoonseil» toute la force armée s*est mise sous les « armes. J'étais chez un marchand au milieu des c Halles quelques moments après. Le tambour qui « précédait et ceux qui suivaient ont annoncé la <( procession. Ah ! Quel a été l'embarras de toutes a nos citoyennes de la Halle. Elles se sont concertées « à l'instant pour examiner s'il n'y aurait pas de « moyen de tapisser avant que la procession ne passe. « Quand on ne mettrait qu*un drap t Chacune aurait « volontiers mis son tablier. Une partie se sont pros- « ternées d*avance, à genoux, et enfin, lorsque le Dieu « a passé, toutes à pou près se sont prosternées à a genoux ; les hommes on ont fait de même. Des « marchands se sont mis à rôder devant chez eux ;

12 PARIS PBNDANT LA EBTOLUTION.

« d'aotres ont tiré des coups de fusils ; plus de cent « coups ont été tirés. Tout le monde approuvait la

« cérémonie, et aucun, que j'aie entendu, ne l'a « désapprouvée ».

<< C'est un tableau bien frappant que celui-là, con- « tinuo Dutard. La présence d*nn Dieu de paix, de « notre ancien Maître, qui n*a pas cessé de Tètre, a « porté la consternation dans tous les esprits. C'est ce là que l'obserTateur a pu dessiner les physionomies, « images parlantes des impressions qui se sont faites « {sic) si vivement sentir au fond de 1 àme de chacun « des assistants. J'y ai vu le repentir ; j'y ai vu le « parallèle que ch&cun a fait forcément de l'état actuel « des choses avec celui d'autrefois ; j'y ai vu la « privation qu'éprouvait le peuple par TaboUtion d*une c cérémonie qui Ait Jadis la plus belle de TÉglise. J*j

ai vu les regrets sur la perte des profits que cette « féte et autres valaient à des milliers d'ouvriers. Le « peuple de tous les rangs, de tous les âges est resté « honteux, silencieux, abattu.... ; quelques personnes « avaient les larmes aux yeux. Les jirétres et le « cortège m'ont paru fort contents de l'accueil qu'on « leur fit * »,

Cependant, dans la plupart des paroisses, on préféra, comme je Tai déjà laissé entendre, faire les processions mira murot. Le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois annonça expressément au peuple par voie d'affiche « que la procession accouluméo se ferait dan^ l'enceinte « de son église, pour préserver la religion des insultes

1 1» 860 et tnif .

PABIS PSNDANT LA «AvOLimON. 18

« qui pourraient lui être faites et pour déjouer les « complots (les malveillants qui peut-être attendaient « cette occasion de produire quelque trouble ». Le curé de la Madeleine, au contraire, fat aa nombre de cens qai firent « sortir leur armée sainte accompagnée « d*aae portion de Farmée profane * ».

La perte d'avantages matériels était an motif de résistance anx nonveantés antireligieuses Dntard sur ce chapitre est intéressant. Le Ô Juin, jour de roctare de la Fête-Dieu, (petite Fête-Dieu), il écrit au ministre : « Ce matin, aux Halles, j'ai vu pleurer une 4t bouquetière en chef de ce qu'on avait supprimé les « deux Fétes-Dieu. Ëlle faisait tons les ans sa petite « récolte ces deux joars ; et trente femmes, a-t*elle « dit, qui traTaillaient avec moi, gagnaient anssi bien « que moi leurs quinzaines. Il n'est pas do modiste, de c marchands dHndienne et d'étoffes, de tapissiers, etc., « qui ne maudissent Texistence de tous ceux qui ont <t concouru a cette suppression ' »,

Le même jour, dans les groupes des Tuileries où, malgré la crise politique intense, malgré l'arrestation des 32 Girondins, on s'entretenait avec vivacité de questions religieuses, des idées tout opposées furent émises. « On ne répétait contre la religion que de « vieilles rapsodies, écrit Perrière au ministre ; c'est « le lion expirant auquel Tàne même vient donner son

» I, 353 et «uiv.

* Je croit entrer dans la pensée de l'auteur en rendani amai k» nota ; « Uoitv dat Widerwilleos gegea <li« rdigkiMB « NaMrungtttt ». (Le Irad,)'

14 PiUtM PBKDAirr LA RiVOIiUTIOK.

«. coup de pied. Mais Dieu même fut attaqué, et cela

« par une femme et d'une manière assez piquante

u on parle de Dieu, dit-elle, mais Dieu est de L'aristott cralie». Cependant, syoute Perrière, animé lui-même de sentiments très radteaux, « le peuple des départe- « ments et même une partie de celui de Paris n*est « pas aussi éclairé que les groupes ou peut^tre et seulement les orateurs des groupes des Tuileries 1

« N'admirez-vous pas que Ton a beàucoup trop tôt

vaaté les lumières du XYIII" siècle I Le feu de la « superstition, à peine éteint dans la Vendée, se rallume <( dans la Lozère et peut-être suivra dans toute la « République une traînée que lui assure rignorance. « Je connais TAuvergne que J'habitai jadis et que j*ai « parcourue même depuis la Révolution. Celle-ci n*a « pas de meilleurs soutiens que les Auvergnats, qui « sentent bien de quel poids les a délivrés l*abolition u des droits féodaux ; mais, s'ils haïssaient leurs « seigneurs, ils aimaient et ils aiment encore leurs « prêtres. Leurs prêtres boivent avec eux, leur « vendent l'absolution ; tous les dimanches, à leurs 4c prônes, il se crie à renchère des lieutenanees et « sous-lieutenances qu'ils préfèrent peut-être encore « k celles qu*a créées ia Révolution : à tant la « lieutenance de Saint-Pierre ! et si le paysan tarde (c à mettre le prix, vite un éloge du saint et mes « paysans do monter à l'envi. Ces hommes simples a sont aujourd'hui divisés en deux classes, dont l'une « a adopté les prêtres assermentés, l'autre se tient « obstinément & ses prêtres réfractaires, et c>st

PARIS PENDANT LA RBVOLtJTiON. 15

a malheureusement la plus nombreuse. Je puis le dire : «c rËspagDol et Taristoorate n*anra pas de plus dangeti peux ennemis» comme la terre n*a pas de plus € industrieux et de plus infatigables cultivateurs ; « mais la France perdra des hommes si précieux sous « ce double rapport, si elle s'obstine à exiger d'eux le « sacrifice de leurs prêtres ' ».

La fête religieuse du () Juin à Paris suggère aussi à Perler quelques observations très dignes d'être . relevées. Ce fut la population ouvrière qui j prit le plus franchement part. « On a fiût ce matin, écrit-il, « des processions dans les faubouigê, quoiqu*il n*j en « ait pas eu dans la ville ; c*est qu'apparemment les « lumières n'ont pas encore eu le temps de pénétrer du <i centre aux extrémités ; tant leur extension est « rapide ^ ! »

Dutard est plus précis . Dans la plupart des quartiers de Paris, les processions se firent, il est vrai, dans TégUse ; toutefois la défense de sortir ne ftit pas générale. Bans la paroisse Saint-Eustache, paroisse à laquelle appartient la population des Halles, on s'attendait dès le matin à voir sortir la procession ; en conséquence, quelques « personnes avaient tapissé ». Le curé, anxieux, se rendit au Comité révolutionnaire du quartier pour lui demander son avis. Une défense expresse et formelle ' de sortir fut

1 11, 7 et auiv.

3 Le texte du rapport de police porte : « de ne pas sortir ■; re qui paraît un*» «impl?» faute defrançaii, comoM i'» p«n8é

évidemment M. bchmidc. (Le trad.)

16 PART8 PENDANT LA RéTOLXTTKm.

la réponse. Vers 5 ou 6 heures, les dames de la Halle allèrent en foule trouver le curé et lai demandèrent dei explications. Le cuïé les renvoya an Comité révolutionnaire; eelui-ei, après avoir été traité par ees dames, « comme il le méritait », délivra une permission et la procession se ilt sans tambour, ni musique.

J>uns les faubourgs halnt. s pai' los ouvriers, où les autorités révolutioriiiaiies renonçaient prudemment à Tavance à toute résistance, la féte fut célébrée aussi brillamment que jamais . Dans le faubourg Saint- Marceau tout était tapissé et les Oobelins avaient étalé comme à Tordinaire les chefs-d'œuvre de Tart ; toutefois, afin d*éviter tout scandale, on en avait excepté les attributs de la Royauté ; on pensa, au contraire, que les traits de THistoire Sainte ne pourraient que plaire au plus grand iiouibre et on les mit en évidciàce. «Nos « Démosthènes de la Ilévolution, remarque Dutard, « attendaioat beaucoup de leurs moyens d'éloquence ; « mais la puissance divine, cette providence qui « règle tout, s'est montrée plus éloquente qu'eux ^ ».

La superstition populaire vint au secours des vieilles traditions chrétiennes; e*est ce que prouvent les événements d*Orléans. Dans cette ville, le peuple avait demandé ouvertement une proeession publique. La municipalité 9*y opposa et la force armée exécuta les ordres de ia iiunutipalit»'. La procession nVut pas lieu. Mais le lendemain, raconte un témoin oculaire,

« n, 9 et loiv.

PAB18 FISNDANT LA RéVOLimON. 17

on trouva « toutes les vignes gelées et noires ». Le peuple s'abandonna à la plus vive indignation; poussa des cris terribles et il eût volontiers offert en holocauste, en les préeipitant dans les eaux de la Loire, tons les contempteurs de procession, tous les fondeurs de cloches, «c C*est donc l'excès de la folie, ajoute Dutard, « de vouloir contrarier le peuple jusque dans ses « habitudes les plus eniaciuées >k Et il raconte comment, le même soir, un vieux Jacobin lui a « prêché tt la morale du Christ », lui a expliqué qu'il était bien doux pour l'homme à un certain âge de pouvoir se faire illusion et de voir dans l'avenir une autre vie qui Tattend. « Le philosophe », conclut notre Jacohin, « a « de quoi se refaire, il nourrit, il entretient son âme, « jusqu'au tombeau, mais nous autres pauvres gensl » Dutard resta stupéfait.

L'attachement aux vieilles observance?? et la colère inspiri'O ])ar les nouveautés se traduisuent souvent d'une manière très caractéristique dans les classes inférieures. Écoutons Dutard, le 13 juin : « Deux ou « trois prêtres revenaient d'un triste ministère. Le « premier, avec sa croix d'argent, alla heurter contre «c un crocheteur qui s*avançait chargé, avec un de ses « camarades qui ne Tétait pas. — « Eh bien, toi, « quand tu viendras avec ta croix !» — « Chut, dit « son caiiiuiude, c'est le boa I)ieu !» — « Bah ! le « bon Dieu !... il n'y en a plus de bon Dieu ! » — On tt aurait pu lui dire que les hommes l'ont rendu « méchant ; mais cet homme était ivre ; mais maints

nr 2

« gens qui l'avaient précédé s'étaient déioiiv«'Hs, « avuient fait le signe de la croix, s'étaient fendu leur « visage avec leur pouce, avaient marmotté des « des prières... et je me suis applaudi de ces restes de (c religion, et j*en ai donné moi-même les signes * n. Le clnb des Jacobins lui-même n osait se soustraire entièrement aux préjugés religieux du peuple. Malgré tontes les déclamations contre les insignes chrétiens, 1)11 ivait conservé intacte dans rum» des tribunes ialeralos, une croix de bois, bien exposée à la vue de toute la tribune ; et cela n'avait pas été l'ait sans dessein *.

L*esprit nouveau n*était point de force non plus à empêcher Texposition publique et la vente d*objets religieux. Au mois de Juin, un marchand de cantiques sur sainte Julienne, saint Alexis, sainte Geneviève, etc. stationnait sur le Pont-au-Change. A travers un verre transparent on voyait une vierge tenant dans ses bras un enfant ; on y remarquait aussi des crucifix, des croix, des saints, un cerf. etc. Les cantiques, avant d'être livrés aux acheteurs, recevaient la bénédiction des saints et saintes par rattouchement sur lo verre, « J*ai resté, écrit Dutard, plus d'une demi-heure k « contempler Telfet que produirait sur le peuple cette « nouveauté ». Heaucoop de gens du petit peuple, des femmes surtout, se sont arrêtées à entendre chanter les airs du temps passé ; on achetait même ; mais après

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