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ment, une sortie, et la brume s'élève comme une filmée de Tabîme ! Mais un premier rayon de soleil accourt du côté de Sainte-Marie-Majeure, traverse la brume qu'il change en poussière d'or et vient sourire sur le Vatican. Voici le jour, voici la splendeur, voici la croix resplendissante à tous les sommets ! On sonne partout la mrsse, et la montagne sacrée est réjouie des feux du soleil et du chant de la prière; les brumes montent en nuages d'encens. L'Eglise chante aujourd'hui l'accomplissement des paroles d'Isaïe, prophétisant le roi de paix. En ce temps, l'enfant jouera avec l'aspic et le basilic : « Ces bêtes ne nuiront point, « elles ne tueront point sur toute ma montagne sainte; non nocebunt^ et non occideyit in universo monte sancto 7rieo, y) Et je suis tranquille quant à Rome, sur les entreprises de Néron et sur celles de Luther. Non occident, non prcevalebunt^ non nocebunt!
Il y a un an, à pareil jour, à pareille heure, j'étais là. Je voyais ce beau soleil de Dieu dorer cette montagne de Dieu, ce véritable Sinaï d'où jaillirait bientôt une lumière pour le genre humain. Je me sentais alors moi-même au plein de mon soleil et de ma joie. J'étais heureux dans mon espoir, dans mon cœur, dans mon âme. Entouré de ce que Dieu m'a donné de plus cher, j'habitais l'Eden de mes yeux et de ma pensée. J'y venais contempler ce que je verrais jamais de plus beau, j'avais à raconter ce que le siècle présent laisserait de plus auguste et de meilleur, le pacifique avènement d'une vérité immortelle. Cette vérité était contestée encore, mais je savais.
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^omBiid les contestants, que la icontastation serait
vaincue, et ne s'élèverait que pour suivre le triomphe. "|
Nous entendions tons une autre parole qui dissipait toute alarme : Le Seigneur vient pour sauver les nations ; vous entendrez sa voix^ et la joie sera dans vos cœwr5. Et j'avais aussi une grande joie de laFrance, j'étais heureux encore comme citoyen. Il y a un an, à pareil jour, la France était la grande nation de ridée et la grande nation de Tépée. A l'ombre de l'épée française, plantée sur le bord de la mer se ten^t le Concile, et cela suffisait. Ainsi la France protégeait cette éclosion prolongée du Verbe qui s'achevait sous la voûte d'or du Vatican. Pauvre chère France ! tu faisais cette faction d'nonneur, et elle pesait à ton aveuglement. Néanmoins tu Tas faite. Tu ne t'es relevée que lorsque les cloches de Saint- Pierre eurent sonné V Alléluia de la définition. Dieu te sera reconnaissant de l'honneur qu'il t'a imposé, encore que tu n'en voulusses point.
Il y a du changement. J'entends la v^oix de Bossuet : Quel état, et quel état! La 'France a retiré son factionnaire du bord de la mer. Elle avait besoin de lui, disait-elle, pour prendre Berlin. Le factionnaire, eneffét, est aujourd'hui à Berlin! Et le roi d'Italie eiSt au fort Saint-Ange, et le roi de Prusse, son allié, à Versailles, où il reçoit 'laeouronne de César. Cette couronné esl venue à son front charriée jusque-là par des flots de sang. Peut-être que, si le factionnaire français avait été laissé à Civita-Vecchia, le flot de sang eût prisun autre cours et charrié autre chose 4e Paris à Berlin. Mais les hommes fournissent les
ileuves de sang et Dieu les dirige. Il leur fait porter ce qu'il veut, même lorsqu'il laisse les hommes y mettre ce qu'ils ont voulu. Où ira cette couronne ? Les vraies couronnes ni ne se prennent à Berlin, ni ne s'affermissent à Paris. C'est ici, au Latran, que se trouve et se perd la couronne.
L'église de Noël à Rome, c'est Sainte-Marie-Majeui^e, la basilique de marbre blanc et d'or pur. On y vénère la crèche de Bethléem. J'y cours. Le peuple est prosterné devant le berceau où fut réenfanté le genre humain. Ce qui se trouve là n'est pas considérable ni par la quantité ni par la splendeur.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre. . .
Et la plupart sont pauvres et vieux. Assurément la foule aurait une autre importance , si les a hautes puissances allemandes » trouvaient le moyen de rouvrir le théâtre des Variétés à Paris et de faire jouer la Belle Hélme ou la Grande Duchesse. Là se rassemblerait soudain un peuple qui mérite d'être compté. MM. Simon, le grand Simon, né Suisse, et le petit Simon, fait Lockroy, tous deux ennemis de la superstition chrétienne, penseraient avoir gagné leur cause , s'ils voyaient ce ramas pauvre de Sainte- Marie-Majeure. Ils diraient : La superstition baisse, elle expire ; et le monde passe à Bonvalet, à Meillet et à Cadet.
Chose étrange! et moi aussi je suis content! Je songe aux bergers de Bethléem. Je me dis : Les pauvres ont été appelés, ils sont venus ; ils croient, ils
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prient, ils chantent Gloria in excelsis Deo ! et entre le basilic royal et l'aspic populaire, ils reçoivent la paix promise aux hommes de bonne volonté. Ils ont la paix de leur âme pleine d'immortelle clarté et d'immortelle espérance, la paix de leur corps que la guerre n'a point chargé de fer et percé de coups, la paix de leur foyer que l'ennemi n'a point pillé ; et cet ennemi sera chassé bientôt sans qu'ils aient besoin de combattre autrement que par leur prière. La main de Moïse élevée vers Dieu et lui offrant cette prière suffira. Puisque l'aspic et le basilic demeurent en ce monde, il faut bien qu'on les voie quelque part. Ou les voit ici connue partout, car il y a des jours d'échéance où la terre entière semble leur être donnée. Us la parcourent et elle paie. Mais à Rome, non prmvalebunt^ non nocebuîit!
Je levai les yeux vers la voûte d'or. Cet or est le premier qui vint en Europe du Nouveau-Monde.
L'Espagne le donna au Pape, le Pape le donna à Sainte-Marie-Majeure. Il faut l'avouer, en ce tempslà l'Espagne jetait un éclat qu'elle n'a plus ! Elle a marché dans le progrès philosophique; elle s'est finalement donnée à l'illustre Prim et à l'illustre Serrano, qui l'ont vendue à l'illustre fils de l'illustre Yit- torio. Bonne affaire pour Serrano et pour Prim; voilà leurs traitement» en sécurité. Et l'Espagne est en train de perdre ses dernières terres américaines. Possédant le duc d'Aoste, quel besoin- a-t-elle du Nouveau-Monde? Le diable lui reprend le douaire qu'elle avait reçu du Christ.
Le plafond de Sainte-Marie-Majeure atteste encore
^ qae l'Espagne fut une nation catholique, une généreuse et puissante nation. Il est la dernière trace de diadème à son front de reine contaminée. Les Piémontais ne gratteront pas cet or. Dieu n'a pas permis que le basilic piémontais osât mener dans Rome la horde juive que le basilic et l'aspic prussiens traînent avec eux afin de lui vendre nos dépouilles. Le Christ veut garder le plafond de Sainte-Marie-Majeure, peut-être afin de se souvenir de TE^pagne. L'Espagne a encore des évoques. Au Concile, pas un n'a faibli, n'a erré un moment. Leur foi, leur vertu " et leur majesté ont été admirées de toute l'Eglise. Christ miséricordieux^ prenez pitié aussi de l'Espagne, abusée aussi du serpent et empoisonnée du fruit de la fausse science ! Accomplissez l'oracle romain. Que sur l'Espagne aussi redescende du ciel la sève qui fait le peuple nouveau ; que le serpent soit tué, que l'herbe qui donne* le venin soit arrachée !
Occidet et serpeus, et fallax herba veneni Occidet . . ,
Dans Sainte-Marie-Majeure, j'ai recueilli, comme écho de- la messe de minuit, cet enseignement poli^ tique : a La grâce de Dieu notre Sauveur a apparu à « tousjes hommes pour nous apprendire à vivrez en c( ce monde avec tempérance, justice et piété, dans <c l'attente de la béatitude et de l'avènement glo- (( rieux du grand Dieu notre Sauveur Jésus-Christ, « afia de m>w^ racheter de toute iniquité, de nous « purifier et de faire de nous un peuple appliqué auie/ « bonnes œuvres; ))»G'«8t un programniei dô repu-
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blique. II a été tracé par saint Paul. Je ne crois pas que depuis saint Paul on en ait vu de plus grand et de plus praticable.
Parce que j'étais enclin à croire cela, je suis entré un matin, il y a trente-trois ans^ dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Je me suis mis à genoux dans la chapelle du SaintfSacrement, entre le tombeau du saint pape Pie V et le tombeau du grand président de République Sixte-Quint, et j'ai demandé à Dieu la grâce de dire cela toute ma vie, suivant le conseil de saint Paul : Hoc loquere. Jusqu'à présent, ma prière a été exaucée. J'ai dit cela tous les jours , et j'ai gravement déplu à tous les partis, sans excepter le républicain. Pour avoir dit cela, j'ai été griffé par l'énorme bête furieuse qui emprisonne ceteau génie qu'on appelle M. Hugo, et mordu, piqué, rongé, par quantité d'autres bêtes moins fortement outillées. Néanmoins je crois toujours cela, j'en suis de plus en plus persuadé par les bètes qui ne veulent pas l'entendre, et j'ai l'intention de le dire toujours.
C'est la faveur que j'implore par l'intercession de saint Justin le philosophe , qui demeurait près d'ici , dans le voisinage des bains de Pudens. Lui aussi il enseignait cela. Mais comme il enseignait mieux et plus haut que moi, et comme il était plus digne d'en* seigner, il rencontra une bête plus grosse : il ren* contra la bête impériale et fut manège. Ainsi soit-il !
Sur la place de Sainte-Marie-Majeure s'élève la plus élégante colonne de la ville, portant la statue de la sainte Vierge^ Elle fut érigée en mémoire» et en
action de grâces de la conversion de Henri IV, roi de France. Par cette conversion, la France rentrait dans l'ordre, dans la paix, dans la force, dans la gloire. Rome l'avait ardemment désirée, elle s'en réjouit à la face du monde. Ainsi le pape Adrien avait composé des litanies pour demander à Dieu d'étendre la puissance de Charles, roi des Francs, et en avait ordonné la récitation dans l'Église universelle, parce que la puissance de Charles était une bénédiction pour le genre humain. Quand la France se délivrera de son erreur , quel chant d'allégresse s'élèvera de Rome et retentira sur la terre délivrée !
Paris vaut bien une messe ! Si le Gascon a tenu ce propos, il a fait plus d'honneur à son esprit politique qu'à sa coSscience de chrétien. Mais quel glorieux et immortel hommage il a rendu au Paris et à la France de ce temps-là! La France, alors, était une femme de bien qui voulait être mariée à l'Eglise et suivant sa condition, et non pas seulement à la mairie, à n'importe quel aventurier, par devant n'importe quel Mottu. Elle a changé de mœurs et de coutumes; elle y a perdu. Le mariage civil ne lui réussit pas. Elle divorce souvent, ses époux sont de moins en moins présentables et ses enfants de plus en plus bâtards. Laisse là ton harem bavard d'histrions, de ribauds et d'eunuques, et refais-toi femme de bien, pécheresse ! Il est temps, si tu ne veux pas devenir le guéret le plus décrié de la terre , toi qui portais la vigne et le blé.
J'ai quitté Sainte-Marie-Majeure, et j'ai pris ma
course versSainte-Croix-en-Jérusalem. Dans ce beau désert qui réunit les trois basiliques de Sainte-Marie- Majeure, Sainte-Croix et Saint-Jean-de-Latran, rien ne dénote que le moindre changement politique se soit accompli. Le vaste espace est tranquille comme le ciel. Là et ici les choses sont à leur place connue. Par-dessus les murs des villas, toujours croulants, toujours debout, le cyprès et l'oranger regardent dans le chemin toujours solitaire; le soleil retrouve leur verdure sombre et revient y sourire à l'heure accoutumée. Quel beau chemin pour écouter les paroles que l'Église , non moins fidèle à son ordre inébranlable, chante le même jour, à lajnême heure ! Dans l'Église, à Rome surtout, une révolution passe entre deux versets d'un psaume, elle emporte un monde, le psaume n'est point interrompu, et toujours quelque verset ou quelque mot du psaume donne la lumière de l'événement. Ces paroles divines sont faites pour celui qui les écoute dans le moment qu'il les écoute ; elles illuminent tout, elles répondent à tout, elles répondent et elles illuminent toujours.
C'était l'heure de laudes , avant la messe de l'aurore. Les derniers psaumes proclament la puissance de Dieu sur toutes les créatures et invitent toutes les créatures à louer Dieu. En cheminant, je goûtais ces splendeurs maintenant dérobées à l'intelligence des peuples. Ils restent là comme ces arbres qui regardent le chemin solitaire. La poussière se soulève et couvre leur feuillage, la tempête les agite et souvent les brise. Mais le soleil n'a plus ses heures fidèles et ne leur apporte plus ses épanouissements.
N'y eût-il point de Dieu, l'incrédulité détruirait encore le chef-d'œuvre de la nature et le plus beau présent qu'elle nous ait fait. L'impie pleurerait , s'il pouvait sonder un moment le fleuve de consolation et de poésie qui s'est détourné du pauvre cœiur humain.
J'arrivai à Sainte-Croix-en-Jérusalem pour entendre l'introït de la messe de l'aurore et T annonce du soleil divin, dont le soleil matériel n'est que l'ombre : <ic Lux fulgebit hodie super nos^ la lumière <i brillera aujourd'hui sur nous ; car le Seigneur a nous est né , et il sera appelé l'Admirable, Dieu» « le Prince de la paix, le Père du siècle futur, dont « le règne n'aura point de fin. »
L'église de Sainte-Croix-en-Jérusalem garde les reliques de la Passion que souflErit ce Roi éternel, né dans une étable et dans une crèche, mort sur une croix. Sic Deus dilexit mundum. Il prend toute souffrance et toute servitude pour nous donner toute joie et toute liberté ; il se cloue à la croix pour nous rendre des ailes.
30 décembre.