‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 11 sur 77 · UN ROI AU PALAIS DES CÉSARS · texte numérisé non relu

UN ROI AU PALAIS DES CÉSARS

La voie publique longe les ruines du Palatin. Une porte bâtarde s'ouvre dans un mur croulant. On y lit cette inscription : Ingresso al Falazzo dei Cemri ; entrée du palais des Césars.

La porte s'ouvrit ; nous vîmes descendre ou plutôt dégringoler du palais des Césars un vieillard chétif. Il gagna lentement sa modeste voiture.

Quelqu'un me dit : « Voilà plus qu'il ne semble. Vous voyez

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Se. Iktagpsté-FrédéFic-^Guillaiime;, rcù de Prusse. Il yta^'iËiiiMit^ m Koulut.leiaire empereur d'Alleaiagne; il pouvait s'eu {passer Ja fantaisie. »

Ce roi me fit songer. Il a régné, il règne encore nominalement sur une nation de 16 millions d'hommes, qui se proclame easenliiîllement militaire et sarenie, ert cpii est a^seex te^ deux ekoses^là.

L'Armée prus&ienue se laisse dire, xiorame une autre, :C[u'eilie ei^t « l'acmèe la plus brave du monde; » les académies |>rusâennes ne se croient pas les moins illuminées.

Le roi que voilà est général de cette armôe, président de ces académies; il est, en outre, pape de son Église. Mais il' a une maladie fâcheuse. Il se croit sous-lieutenant.

U a été fort savant, fort éloquent, fort érudit, vraiment fait d'une bonne pàte^ excellent particulier prussien. Mais, pauvre homme ! — protestant et pape, — il est tombé en enfance.

Use promène dans'Rome, environné partout d'une compassion respectueuse. Ailleurs on le tiendrait prisonnier. Les rois devraient encoa» protéger Rome pour avoiruc^ retraite en «cas d'accident.

Quand il passait pour un sain d'esprit, ce roi acheta un palais sur" le Capitole. 11 projetait d'y établir un temple et un prêtre de sa religion. Il a eu toujours de certaines idées!

NéanmoifïiR, dénis la question de Tempire, il vit qu'^n ne lui proposait arien d'honorable. 11 dit une loyale parole^ forte pottr un protestant.

C'était son « cher Arndt » qui lui offrait l'empire au nom du parlement de Francfort. Il rjôpondit ; a Mon cher Arndt, vous êtes mon vieil ami, et vos amis de Francfort, qui se disent assemblée nalJoDaie, sont tout ce qu'il y a de phas «stimable en Allemagne. Je les considère beaucoup..

« f)e ooncert avec eux, vous me faîtes une prc^ositifon malbunnète Quel mandat les autorise à iwettre un roi au»^esBUS ièes autorités iéginimes auxquelles ils' ont prêté serment ?

a Notitiez-leur cela doucement. Ils m'inspirent de ilurguetl «t de -la iveoonnaissaiBceooBuiiietà^ toute l'Ailemagne^ et j« 4se-

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rais désolé de ieur Mre de la peine. La vérité «est (ju^'il» ne-aav€nt ce qu'ils disent.

« Que m'®lfrent-ils? Cet enfentementdes révolutions de i«4f8 est-il une couronne? Il ne porte pas la croix sainte, il n'imprime pas sur le front Le sceau de la qréce de Bku. Ce n'est pas une couronne.

« C'est le collier de fer qui déduirait au rôle d'esclave de la Révolution le lils de vingt-quatre princes, le chef de seize millions d'hommes et de l'armée la plus bcave et la plus dévoilée du monde.

« Pour prix de ce bijou, je devrais violer la parole que j'ai donnée, d'essayer de m'entendre avec les autres princes «tavec l'assemblée sur la constitution de l'Allemagne, le ne violerai ni cette promesse ni aucune ajutre.

« Vous s( mblez croire que la Révolution n'est que la démagogie et le communfSme. La Révolution est l'abolition de l'ordre divin, le renversement. du droit et de la justice. Elle soufflera la mort tant que l'ordre divin ne sera pas rétabli. »

Voilà qui est noblement pensé, noblement dit. Le roi ajoute : « Le Parlement n'a rien à offrir que des mains pares pukïsent toucher. » Il termine par ces mots soknnek : Dixi, et sahavi <mimam meam.

Mais, en roême temps, pour rétablir « l'ordre divin » il propose un congrès des puissances allemandes et de l'assemblée de Francfort afin de congtituer rAl!«magne.

Il croit que les puissances allemandes, les unes cathodiques, les autres protestantes de divers lainage*?, d'accord avec le Parlement, qui renferme tous les filaments d'antichristianisme, ourdiront l'unité!

Et alofs la fabrication d'une couronne imi)éria;le sera l'opération la plus simple du monde; et cette couronne recevra na* turellement de toutes ces mains divisées « la (a*oix, sainte qiii confère la grâce de Dieu 1 » ^

011, peut-être, la couronne allemande pourra se passer de la croix et de la grâce de Dieu, puisque m l'ordre divin » sera rétabli...

•Merveilleuse déraison de ces bonnes tètes ! L'archevêque "Sa-

linis disait : « Ce qui manque^ c*est la théologie. » Quoique énidit, le roi de Prusse n'a pas connu les conditions de l'empire. Il y a une érudition où parviennent difficilement les rois modernes.

L'empire était institué pour être le bras de l'Église et la garantie des royaumes chrétiens. Ainsi les Électeurs l'ont euxmêmes défini, lorsque Rodolphe de Habsbourg fit confirmer les actes de Pépin et de Charlemagne touchant llnviolabililé des États du Saint-Siège.

Écoutons l'esprit qui fait les choses grandes et durables : (( La mère Église de Rome, embrassant depuis longtemps tt l'Allemagne d'un amour quasi paternel, l'a honorée d'ime (( dignité terrestre dont le nom est au-dessus de tout nom « parmi les pouvoirs temporels.

« Elle y a établi des princes comme des arbres choisis, ellt^ « a répandu sur eux des grâces particulières, afin que, soute- « nus par l'autorité de cette Église, ils fissent germer par leur « élection, comme une semence précieuse, celui qui devait te- « nir les rênes de l'empire romain.

« C'est lui qui, comme l'astre secondaire à la voûte de l'Église « militante, reçoit sa lumière de V astre suprême, le Vicaire du « Christ. C'est lui qui, à la volonté de ce dernier, prend et dé- « pose le glaive matériel, afin que, aidé par &on secours, le « Pasteur des pasteurs donne la paix et la vie aux brebis, en <c les protégeant de son glaive spirituel, et qu'avec le glaive « temporel il réprime et corrige, punissant les coupables, hono- « rant les bons et les croyants.

« Afin donc que toute cause de discussion ou même toute « occasion de froideur disparaisse entre cette Église et l'em- « pire, et que ces deux glaives établis dans la maison du Sei - « gneur, unis par une juste alliance, puissent concourir à l'utile « direction du gouvemeinent du monde, et afin que notre vo - « lonté et nos actes montrent que nous sommes des lils dé- (t voués et pacifiques, nous qui sommes tenus à défendre en- « semble, dans notre amour, l'Église et l'empire, etc. »

Tel était, donc l'esprit de l'ancien empire, l'esprit qui l'avait fondé, qui l'animait; l'esprit qui le ramenait dans la voie

lorsque l'ambition des empereurs Ten avait écarté. L'empire, rclairé de la lumière apostolique, devait maintenir la paix, c'est-à-dire le droit et la justice dans le peuple de Jésus-Christ.

Si le roi de Prusse avait su cela, s'il avait eu ce qu'il faut de jour théologique pour voir clair dans Thistoire, il aurait compris que le pape prussien ne pouvait pas être empereur d'Allemagne, même avec l'adhésion des autres princes, même avec l'adhésion du Parlement.

Il aurait compris qu'il n'y a plus d'empereur ni d'empire d'Allemagne possible, ni même d'Allemagne vivante di'où puisse « germer comme une semence précieuse celui qui doit a tenir les rênes de l'empire romain. » L'esprit qui faisait ces grandes chosç? n'est plus, et ces grandes choses ne sont plus que des noms. sans vie, cadavera nominum.

Et quand même on décréterait des résuiTections et l'on simulerait des coiu-onnements, on ne parviendrait qu'à orgaûi*ser de vaines pompes, tout au plus à évoquer des fantômes. Ces fantômes apparaîtraient comme des messagers funèbres, pour signifier que les sépulcres sont rouverts et demandent une grande proie.

Allemagne, Allemagne, à qui le ciel avait tant donné ! quand tu verras reparaître un fantôme d'empereur qui ne sera ni l'élu de ies princes, ni l'oint du Christ, et qui ne tiendi^a pas le glaive pour protéger la justice et défendre le vieux droit, mais qui se dira l'empereur du peuple et le glaive du droit nouveau,

Alors, ce sera l'heure de la grande expiation (I).

1,1 Le Parfum de Rome.

ment j'étais tout à Theure à Rome, on plutôt j'y suis encore. J'ai quitté Paris ce |matin pour cesser un moment d'appartenir ^u monde qui relève de Bismark, de Gambetta et deMottu. Toute la journée, j'ai couru Rome. J'ai vu tout ce qui se fait d'important, j'ai entendu tout ce qui se dit de sérieux, j'ai même entendu les pensées, j'ai même entrevu l'avenir, et je suis consolé. Les nouvelles sont bonnes, sont trèsbonnes. Dieu est là; Pie IX est là près de Dieu, interroge Dieu, obéit à Dieu, et Rome continue de remplir sa fonction dans le monde.

Sans doute. Pie IX est prisonnier au sein de Rome, elle-même prisonnière ; mais Dieu n'étant pas prisonnier, cette prison de la Ville et du Pontife est absolument nulle. Peut-être que M. Pyat, le terrible athée, ne comprend point. M. Pyat, comme tant d'autres mortels, ne comprend pas toujours tout. Quand il est prisonnier, lui, ou dans les conciergeries ou dans les blanchisseries, quand sa phrase est prisonnière ou dans la bourbe de son encrier ou dans les ténèbres de sa pensée ou dans les conseils de son cœur sujet aux venettcs, cela fait quelque chose. L'homme ne sort pas, la phrase ne retentit pas, Toccasion s'évade, les plans sont dérangés. Mais le Pape n'est jamais prisonnier de cette manière-là, et sa parole ne reste captive ni des ténèbres ni de la terreur, ni des murs de la prison, ni des murs du tombeau. Elle sort, elle retentit, elle est opportune, elle est persévérante, et ce qu'elle veut détruire est renversé, et ce qu'elle veut édifier s'élève. Ce n'est pas du tout la même chose que M . Pyat ou tout autre homme

et le Pape. Si M. Pyat possédait pour deux liards de jugement cette seule différence le mènerait à la connaissance de Dieu.

Mais laissons ce galant homme, qui n'a pas deux liards dé jugement, montrer au ciel son poing d'Ajax catarrheux, orné d'un trognon de plume.

Donc, à Rome, tout va bien.

Je suis parti soudain, quand l'aube allait naître; je suis arrivé quand Taube naissait. Cette rapidité de locomotion, antérieure àladécouverte de l'électricité, n'étonnera personne. T out le monde en jouit. Je suis de ceux qui reconnaissent ne Tavoir point inventée. M. Pyat et d'autres écrivains croient qu'ils se sont eux-mêmes fabriqués de la sorte. Je me demande pourquoi, étant si ingénieux, ils n'ont pas su encore s'orner du don de penser juste et d'écrire poliment. Il y a bien des mystères !

Enfin, je suis à Rome, sur le Pincio, près de ma demeure, à Taube naissante, sous le ciel bleu, parmi les arbres verts. Au ciel restent quelques sereines étoiles ; les arbres gardent encore quelques grâces du dernier printemp s, reçoivent déjà quelques caresses du printemps futur. Yoici, à droite, Monte-Mario ; à gauche, TEsquilin, riche de Sainte-Marie-Majeure; à mes pieds, le champ de Mars avec le panthéon d'Agrippa; un peu pluslo in, le mausolée d'Adrien. Pour le moment les Piémontais, j'allais dire les Prussiens, sont là.

Je tourne les yeux vers Sainte^ Marie du Peuple^ où fut enterré Néron , où Luther célébra sa dernière messe. Ah! Néron et Luther, vous faites, en ce mo-

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